Archive pour la catégorie ‘Revue de presse (choix d'articles)’

LA VOIX DU BASILIC ; N°41

LA NOUVELLE REPUBLIQUE, 9 mai 2012

Reflets du Temps

SEPARATIONS  

- Nouvelles, Editions L’Harmattan, 2009 -

 

 ”Nous ne vivons que de séparations” prévient l’auteur! “Comme autant de mutilations successives. Même salutaires. D’amputations. De quelqu’un, de quelque être, ou de quelque chose, qui a fait partie de nous-mêmes, s’est détaché de nous… de quelque chose qui, peut-être bien, n’a jamais été là…” Mais avant, à un moment indéfinissable, celui des arcanes où se mêlent histoire et contre-histoire, on pense qu’il est encore temps de recoudre la coupure, de rectifier la trajectoire, de se persuader que les pensées peuvent toujours se clarifier. Sinon, à quoi bon avoir planché aussi longtemps sur la Renaissance italienne et les peintres flamands pour en arriver à l’état de vide intérieur que confère la vente de billets à des touristes et les visites guidées qu’un des personnages débite devant des tableaux qui leur ferme la bouche et, sans doute aussi, les yeux?

A quoi bon encore toutes ces années consacrées à une thèse de doctorat sur les influences de l’Expressionnisme européen, allemand surtout, sur le nouveau théâtre des années cinquante (appelé Théâtre de l’Absurde), alors que tel autre personnage, professeur de littérature, se sépare de sa compagne, insidieusement, immanquablement?… Les coups de pinceaux sur une toile séparent peu à peu le peintre de son sujet initial, l’orientent vers un second, qui en sera une sorte de copie améliorée ou dégradée. En définitive, elle s’avèrera son autoportrait. Il ne le sait pas encore, quand sa compagne, par simple contact d’une main étrangère, banale dans un parc, ressent les prémices d’un profond bouleversement dont les conséquances la conduiront à se séparer de lui… Elle et lui, lui et elle, c’est un couple en déliquescence, ce sont deux amants en mal de mots, mais encore une mère et son fils en souffrance relationnelle, ou un maître et son chien agonisant… Toutes ces nouvelles sont écrites d’une écriture distillée avec pudeur, avec humour aussi, mais dérision jamais. Il y a toujours, en chacune d’elles, une touche d’espérance, dissimulée dans le langage de l’auteur que l’on entend comme un dialogue, jamais un monologue.

Michel Diaz a enseigné la littérature et l’art dramatique. Il a écrit des textes poétiques (Mise en demeure, éd. Pierre-Jean Owald, Atelier des silences, éd. Hesse, préface d’Yves Bonnefoy) et dramatiques (théâtre: Le Verbe et l’hameçon, éd. P.-J. Oswald, Le Dépôt des locomotives, éd. Jean-Michel Place, et L’Insurrection, Cahiers de Radio-France). Il a travaillé au théâtre avec Maria Casarès, Georges Vitaly et Michel Vitold. 

 

Chistian MASSE, rédacteur à Reflets du Temps

 

 

 

Les Carnets d’Eucharis N°20, mai 2010

 
  Loire, lits profonds

  Photographies de Thierry Cardon.
  Texte de Michel Diaz.

  (Devaît paraître aux Editions Adam Biro en 2011. Ce projet, non abouti, est en attente de publication.)


  Un beau livre qui nous invite à explorer

de façon intime et singulière

notre dernier fleuve sauvage…

  L’ouvrage Loire, lits profonds, qui contient 56 photographies et une cinquantaine de pages de textes poétiques et analytiques, se compose de deux parties.

  Dans la première, Bois levés, le photographe Thierry Cardon nous propose des images de la Loire en totale rupture avec celles qui nous sont habituellement proposées du beau “fleuve royal”. Ici, la Loire n’est pas photographiée dans un souci qui sacrifie à l’esthétique paysagiste, mais elle plutôt “pénétrée”, dans ses plages et ses varennes, par un regard qui nous conduit dans les secrets de son intimité. Regard aigu qui nous propose un monde que l’oeil ordinairement ne voit pas, et que les mots de Michel Diaz nous permettent aussi d’approcher: un espace livré à la seule puissance du fleuve, étrange et envoûtant, mais sourdement hostile et inquiétant, où les forces obscures de la nature continuent toujours de mener leur ballet de vie et de mort.

