Une belle exposition Norman Rockwell au mémorial de Caen

Elle s’intitule LES QUATRE LIBERTES et reprend les termes du discours du Président Roosevelt du 6 Janvier 1941 où il lance un appel à rompre l’isolationnisme de son pays en insistant sur la dimension mondiale du conflit mondial en cours. Il termine son discours en énonçant le principe des quatre libertés : la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté d’être protégé.
Rockwell illustre ces quatre libertés. Ses oeuvres seront publiées dans son journal Le Saturday Evening Post début 1943 puis utilisées pour encourager la population à acheter des bons de guerre. Elles deviennent ainsi le symbole des valeurs à défendre, qui seront reprises en d’autres termes dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948.
Les illustrations de Norman Rockwell sont terriblement émouvantes. Il croit profondément à ces valeurs. Il y mélange le privé et le public. Par exemple il illustre la liberté d’être protégé par des parents veillant sur leurs enfants.

J’aurais voulu serrer dans mes bras Norman Rockwell, parce qu’ il croyait véritablement à ces valeurs.
Mais j’aurais voulu aussi trouver une expression à mon désarroi devant une certaine indifférence ou même ironie contemporaines face à ces quatre libertés.

“Moi j’suis très bon en respi.”.. ultimes nouvelles de ma (petite) piscine de Cabourg

” Moi je sais faire la galipette à l’envers ”
” Moi je suis très bon en respi.”

Etc, etc
Il a sept ans le petit bonhomme qui hurle ses exploits aux quelques courageux locataires qui ont vaincu le vent du nord pour faire un peu de sport comme le leur recommandent les médecins pour vivre jusqu’à …..la dépendance !
“Arrête de t’la péter” répond timidement sa dernière victime, un gentil garçon du même âge
“Moi j’ai pas besoin de lunettes…”
Sa maman qui fait des longueurs avec une certaine avance sur moi me dit, quand par hasard on se croise, que c’est l’âge du “moi je”
Est-ce que cela veut dire que la majorité de nos contemporains ne dépassent jamais l’âge virtuel de 7 ans ?

Vous voulez faire de la politique : êtes-vous charismatique ?

Définition du dictionnaire : Charisme : vient du mot grâce. (charisma) Autorité d’un chef, ressentie comme fondée sur certains dons surnaturels, et reposant sur l’éloquence, la mise en scène, la fascination…Grand prestige d’une personnalité exceptionnelle…Ascendant qu’elle exerce sur autrui..

Les définitions évoquent des caractéristiques plutôt positives. Et pourtant qui peut nier le “charisme” de Trump, de Boris Johnson, de Hitler …
personnalités plutôt stupides, cruelles et incompétentes.
Notre Olivier Faure (photo de droite) président du groupe socialiste à l’AN en est parait-il dépourvu . C’est en tout les cas ce que vous disent les gens même “de gauche” en parlant de lui.
Ils ne semblent pas se demander : est-il compétent ? Fait-il des analyses intelligentes ? A-t-il une bonne stratégie ?

Michel Rocard (au fait ce grand homme d’Etat avait-il du charisme ?) disait qu’il était impossible d’exprimer des idées cohérentes dans les médias avec le peu de temps qui vous est imparti. Il faut alors nécessairement avoir la “grâce” même si le contenu de votre discours relève du vide.
Je ne sais pas trop quoi penser sur ce sujet mais il me pose question. Il me semble que les noms des chefs d’Etat dans les pays scandinaves sont peu connus ce qui ne les empêche pas d’être compétents.
Il serait faux de dire que les citoyens que nous sommes sont indifférents au charisme quand ils votent.
Mais si Trump et Hitler (sans aucune idée de comparaison) avaient et ont du Charisme, il convient de nous interroger sur l’importance de cette notion pour nos choix politiques.

