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Reflets du Temps

SEPARATIONS  

- Nouvelles, Editions L’Harmattan, 2009 -

 

 ”Nous ne vivons que de séparations” prévient l’auteur! “Comme autant de mutilations successives. Même salutaires. D’amputations. De quelqu’un, de quelque être, ou de quelque chose, qui a fait partie de nous-mêmes, s’est détaché de nous… de quelque chose qui, peut-être bien, n’a jamais été là…” Mais avant, à un moment indéfinissable, celui des arcanes où se mêlent histoire et contre-histoire, on pense qu’il est encore temps de recoudre la coupure, de rectifier la trajectoire, de se persuader que les pensées peuvent toujours se clarifier. Sinon, à quoi bon avoir planché aussi longtemps sur la Renaissance italienne et les peintres flamands pour en arriver à l’état de vide intérieur que confère la vente de billets à des touristes et les visites guidées qu’un des personnages débite devant des tableaux qui leur ferme la bouche et, sans doute aussi, les yeux?

A quoi bon encore toutes ces années consacrées à une thèse de doctorat sur les influences de l’Expressionnisme européen, allemand surtout, sur le nouveau théâtre des années cinquante (appelé Théâtre de l’Absurde), alors que tel autre personnage, professeur de littérature, se sépare de sa compagne, insidieusement, immanquablement?… Les coups de pinceaux sur une toile séparent peu à peu le peintre de son sujet initial, l’orientent vers un second, qui en sera une sorte de copie améliorée ou dégradée. En définitive, elle s’avèrera son autoportrait. Il ne le sait pas encore, quand sa compagne, par simple contact d’une main étrangère, banale dans un parc, ressent les prémices d’un profond bouleversement dont les conséquances la conduiront à se séparer de lui… Elle et lui, lui et elle, c’est un couple en déliquescence, ce sont deux amants en mal de mots, mais encore une mère et son fils en souffrance relationnelle, ou un maître et son chien agonisant… Toutes ces nouvelles sont écrites d’une écriture distillée avec pudeur, avec humour aussi, mais dérision jamais. Il y a toujours, en chacune d’elles, une touche d’espérance, dissimulée dans le langage de l’auteur que l’on entend comme un dialogue, jamais un monologue.

Michel Diaz a enseigné la littérature et l’art dramatique. Il a écrit des textes poétiques (Mise en demeure, éd. Pierre-Jean Owald, Atelier des silences, éd. Hesse, préface d’Yves Bonnefoy) et dramatiques (théâtre: Le Verbe et l’hameçon, éd. P.-J. Oswald, Le Dépôt des locomotives, éd. Jean-Michel Place, et L’Insurrection, Cahiers de Radio-France). Il a travaillé au théâtre avec Maria Casarès, Georges Vitaly et Michel Vitold. 

 

Chistian MASSE, rédacteur à Reflets du Temps

 

 

 

Bibliographie

Théâtre

Le Verbe et l’hameçon, éd. P.-J. Oswald, Paris, 1977

L’Insurrection (Aide à la création, France-Culture, réalisation Jacques Taroni), Cahiers de Radio-France, 1986

Le Dépôt des locomotives (Aide à la création,Théâtre Mouffetard-Paris; mise en scène de Georges Vitaly, avec Maria Casarès et François Perrot), éd. J.-Michel Place, 1989

Lettre de loin (1990), théâtre (lecture publique au festival de Cluny, par José Cano-Lopez, comédien et directeur de l’Autruche Théâtre)

La Nuit de la Toussaint, éd. La Simarre & Christian Pirot, Joué-les-Tours, janv. 2016

Au Musée de la littérature théâtrale belge, Bruxelles :

Faubourgs amers, 1986

Trois impromptus pour clarinette seule, 1986-87 :

I. Lettre de loin II. Roissy blues III. La Photo de Louise

Solitudes, d’après quatre nouvelles de Raymond Carver, 1988


Poésie et livres d’art

Mise en demeure, éd. P.-J. Oswald, Paris, 1975

Atelier des silences, photos de Thierry Cardon, éd. Jacques Hesse, St-Etienne-de-Diray, 1997

