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    Présentation de mes livres sur la violence éducative (4)

    Mais au cours de toutes les recherches que j’ai faites depuis l’édition de La Fessée, j’ai lu énormément de livres sur la violence humaine en général et je me suis aperçu que les auteurs de ces livres ne tenaient pratiquement jamais compte de la violence éducative subie dans leur enfance par la majorité des hommes et de l’influence qu’elle pouvait avoir sur leur comportement d’adultes en matière de violence et de soumission à la violence. J’ai écrit aux auteurs de ces livres pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas parlé de la violence éducative. Beaucoup ne m’ont pas répondu, mais certains m’ont dit qu’ils n’y avaient pas pensé, ce qui est assez étonnant quand on travaille pendant deux ou trois ans sur une livre censé aborder toutes les formes de violence. J’ai donc entrepris d’écrire un livre portant sur tous les ouvrages de sciences humaines (psychologie, psychanalyse, histoire, sociologie…) traitant de la violence humaine, publiés autour de l’année 2008. J’ai pu ainsi montrer que les effets de la violence éducative sont tels qu’ils agissent jusque sur l’esprit des intellectuels du plus haut niveau, et notamment sur l’esprit des plus médiatiques, ceux qui ont le plus d’influence sur l’opinion publique. Non seulement ils leur font oublier de parler de la violence éducative, mais, plus grave encore, ils leur font attribuer à la nature des enfants les comportements violents qui découlent en fait de la façon dont les enfants sont traités depuis leur plus jeune âge.

    Présentation de mes livres sur la violence éducative (2)

    Le second de mes livres sur la violence éducative est une conséquence du premier. Un psychanalyste, Michel Pouquet, qui avait lu une interview de moi dans le quotidien Var-Matin, suite à la publication de La Fessée, a écrit au journal en critiquant mon point de vue. J’ai répondu à mon tour par le biais du journal, puis nous avons correspondu pendant un an. Nous nous sommes alors dit que notre dialogue pouvait intéresser d’autres personnes et nous l’avons publié aux éditions de L’Harmattan en 2003, sous le titre Œdipe et Laïos, Dialogue sur l’origine de la violence. Michel Pouquet y défend la thèse de la psychanalyse lacanienne selon laquelle ce sont les pulsions déjà présentes chez l’enfant qui sont à l’origine de la violence humaine. J’y défends au contraire l’idée que toute violence commise a pour origine une violence ou un traumatisme quelconque subis dans l’enfance. Le dialogue est courtois, mais… assez animé !

    Présentation de mes livres (Episode 3)

    En continuant à travailler sur la violence éducative qui est un sujet inépuisable, j’ai pris de plus en plus conscience que la violence éducative avait des conséquences non seulement sur les individus qui la subissaient, mais aussi sur les idées, les croyances, les religions, bref, la culture humaine entière. J’ai été de plus en plus convaincu aussi que la violence éducative nous a persuadés depuis notre petite enfance que nous sommes mauvais, que notre nature est mauvaise. Si nos parents sont obligés de nous battre pour nous « corriger », c’est que nous sommes, comme le disait Kant, des « bois tordus » qu’il faut à tout prix « redresser ». J’ai donc exploré toutes ces conséquences et ça a donné un gros livre qui a paru en janvier 2009

    Ce livre m’a valu une bonne critique de Nancy Huston dans le Monde des livres et beaucoup de sympathiques lettres de lecteurs, notamment de psychothérapeutes. Il a d’ailleurs été à l’origine de deux colloques organisés par la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P).

    Présentation de mes livres sur la violence éducative

    Présentation de mes livres sur la violence éducative (1)

    Comme je crains qu’il reste encore, de par le monde, quelques personnes et même quelques malheureux parents qui n’ont pas lu mes livres sur la violence éducative, il me semble utile d’en faire une présentation résumée. Mais comme ce blog n’a pas l’air d’accepter les articles trop longs ou peut-être parce que je me débrouille mal avec lui, je publie (ou j’essaie de publier !!!) cette présentation en quatre épisodes.

    Episode 1.

    Le premier livre que j’ai écrit sur ce sujet est La Fessée, Questions sur la violence éducative.

    Les éditions La Plage avaient demandé à Alice Miller d’écrire un livre sur ce thème. Elle n’en avait pas le temps et, comme nous correspondions depuis quelques années, elle a jugé que j’étais capable de l’écrire. Je me suis donc lancé dans cette entreprise et le livre a paru en avril 2001. Il a tout de suite été bien accueilli par la presse et par les lecteurs. L’éditeur m’a demandé une réédition augmentée en 2004 et depuis il n’a pas cessé de se diffuser. Il doit en être à plus de 20 000 exemplaires vendus. Il a été traduit en anglais sur le site américain Nospank, et une édition en italien, sous le titre La Sculacciata doit paraître en mars 2013 aux éditions Leone verde. Si j’en crois tout le courrier que j’ai reçu, ce livre a été utile à beaucoup de parents et il a valu à pas mal d’enfants de ne jamais être frappés.

