Prologue de Mystery Valley ou Le secret du peuple de la rivière

PROLOGUE


Dans la pénombre de la nuit tiède et étoilée qui descendait lentement sur le lac de la petite bourgade d’Harrison Hot Springs, une jeune femme marchait d’un pas vif. Les graviers du sentier crissaient sous ses mocassins, et de temps à autre, une pierre saillante lui arrachait des gémissements. À la lueur de la lune argentée qui se reflétait dans les eaux calmes du lac, la femme portait un petit fardeau enveloppé dans une couverture de laine. À l’orée de la forêt, un chemin de terre étroit débouchait sur le rivage. Elle s’arrêta un instant, le cœur battant, le front moite de sueur. Elle releva un coin de la couverture. Dans son sommeil, le petit visage rond lui offrit un demi-sourire. Le nourrisson bâilla, émit quelques balbutiements puis se rendormit aussitôt. Seuls le clapotis de l’eau sur le rivage et le chant des grillons dissimulés dans les taillis venaient troubler le silence de cette nuit mystique. La jeune femme se remit en marche et s’engagea sur un sentier encore plus étroit. Elle arriva enfin sur une berge sablonneuse entourée de roseaux qui se balançaient nonchalamment au souffle de la brise. Elle jeta rapidement un coup d’œil autour d’elle et inhala une longue bouffée d’air. Elle resserra l’enfant contre elle en le berçant. Elle ferma les yeux et huma pour la dernière fois l’odeur de lait frais émanant du nourrisson qui dormait à poings fermés. Un murmure doux et mélodieux brisa le silence, une complainte à peine inaudible :

Nesika papa klaksta mitlite kopa saghalie

Kloshe kopa nesika tumtum mika nem

Kloshe mika tyee kopa konaway tilliku*

La femme déposa le petit butin à l’abri d’un rocher recouvert de mousse. À proximité, une petite source bouillonnait à la surface de l’eau. Elle se releva et avança lentement vers le lac tout en poursuivant sa mélopée. Elle ôta précipitamment ses mocassins, délaça les cordons qui retenaient sa tunique et poursuivit son avancée, sereine, la tête haute, les bras ouverts en croix, dans les eaux chaudes qui la happaient à chaque pas. Sa mélodie s’intensifia, ses longs cheveux acajou vinrent flotter autour de son visage, puis les eaux se refermèrent dans un léger tourbillon à la surface de la lagune.

Au loin, on entendit le hululement d’une petite chouette.

*Prière de la tribu des Chinook.