Comment aider aux changement sociaux … sans faire partie d’un groupe ?????


( Installation de Jane Alexander (La meute), Sud-africaine à la Fondation Vuitton, Juillet 2017)

Je me souviens de ma déclaration péremptoire, il y a environ 50 ans :”Le groupe c’est la mort”
Dans l’article qui précède, je cite Annie Le Brun qui représente pour moi la subversion sympathique, parce que- tout en partageant les mêmes idéaux que les membres de certains groupes (féministe, anti-capitaliste..)- , elle refuse l’idéalisme collectif.
Au PSU, au PC, à la CGT, à la CFDT, au MLF, à la LDH etc, après m’être sentie très mal à l’aise, j’ai fini par démissionner parce que je ne supportais pas le mode de désignation des chefs, parce que prendre la parole et être écoutée paraissait de l’ordre de l’impossible, parce que la majorité est souvent lâche pour se faire bien voir des chefs ou pour d’autres raisons qui me sont inconnues.
A LA question qui figure dans le titre…je n’ai pas de réponse.
Ou alors une réponse pour rire : Fonder un groupe ….dont je serai la chef…

Gender studies, LGBTQI, Génération féministe, Girl power… Au secours ! “Lâchez tout”

Je suis féministe depuis près de 60 ans.
J’ai manifesté, fréquenté les réunions, les colloques, les AG.. dans les années 70 et jusqu’à récemment.
J’ai connu les années 80/90 où il était ringard de se dire féministe, autrement dit “mal baisée”
Alors je devrais être ravie de voir fleurir cette mode du féminisme qui s’affiche même dans les défilés de mode sur des mannequins anorexiques!
Mais curieusement, cette avalanche m’ennuie.
Ecrire des milliers de pages pour arriver à cette découverte si nouvelle (sic) :” Le genre est l’identité construite par l’environnement social des individus. La masculinité et la féminité ne sont pas des données naturelles mais le résultat de mécanismes de construction et de reproduction sociale…” Et s’il manquait le mot “seulement” avant “des données naturelles” ?
“On ne nait pas femme, on le devient” disait Simone de Beauvoir en 1949 et même…Durkheim en 1897 : “La division entre hommes et femmes n’est pas réductible à une différence biologique….”
Tout en dénonçant cette construction sociale de la femme, cette catégorisation entre hommes et femmes, nos théoriciennes universitaires ajoutent des catégories aux “non catégories” que semblent être les hommes et les femmes : lesbiennes, gays, Bi, trans, queer, intersexes….
J’ai parfois envie de murmurer, imitant Galilée : et pourtant il y a aussi des hommes et des femmes, biologiquement différents et c’est pas désagréable !
Et Il me revient en mémoire ce livre d’Annie le Brun, “Lâchez tout”,critique acérée de l’idéologie féministe, paru en 1977 qui m’avait déjà fasciné à l’époque par son acuité, sa liberté, sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans une nouvelle identité
Extraits ( entretiens, ouvrages) : “Il s’agit toujours du discours du même où l’identité est affirmée au détriment de l’individualité de sorte que le groupe doit prévaloir sur toute autre forme d’existence.” ou encore :” A un moment le refus d’obligation d’être se transforme en une nouvelle identité qui devient une autre obligation d’être. Là est le danger de toute revendication identitaire toujours en voie d’être relayée par un désir d’insertion sinon de pouvoir. Quant à la liberté des femmes, elle n’a aucun sens si elle n’est pas posée dans la perspective de la liberté de tous.”
Je ne renie pas le féminisme des années 70, nos révoltes, nos “meutes hurlantes” ( terme utilisé par Annie le Brun) mais le féminisme universitaire m’assomme. J’observe avec passion les mouvements de femmes dans les pays où elles sont victimes de discriminations intolérables ou de violences parfois impunies. Je sais aussi qu’il y a des combats à mener dans les pays occidentaux
Toutes les idéologies sont dangereuses, par leur prétention à asséner une vérité. Ce qui n’était qu’une révolte évidente contre les inégalités, les violences, les rôles imposés tend à devenir une idéologie, c’est à dire une interprétation du monde qui prétend représenter la vérité, une philosophie qui spécule sur des idées vagues et tend à rejeter violemment toutes celles et ceux qui émettent une critique.

* Certaines réactions de lectrices m’amènent à préciser ma pensée : Je pense que les luttes des femmes contre les discriminations, les inégalités, les violences etc…sont indispensables. Le développement de luttes sur tous les fronts ( poids,vêtements, obligation au mariage et aux enfants, accès à tous les métiers, égalité des salaires, parité, lutte contre le harcèlement…) en ce moment est remarquable. De même la reconnaissance d’identités sexuelles diverses est un progrès évident.
Ce que je vise dans cet article c’est La Théorie du genre développée notamment dans la recherche féministe universitaire.

