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LA REPUBLIQUE SUPPLICIEE

Préface du Professeur François ZONZAMBE

Spécialiste de littératures Française et Comparée à l’Université de BANGUI.

LA REPUBLIQUE SUPPLICIEE du Docteur Adolphe PAKOUA de Bilolo, est à la fois un roman et une véritable chronique du CENTRAFRIQUE que symbolise GBAZABANGUI, une « chaîne de montagnes pierreuses, verdoyantes et giboyeuses », qui surplombe et encaisse BANGUI, la capitale centrafricaine. Cette chronique de GBAZABANGUI se situe entre les années 1960 et 1996.

Le romanesque transpire dans la scène où JOUDA, fille de Tuby DANGAYE, est frappée de mutisme. Phénomène qui se produit dès l’arrestation de son père et qui, à partir de ce moment-là, la rend visionnaire auprès de sa mère qu’elle va diriger jusqu’à recouvrer la parole à la libération de son père.

Le romanesque transpire aussi dans la scène où, JOUDA, victime de mutisme, va converser avec sa mère MUNDY à travers des rêves où elle lui fera des révélations sur la vie de son père incarcéré dans la geôle de SARAGBA où un graffiti va apparaître à DANGAYE pour, à son tour, lui faire des révélations à propos de son séjour en prison et de son avenir.

Le romanesque culmine enfin dans la scène où le visage d’une fée ou d’une nymphe apparaît à son tour dans le graffiti pour hanter plus tard MUNDY et devenir son double en vue de l’aider à venger son mari Tuby DANGAYE, injustement incarcéré.

Ainsi, après avoir aidé l’homo duplex MUNDY, alias OREADE, à régler leurs comptes aux multiples tortionnaires et ennemis de son mari Tuby DANGAYE, la nymphe déclarera : « Mission terminée ».

Romancier, le Docteur Adolphe PAKOUA de Bilolo, n’en demeure pas moins un chroniqueur qu’un caméraman. Son œuvre demeure tout objective à l’instar de René MARAN dans « BATOUALA », véritable chronique de la GBAMBA, petit affluent de l’OUBANGUI, qui traverse la ville de GRIMARI, ancien district de KREBEDGE, qu’il symbolise en OUBANGUI-CHARI.

Chroniqueur à l’instar de FROISSART et de JOINVILLE, le Docteur Adolphe PAKOUA de Bilolo restitue fidèlement tous les événements vécus en CENTRAFRIQUE entre les années 1960 et 1996. Ainsi, sa plume se métamorphose en pinceau pour peindre les différents paysages centrafricains qu’il traverse, et ses yeux, comme l’œil d’une caméra, filme tout sur son passage, dans les sentiers de la forêt équatoriale, des savanes, des villages, dans les rues et boulevards de la capitale BANGUI.

La photo du bac traversant, en quatrième de couverture du roman, la rivière KADEI à NOLA, symbolise la virginité de cette forêt riche en faune et havre de paix.

A travers un style narratoire et pittoresque, le Docteur Adolphe PAKOUA de Bilolo, nous a parlé le SANGHO, le BANDA, le SARA, le MBOUM, le FOULBE et le PYGMEE, toutes langues centrafricaines, en FRANCAIS de MOLIERE, de LA FONTAINE et de Victor HUGO, pour exprimer les joies et les tristesses du peuple centrafricain après l’indépendance.

CENTRAFRIQUE : L’OEIL DU CYCLONE

TEXTE DU 14 06 13

Dans un billet que nous avions intitulé « La CEEAC et la CEMAC ne survivront pas sur les ruines du CENTRAFRIQUE », nous avons mis le doigt sur le fait que ces deux institutions ne pouvaient pas se passer du CENTRAFRIQUE, si les états de la sous région d’Afrique centrale voulaient voir leurs peuples connaître un développement réel. De l’anéantissement du CENTRAFRIQUE, découle inéluctablement l’anéantissement de l’ensemble des pays de la sous-région, quand bien même les dirigeants de ces pays feraient des pieds et des mains pour défendre le bilan de certaines réalisations qu’ils ont assurées çà et là dans leur pays. Pour que le CAMEROUN avance dans la voie du développement, il faut que les camerounais aient confiance en eux-mêmes, aux institutions du CAMEROUN et aux autorités de ce même CAMEROUN d’abord. Et cette attitude de bon sens est sans aucun doute partagée par les congolais de Brazzaville et les gabonais. Les tchadiens ne la remettraient certainement pas en cause.