Samuel Bak, le peintre du génocide en Lituanie

Vilnius est une jolie ville, proprette, avec de belles églises un peu kitch, blanches et roses, des restaurants par centaines,des touristes par milliers, des habitants grands et blonds et une absence étonnante de pauvres, de basanés, de SDF dans les rues du centre ville.
Il ne reste quasiment rien des ghettos ou entre 1941 et 1944 près de 90% des juifs furent massacrés par les nazis.
Une seule synagogue subsiste sur les 100 qui existaient. Nous l’avons visité le 5 Aout et c’est en rentrant à Paris que je suis tombée sur une furtive nouvelle : la synagogue avait été fermée entre le 6 et le 8 Aout pour causes de menaces de mort.
Mais ce voyage restera pour moi celui de la découverte d’un peintre, Samuel Bak , né à Vilnius en 1933, peintre dès l’âge de huit ans, rescapé du génocide par miracle et vivant actuellement aux Etats-Unis.
Ses oeuvres magnifiques sont visibles au musée du génocide.
C’est tellement agréable de visiter une jolie ville en touriste insouciant qui ne se préoccupe pas du passé, des monceaux de cadavres ensevelis, de la collaboration des habitants de la ville soucieux d’échapper à la dictature de l’URSS. Mais on ne peut pas se bander les yeux tout le temps.
Comme dans certains des tableaux de Bak, quand le touriste joyeux fait semblant de découvrir des traces de ce centre fondamental de la vie juive religieuse et laique en Europe (c’est là que fut créé le BUND) à la fin du 19° et au début du 20° siècle , c’est comme s’il était aveugle. Le guide lui dit qu’il y a des choses à voir mais il ne voit rien.

C’est toujours dans l’exposition Samuel Bak que le même touriste apprend quelques bribes du présent de ce pays à propos de l’antisémitisme :”L’antisémitisme existe encore en Lituanie. A la vérité, il n’a jamais disparu à un niveau privé : beaucoup de lituaniens et de russes tiennent des propos antisémites dans leurs conversations. On y entend des stéréotypes sur la “mafia juive” qui règne sur le monde et les juifs rusés qui ne travaillent pas mais vivent bien parce que ce sont des escrocs. Parmi les lituaniens les moins éduqués, on raconte que les matzos sont remplis du sang d’enfants chrétiens
Au niveau politique, un parti néo-nazi s’est créé en 1995 qui célèbre chaque année l’anniversaire d’Hitler
Un autre problème a été le processus d’actualisation de l’Holocauste qui est apparu dans les médias en 1995 quand le Président lituanien Algirdas Brazauskas s’est excusé auprès d’Israël pour le génocide. La presse a condamné le Président pour s’être humilié lui même sans nécessité. Dans les années 2000, toute tentative de rappeler à la Lituanie les criminels de guerre qui n’avaient jamais été jugés, s’est accompagnée de vagues de colères médiatiques contre les juifs qui avaient collaboré avec les soviétiques
…”

Le touriste joyeux mais trop curieux rentre chez lui avec une pointe d’amertume mêlée d’une joie profonde d’avoir découvert Samuel Bak !

Attention Danger : la libération des femmes peut nuire aux vieilles dames

On m’avait dit :”Gardes ta valise avec toi dans l’avion… tu vas t’énerver pour l’enregistrement ”
Je tirais donc ma petite valise allègrement dans l’aéroport quand tout à coup je me mis à paniquer (comme le dit Mankell : “Vieillir c’est s’aventurer sur une glace de moins en moins solide”) à l’idée que personne ne m’aiderait à la mettre dans l’espace prévu à cet effet.
Je monte dans l’avion le coeur battant. j’avise un grand jeune homme assis juste derrière ma place et je lui demande poliment s’il peut m’aider..
L’homme a le regard fuyant de celui qui n’a pas la moindre intention de faire quoi que ce soit. A ce moment là une petite jeune femme toute menue se lève et hisse ma valise avec dextérité. Ouf, Merci …
Retour : Aéroport de Vilnius. Même angoisse et même scénario : immense Black, demande servile de ma part et surgissement de sa compagne qui hisse ma valise sous l’absence de regard du grand Black….Même topo à l’arrivée avec en plus dans le regard du grand Black quelque chose du genre :”Tu m’auras pas vieille peau, le colonialisme c’est fini !”
Certains prétendent que je suis parano mais ce que je raconte est vrai . D’où ma question: Jusqu’où faut-il aller dans la revendication égalitaire ?
A lire bien sûr avec humour mais avec une vraie question sous-jacente sur l’arrivée d’une nouvelle forme de machisme ?

La liste de mes colères

Dans ma longue vie j’ai traversé diverses périodes : Ma période rouge celle de la révolte , du militantisme, des adhésions, des réunions, des manifs etc …..
Puis il y a eu la période blanche, celles des questionnements, des contradictions insolubles
il y a eu les périodes noires, celles des amertumes et du pessimisme
Bientôt octogénaire, voici revenue la période des saintes colères, des maudites colères sans doute inutiles, mais je suis née avec et je mourrai avec.
Elles ont le mérite de me maintenir dans une relative forme jusque là !
J’en fait ici une liste décousue. J’en reprendrai certains éléments plus tard. Il y en a de minuscules, il y en a de terribles. Les premières ne sont sans doute que l’embryon des secondes