  Dans la seconde partie, Amas, les photographies de Thierry Cardon et le texte de Michel Diaz nous invitent à plonger dans l’archéologie intime de la Loire, à lire sur le sable de ses plages l’histoire que le fleuve entretient, depuis l’Aube des temps, avec celle des hommes, à nous interroger encore sur la fondation des mythes à travers lesquels la nature et l’humanité s’éclairent d’un sens réciproque. Mythes dont les deux auteurs de cet ouvrage se proposent de réactiver la lecture dans une quête presque initiatique, nous invitant à explorer notre rapport au monde, à questionner ce qui nous est donné à voir pour tenter de le relier aux troublantes questions de nos origines.

 Extraits du texte:

“Tout cet espace déployé dans le regard

  sa hauteur lumineuse

  qui n’est pas seulement édifice de ciel et d’air

  gréé d’azur et de clameurs

  vaisseau de formes fluides

  éternellement aspirées

  vers ces vagues lointains où les eaux se rassemblent

 

  Il faudrait

   dire encore le fleuve

  son fret d’images craquelées

  et la terre couchée devant lui    sous le soleil

  qu’il a serrée comme une proie

  et qu’il étreint comme une amante

  son fond doux et sableux à mesure emporté

  ses beaux bras foudroyés sur leur lit d’eaux rugueuses

  de boues ingrates et d’odeurs fauves quand la chaleur meurtrit l’été

  ses mains rampant dans les fourrés d’épines

  sur les plages où pourrissent poissons et mouettes

  et la pulsation de sa gorge ouverte sur l’arête des pierres

  d’où s’épanche à voix de blessé un peu de cette vérité qui dure…”

Cahiers de la littérature belge et francophone, janvier 2010

     SEPARATIONS, nouvelles

    Un écrivain français qui s’attaque au genre de la nouvelle, à une époque où la publication des nouvellistes s’est dramatiquement raréfiée! Michel Diaz ose s’y confronter, et, pour notre plus grand plaisir, nous offre le recueil intitulé “Séparations”. Comme son titre l’indique, il rassemble treize nouvelles qui traitent du thème de la séparation, décliné sous un certain nombre de formes: celle qui défait les couples, mais aussi celles qui s’emploient à séparer les êtres… malaise existentiel, mort, incommunicabilité… ou folie.

    Une telle présentation pourrait a priori laisser croire qu’il s’agit là de textes sombres qui laissent peu de place à l’espérance. Mais il faut se plonger dans le recueil pour s’apercevoir, dès les premières pages, que l’auteur sait ménager une place honorable à l’humour, à l’autodérision, voire au burlesque. On rit beaucoup, à certains passages, comme à d’autres on a du mal à contenir son émotion. Les personnages que l’auteur met en scène (on devine, ici et là, que certaines situations sont empruntées à son vécu) sont des gens “ordinaires”, c’est-à-dire chacun d’entre nous, confrontés aux problèmes “ordinaires” qui tissent notre quotidien mais que nous vivons quelquefois comme des tragédies. Cette écriture, fluide et dense à la fois, ne manque pas d’élégance; réaliste mais souvent poétique aussi, elle sait nous captiver d’un bout à l’autre par l’aisance que l’auteur sait lui infuser pour nous conduire à travers toutes sortes d’émotions et de sentiments - dans lesquels nous nous reconnaissons souvent parce qu’elle nous tend le miroir de nos propres fragilités. Lisez son recueil, “Séparations”, vous y trouverez sûrement votre compte.

    Dominique Rezeau 

Parallèle(s), n° 10, décembre-janvier 2010

   Les “séparations” de Michel Diaz

   “Nous ne vivons que de séparations”, écrit le Tourangeau Michel Diaz dans la préface au recueil de 13 nouvelles qu’il vient de publier aux Editions de L’Harmattan. Des situations a priori ordinaires qui basculent, des amours défuntes, des regrets, les destructions et reconstructions qui sont le lot de tout être humain. Ce pourrait être désespéré, mais ça ne l’est pas, car l’humour vient toujours à point nommé pour évacuer le désespoir et signifier que ces déchirures, ces oublis, ces incompréhensions ne doivent pas nous interdire, bien au contraire, de rester debout sur le chemin de la vie.

