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CENTRAFRIQUE : LES POUVOIRS DE L’OCCULTE

Dieu a créé le monde et l’a peuplé de toutes les espèces vivantes et inorganiques qui lui sont venues à l’esprit. Parmi les espèces vivantes caractérisées plus particulièrement par l’espèce animale, il y a l’homme. L’homme est une créature qui se distingue des autres par son intelligence. Cette intelligence a traversé des siècles et des siècles, pour connaître une évolution fulgurante et faire que l’homme soit capable aujourd’hui, de voyager à des milliers et des milliers de kilomètres, loin de chez lui, loin de sa planète.

Ceci a été possible parce que l’homme était happé par l’esprit de transcendance, pour dans un premier temps se défaire de certaines pesanteurs nées de la tradition, afin de faire des choix judicieux capables de le faire avancer, de lui faire améliorer son environnement, de lui rendre faciles les corvées domestiques quotidiennes et d’assurer avec un peu moins de tracasseries, les besoins vitaux élémentaires.

L’homme occidental a, avant tout le monde et mieux que tout le monde, compris cela et il n’est donc pas étonnant que le monde d’aujourd’hui se subdivise en catégories de pays avec d’un côté les pays avancés, au niveau desquels d’autres essaient de s’élever en se hissant dans la catégorie de pays émergents, et de l’autre, le reste des pays, empêtrés encore dans des difficultés de développement liées à leur manque de richesses ou à leur mode de gouvernance enchaîné dans des archaïsmes éculés, si la redondance peut être à juste titre pardonnée.

Le CENTRAFRIQUE fait partie de la dernière catégorie de pays, ceux-là mêmes qui peinent à trouver leur chemin dans le processus du développement économique et social, non pas à cause d’une absence de richesses, mais davantage à cause de la gouvernance du pays, qui fait l’unanimité dans toutes les analyses économiques et politiques.

Sans revenir à l’histoire, pour dénoncer une énième fois les défaillances des uns et des autres, force est de constater qu’en cette année 2013, le CENTRAFRIQUE est plus pauvre qu’il n’était en 1960, année de son émancipation. Il suffit de s’en référer au seul budget de l’État pour se rendre à l’évidence. Ainsi, de nos jours, l’État est incapable de subvenir aux besoins de son propre fonctionnement, quand il le faisait sans la moindre inquiétude dans les années soixante.

Cette dégringolade, qui ne se caractérise pas seulement par la capacité de l’État à fonctionner normalement, trouve aussi son explication dans la défaillance des hommes, dans la piètre formation de beaucoup d’entre eux, à laquelle s’ajoutent les lourdes responsabilités publiques qui leur sont, de surcroît, confiées, en dépit de leur incompétence.

Pour s’en convaincre, et les bras nous en tombent quand certains continuent d’évoquer les FACA alors que cette institution a disparu depuis bien longtemps, lorsque les zaraguinas semaient déjà la terreur dans les provinces. Elle n’était plus qu’une coquille pleine de silhouettes d’officiers généraux, de colonels et autres officiers subalternes. C’est pourquoi, en tant que telles, cette colonne d’officiers supérieurs est restée muette comme une bande de carpes, pendant que des centrafricains se faisaient détrousser sur les routes et parfois dans les champs.

Sur le plan de la gouvernance générale, avec un gouvernement bien assis, pendant que les ponts s’écroulaient dans Bangui, pendant que des sous-préfets et des médecins se faisaient molester ou tuer dans les provinces, qu’ont fait les ministres concernés à l’époque ? Ils n’avaient rien vu, rien entendu.

Aujourd’hui, la population de BANGUI est obligée de faire chanter les casseroles pour faire entendre ses cris de détresse. Un ministre de la République avoue aller à son bureau par ses propres moyens parce que d’autres, plus forts que lui, lui ont confisqué son véhicule de fonction. Quelle est la réaction des autres membres du gouvernement par rapport à cette aberration ? Quelle est la réaction de l’autorité qui l’a nommé à ce poste ? Dans d’autres cieux, ne dit-on pas qu’un gouvernement est une équipe qui joue dans le même sens, et ne parle-t-on pas de solidarité gouvernementale ?