-Les catégorisations trop rapides
-les enfermements dans une identité,
- Les identités meurtrières
– l’obsession du genre (gender!)
- les racismes
- l’antisémitisme
-Les querelles d’Ego
-l’absence de dialogue, les gens qui ne vous écoutent pas,
- les petits et grands chefs ou cheftaines,
-l’interdiction de montrer ses cheveux
-le gauchisme
- l’impolitesse, la grossièreté,
-les groupes de plus de trois personnes,
- l’absence de politique du logement social,
-la fabrication de lois dont on ne sait pas comment et par qui elles vont être appliquées
- les stéréotypes sur les femmes et les hommes
-les intellos et les idées à la mode comme l’identitarisme,
- le MOI JE,
- l’impossibilité légale de l’interruption volontaire de vie
-l’absence de planification,
-l’interminable conflit israélo- palestinien et l’absence de volonté de dialogue
-toutes les formes d’exclusion contre les vieux, les gros, les handicapés, les pauvres,les riches, les moches, les blancs, les colorés, les homos..:
-les hommes qui ne foutent rien pendant que les femmes s’agitent,
-les faux amis
-la bureaucratie inutile
- les gens qui refusent d’aller au fond de l’autobus ou du métro
-les gens qui regardent leur téléphone au lieu de râler quand c’est nécessaire
- le traitement des migrants

Les êtres humains sont à la fois bons et mauvais. Ce n’est pas simple. Mes colères sont souvent disproportionnées mais l’absence de colère qui se défoule anonymement sur la toile est pire.
J’y reviendrai

-

“Non, non je ne suis jamais seule avec ma solitude….”

En rangeant les papiers de Guy, mon compagnon disparu il y a maintenant trois mois, j’ai retrouvé un texte qu’il avait écrit en Avril 1968 qui m’a profondément ému. Je suis incapable d’écrire un poême. Je veux faire comme si ce poême était aussi le mien. Je le reproduis ici avec ses imperfections et sa belle tendresse, celle que j’ai ressenti pour lui pendant toutes ces années:

Un vent frais
Me secouait
Et je pensais à toi
Ce fut un moment imprévu
Une surprise inouie quand j’y pense
J’étais là sur le lit
Me réveillant lentement
Et le vent me secouait
Comme un gros chien
Avec un museau tout frais
C’était un peu comme la naissance du printemps
Et je pensais à toi
Tout de suite
Dans ma vie tu es le printemps
L’éternel printemps
L’aurore L’espoir
Nous avons toujours progressé jusqu’alors
Ensemble
Un jour viendra où nous déclinerons
Et que ce soit ensemble
Adoucira notre peine
La rendra supportable
Ne changera rien à la réalité
Mais tu resteras le printemps
L’éternel printemps
Car tu l’es pour autre chose
Que pour toi que pour nous
Je t’aime car au fond
tu es plus grande que toi
Tu te fais devant moi
Un peu grâce à moi
C’est merveilleux un être qui se fait
Tout en restant jeune
Tout en étant de plus en plus jeune
De la jeunesse qui compte
Celle de l’espoir qui n’est pas illusion
Celle de l’éternel printemps

Savoirs, savants, sachants (par JF)

Ce texte m’a été envoyé par une amie JF. Je le publie volontiers parce qu’il correspond à l’une de mes interrogations : Comment marche le cerveau de ceux qui SAVENT ?

Nous sommes tous dépositaires de savoirs, qui nous guident dans notre vie.
Savoirs de toute sorte : conscients ou inconscients, vrais ou faux.
Et puis il y a “ceux qui savent”.
Ou qui le prétendent.
Cela attire, cela séduit. Mais comment discerner le vrai du faux ?
That’s the problem.

Aujourd’hui j’essaie de comprendre ceux qui énoncent, avec une autorité qui impressionne, qu’ils savent. Ils sont nombreux, et potentiellement dangereux.
Souvent, ils font plus confiance aux médecines alternatives, par exemple, qu’à la médecine officielle.
La médecine officielle : une institution qui, comme toutes les institutions, a des failles.
Les sachants s’y infiltrent, pour se décerner un certificat de “je ne m’en laisse pas conter, moi”. C’est le narcissisme de la dissidence.
Et, pour mieux asseoir leur supériorité supposée, ils vont aller piocher dans les médecines alternatives.

Ceci m’est venu après avoir enfin parcouru hier une pub qui m’agressait tous les jours, en haut de mon écran : As-tu de l’arthrose ? .
Bien sûr, j’en ai, hélas ! du coup, à la retrouver tous les jours, la curiosité m’est venue. J’y suis allée.
Une longue histoire a défilé, avec beaucoup d’incidences, de détours, pour m’expliquer que j’avais eu tout faux jusque-là, en m’entraînant dans un suspense toujours renouvelé, faisant force citations scientifiques, de çà de là, au milieu d’un discours combatif, quasiment agressif, comme pour déstabiliser le lecteur, avant de lui asséner la révélation finale (en l’occurrence, le bienfait du curry).
J’ai reconnu une pub où je m’étais déjà égarée, mi-fascinée par son savoir-faire, mais agacée d’y perdre du temps.