“Etes-vous narcisso-phobique ?” (L’Express, Fevrier 2017)

Voici deux illustrations du narcissisme à près de cinq siècles de distance : Du Caravage au selfie.
A cette question (Etes-vous narcisso-phobique?) posée par la journaliste de l’Express à propos de l’ouvrage de Kristin Dombek : “The selfishness of others An essay on the fear of narcissism.”, il est difficile de donner une réponse simpliste. Il faut sans doute être un peu narcissique pour prendre confiance en soi. Il est vrai aussi que nous sommes tous prêts à dénoncer le narcissisme d’autrui en oubliant le nôtre.
je ne pense pas non plus que les jeunes soient plus narcissiques que les vieux ou les moins jeunes.
Mais s’il faut toujours faire attention aux contradictions et à la complexité des choses humaines, il faut parfois être candide : Le narcissisme est une plaie qui nuit gravement à une forme d’harmonie sociale.
Le narcissisme, ce n’est pas seulement Instagram, snapshat, Facebook etc…c’est la non reconnaissance de l’existence de l’autre, l’idée que l’espace vous appartient , que votre désir ne peut être que celui de l’autre, que votre vision du monde est forcément la bonne. Cela peut aboutir à la négation pure et simple de l’Autre, du différent.
Ne pas dénoncer les dangers d’une extension du narcissisme, du repliement sur soi, de l’amour de soi, comme un danger, c’est le début du compromis, du “Après tout, c’est pas si grave”
Le narcissisme, le vrai, c’est la bêtise qui conduit à toutes les dérives.

Mes amies, mes galères…

La vieillesse, c’est aussi les amies qui disparaissent, celles qui perdent la tête, celles qui ne cessent de se plaindre, celles qui sont sourdes et enfermées dans leur monde.
Les amis mâles ont disparu depuis longtemps, peu intéressés par les vieilles dames , réfugiés sur leurs canapés devant la télé, auprès d’une épouse qui prend soin d’eux.
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Mais il reste des amies fidèles même s’il faut parfois prendre sur nous pour les supporter : Il y a celle qui se passionne pour son travail et vous considère avec un chouia de commisération, Il y a celle qui parle tant qu’il faut calculer à la seconde près le moment où l’on pourra en placer une. Il y a celle proche de vous quand elle va mal qui disparait quand elle va bien, il y a celle qui vous montre ses photos de voyage pendant une heure mais déclare qu’elle doit partir de toute urgence au moment où vous sortez ce maudit Iphone pour lui montrer les vôtres, il y a celle qui ne s’intéresse pas du tout à vos activités militantes, Il y a celles que l’on adore mais qui vivent à l’autre bout du monde, il y a celle qui aime le pouvoir et continue ses activités comme si la vieillesse n’était pas son problème, il y a celle que vous draguez avec constance mais qui est trop occupée pour vous voir …
Mais peu importe, toutes ces femmes sont vos amies, celles dont vous savez qu’elles seront là quand vous aurez besoin d’elles (sauf peut-être la dernière)
La vieillesse apprend à faire le tri pour ne pas être blessée inutilement. Elle nous apprend à mieux nous connaître, à savoir que nous avons les mêmes défauts ou d’autres encore pires, à taire nos susceptibilités pour profiter encore un peu de la chaleur de l’amitié, même un peu mal fichue!
Comme dit l’une de ces amies : “En pays de vieillesse, il se passe toujours quelque chose.”

Gerard Collomb ignore-t-il qu’il existe un Droit des étrangers ?

Gerard Collomb a déclaré au JDD le 6 août 2017 :” Les réfugiés doivent être accueillis plus rapidement et les migrants économiques effectivement reconduits pour empêcher qu’à terme le “Droit d’asile” soit remis en cause.”
Notre Ministre de l’intérieur, à priori macro-compatible, semble ignorer qu’il existe un CESEDA (Code sur l’entrée et le séjour des étrangers et le droit d’asile dont la dernière version date du 7 mars 2016). Dans sa première partie ce code prévoit l’accueil des étudiants, des malades, des travailleurs sous contrat, des conjoints de français, des parents d’enfants français, des immigrés résidant en France depuis plus de dix ans, des mineurs isolés, des femmes (ou petites filles) victimes de violences ou menacées d’excision…
S’agit-il pour Mr Collomb de supprimer cette loi ? (en supposant qu’en tant que ministre de l’intérieur, il en connaisse l’existence)
Là encore, il serait souhaitable que le gouvernement nous explique son Plan (l’ardente obligation selon le Général De Gaulle) en matière d’accueil de ces êtres humains que sont les migrants en France ou plus généralement en Europe.
“Il n’existe pas d’étrangers sur cette terre” (slogan de la CIMADE)

