Murmures du Verbe, 1997


Préface de serge Brindeau :

Les très courts poèmes qui composent cette suite, comme autant de « murmures du verbe », restent tous en suspens, y compris le dernier, sur la virgule, comme si nulle phrase de l’interrogation humaine, à plus forte raison de « l’interrogation des dieux », ne pouvait s’achever.

Les mots qui viennent sous la plume de Patricia Bruneaux, mots que nous prononçons dans le quotidien des activités comme dans les moments de recueillement qui précèdent le repos, laissent s’infiltrer des rayons de silence.

Ce sont instants de vie profonde, où les mots qui subsistent prennent tout leur poids d’humanité, en même temps qu’ils s’alourdissent des souffrances partagées depuis toujours.

A cette mémoire, chargée des sacrifices, se conjugue le sens du sacré. Quelque mystère cherche à livrer les clefs que détenaient sans doute les fondateurs.

L’arbre et l’oiseau porteur de présages accompagnent le temps, rythmé par l’obsession de l’horloge, qui ne cesse, bien avant le déclin, de nous rappeler notre destinée.

Les dieux résisteront-ils aux rêves échoués sur le rivage, aux triomphes attendus, aux mécanismes de l’habitude ? L’ombre, ensanglantée déjà, inverse la promesse de l’envol.

L’infini, cependant, nous habite, nous qui devons recueillir « l’étincelle du verbe ». Sous la nuit étoilée, les colonnes de marbre témoignent de notre foi en la permanence de l’être. Oiseau phénix ! La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Mais elle reste un fleuve, nourri de tous les affluents qui traversèrent le soleil, et projettent encore leurs fleurs de feu au profond de nos rêves.

Encore faut-il apprendre la patience. Souvenons-nous de ce que l’orient éveille en nous, des renaissances qu’il annonce. Tout souffle qui inspire un poète et colore l’obscur est un signe de l’Esprit.

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Nulle part,

Et la goutte lourde de sa chute, est un silence déshabillant les jardins de leurs haillons,


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Le regard s’est fait l’étreinte de la nuit,

Une ivresse que l’on partage,

Dans la légèreté des brises océanes,


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La mémoire de l’Orient fait de ses larmes un sermon,

Tombes prophétiques,

Qui abandonnent l’éternelle sérénité aux indiscrétions de leur fantasme,


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Feuillage de sons coule dans la nuit,

Pour que le secret des murs soit une larme de l’esprit,