Le syndicalisme réformiste va-t-il être obligé de se “radicaliser” pour être écouté ?

Depuis quelques années,la CFDT avait enfin réussi à jouer un rôle dans la négociation sociale et était même devenue la première centrale syndicale en termes d’adhérents et de votants.
Depuis l’arrivée de Mr Macron et de ses amis au pouvoir, la négociation semble être en panne.
On a vu le Président dialoguer avec les Gilets jaunes . On le sent réticent vis à vis des syndicats et notamment de la CFDT. Elle ne fait plus peur , alors pourquoi perdre son temps à l’écouter.
Même si les auto-entrepreneurs vrais ou faux sont en augmentation, les salariés en CDD, intérimaires etc…n’ont pas disparu. Leur force de travail continue à alimenter le PIB. Or ils n’ont à ma connaissance que les syndicats pour les défendre.
De manière paradoxale, les révoltes y compris pour l’augmentation des salaires ne s’adressent plus prioritairement aux employeurs mais à l’Etat !
Or celui-ci ne détient que le pouvoir d’augmenter ou non le SMIC . Tout le reste : les conditions de travail ( Il y aurait plus de dix personnes principalement des ouvriers qui meurent chaque semaine d’un accident du travail), les salaires négociés dans les branches, l’assistance en cas de licenciement …etc sont du ressort des syndicats.
Des partis d’opposition en miettes, des syndicats inaudibles et méprisés, les contre pouvoirs indispensables risquent de disparaitre. La faute n’en revient pas seulement à la politique gouvernementale mais aussi à l’absurde multiplication des syndicats et à cette étrange manie des salariés français qui consiste à ne pas y adhérer ( 8 à 9% des salariés sont syndiqués)
S’il faut semer la pagaille dans les rues pour se faire entendre, la CFDT doit-elle abandonner le réformisme qui rime avec social-démocratie , pour se radicaliser contrairement à son ADN ?
On est en pleine contradiction .

Réflexions primaires sur la solitude


.
Je connaissais la solitude depuis longtemps au cinéma, dans les expositions, sur la plage, au bistrot etc…mais je savais que quelqu’un m’attendait chez moi à qui je raconterais mes “aventures”.
Depuis trois mois, Je fais l’expérience de la vraie solitude, celle où personne ne vous attend à la maison, où personne ne partagera votre repas, ou personne ne vous aidera si vous tombez…(cf l’article où je cite Joan Didion, L’année de la pensée magique)
Il y a des milliers, voire des millions de gens comme moi.
Ce qui m’intéresse dans ce phénomène c’est la manière dont Les Autres accentuent volontairement ou non notre solitude.
Comme ils sont fâcheux les gens qui ne supportent pas votre solitude !
Il y a les commerçants qui vous regardent avec un vague mépris quand vous achetez une sole au lieu des deux habituelles ou du Plateau de fruits de mer…Il y a quelques voisins âgés avec qui vous échangiez habituellement des propos sur le climat, qui vous fuient comme si le deuil était contagieux… Il y a l’absence de regards habituelle envers les vieux mais qui blesse encore un peu plus quand on est vraiment seul…
Un écrivain norvégien Kjell Askildjen a écrit des nouvelles magnifiques sur la solitude des vieux (Cf Les dernières notes de Thomas F., Le Serpent à plumes, 2001). Dans une nouvelle intitulée :Les gens des cafés, le narrateur tente de sortir de sa solitude en allant dans un café : “Il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de parler, j’aurais volontiers échangé ne fut-ce que quelques mots avec quelqu’un…Mais ils semblaient tous dépourvus de regard.” Au bout d’un moment il tente une stratégie :il laisse tomber son portefeuille par terre….mais personne ne le remarque et il conclut :”A sans cesse vouloir espérer on finit toujours par être déçu.”
Mais la rencontre de l’autre est le plus souvent décevante voire ennuyeuse :” Je me sens un peu plus seul chaque fois que je rencontre quelqu’un.”
Encore une fois, il n’y a pas de solution à ce problème qui touche particulièrement les vieux. Supporter sa solitude et donc se supporter soi-même -cf Shopenhauer- reste la meilleure des réponses.
Sans cela, il y a le smartphone ou si vous y êtes allergique, le chien ou le chat qui vous procurent de la compagnie sans vous priver de solitude !