” Tout se défait”, A propos de la vieillesse

Je me balade. Il parait qu’il faut faire 5000 pas par jour pour rester en forme. J’ai essayé de mettre l’application dite “Podomètre” sur mon téléphone mais je n’ai pas compris comment il fallait faire.
J’essaye de compter mes pas. J’ai mal dans le genou, à la hanche mais dans l’ensemble à 77 ans bientôt, je ne me sens pas trop mal.
Je croise des vieillards courbés en deux, des vieilles dames trop maigres ou trop grosses, les cheveux mal teints.
Je les trouve très moches, un peu ridicules.
Je pense : “quand je serai comme elles, je me suiciderai.
Puis dans le non-regard des gens que je croise, je me rends compte que je suis exactement comme ces vieux qui m’entourent :Mes cheveux sont blancs, j’ai des rides, Je boitille, je transpire, mes pieds me font souffrir., parfois je perds un peu l’équilibre… ça y est, je suis vieille. (hommage à Annie Saumont)
Tout se défait : le corps bien sûr, la mémoire, le désir, la coquetterie, l’envie d’agir…
Que faire avec ce constat : vivre comme si de rien n’était, se teindre les cheveux, s’habiller jeune…ou sombrer dans l’amertume, l’invisibilité (c’est le plus facile), l’abandon. l’immobilité, le retrait.
Il y a toujours une troisième voie, celle que je trace dans le précédent texte par exemple.
Des articles de ce blog sont et seront consacrés à cette recherche qu’une amie a appelé : Comment vieillir le moins mal possible ?

“Le Tao ne pose aucune question et ne donne aucune réponse”

Guy (Dhoquois) se passionne depuis plusieurs mois pour le Tao en écrivant des poèmes adaptés d’auteurs taoistes dans son blog ( auteurs.harmattan.fr/guy.dhoquois. )
Moi, la pragmatique, la matérialiste un peu simpliste, la révoltée qui pousse son caillou depuis plus de 70 ans, sans arriver à grand chose, s’est sentie obligée de s’intéresser à cette philosophie chinoise dont l’un des textes principaux est le Tao te Ching attribué à Lao tseu et qui aurait été écrit vers le IV° siècle avant JC.
Je ne le regrette pas. Cette plongée dans une vision du monde totalement différente de la mienne, et que j’ai illustré par ce magnifique coquillage trouvé sur la plage, m’a permis de sortir (dans la mesure du possible) de ma petite philosophie de combattante contre les injustices.
On lit dans Wikipedia : ” La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l’harmonie. L’harmonie se trouve en plaçant son coeur et son esprit dans le Tao (la voie), c’est à dire dans la même voie que la nature. En retournant à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature, l’homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut “chevaucher les nuages”.
Voici l’un des poèmes de Guy publié le 29 juillet 2017 :
Le maître est un disciple
Qui ne cherche pas le succès
Et n’évite pas l’échec
Il n’essaie surtout pas de suivre le Tao
Silencieux il parle
S’il parle il ne dit rien
Il reste pur
Dans la poussière du monde

Le maître pense avoir raison
Au-delà du soleil
Il glisse l’univers sous son bras
Il laisse les confus rester confus
Dans la profusion chaotique des opinions
Il se satisfait de l’ignorance
Ne prend pas au sérieux les diverses distinctions
Il voit le monde constamment se disloquer
Il reste centré dans le tout
Il voit le monde changer sans fin
Il ne veut pas le voir différent

Je ne renoncerai ni à ma colère, ni à ma révolte, ni à mes combats, ni à mon matérialisme un peu étroit.
Mais cette rencontre avec le Tao m’a apporté une respiration, une ouverture, que je refusais jusqu’à présent.
Le privilège de l’âge ?