Né de la déchirure, cyanotypes de Laurent Dubois, livret d’exposition, éd. Sérigramme, Chédigny, 2012

Juste au-delà des yeux, photos de Pierre Fuentes, éd. La Simarre & Christian Pirot, Joué-les-Tours, 2013

Cristaux de nuit, éd. de L’Ours Blanc, Paris, 2013

Aux passants que nous sommes, photos de Rieja van Aart, éditions La Simarre & Christian Pirot, Joué-les-Tours, 2013

Sans titre 2 (Approches du visage), peintures de Laurent Bouro, éd. Label-Martin Decrouy, La Guerche, 2014

Arbre(s), dessins de Setsuko Uno, L’Atelier du livre, Paris, 2015

Né de la déchirure, cyanotypes de Laurent Dubois, éd. Cénomane, Le Mans, avril 2015

Archéologie d’un imaginaire, un peintre : Alain Plouvier, peintures d’Alain Plouvier, éd. La Simarre & Christian Pirot, Joué-les-Tours, nov. 2015

Owakudani, terre de soufre, photos de Pierre Fuentes, L’Atelier du livre, Paris, 2015

 

Nouvelles

Séparations, éd. L’Harmattan, Paris, 2009

A deux doigts du paradis, éd. L’Amourier, Coaraze, 2012

Le Gardien du silence, éd. L’Amourier, Coaraze, 2014

Partage des eaux, éd. Noir & Blanc, Toulouse, 2014

Le Petit train des gueules cassées, recueil collectif, éd. De L’Ours Blanc, Paris, 2015

 

Livres d’artistes

- Traits, spirales, pointillés, photos de Thierry Cardon, galerie La Métisse d’argile, Saint-Hyppolite, 1998

- Au regard du silence, photos de Pierre Fuentes, installation, in L’Automnale de Vouvray, oct. 2012

- La Belle, photo de Rieja van Art, éd. Les Cahiers du Museur, collection “A côté”, Nice, 2013

- Owakudani, photo de Pierre Fuentes, Musée du livre pauvre du Prieuré-de -Saint- Cosme, La Riche, 2013

- Ne rien laisser que cendre, encres de Jacques Riby, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La Riche, 2013

- Arbre, vieil arbre, dessins à la pierre noire de Sersuko Uno, éd. Les Cahiers du Museur, collection “A côté”, Nice, 2014

- Feuilles vives, la feuille de vigne, dessins de Jeannine Diaz-Aznar, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La Riche, 2014

- Feuilles vives, la feuille de figuier, dessins de Jeannine Diaz-Aznar, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La Riche, 2014

- Feu et sang, dessins de Georges Badin, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La riche, 2014

- Texture, dessins de Roselyne Guittier, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La Riche, 2014

- Par la fenêtre du solstice, dessin de Roselyne Guittier, collection particulière

- Dans la nuit de la voix, dessins de Jean-Gilles Badaire, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saont-Cosme, La Riche, 2014

- Au commencement était le silence, photo de M. Chr. Schijen, Musée du livre pauvre du Prieuré-de-Saint-Cosme, La Riche, 2014

- Dans l’inexplicable présence, dessins de Martin Miguel, en collaboration avec Yves Ughes, éd. Les Cahiers du Museur, collection “A côté”, Nicce, 2014



 


















Préface au Dépôt des locomotives, 1989.

 
Le Dépôt des locomotives, Pièce en un acte
Michel Diaz

ISBN : 2 85893 110 0
1989 – 88 p. - 120 x 195 mm
7.00 €



[Extrait de la préface:] … Comme tout auteur, Michel Diaz impose sa règle de jeu. C’est moins par le sens le plus immédiat de ses répliques qui révèlent les sentiments profonds que par le choc de ces répliques.
Ce qui m’a séduit, en premier chef, dans Le Dépôt des locomotives, c’est L’ESPOIR. Cet espoir est à la limite de l’impossible. Il est avant tout l’espoir de retrouver l’autre.
Nina et Michael s’expriment par monologues. Les différentes strates du langage se superposent, se complètent comme par échos dissonants, lointains mais douloureux. L’être, placé face à son miroir intérieur, prête un regard et une oreille attentifs aux images hallucinées et aux sons inquiétants, mal répertoriés. Ils semblent vouloir deviner le pourquoi des choses hostiles, d’un monde froid, ennemi. Dans la nuit lunaire, irréelle, ils livreront un combat délirant et robuste à la fois, atteignant un lyrisme et une démesure qui les projette dans une non réalité qui deviendra vite leur domaine magique et palpable.

