Pz 123

Je connais la route qui ne mène pas au monde
Mais au pays des pensées délicates
Si j’oublie ma pensée à quoi me raccrocher ?
Mon antre familier est dans les pierres et les lierres
La nuit je m’assieds seul sur mon divan-rocher
La lune ronde monte puis s’arrête
Je me vois nu comme en plein jour
La nuée de mon coeur n’est nulle part appuyée
Pourquoi courir après les brumes vertes bleues grises ?
La lune ronde monte sur mon front

Pz 122

Qui suis-je ? Qui suis-tu ? Que suis-je ?
Qui cherche un endroit pour se reposer ?
Dans les pins silencieux s’embellit une chanson
Plus on se rapproche plus elle est belle
Sous un arbre un vieil homme lit marmonnant
Il ne se souvient plus d’où il est venu ni par où
Le bonheur c’est la voie quotidienne
Les grandes erreurs ne sont pas conscientes
La liberté me donne des émotions sauvages
Je paresse avec mes copains les nuages

Pz 121

je veux vivre libre avec les humains de la terre
Libre parmi les hommes libres !
L’exil est parfois une aubaine
A l’aube ma bêche bouleverse la rosée
Le soir ma rame heurte les rochers
Je vais et je viens en pays inconnu
Si je m’écoute mon chant rejoint le ciel
Solitaire et solidaire je m’abstiens de juger
L’abstrus et l’abscons ne sont pas religion
Je danse avec toi si tu veux bien de moi

Pz 120

Je ne suis pas Dieu ni un dieu pas même un génie
Sous le soleil d’été dans un studio de joncs
Je frémis à l’unisson des oiseaux des écureuils
Les jeunes pousses de bambous sont agressives
Une hirondelle s’est fait un nid au dessus de ma tête
Les abeilles sont réunies dans un essaim sauvage
L’exubérance du monde est le plus beau des jeux
Le spectacle des fleurs embaume chaque saison
Je vis libre avec les humains de cette terre
La profondeur est dans les apparences

Pz 119

Personne n’aime mes écrits
Je reviens à ma bicoque
Je n’ai pas de génie
Je rate tout ce que je fais
Y compris le petit poème d’aujourd’hui
Mille maux m’ont privé de mes vieux amis
Mes cheveux blancs précèdent mon âge
Mes insomnies sont perpétuelles
Mon éternel chagrin m’afflige
Ma fenêtre est vide la nuit

Pz 118

Je rentre canne au poing désenchanté
Par le sentier ardu aux lacets de broussailles
Dans les eaux claires de notre torrent
Je me lave les pieds les mains le visage
On se reçoit souvent entre voisins
J’ai un vin de pays et un poulet
Légumes et fruits appartiennent au voisinage
Il fait sombre Un feu de sarments
Nous rend la lumière La soirée est si courte
Le jour se lève

Pz 117

Bois et prés de mon ancienne errance
Petit garçon je grimpais à travers les broussailles
Je traversais une antique demeure
Le puits et le foyer étaient presque intacts
Muriers et bambous sont envahissants
je me demandais parfois de plus en plus
Où était parti celui qui habitait là
L’homme vit en fantôme magique
Il faut toujours qu’il retourne au néant
Le néant qui n’est vraiment rien

Pz 116

Le givre et le grésil favorisent les herbes folles
L’herbe foisonne aux dépens de mes pois
Je débroussaille dès l’aube
Je reviens avec la lune
Herbe ma hantise a poussé dru
La rosée du soir humecte mes habits
Peu m’importe d’être humide et tout mouillé
Si mes voeux se réalisent :
La défaite provisoire
De l’herbe sauvage et folle !

Pz 115

A la campagne les absents sont nombreux
Les ruelles sont vides
Le soleil est blanc
Ma chambre vide craint la poussière
Quand nous rompons le silence
C’est pour parler de tout et de rien
Nous nous retrouvons pour les foins
Ce qui est sur la terre grandit
Avant de disparaître
Je tremble à la venue du givre et du grésil

Pz 114

Un chien aboie un coq chante
Un village est habité dans le flou du lointain
Ses fumées le précèdent
Nos préjugés nous tueront peut-être
Au fond de la ruelle mon seuil
N’invite aucun chaos
Dans ma chambre vide je me repose
Je suis resté en cage longtemps
Une araignée appréciait ma musique
Je retourne à la libre nature