Détours et des nuits, octobre 1998

     EXPO PHOTO    Du 1er au 31 octobre 1998 à St Hippolyte

   Les expos ne manquent pas. Nous aurions pu, par exemple, vous parler de BRUITS SECRETS, la colossale manifestation se déroulant au C.C.C. de Tours.

   Mais nous avons choisi de nous pencher sur deux événements, certes plus confidentiels, mais tout aussi intéressants. Deux expos se déroulant en dehors des balises officielles de l’Art.

ANAMNESE

Trois photographes et un poète exposent leurs travaux à la galerie La Métisse d’Argile

   Genèse du projet

   Le photographe Thierry Cardon nous parle de cette exposition commune, et de la démarche des artistes…

   “Nous sommes trois photographes à avoir pris des vues sur des berges de sable. Jacques Péré, avec “Laisse”, montre des animaux morts et rejetés par la mer, avec des tirages encadrés de bois flottés. Alain Bouillot, lui, présente “Nautile”, sols de sables sur plage à marée basse. Ils jouent avec les dessins d’ombres et d’algues, les veinures du sable, donnant à voir des visions, des images de la genèse du monde pour qui poursuit la rêverie…

   De mon côté, je présente “Amas” avec le texte de Michel Diaz “Traits, spirales et pointillés”.

   Des tessons de poteries jonchent certaines plages du bord de Loire. Les photos montrent des échantillons disposés de façon rythmique, souvent circulaire, amas à même les berges du fleuve. Ces vestiges, encore marqués de l’empreinte même de l’artisan, ne sont pas rares et témoignent de nombreux échouages ou naufrages. Mais plus que l’archéologie ligérienne, c’est ici l’imaginaire du fleuve qui m’a inspiré. Ces bris d’objets sont des fragments de notre passé, et la mémoire est là, comme la vie, à les réorganiser dans des lectures différentes, me poussant à créer de nouvelles images. Quant à lui, l’écrivain entoure le fait d’amasser ces simples objets par des métaphores poétiques des lieux environnants, en appelant à l’universalité du fleuve et à un voyage dans le temps, fouillant la langue pour nous plonger dans l’imaginaire de la mémoire même du monde…”

   Extraits du texte de Michel Diaz accompagnant les photos de Thierry Cardon:

   “Bords de Loire, l’été, ses berges assoiffées, dallées de vases brunes, encroûtées de sables noircis – entre lit du fleuve et levées où s’étendent plages et varennes – entre-deux d’arbres nains, de broussailles, de ronces, de joncs, de bois flottés de toutes sortes, planches, troncs et racines enchevêtrés, semblables à des animaux gigantesques, usés par les hauts fonds, ballotés par les crues…

   No man’s land de chemins abandonnés de l’eau, cardés par le soleil, où ne restent plus dans les touffes d’herbes, le sable et la vase imprimée de pattes d’oiseaux, que galets et cailloux, déchets et rebus retenus dans le van du fleuve et partout répandus comme jonchée inépuisable de trésors façonnés et polis sous les doigts oublieux du courant…

    Il faudrait dire encore le fleuve, son fret d’images craquelées, et la terre couchée devant lui, sous le soleil, qu’il a serrée comme une proie, et qu’il étreint comme une amante, son fond doux et sableux à mesure emporté, ses beaux bras foudroyés sur leur lit d’eaux rugueuses, de boues ingrates et d’odeurs fauves quand la chaleur meurtrit l’été, ses mains rampant dans les jardins d’épines, sur les plages où pourrissent poissons et mouettes, et la pulsation de sa gorge ouverte sur l’arête des pierres, d’où s’épanche à voix de blessé un peu de cette vérité qui dure…”

   Jean-Baptiste Diaz

  

  

  

Les commentaires sont fermés.