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    Articles avec le tag ‘adolescence’

    Extrait de la postface de Tout est fraternel en Toi par Pauline Bruley.

    Postface de Pauline Bruley:

    Initiation pour des adolescents, ce roman est aussi une initiation à l’adolescence. Les portes d’un domaine que l’on force souvent, ou que l’on ignore, nous sont de nouveau simplement ouvertes. Elles le furent il y a presque un siècle par Alain-Fournier, sur les brumes d’une Sologne habitée par le rêve exigeant de deux adolescents. Et ici pourtant, à travers les rues de banlieue, la cruauté sociale et une tout autre atmosphère, se retrouvent le même refus des compromis, la même gravité du cœur. La pureté d’attachements aussi, qui ne doivent d’être purs qu’à leur charité. Amour ressenti immédiatement par Sarah envers ceux qui l’entourent. Amour d’une narratrice qui connaît intimement ses personnages, comme leurs modèles, puisque son histoire est aussi la leur. Christelle Abraham Valette s’est penchée avec tendresse et lucidité sur une expérience douloureuse, révélatrice d’un âge encore plein de radicalité enfantine. Si son récit n’est pas complètement autobiographique, du moins touche-t-on ici à la vérité par une connaissance intime des êtres et de leur milieu. Une connaissance qui trouve sa juste autorité entre savoir, compassion et humour. Savoir : le prisme de la littérature et de ses mythes permettent d’aborder la diversité religieuse, le mélange des origines, la « massification » avec ses ambiguïtés, ses échecs et ses chances, le brillant et la vulgarité qui cachent la misère et la solitude. Compassion alors : la descente aux enfers de Steff… Ou même, compassion grammaticale, à travers les changements de point de vue et le discours rapporté, dispositifs ouvrant à l’autre. Humour : la distance protectrice, la métaphore immémoriale, biblique. Le sourire des maîtres, des adultes ou des amis prêts à l’entraide, soucieux de ne pas blesser l’amour-propre de l’autre.

    Les changements de point de vue alternent en effet selon les expériences et les aventures. Celles de Steff qui n’a pas le tempérament de Mouchette, celles de Hakim, celles de Sarah, celles d’Olivier. Compréhension et compassion habitent une narratrice qui peut dès lors habiter chacun des êtres qu’elle recrée, avant de glisser sans heurt vers l’omniscience. Délicate omniscience qui fait aussi comprendre la patience : ce roman nous fait entrer dans la conscience du temps, dans la durée mystérieuse des métamorphoses. Entre d’une part les dialogues ou le point de vue limité, et d’autre part le récit maîtrisé avec ses explications, l’écart n’est jamais neutre. Il y règne la présence d’une narratrice qui sait – et qui attend.

    Cette omniscience se manifeste également dans les choix de langue, au cœur du tissu narratif aussi. Se replonger dans les incompréhensions de l’adolescence, les scories et les malentendus, c’est inversement choisir des mots adaptés, reformuler à mesure que l’on grandit – tandis que d’autres régressent dans un verbiage codé, comme Willy, dissimulant la pauvreté intérieure sous la rutilance extérieure.

    Bonjour tout le monde !

    “Tout est fraternel en toi” a été écrit en 2007. Il a longtemps attendu que j’aie l’audace de l’envoyer à M. Cohen chez L’Harmattan.