Aujourd’hui, le CENTRAFRIQUE est presque mis sous tutelle militaire du TCHAD, financière du CONGO. Et si la crise qui secoue le CENTRAFRIQUE et humilie son peuple depuis des années est le fruit d’une gouvernance calamiteuse d’une partie de l’élite politique centrafricaine, il faut aussi aller ailleurs, pour trouver les raisons de l’effondrement rapide de l’État centrafricain. Le peuple centrafricain peut être fier d’avoir le cœur sur la main, mais cette louable qualité ne doit pas le faire passer pour un peuple imbécile, qui n’a rien à « f…. » de ses propres intérêts. Sur leur sol, les centrafricains ont toujours vécu en bons termes avec les camerounais, les congolais, les gabonais, les tchadiens, pour ne pas parler d’autres africains venus de plus loin.

Et jamais un conflit n’a ébranlé l’entente, la convivialité entre centrafricains et camerounais, congolais ou gabonais depuis que ces populations ont choisi de passer un long séjour dans le pays.

L’on notera au passage que la population tchadienne n’a pas été citée dans le dernier cas. En effet, les tchadiens qui vivent en Centrafrique, en dépit du fait qu’ils comptent parmi les rares qui tirent leur épingle du jeu économique centrafricain, sont ceux qui, à plus d’une fois, ont eu maille à partir et ont eu de sérieux problèmes avec la population banguissoise en particulier. A bien y réfléchir, ceci n’est pas de leur fait. Le Président du TCHAD, I. DEBY, y est pour quelque chose.

En effet, en Afrique centrale, c’est lui le seul président à s’impliquer personnellement dans les affaires centrafricaines en matière de coup de force. Par deux fois, il a aidé à renverser les pouvoirs de Bangui. C’est grâce à lui que BOZIZE a pris le pouvoir en Mars 2003 des mains de PATASSE, et c’est encore grâce à lui que DJOTODIA et la Seleka se sont installés au siège présidentiel de Bangui. Et la présence militaire tchadienne accrue dans Bangui, a eu pour effet de changer le comportement des uns et des autres : les centrafricains n’ont pas apprécié cette présence massive armée, et les tchadiens de la place se sont senti pousser des ailes. Le résultat a été les conflits dans lesquels des personnes ont perdu leur vie.

Aujourd’hui, pendant que les centrafricains souffrent encore de leurs blessures occasionnées par les viols, les assassinats, les pillages de la part d’un grand nombre d’éléments de la Seleka, le Président du Tchad jubile et a le sourire jusqu’aux oreilles, de savoir qu’une deuxième « plantation » de pétrole allait lui donner les moyens de sa politique hégémonique.

Lors de sa campagne pour un deuxième mandat, BOZIZE avait promis le chemin de fer et le pétrole au peuple centrafricain. Pour les âmes avisées, en période de campagne électorale, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent et les prennent pour pièces sonnantes et trébuchantes.

Il est vrai que le nouveau pouvoir en place actuellement à Bangui n’a pas la tête à se pencher sur ce genre de chose, tant il est occupé à faire des nominations tous azimuts dans l’armée et au gouvernement.

En intervenant par la force en CENTRAFRIQUE, pour favoriser la formation d’un gouvernement à travers lequel les centrafricains ont beaucoup de mal à se reconnaître, le président du TCHAD ne rend service à personne, à plus forte raison aux centrafricains et partant à la sous-région toute entière. La modestie de certains devrait inspirer beaucoup d’autres. Le CENTRAFRIQUE, tout comme la CEEAC a besoin de paix et de sérénité, et cela ne passe pas par le soutien de coups d’État hasardeux. Il est encore temps de se ressaisir et d’aider réellement le CENTRAFRIQUE à se remettre en marche, en permettant aux centrafricains de gérer eux-mêmes leurs affaires. Ce qui se passe actuellement à Bangui est ahurissant, nous ne le souhaitons pas pour le CONGO, le GABON, le CAMEROUN, à plus forte raison pas pour le TCHAD non plus.

Adolphe PAKOUA