A Bangui, comme dans tout le CENTRAFRIQUE, tout le monde sait ce que signifie l’expression «  KOBE TI YANGA ».

A y voir de plus près, il ne s’agit plus d’une expression, mais d’un système. Un système de gouvernance où seul l’individu est placé au cœur du pouvoir. Un individu totalement démuni, à qui l’on fait croire qu’il est puissant alors qu’il n’est qu’un simple ver, car il suffit de le dépouiller de la veste qu’on lui a collée sur le dos, pour qu’il se rende compte de sa nudité, et pour qu’il ne soit plus capable de faire quoi que ce soit.

A ce système s’ajoutent les menaces de la tradition, que beaucoup négligeraient car imbus du raisonnement scientifique. Ainsi surviennent ce que nous appelons les pouvoirs de l’occulte, avec tout le fétichisme « ethnique » que cela suppose et toute la prolifération des croyances sectaires que le pays recouvre.

Ce n’est donc pas pour rien qu’ayant pris en compte toutes ces considérations, l’on se pose moins la question de savoir pourquoi un fervent avocat des droits de l’homme, une fois rentré dans les costumes du pouvoir, n’a plus la langue tranchante du défenseur des hommes opprimés, pour alléger les souffrances du peuple dont il a la charge ? Sous quelle intimidation occulte est-il assujetti ?

Nous apprenons par ailleurs les menaces de mort que certains font sur d’autres pour les empêcher de parler de ce qu’ils savent.

Est-ce ainsi que le CENTRAFRIQUE pourra se mettre debout ? Est-ce à force d’envoûtements, d’intimidations « magiciennes » ou magiques, pour taire tous les esprits ouverts à l’innovation et au changement véritable de pratiques, en vue du développement souhaité par tous, qu’on arrivera à bâtir ce pays ?

Les vrais ennemis du CENTRAFRIQUE sont ceux qui empêchent les centrafricains de parler, de dire ce qu’ils ont à dire. Chacun à le droit de parler, tout comme chacun a le droit de répondre pour défendre ses points de vue, ses idées. Cela ne peut pas se faire dans ou sous la menace, cela ne peut pas se faire à travers les insultes.

La faiblesse des dirigeants centrafricains, qui a entraîné la ruine du pays, vient de ce qu’ils n’ont jamais voulu entendre les idées contraires aux leurs, les idées dont ils n’ont pas été à l’origine et les idées vraies, qui les ont souvent mis mal à l’aise. Cette faiblesse se trouve amplifiée avec l’entêtement à vouloir détenir le pouvoir jusqu’à la mort, en faisant recours à des puissances inavouées et malicieuses, souvent éphémères et assassines. Il suffit de faire un tour d’horizon du milieu politique centrafricain, pour se rendre compte que le pays est aussi l’un des rares pays au monde à avoir perdu précocement la plupart de ses dirigeants politiques d’expériences, et qu’on y trouve très peu de références, sinon aucune. Le CENTRAFRIQUE sortira de ce gouffre quand ses dirigeants auront compris les dégâts de la double nature.

Adolphe PAKOUA

CENTRAFRIQUE : QUE FAIRE FACE AU CANCER ?

Au moment où le peuple centrafricain continue de souffrir des exactions des troupes venues de l’étranger pour l’assujettir à cause de la cupidité de certains de ses fils qui ont voulu à tout prix s’emparer du pouvoir pour assouvir leur propre faim,

Au moment où des efforts sont tentés çà et là pour essayer de sécuriser le pays en désarmant ceux qui ne sont pas censés porter des armes, et surtout des armes de guerre, au moment où le gouvernement éprouve d’énormes difficultés à asseoir sa propre autorité pour orienter le pays vers une sortie de crise rapide,

Au moment où les partis politiques ne sont plus que des coquilles vides qui n’attendent que le rétablissement de la paix pour engager leurs campagnes démagogiques et chercher à tromper encore le peuple pour gagner plus tard son suffrage, sans un vrai programme politique,

Au moment où les discours religieux semblent prendre le relais de l’action politique à cause du désespoir qui a gagné toutes les couches sociales, et en ayant une pensée pour toutes les victimes qui ont vu les foudres de l’ennemi s’abattre sur elles, nous pensons aux victimes de massacres gratuits, de viols inqualifiables, de pillages sauvages et autres exactions, il convient de se demander quelle attitude prendre pour éviter de plonger le pays dans un cycle de haine et d’esprit de vengeance aveugles et dramatiques.