   Marie Lansade

La Nouvelle République, mardi 27 octobre 2009

 

     Séparations: treize adieux signés Michel Diaz

     “Séparations”, chez l’Harmattan. Un an après sa retraite (il enseignait au lycée Balzac de Tours le français et le théâtre), Michel Diaz sort sous ce titre un recueil de treize nouvelles. L’auteur est de ces faux taiseux et vrais passionnés de la chose écrite, qu’on est tout heureux d’entendre vanter les mérites d’un Michel Leiris, trouver beau le journal de Julien Green et regretter avec une force de conviction convaincante la disparition des mythes et la dissolution de la parole dans le brouhaha médiatique. Michel Diaz a publié des textes poétiques (maraudant du côté des bons: André du Bouchet, René Char), écrit des pièces de théâtre diffusées pour certaines d’entre elles sur France-Culture, ou jouées sur les planches avec la grande Maria Casarès. Et donc choisi la formule de la nouvelle autour du thème de la séparation. Séparations sous toutes les formes (il y a même la perte d’un animal, dont on sait depuis Colette quelle place ces derniers peuvent tenir dans la vie d’un écrivain), avec, bien évidemment, en première ligne, celle qui ravage les couples. Mais ce peut être aussi un fils “divorçant” de sa mère (pas la moindre douloureuse des ruptures) ou même “quelqu’un de soi-même” selon l’expression de Michel Diaz. Qui, on le devine, a connu de tels déchirements intimes et d’autant plus durs à vivre. Heureusement, il y a l’humour pour faire passer la pilule, cette arme efficace si bien utilisée: l’auteur connaît son existence et en use sans en abuser. De quoi faire de son livre un bouquet d’émotions, et le “chemin de croix” en treize stations d’un parfait honnête homme. Sans ironie de notre part…

     Pierre Imbert

Détours et des nuits, octobre 1998

     EXPO PHOTO    Du 1er au 31 octobre 1998 à St Hippolyte

   Les expos ne manquent pas. Nous aurions pu, par exemple, vous parler de BRUITS SECRETS, la colossale manifestation se déroulant au C.C.C. de Tours.

   Mais nous avons choisi de nous pencher sur deux événements, certes plus confidentiels, mais tout aussi intéressants. Deux expos se déroulant en dehors des balises officielles de l’Art.

ANAMNESE

Trois photographes et un poète exposent leurs travaux à la galerie La Métisse d’Argile

   Genèse du projet

   Le photographe Thierry Cardon nous parle de cette exposition commune, et de la démarche des artistes…

   “Nous sommes trois photographes à avoir pris des vues sur des berges de sable. Jacques Péré, avec “Laisse”, montre des animaux morts et rejetés par la mer, avec des tirages encadrés de bois flottés. Alain Bouillot, lui, présente “Nautile”, sols de sables sur plage à marée basse. Ils jouent avec les dessins d’ombres et d’algues, les veinures du sable, donnant à voir des visions, des images de la genèse du monde pour qui poursuit la rêverie…

   De mon côté, je présente “Amas” avec le texte de Michel Diaz “Traits, spirales et pointillés”.

   Des tessons de poteries jonchent certaines plages du bord de Loire. Les photos montrent des échantillons disposés de façon rythmique, souvent circulaire, amas à même les berges du fleuve. Ces vestiges, encore marqués de l’empreinte même de l’artisan, ne sont pas rares et témoignent de nombreux échouages ou naufrages. Mais plus que l’archéologie ligérienne, c’est ici l’imaginaire du fleuve qui m’a inspiré. Ces bris d’objets sont des fragments de notre passé, et la mémoire est là, comme la vie, à les réorganiser dans des lectures différentes, me poussant à créer de nouvelles images. Quant à lui, l’écrivain entoure le fait d’amasser ces simples objets par des métaphores poétiques des lieux environnants, en appelant à l’universalité du fleuve et à un voyage dans le temps, fouillant la langue pour nous plonger dans l’imaginaire de la mémoire même du monde…”

   Extraits du texte de Michel Diaz accompagnant les photos de Thierry Cardon:

   “Bords de Loire, l’été, ses berges assoiffées, dallées de vases brunes, encroûtées de sables noircis – entre lit du fleuve et levées où s’étendent plages et varennes – entre-deux d’arbres nains, de broussailles, de ronces, de joncs, de bois flottés de toutes sortes, planches, troncs et racines enchevêtrés, semblables à des animaux gigantesques, usés par les hauts fonds, ballotés par les crues…

   No man’s land de chemins abandonnés de l’eau, cardés par le soleil, où ne restent plus dans les touffes d’herbes, le sable et la vase imprimée de pattes d’oiseaux, que galets et cailloux, déchets et rebus retenus dans le van du fleuve et partout répandus comme jonchée inépuisable de trésors façonnés et polis sous les doigts oublieux du courant…

    Il faudrait dire encore le fleuve, son fret d’images craquelées, et la terre couchée devant lui, sous le soleil, qu’il a serrée comme une proie, et qu’il étreint comme une amante, son fond doux et sableux à mesure emporté, ses beaux bras foudroyés sur leur lit d’eaux rugueuses, de boues ingrates et d’odeurs fauves quand la chaleur meurtrit l’été, ses mains rampant dans les jardins d’épines, sur les plages où pourrissent poissons et mouettes, et la pulsation de sa gorge ouverte sur l’arête des pierres, d’où s’épanche à voix de blessé un peu de cette vérité qui dure…”

   Jean-Baptiste Diaz

  

  

  

Le Matricule des Anges, Nov-Dec 1997.

                                            ATELIER DES SILENCES


                               Article paru dans Le Matricule des Anges
                        Numéro 21 de novembre-décembre 1997

Un photographe explore trois ans durant un dépôt de locomotives et un poète l’accompagne : deux Orphée pour quelle Eurydice ?

Au bonheur des cheminots

D‘abord la lumière. Une lumière presque surnaturelle où le contraste des noirs et blancs révèle des géométries de fer prêtes à nous sauter à la gorge. C’est une lumière qu’utilisaient probablement certains photographes de mode, au temps du noir et blanc. Ensuite, la violence des matériaux qui s’y trouvent. Ferrailles tranchantes, pièces de métal tordues, chromes et chiffons : l’oeil hésite entre la violence et la misère. L’absence, enfin. Oui, ce que les photographies de Thierry Cardon montrent, avant tout, c’est l’absence. Durant trois ans, ce photographe (né en 1955) s’est rendu régulièrement dans le Dépôt des locomotives de Saint-Pierre-des-Corps, cité ferroviaire en banlieue de Tours. Trois ans à photographier obsessionnellement des ateliers désertés le week-end par ceux qui y triment en semaine. Le résultat est saisissant : le lieu de travail revêt des allures de lieu de détention, avec ses petites poupées engendrées par des résidus de fil de fer et des chiffons, avec cette page de magazine féminin, scotchée au mur, où le dos nu d’un mannequin proclame “le soleil dans la peau”. Un lieu secret aussi, où les outils, les chaînes et les ombres des sculptures métalliques semblent autant de codes mystérieux, où les objets n’ont pas de noms et ne peuvent donc être nommés par le visiteur. Or, justement, nulle présence humaine ici où la nature elle-même n’a pas droit de cité. Tout est marqué de la main de l’homme, mais pas un visage, pas un regard (le mannequin du magazine féminin tourne le dos) ne vient réchauffer l’espace. On se croirait dans un cimetière, un lieu sacré. On comprend dès lors que Michel Diaz, poète et dramaturge ait décidé de composer autour de ces clichés (remarquablement photogravés) un chant antique où le mythe d’Eurydice file la métaphore du royaume des morts. Poésie déclamatoire que celle-ci, propre à trouver dans les ateliers désertés son écho silencieux. Chant plaintif : “une douleur et une solitude qui grandissent/ à chaque seconde/ agrippent les hommes aux épaules à la nuque/ les rendent fous/ une migraine toujours plus mortelle/ une aube en souliers percés/ sous la pluie/ un jour frappé par la tristesse en plein visage/ un ciel aux veines effilochées/ un monde où/ la laideur/ va en s’habituant” où brillent toutefois des “chemins imposteurs/ d’espoirs hallucinés”.