    En relisant Alice Miller 4

    D’après Alice Miller, la condition essentielle pour qu’un enfant découvre de lui-même la joie spontanée de partager et de donner, est qu’il ait eu d’abord le droit de satisfaire ses besoins, c’est-à-dire d’être, comme on a tendance à le dire “égoïste”, “cupide”, “asocial”. Au contraire, des parents qui veulent “éduquer” leurs enfants à être “bons” sans leur avoir d’abord permis d’être eux-mêmes, risquent de les priver de cette joie et d’en faire des personnes qui “feront leur devoir” et s’empresseront elles aussi d’enseigner à leurs enfants le même “devoir” sans se soucier de leur permettre de satisfaire d’abord leurs besoins.

    Il en va de même pour le respect. N’apprend le respect que l’enfant que l’on respecte. L’autre condition étant, pour le parent, mère ou père, de se respecter lui-même, c’est-à-dire d’avoir été respecté ou d’avoir réappris à se respecter.

    Malheureusement, “une mère qui, autrefois, ne fut elle-même pas prise par sa mère pour ce qu’elle était vraiment va essayer d’obtenir, par l’éducation, du respect de son enfant. Ce sont les tragiques destinées d’un tel “respect”, poursuit Alice Miller, que j’aimerais décrire dans ce livre”.

    En relisant Alice Miller 3

    La mention de l’aphorisme de Freud écrit par le créateur de la psychanalyse alors qu’il avait quinze ans ne se justifie pas beaucoup mieux que le proverbe qui ouvre l’avant-propos. Je ne vois pas en quoi cet aphorisme montre que Freud adolescent comprenait que si beaucoup de gens croient qu’ils n’ont pas de besoins, c’est seulement parce qu’ils ne les connaissent pas. Il semble plutôt montrer que le seul Freud qu’Alice Miller reconnaissait encore au moment où elle a écrit ce livre, était le Freud presque enfant, celui qui n’avait pas encore énoncé sa théorie des pulsions.

    Mais dans le paragraphe suivant, elle renonce à toute révérence à l’égard de Freud et expose sa pensée en toute clarté. Elle montre que l’enfant qu’on appelle “égoïste” est en réalité un enfant qui a des désirs propres et qui les exprime, alors que les parents ont tendance à ne considérer comme “bons” que les enfants qui satisfont non pas leurs propres désirs, mais ceux de leurs parents. “Eduquer” un enfant, c’est le plus souvent l’utiliser pour satisfaire ses propres désirs, sous prétexte de le “socialiser”. Contraint par sa dépendance à l’égard de ses parents, l’enfant apprend donc vite à “partager”, à “donner”, à “se sacrifier” et à “renoncer”, mais avant d’être capable de vrai partage et de vrai renoncement.

    Inversement, “un enfant qui est allaité pendant neuf mois” donc qui, d’après Alice Miller, a pu satisfaire entièrement son désir de téter, “ne veut plus téter” et on n’a pas besoin de “l’éduquer à renoncer au sein”. Cette limite de neuf mois, qui semble assez arbitraire, a souvent opposé Alice Miller à la Leche League, qui estime, à juste titre, je crois, qu’un enfant peut téter beaucoup plus longtemps pour son plus grand bien. Alice Miller allait jusqu’à dire qu’une mère qui allaite son enfant plus longtemps le fait pour satisfaire ses propres besoins. Il me semble même qu’elle a parlé d’attitude incestueuse. Sans doute un des rares restes, chez elle, de psychanalyse orthodoxe…

    Philosophie et enfance heureuse

    Je viens de trouver un texte du philosophe Merleau-Ponty (1908-1961) qui me paraît bien intéressant et qui me semble, par la lucidité dont a fait preuve en général ce philosophe, confirmer ce que je crois du rapport entre enfance heureuse, épanouissement de la personnalité, rapport à soi-même et aux autres :

    “Quand je me souviens de mon enfance, je me souviens du bonheur. Je n’ai pas eu une enfance déchirée. (…) Freud disait que c’est un secours extraordinaire pour un être humain d’avoir été aimé. (…) J’ai eu ce secours aussi pleinement qu’on peut l’avoir. Il en résulte une espèce de loisir : je n’ai jamais été pressé, je n’ai jamais eu l’impression qu’il importait d’être un adulte tout de suite. (…) je n’ai pas eu cette espèce de hâte que je vois chez certains jeunes gens d’à présent. Et pas non plus cette difficulté d’être avec soi-même qui est si répandue chez eux.
    Certains deviennent philosophes parce qu’ils sont le siège de conflits, parce qu’il y a en eux des tendances contradictoires. Alors, ils ont besoin d’arbitrer ces tendances ou de choisir entre elles. Ce n’est pas du tout mon cas. J’ai conçu la philosophie non pas comme un drame (…) mais plutôt comme quelque chose d’assez apparenté, en somme, à l’art, c’est-à-dire comme une tentative d’expression rigoureuse de faire passer en mots ce qui d’ordinaire ne se met pas en mots, ce qui quelquefois est considéré comme de l’ordre de l’inexprimable. Voilà le genre d’intérêt que la philosophie suscite chez moi d’emblée.
    Ce qui définit le philosophe, c’est toujours l’idée que l’on peut comprendre l’autre, que l’on peut comprendre l’adversaire. La philosophie ne serait pas ce qu’elle est s’il n’y avait pas chez les philosophes cette intention, non pas seulement de se poser, mais de comprendre ce qui n’est pas eux et de comprendre au besoin ce qui les contredit.” Merleau-Ponty, Entretiens radiophoniques avec Georges Charbonnier, Oeuvres, Gallimard, Quarto, 2010.