Un adage conseille tout un chacun en colère, d’attendre que son plat soit froid avant de le manger. Un autre demande de battre le fer pendant qu’il est chaud. Entre les deux concepts, il y a la sagesse et la clairvoyance. Les blessures du peuple centrafricain sont profondes et certainement difficiles à cicatriser. Ces blessures, qui ont été ouvertes avec l’appel fait à l’époque aux troupes congolaises de Mbemba pour venir prêter main forte à un pouvoir en désarroi à Bangui, avaient inauguré le bal des viols de nos sœurs par les hommes de Mbemba qui, jusqu’aujourd’hui, attend toujours son procès à la Haye.

A une échelle non négligeable, ces blessures se sont poursuivies en 2003, avec l’aide des combattants tchadiens que Bozize avait sollicités en son temps pour conquérir le pouvoir de Bangui. Elles se sont aggravées avec la SELEKA, fer de lance de la prise du pouvoir de Bangui par celui qui s’est auto-proclamé président et qui n’arrive plus à contrôler sa créature.

C’est dire combien, à force d’aller chercher du renfort à l’extérieur, on introduit plutôt le cancer dans le pays, un cancer dont on ignore la nocivité et le remède.

C’est dire quelle leçon le peuple centrafricain doit tirer de ses hommes politiques qui ruinent leur pays et provoquent des situations telles que les solutions ne peuvent venir que de l’extérieur.

C’est dire quelle leçon tirer des hommes politiques (ou militaires) qui ont recours à l’extérieur pour les aider dans leurs projets pour la plupart fondés sur des intérêts personnels, funestes pour le pays et pour la majorité de la population.

C’est dire quelle leçon tirer des différents systèmes de gouvernance, sans vision politique, sans programme et sans ambition, qui ont conduit ce pays dans l’impasse dans laquelle il se trouve à l’heure actuelle.

C’est dire qu’à cause de tous les méfaits de ces politiques aléatoires, les victimes qui ont souffert hier et celles qui souffrent aujourd’hui, n’ont pas été choisies à cause de leur appartenance ethnique.

Les hommes de Mbemba avaient violé les centrafricaines sans leur demander si elles étaient banda, gbaya, yakoma, gbaka, mandja ou autres.

Les tchadiens de Bozize avaient pillé tout le monde sur leur passage, sans distinction d’appartenance ethnique.

Les éléments de la SELEKA ferment les yeux sur les proies qui sont leurs victimes, avec la seule particularité qu’ils ne sont pas attirés par celles qui auraient des affinités avec eux.

Aujourd’hui, les centrafricains font des pieds et des mains pour se tirer du traquenard dans lequel les hommes politiques les ont plongés.

Sans parler de demain qui sera un autre jour, il convient, en ayant la tête froide, de chercher à sortir de cette crise, la tête haute. Le moment viendra, où chacun devra rendre des comptes. C’est dire que la résistance du peuple doit être réfléchie, consistante et sans relâche. La SELEKA a des armes entre ses mains, c’est ce qui fait sa force. Le peuple, nombreux, solidaire et uni, trouve sa puissance dans une action commune. Il convient de consolider cette unité et de cibler les actions à mener en commun, pour vaincre le cancer qui nous avilit et nous traumatise.

