octobre 2018
L Ma Me J V S D
« mar    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  
Commentaires récents
    Catégories

    Articles avec le tag ‘extrémisme’

    Métissage ou hybridation culturelle, une option ou un fait.

    En ces temps où les États remettent en cause leur politique culturelle, jugée trop laxiste.

    En ces temps où la cité se demande s’il n’est pas du bon ton de réaffirmer son identité culturelle pour rappeler à l’extrémisme qu’il n’est pas en territoire culturellement vierge, je crois qu’il serait profitable pour la cohésion de nos sociétés de voir si nous n’exagérons pas dans ce débat identitaire qui surgit de nouveau et qui pousse encore tout le monde vers les extrémités.

    Ne nous y trompons pas, aucune société ne ressemble pas, trait pour trait, à une autre. Elles ont toutes des traits distinctifs dont elles sont fières comme si elles ne pouvaient exister qu’en étant différentes les unes des autres. Mais ces particularités suscitent aussi des jugements de valeur de la part de ceux qui ne les comprennent pas. Certains, en effet, pensent, agissent et même disent vertement que toutes les cultures ne se valent pas. Sous-entendu que certaines doivent être interdites. Et d’autres, par amour pour ces cultures méprisées, lesquelles incarnent leur vision du monde ; et par peur d’être écrasés,  dépossédés de leur identité, sont prêts à commettre des barbaries. Les premiers doivent êtres combattus au même titre que les derniers, car ils apportent de l’eau au moulin de l’extrémisme, d’ailleurs ils sont aussi extrémistes.

    Non seulement le fait de dire que sa culture est supérieure aux autres n’est pas moralement acceptable, mais aussi il  ne repose sur aucune logique.

    La culture est avant tout la réponse qu’un milieu forge pour relever les défis existentialistes auxquels il est confronté. S’il est vrai que tous les milieux n’ont pas le même environnement physique et social, s’il est vrai que les défis auxquels ils sont confrontés ne sont pas les mêmes, il n’est alors pas raisonnable qu’on compare  les cultures qu’ils ont engendrées. Aussi celui qui quitte son milieu pour un autre, et qui transporte sa culture au dos comme une carapace est-il aussi blâmable que celui qui s’attend à ce que quiconque entre dans le pays laisse sa culture à la frontière comme on y laisserait un objet prohibé.

    Il est vrai qu’il fut un temps où nos sociétés étaient plus ou moins homogènes. Mais la mobilité des personnes, le développement des moyens de communication ont rapproché les hommes, leur manière de vivre. Ils ont fragmenté les frontières culturelles à ce point qu’on se demande si celles-ci continuent d’exister telles que nous les supposons. Oui, il est bien loin ce temps où on pouvait se réclamer d’une seule culture. Nous sommes, en fait, devenus des arlequins, habillés de tissus de couleurs différentes où prédomine peut être une couleur que nous appelons injustement notre culture, et que nous défendons, peut être par vanité, comme constituant notre identité culturelle. Reconnaissons toutefois qu’il est de ces vanités qui ont le charme des sentiments nobles et qu’il faudrait  mieux garder. Si un buisson vous garde du danger, c’est en termes de forêt que vous devez en parler, dit-on chez nous.

    L’hybridation culturelle n’est plus une option, c’est un fait que nous vivons, et on ferait mieux de le reconnaitre. Il ne s’agit nullement de s’intéresser à la culture de l’autre parce qu’il faut le faire, mais de faire l’effort de synthèse que le monde globalisé exige désormais de tous les hommes, mais de donner à l’autre l’opportunité d’exprimer lui aussi sa vanité,

    Ne permettons donc pas que des nostalgiques d’un autre âge, d’un bord comme de l’autre, viennent distraire cette marche comme si nos cultures n’étaient pas appelées à évoluer. Nos sociétés produiront toujours leur Mohammed Merah et leur Anders Behring Breivik, pour qui  la défense des valeurs culturelles ne sera qu’un prétexte pour exprimer leur cruauté. Mais c’est notre fermeté et notre impartialité face à ces crimes qui décourageront d’autres.

    Komlan morgah