    Merleau-Ponty a cosigné avec Sartre le premier article qui, en 1950, dans la revue Les Temps modernes, a dénoncé les camps soviétiques. Puis il s’est séparé de Sartre qui s’est, en 1953, aligné sur les positions soviétiques. A noter que Merleau-Ponty a aussi beaucoup travaillé sur la psychologie de l’enfant.

    En relisant Alice Miller 2

    Cet avant-propos s’ouvre sur un proverbe dont j’avoue ne pas bien comprendre le sens et le rapport avec l’idée développée dans la suite. Mais “l’enfant candide” qui apparaît dans ce premier paragraphe en opposition aux adultes “sages” est bien le même qui apparaît plus tard dans le commentaire que fait Alice Miller du conte d’Andersen : Les habits neufs de l’empereur. Il est plus lucide que les cent sages qui perdent leur temps à aller chercher une pierre dans l’eau.
    Commence ensuite une réflexion sur le narcissisme et sur l’ambiguïté et le flou de cette notion psychanalytique que les psychanalystes veulent “neutre”, puisqu’elle désignerait un “stade du développement”, mais qui est en réalité un déguisement de l’accusation d’égoïsme portée contre l’enfant.

    En relisant Alice Miller… 1

    En travaillant, hier, à un article sur Le Jeune Staline, de Simon Sebag Montefiore, article où je compte reprendre ce qui confirme les analyses d’Alice Miller sur l’enfance de Staline, l’idée m’est venue de relire tous les livres d’Alice Miller en notant au fur et à mesure mes réflexions. Chaque fois que je relis une page d’un de ses livres, je suis frappé par la richesse de sa pensée et j’ai l’impression de n’en connaître qu’une faible partie. Je me lance donc dans cette relecture sans savoir si et jusqu’où je la mènerai à bien, mais avec le sentiment qu’elle pourra beaucoup m’apporter.
    J’ouvre donc ce matin son premier livre, Le Drame de l’enfant doué, titre que je ne suis pas sûr de comprendre et qui prête à confusion puisqu’il ne s’agit pas du tout d’un livre sur les enfants surdoués. Le résumé du livre, en page 2 de couverture, précise qu’il s’agit “de l’enfant sensible et éveillé”, qualité dont tous les enfants, je crois, sont dotés. Du moins, il ne me semble pas qu’Alice Miller ait voulu établir une discrimination entre les enfants qui seraient doués et ceux qui n’auraient pas la chance de l’être.
    Je ne me rappelais plus le sous-titre : “A la recherche du vrai Soi”. Voilà bien une formule qui résume d’avance toute l’oeuvre d’Alice Miller. Elle est probablement encore marquée, à l’époque où elle écrit ce livre, par les idées de Winnicott à qui elle fait allusion dans son avant-propos, et qui parlait du Vrai et du Faux-self.
    Toujours à propos de la page de couverture, je note aussi que le livre a été publié dans la collection Le fil rouge qui était dirigée par Alexandre Adler. Alice Miller m’avait dit, avec un sourire un peu moqueur, que c’était lui qui avait publié son premier livre, mais qu’il ne l’avait guère soutenue ensuite et n’a, me semble-t-il pas fait écho à ses autres livres.

    Violence conjugale et violence éducative

    La campagne contre les violences conjugales (http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/-Campagnes-de-communication-.html) fait assister à une dispute entre deux personnages dont on ne voit que les pieds, des pieds d’enfants, un garçon et une fille, dans des chaussures d’adultes. Cette dispute se termine par un coup violent donné par le garçon à la fille qui en est renversée? Suit un écran noir sur lequel s’inscrivent ces trois phrases : “Les enfants apprennent beaucoup de leurs parents, y compris les violences conjugales. En France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. Mettons fin au cycle de la violence”. On ne peut qu’approuver une telle campagne. Il est heureux que l’opinion de ses responsables en soit arrivé à un degré de prise de conscience qui la rend possible. Si l’on remplaçait le couple des deux enfants par un enfant frappé par un de ses parents, il serait à peine nécessaire de modifier le texte : “Un enfant apprend beaucoup de ses parents, y compris la violence”. Mais je doute que l’opinion publique soit prête à supporter un tel message. Et que les médias soient prêts à le diffuser.