Monsieur le Président, je vous fais cette lettre…

que vous lirez peut-être si vous avez le temps…
Je viens de recevoir
Ma nouvelle APL
Pour payer mon loyer
Avant mercredi soir

Monsieur le Président
Je veux bien le payer
Je ne suis pas sur terre
Pour râler tout le temps

C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Je me demande vraiment
Ce que je dois penser

Depuis que je suis né
Je n’ai vraiment connu
Que les fins de mois
Très très très difficiles

Vous m’ direz, cinq euros
C’est pas la mer à boire
Et vous aurez raison
Monsieur le Président

Mais c’que je voudrais savoir
C’est c’ qui va venir après
Un peu de pédagogie
Sur le sort des fauchés

Si vous voulez vraiment
Tout faire en même temps
Pour les pauvres et les riches
Il faudrait l’expliquer

J’refuse pas d’obéir
J’attends encore un peu
Pour descendre dans la rue
Avec tous les râleurs

On peut refuser le communautarisme sans falsifier l’Histoire

Télérama dans son dernier numéro (26/07/2017), sous la plume de Gilles Heuré publie un article émouvant sur les derniers jours de Walter Benjamin.
G.Heuré raconte la fuite du philosophe en Septembre 1940. Il a perdu la nationalité allemande. Il tente de rejoindre l’Espagne. A Portbou, on lui refuse l’entrée en Espagne. Epuisé, il se suicide Le 26 septembre 1940 dans sa chambre d’hôtel.
L’article nous apprend qu’il est philosophe, allemand, déchu de sa nationalité et poursuivi par les nazis.
Mais pourquoi donc les nazis s’acharnent-ils sur lui ? D’autres philosophes allemands ont passé des jours tranquilles en Allemagne pendant la guerre.
La réponse est simple : Walter Benjamin était juif.
Il est bon de le rappeler pour la vérité historique, pour tous ceux qui ne l’ont jamais su ou l’ont oublié.
Il semble qu’il y ait une nouvelle forme de “discrétion” journalistique sur ce thème qui me choque autant que le rappel systématique des origines, juives ou autres quand il n’est pas nécessaire.

“L’Inégalité hommes-femmes est à mes yeux la matrice de toutes les discriminations. Une fois celle-ci éliminée, les autres s”écrouleront.” (Christiane Taubira à Télérama le 28/06/2017


Oeuvre de Raymonde Arcier, artiste et féministe, exposée à la Maison Rouge en 2017

Comme d’habitude, je vais parler de petites choses pour illustrer les “grandes causes”.
Une amie qui a la cinquantaine me raconte avec émotion les humiliations auxquelles elle doit faire face en tant que femme célibataire et sans enfant. Remarques sur ses cheveux (pas assez teints), son absence de maquillage, ses rides etc… Ces insultes proviennent pour l’essentiel d’hommes.
Une autre qui a dépassé les 70 ans a passé une partie de sa vie à chercher un compagnon et n’a subi que des blessures favorisées par son absence de confiance en elle.
Bien sûr des hommes ont été mortifiés par des femmes, mais je parle ici des femmes. Être une femme seule et sans enfant n’est pas socialement reçu dans la plupart des sociétés humaines.
Il ne peut y avoir qu’anguille sous roche : moche, emmerdeuse, trop vieille, trop grosse, trop maigre, trop, trop…pas assez apprêtée pour plaire..
Ces femmes font souvent des métiers passionnants, font preuve de finesse, de chaleur, d’intelligence. Mais l’absence ” d’accessoires “(hommes ou enfants) les rend en quelque sorte impropres à la consommation masculine- y compris amicale-à partir d’un certain âge.
En plus, parfois, de souffrir de leur solitude, elles doivent encore se la voir reprochée, par les hommes avec parfois la complicité des femmes. (Essayez d’aller diner seule au restaurant le soir et observez le regard presque apeuré des femmes nanties d’un mâle)
On peut très bien vivre sans un MARI, sans enfants, avec ou sans amants ou maitresses. On peut avoir une vie sociale passionnante. En tout état de cause, c’est aux femmes de décider de leur vie, de leur apparence.
Et puis il y a les femmes pauvres, celles qui n’ont rien, viennent de pays lointains et font des enfants avec le premier venu pour avoir l’impression d’exister aux yeux de leur famille, de leur “communauté”. L’enfant devient un instrument d’une éventuelle intégration sociale.
Des femmes se sont battues pour avoir le droit de vote, le droit de travailler, le droit d’avoir des enfants quand elles le désirent …
Mais elles doivent continuer à lutter contre les préjugés, contre certains hommes qui osent les juger, contre des sociétés qui ne leur reconnaissent la qualité d’être humain que si elles ont un mari et au moins un enfant.
Outre les combats immenses à mener dans certains pays pour la simple égalité, il nous reste à mener ce combat pour notre droit à choisir notre vie, notre droit à ne pas trouver notre prince charmant, notre droit à ne pas souhaiter ajouter des enfants aux sept milliards d’habitants de la planète.
Certes, les choses évoluent petit à petit mais on n’ a qu’une vie. Ces femmes que je viens d’évoquer souvent joyeuses, ne doivent plus être la cible d’avanies ou de mépris qui leur gâchent la vie.
Une réforme ? Non, une révolution .