Adolphe PAKOUA

Les raisons d’un blog

Une génération sacrifiée, qui se bat

Chers amis,

La République Centrafricaine traverse depuis la fin de l’année 2012 une de ces crises que très peu de pays africains en général ont connues. Une crise née de l’entêtement d’un homme entouré d’une équipe de conspirateurs et de traîtres de la République, à vouloir à tout prix gouverner le pays comme bon leur semblait, en toute impunité en dépit des exactions dont certains des membres étaient devenus vedettes, des détournements des deniers publics au vu et au su de tout le monde, de la dégradation généralisée de tous les services publics, entraînant une réelle coupure entre la capitale et tout le reste du pays, de l’effondrement ou plus précisément de la mise à mort de ce qui restait et qui faisait office d’armée nationale, sans compter la mise en place d’une Assemblée Nationale fantomatique. Toutes ces extravagances ont conduit  au mécontentement de la classe politique d’opposition qui a dû mettre en place un organe appelé FARE 2011, pour tenter d’atténuer et de ralentir la course effrénée du pouvoir vers la dictature. Les actions de cette coalition politique n’ayant pas eu assez rapidement les résultats escomptés par les uns et par les autres, les branches rebelles armées, dispersées çà et là sur tout le territoire, ont saisi l’opportunité d’une coalition pour réussir là où les partis politiques d’opposition n’ont pas été efficaces. Aujourd’hui, la République Centrafricaine et son peuple sont à la merci de ces groupes armés, avec à leur tête un chef au passé obscur et aux desseins réellement insaisissables. La SELEKA, puisque telle est la dénomination de cette coalition hétéroclite, ne s’est, depuis que le pouvoir est entre ses mains, jamais positionnée comme une force de défense du pays et de son peuple. Ceci se comprend facilement quand on sait que des éléments tchadiens et soudanais composent une bonne partie de cette armée qui n’a rien d’une vraie armée à part le fait de porter des armes. des éléments donc, qui n’ont rien à “f……” de la protection du Centrafrique et de son peuple.  Il n’est donc pas surprenant qu’ils poursuivent leurs exactions, leurs pillages, leurs viols et leurs assassinats sur des populations qui leur sont étrangères, quand bien même ces populations seraient chez elles. Et voilà qu’on se trouve dans une situation d’invasion, et d’agression par des forces extérieures. Le patriotisme voudrait donc qu’on défende la patrie pour la libérer de ces envahisseurs. Sans parler des accords de Libreville qui consistaient à trouver une issue honorable à la crise du Centrafrique, nous assistons aujourd’hui à une dérive politique où il est bien difficile de savoir dans quelle direction va le pays. La raison est toute simple : le bicéphalisme. Et Boganda, en son temps, avait fermement condamné ce système de gouvernance qui selon lui conduisait droit à l’échec. Aujourd’hui, nous avons d’un côté le chef d’Etat de la transition, que d’autres ne voudraient pas appeler Président de la République à cause des conditions dans lesquelles il est parvenu à cette posture, et de l’autre le Premier Ministre qui réellement devrait être l’homme de la situation, vu la reconnaissance internationale qu’on lui a conférée et dont il n’a pas su tirer avantage pour s’affirmer en tant que tel et prendre des décisions fermes et déterminantes pour la réussite de la transition. L’une des conséquences néfastes de ce bicéphalisme pour le pays est bien la concurrence que se livrent, de manière larvée, les deux hommes : quand l’un ramène un troc du Tchad, l’autre gagne un prêt du Congo, et dans cette course à qui ramènera au pays le plus gros lot, la composition d’un nouveau gouvernement en paie lourdement le prix et tarde à se faire jour. Ainsi va le Centrafrique, ainsi va la transition, objectif élections dans quelques mois. Pauvre pays dont les enfants doivent savoir qu’il ne leur reste plus que la solidarité et la détermination à vouloir à tout prix survivre, et tout faire pour arriver à survivre, sinon, ils n’auront plus que les yeux pour pleurer.

Ayant déjà écrit un grand nombre d’articles sur la situation centrafricaine et encouragé par beaucoup de lecteurs, nous avons décidé de donner le jour à ce blog, pour leur permettre de continuer à nous lire et d’apporter leurs commentaires et suggestions dans les analyses que nous faisons. C’est avec un plaisir indicible que nous recevrons leurs réactions, pour  constructives qu’elles seront, comme nous aussi, essayons d’apporter notre contribution à la construction d’un nouveau Centrafrique.

Avec mes amitiés, en toute fraternité.

Le Lac Des Passions Assassines

Préface du Professeur François Zonzambe, spécialiste de littératures française et comparée à l’université de Bangui.