Le choix du monologue, comme langage de communication, souligne un profond besoin de confessions. C’est une psychanalyse en vase clos. La parole linéaire, aux accents obsessionnels fait débonder le trop plein de souffrances accumulées d’amour manqué. La vélocité du langage et son rythme accéléré, les phrases souvent réduites aux ” mots-force “, aux ” mots-douleur “, nous mettent en présence d’un univers qui exprime des pulsions d’un moi mal vécu.

Dans Le Dépôt des locomotives le désespoir des personnages est profond, mais subsiste néanmoins l’ultime espérance d’un devenir encore possible dans l’évasion de soi et dans l’amour.

Georges Vitaly, Paris, 1989

LE CANARD ENCHAINE, 8-14 mars 1989


Le dépôt des locomotives

(Un bon petit train)

     Ce dépôt, c’est la ferraille, la casse, le rebut où l’on jette les locomotives humaines à bout de course. Une maison de repos qui porterait mieux le nom de maison de tourment: c’est là qu’ont échoué Maria Casarès et François Perrot, Nina et Michaël, en fin de parcours. Bouts de bidoche fanés, ils y butent sur l’humilation d’être devenus des légumes qu’on lève, qu’on lave et qu’on égoutte sans même les écouter, entre les mains de leurs insupportables infirmières, Nadine Servan et Valentine Varela, qui gloussent et caquètent, roucoulent et clabaudent sans retenue ni pudeur, indifférentes, sadiques, scandaleuses de vie.

     Une nuit, ils s’évadent. Ils se libèrent de leurs chaises roulantes. Ils font le mur. En un dernier soubresaut, ils empoignent les crinières du rêve, guidés par le souvenir. Laissés-pour-compte de l’existence, ils interrompent leur fin de partie pour galoper en plein azur, harcelés, pourchassés, fugitifs, fouillant l’un l’autre leurs plaies vives, et les pansant au baume de la tendresse, jusqu’au fin bout du monde, jusqu’au bord de l’abîme.

     C’est – à ma connaissance – la première pièce de Michel Diaz, en tout cas la première à être montée par des professionnels d’un aussi haut talent. Il convient d’autant plus de saluer d’un grand coup de chapka l’audace tranquille de l’éternel jeune homme Georges Vitaly: depuis Beckett et Ionesco, combien d’auteurs en culotte courte, au talent d’abord jugé déconcertant, sont passés entre ses mains? Après Victor Haïm, Bourgeade ou Varoujean, il s’acharne à démontrer qu’il y a des auteurs français: que n’a-t-il davantage d’émules!

     Maria Casarès et François Perrot jouent le jeu avec superbe. Diaz ne leur a pas livré un texte facile: tourbillonnaire comme une galaxie, avec des pépites d’une intense beauté, charriées dans un flot parfois plus flou. Ils s’y attaquent avec une fougue, un primesaut juvénile dont le souffle culbute, et qui s’infiltre dans nos veines: c’est cela le miracle de l’élan Vitaly…

     Bernard Thomas

 

LE FIGARO, 21 février 1989

     Maria Casarès

l’ensorceleuse

Elle a le charme des monstres quand ils sont sacrés.

Dans “Le Dépôt des locomotives”, une pièce du jeune poète Michel Diaz,

elle est une fois de plus… la locomotive.

     [...]

