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    Euro-drachmes, euro-lires,… : une troisième voie de sortie pour la crise de l’euro ?

     

    Battre monnaie est une des prérogatives de la souveraineté. Il y a dix ans, des pays de l’Union européenne n’ont pas attendu que celle-ci en ait développé tous les attributs pour créer l’euro. Ce faisant, ils ont alors évité certes un ajustement des parités du franc français et du deutschemark, mais ont remis à plus tard une convergence fédérale de leurs politiques économiques et fiscales. Dans la crise actuelle, les optimistes espèrent pouvoir nous en sortir en instaurant désormais une telle convergence. C’est ce que l’on appelle une sortie “par le haut”. La sortie “par le bas” consisterait à un simple retour aux monnaies nationales.

    Ce type de représentation dichotomique des issues a surtout un avantage pédagogique : il est compris de tous les politiques. Ceux-ci ne s’interrogent guère sur de possibles autres voies, pas plus d’ailleurs qu’ils n’analysent la disposition des peuples concernés à franchir actuellement un nouveau pas en direction de la formation d’un noyau dur de pays prêts à gérer en commun leurs finances et leur économie.

    Les politiques qui prônent un fédéralisme plus étroit ont sans doute raison de le faire, ne serait-ce précisément que pour jauger ces dispositions des peuples à plus de solidarité. Il faut admirer le courage de ceux d’entre eux qui y croient et estiment que, comme l’appétit qui vient en mangeant, le fédéralisme vient en le pratiquant.

    Pour les autres, qui proposent la sortie par le haut simplement pour tester jusqu’où il est possible d’aller, ils pourraient se pencher davantage sur la capacité réelle des pays concernés à coopérer davantage dans les présentes circonstances et surtout – en prévision de l’éventualité de résultats insuffisants – imaginer et proposer des solutions alternatives au simple retour aux monnaies nationales.

    Parmi ces solutions, le passage de la monnaie unique à la monnaie commune a été proposé comme troisième voie (cf. entre autres, notre billet : « La zone euro : éclatement spontané ou modulation contrôlée ? » ). Pour l’essentiel, ce passage consisterait à ce que la parité des nouvelles monnaies nationales par rapport à l’euro (et non au dollar) soit fixée, non par le marché des changes, mais par une coopération entre les Etats de la zone au travers d’une autorité monétaire européenne (et ce au moins pour définir des marges de fluctuations). Ces parités ou marges seraient fixées sur une base annuelle en considération, non pas seulement des intérêts du pays émetteur, mais de ceux bien compris de tous les pays membres de la zone. Au départ, les nouvelles monnaies nationales seraient définies à la parité 1:1, soit 1 nouvelle drachme ou 1 nouvelle lire = 1 euro.

    Par la suite, pour les pays à balance commerciale aggravée et à endettement accru, la monnaie serait dévaluée et/ou vice-versa pour les pays en excédent. Une simulation monétaire serait ainsi conférée aux pays en déficit pour faciliter la reprise de leurs exportations, avec en plus éventuellement un peu d’inflation en propre de nature à alléger leurs dettes en monnaie nationale. De telles modifications de parités par rapport à l’euro comme monnaie de référence pourraient être accompagnées ou précédées de pénalités pour les membres se situant aux extrêmes des déséquilibres (ainsi que le proposait Keynes pour l’institution du “bancor” comme monnaie de référence internationale. A ce propos, lire Pierre Sarton du Jonchay : « Keynes au secours de la prospérité en euro »).

    Ce passage à une monnaie commune sous un contrôle fédéraliste naissant ne serait pas ainsi un simple retour aux monnaies nationales. Pour bien le signifier, plutôt que de parler de drachmes ou de lires, il y aurait sans doute lieu de faire référence à des euro-drachmes ou euro-lires pour bien marquer la prise en compte des intérêts de tous les pays membres de la zone dans la fixation des parités des unités nationales par rapport à l’euro. Le nouveau régime monétaire européen pourrait n’être d’ailleurs que transitoire dans la mesure où il permettrait un rapprochement réel des politiques économiques et fiscales de nature à repasser à celui de la monnaie unique. Dans cette éventualité souhaitable, le passage par la monnaie commune représenterait une étape de la construction européenne et, selon la formule du guide Michelin, une bonne table qui vaut bien le détour.

     

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