Le lac des passions assassines” du docteur Adolphe PAKOUA de Bilolo est un roman historique où culmine le récit d’une légende centrafricaine expliquant l’origine d’un lac de caîmans devenu lieu de pèlerinage et touristique.
Sous une forme romanesque et légendaire, le docteur Adolphe PAKOUA, retrace l’histoire du Centrafrique au plan politique, économique, social et religieux, à travers les principaux personnages et évènements suivants :
Au plan économique : Michel Moribéna, grand planteur de café ( trois hectares au lieu d’un dès la première année ), représente les braves paysans, longtemps victimes de violentes répressions à l’époque coloniale, à cause du faible rendement de la culture du latex. Grâce à la nouvelle plante miracle que constitue le caféier, ces braves paysans vont sortir enfin de la misère et de l’humiliation. C’est ainsi que Michel Moribéna, qui a gagné un gros lot après la vente de son café, va s’offrir un grand poste radio qui fera la fierté de tous les habitants du village Adoumatchali.
Au plan social et religieux : les paysans vont désormais envoyer leurs enfants à l’école, dans des tenues décentes et propres. Grâce au révérend père Martin, l’évangélisation des villageois ou indigènes va se développer. Ainsi, le révérend père Martin, à propos de Moribéna témoignera : ” Michel Moribéna est un chrétien modèle, délivré du fétichisme et des pratiques des croyances indigènes.”
Au plan politique : le récit légendaire du lac aux caïmans symbolise l’organisation politique de l’Etat centrafricain après l’indépendance. Ainsi le lac symbolise tout le territoire centrafricain; le caïman mystique et légendaire du lac symbolise le chef suprême de l’Etat; le caïman métamorphosé le plus puissant symbolise le premier chef du gouvernement. On l’appelle Polokamba. Le caïman métamorphosé chargé de la protection du lac se nomme Faganza et symbolise tous les Etats-majors de l’Armée de terre, de l’air, de la gendarmerie, et de la police nationale. Les autres caïmans métamorphosés symbolisent les ministres et les hauts cadres de l’Etat, soumis à la hiérarchie supérieure. Les habitants des villages environnants du lac symbolisent toutes les populations des provinces et de la capitale Bangui, livrées aux douloureuses piqûres des moustiques dans les zones marécageuses où poussent pourtant, comme des champignons, de belles villas, d’un luxe insolent, au bénéfice des deuxièmes, troisièmes et quatrièmes bureaux, etc.
Dans cet environnement légendaire, son Eminence Sionikoli, l’un des hommes-caïmans les plus redoutables, envoûté par la beauté féerique de Farina, jeune femme de dix-huit ans demeurée vierge et très fidèle à la tradition ancestrale, va se faire piquer à mort par les moustiques, pendant toute une nuit blanche passée au domicile de la dulcinée, sans avoir eu le plaisir de goûter au fruit convoité, strictement interdit par la tradition. Tandis que Faganza, son grand ami et collaborateur, tout aussi tout puissant homme-caïman sera victime d’un complot et terminera piteusement sa vie en exil, au village Bomba, en compagnie des paysans qui lui feront voir le mauvais visage de l’Etat laquais, qu’ils comparent à “la sécheresse qui brûle les semences et les récoltes”, et au “paludisme qui consume le sang du malade”.
Quant à Sophia, jeune femme de vingt-cinq ans, pourtant bardée de diplômes, très chaste et pudique, elle va dans un premier temps, grâce à son humilité et sa modestie, se contenter d’effectuer de petits travaux domestiques chez Moustapha, directeur d’un comptoir d’achat et de vente de diamants, où elle finira par se faire employer comme comptable, après un brillant test de recrutement, sans corruption ou autres formes de faveur, à l’instar de bon nombre de femmes de la capitale laquaise.
Usant très habilement d’un humour parfois sarcastique et d’une ironie cinglante, à travers un style à la fois narratoire et pittoresque, d’un ton comique, tragicomique et élégiaque, le docteur Adolphe Pakoua, dans ” Le Lac des Passions Assassines “, armé d’un arsenal de vocabulaire et d’expressions riches et variés, nous fait revivre ici, dans un français spécifique, teinté de “centrafricanisme”, les réalités, réelles et fictives, centrafricaines, de l’époque coloniale et celles d’après l’indépendance du 13 août 1960.