     “Le théâtre, c’est un creuset de sorcellerie, on y déverse ses démons. Il n’y a pas d’un côté le diseur et de l’autre le voyeur. Pour qu’il y ait théâtre au sens où je l’entends, il faut qu’il y ait risque. Mais si les spectateurs sont avec vous, ils peuvent vous donner du génie.”

     Maria Casarès tient de la fée et de la sorcière. Elle a conservé intact son pouvoir d’envoûtement. Intactes sa foi, sa force, sa générosité, son rire, sa vitalité, sa vertu de ne jamais être là où on l’attend, monstre sacré, étouffé par les honneurs, mais éternelle comédienne en quête de passion.

     Elle crée vendredi au Théâtre Mouffetard Le Dépôt des locomotives de Michel Diaz avec François Perrot, sous la direction de Georges Vitaly.

     “La pièce annonce un jeune poète de théâtre. C’est un très beau texte sensible et fort à la fois, traversé d’images fulgurantes. J’ai été touchée par son univers onirique et picaresque, sa langue littéraire, recherchée, et dans le même temps, écrite comme en se jouant, à la diable, dérapant vers des expressions populaires.  Une langue qu’on a plaisir à se mettre en bouche et totalement théâtrale dans sa facture.”

     Michel diaz, poète (Le Miroir de sable) est en poste à Tours où il est professeur. Pour la première fois, il est joué à Paris. Le Dépôt des locomotives, c’est l’histoire d’un couple qui achève ses jours dans une maison de retraite. Il décide de quitter cet endroit qui les étouffe. Et c’est le départ vers la mer, la traversée du désert, l’arrivée sur la terre promise. “Mais s’enfuit-il? interroge Maria Casarès. N’est-ce pas dans l’imagination du couple qu’a véritablement lieu cette cavale? Finalement la pièce tente de répondre à une question clé: quelle route peut-on prendre pour aller à la mort sans abandonner l’idée de vivre jusqu’au bout?… C’est, après tout, une question essentielle.”

     [...]

     Marion Thébaud

     

LE QUOTIDIEN DE PARIS, 20 février 1989

     THEATRE MOUFFETARD

LE DEPOT DES LOCOMOTIVES

DE MICHEL DIAZ

CASARES DEFEND UN JEUNE AUTEUR

     C’est au Rond-Point qu’on la retrouve. C’est là qu’elle répète. Chez les Renaud-Barrault. Sa grande famille de théâtre. [...]

     “C’est si délicat, une écriture nouvelle”, Maria Casarès se confie à Armelle Héliot pour le Quotidien de Paris… Toute énergie bandée, impétueuse, toujours éclatante d’intelligence, de jeunesse, de joie mystérieuse, Maria Casarès, belle infiniment et simple, majestueusement. Souveraine à la recherche d’un paquet de cigarettes. Il faut bien que l’angoisse parte en fumée! Elle rit et c’est plus de quarante ans de la grande histoire du théâtre et du cinéma qui est là, offerte. Oh! ne comptez pas sur elle pour effacer de son parcours les premières stations. “Deirdre des douleurs”, c’était 1942-1943, et son premier spectacle avec Georges Vitaly, c’était en 1946: Les Epiphanies de Pichette, poète que certains cuistres faiseurs de dictionnaires oublient, mais qui est bien là, dans les plis d’une langue magnifique.

     C’est Vitaly que Maria Casarès retrouve aujourd’hui donc, pour encore une fois créer un auteur, un jeune auteur, un écrivain tout neuf.

     “C’est Georges, en effet, explique-t-elle, qui a reçu cette pièce et, l’ayant lue, m’a appelée. Il y a déjà un certain temps. Mais j’avais d’autres engagements… Pourtant, je tenais particulièrement à jouer ce texte que je trouve d’une vitalité extraordinaire, insensée! Il y a une virtuosité d’écriture tout à fait fascinante, quelque chose qui ne peut que mettre en appétit un acteur!”

     Michel Diaz, l’auteur, est professeur de lettres à Tours. Une de ses pièces a été diffusée par France-Culture en 1985: L’Insurrection. Sujet: l’Algérie. Il a écrit des recueils de poèmes (Le Miroir de sable) et d’autres pièces que ce Dépôt des locomotives que Vitaly crée aujourd’hui. Le metteur en scène signale d’ailleurs à l’attention d’autres textes: Tangos et Trois impromptus pour clarinette seule.