Il y a plus que de la cohérence entre les poèmes de Michel Diaz et les photos de Thierry Cardon. Tout comme un choeur commente le chant d’Orphée (“Et il porte mouchoir à ses lèvres/ pour essuyer le sang de la parole”), les clichés ici, nourrissent autant ce chant qu’il lui donnent un espace. Combien d’obsessions, combien de désirs meurtris, combien de plaintes retenues se font entendre dans le vide que les photos révèlent. Et quelle poésie, aussi, dans ces figurines de fil de fer, mises au monde pour emplir des solitudes. Poésie et images se renvoient ainsi leur reflet à travers un miroir que le lecteur construit page après page.

Avec Yves Bonnefoy, qui préface ce très bel ouvrage, les images de Thierry Cardon trouve une autre lecture. Le père du préfacier “a peiné, a oeuvré toute sa vie d’adulte dans ces forges tourangelles”. Il entre donc une part de nostalgie dans le regard d’Yves Bonnefoy qui ne peut s’empêcher d’évoquer au passé lointain ces ateliers photographiés pourtant en 1992. C’est dire si, en plus de montrer l’absence, Thierry Cardon a su peut-être révéler l’éternité.

Thierry Guichard

–>L’Atelier des silences
Thierry Cardon/Michel Diaz

Éditions Hesse
126 pages, 260 FF, 36 euros





La vie du rail, 4 juin 1997

   CARDON-DIAZ    Les ateliers assoupis de Saint-Pierre-des-Corps

   Thierry Cardon a hanté les ateliers de Saint-Pierre-des-Corps, en dehors des moments d’activité. Ses photos parues sous le titre “Ateliers des silences”, accompagnées d’un texte de Michel Diaz, cherchent l’homme à travers ses traces.

   On imagine généralement les ateliers comme des lieux pleins de bruit et de fureur. Atelier des silences est le fruit d’une errance muette, celle du photographe Thierry Cardon qui, trois années durant, a cherché les traces des hommes au travail lorsque ceux-ci ont déserté la place. Cette étrange odyssée dans les ateliers de Saint-Pierre-des-Corps, haut lieu de mémoire, donne paradoxalement la parole aux absents. C’est dans ces “forges tourangelles”, toujours en activité, que l’on “montait” des locomotives, “mettant en place de lourdes chaudières qui étaient l’âme de la traction à vapeur”, nous dit Yves Bonnefoy, traducteur et poète qui préface ce livre, et dont le père fut ouvrier là-bas. Une locomotive-citerne des plus rudimentaires orne le frontispice du livre, signe d’un ancien âge, celui de la fonte. Un texte de Michel Diaz, sombre et lyrique, inspiré par la descente d’Orphée aux enfers, accompagne ces photographies en noir et blanc.

   Dans ces images, la présence des hommes s’affirme d’autant plus qu’ils sont absents. Le moindre objet semble avoir été mis en scène et l’on retrouve Orphée à travers des effets oubliés, restes qui évoquent le corps absent qui fut, dans le mythe d’origine, déchiré par les Ménades. Le long poème de Michel Diaz nous entraîne aussi dans les méandres de ces labyrinthes infernaux, ponctué d’appels de détresse et de cris d’amour déchiré.

   “La mort

    ô mon amour

    est la maison où tu habites

    et sa plénitude ton lit

    ton jardin

    ta saison

    …

    Jusqu’à elle j’irai    jusqu’à toi

    avec mon corps vivant

    mes mots de chair

    et je t’arracherai aux draps blancs qui t’enneigent

    aux corridors glacés des sèves

    au verger glacé

    de l’oubli”

   Certaines compositions font penser aux ateliers des peintres abstraits américains avec leurs éclats de peinture, leurs débris de matière. On pense aussi à Miro ou Tinguely, dont les sculptures mécaniques sont une ode à la matière libérée. Dans ces “mondes gigognes s’emboîtent les rêves. Il suffit d’un palmier sur le mur pour créer l’illusion, d’une trace à la craie sur la tôle pour conserver le souvenir de ceux qui partiront. Et l’on s’imagine dans quelque grotte préhistorique en voyant ces dessins sur les murs, animaux, profils humains… Figures auxquelles font écho les mots de Michel Diaz:

    Le sang d’un chant muet

    bat parfois dans ses veines

    Parfois des feux obscurs

    dessinent d’autres corps

    troupeaux de formes lisses

    que cerne le silence

   [...]

   Brigitte Scarella