     “Ce qui me plaît, dit Maria Casarès, c’est de plonger dans un univers de notre temps, cela procure  un sentiment de virginité… Mais créer la pièce d’un auteur nouveau, cela fait trembler aussi… On prend un risque, on fait courir un risque à l’écrivain…”

     Deux personnages, Michael, que joue François Perrot, et Nina. Fin de vie dans une maison de retraite tenue par des soeurs. “Ils ne peuvent plus supporter d’être là et souhaitent aller au bout d’un chemin: ils réinventent leur vie… Ils traversent cauchemars, rêves, paysages… Une histoire de couple. Un homme, une femme. Avec tout ce que cela peut comporter de malentendus parfois… Ils ne se ressemblent pas; lui, ce sont les mots, la création, les images… Elle, ce sont la terre, les relations plus sensuelles aux choses, plus sentimentales aussi…”

     Casarès en parle bien de cette pièce, avec toujours cette gourmandise de ton et cette flamme magnifique dans l’oeil qui brille…

     La pièce, qui s’ouvre sur une scène avec deux autres comédiennes (Valentine Varela et Nadine Servan), s’appuie tout entière sur ce rêve à deux: “J’aime beaucoup ces textes à deux personnages, dit Maria Casarès. J’ai joué déjà ainsi dans Cher menteur avec Pierre Brasseur et dans Le borgne est roi avec Sami Frey… C’est très fatigant, mais très passionnant…”


LE NOUVEL OBSERVATEUR, 16 février 1989


LE DEPOT DES LOCOMOTIVES

de MICHEL DIAZ

LA DERNIERE NUIT

     Un jeune auteur, professeur à Tours, qui, pour ses débuts, a la chance d’être joué par Maria Casarès, cela ne se voit pas tous les jours! C’est ce qui arrive à Michel Diaz pour son “Dépôt des locomotives”, qui affronte les feux de la rampe au théâtre Mouffetard le 21 février. Loin de jouer les divas, la grande Casarès se fait toute petite: “J’ai une peur bleue de le trahir!, dit-elle de sa voix célèbre, c’est pire que Shakespeare! Toutes les pièces posent des questions, mais avec les classiques, on a déjà des césames, de vieilles familiarités, même si les acteurs doivent être toujours neufs, vierges. Ici, il s’agit d’entrer: mais par où, comment? La pièce est un mélange de tragédie et de cocasserie, elle peut se prêter à plusieurs lectures. François Perrot et moi incarnons un couple très âgé qui est dans un hospice. Il va passer sa dernière nuit: comment inventer encore de la vie pour aller jusqu’au bout? C’est une nuit onirique, un voyage à travers des déserts, des océans, mais un périble immobile, un rêve ou cauchemar cocasse. La pièce me fait penser à certaines histoires juives: nous parlons beaucoup de la Bible, nous revivons l’histoire du monde. Peut-être suis-je Eve? Le monde est montré comme un ennemi souvent atroce. Un autre thème est celui des mots, de la culture, de la création. Nina, mon personnage, est la femme terrienne, viscérale, sensuelle. Dans leur affrontement, Nina et Michael se butent et s’entraident, toujours comme si, entre eux, ils poursuivaient un jeu ininterrompu.”

     Comme metteur en scène, Maria Casarès retrouve Georges Vitaly, qui ne l’avait pas dirigée depuis… 1946! “C’était pour Les Epiphanies de Pichette avec Gérard Philipe… Georges possède à la fois la douceur et l’humour. Il a aussi une peur, celle de gêner l’imagination des acteurs dans leur cheminement. Il faut un directeur, un chef d’orchestre, mais on propose et on prend des deux côtés. Les comédiens, je les aime tout nus, en train de travailler: quand ils n’ont pas encore sur le visage le masque de leur personnage. Voilà ce qui me porte le plus loin.”

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Bruno Villien