Archive pour juin 2013

Notre mort nous appartient

Le Manifeste ci-dessous a été rédigé il y a plus de huit ans.L’affaire Vincent Lambert m’a conduit a le republier.
En mai 2013 un jeune homme tétraplégique Vincent Lambert, est dans le coma depuis cinq ans. Sa femme et ses médecins sont d’accord pour l’aider à mourir. Ses parents très catholiques demandent au tribunal d’annuler cette décision. Le Tribunal leur donne raison. Cela se passe maintenant dans la région de Reims.
Au moment où le gouvernement s’apprêterait a présenter un texte sur la fin de vie, cette décision judiciaire montre de nouveau les limites de notre législation et l’hypocrisie qui entoure ce problème.
MANIFESTE : LES PASSEUSES DE VIE
NOTRE VIE NOUS APPARTIENT

Des affaires récentes en Italie, en Espagne, ont à nouveau soulevé la question de la liberté de choisir sa mort. L’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) va bientôt publier un Livre blanc et interpeller les candidats à la présidence de la République française sur leurs propositions pour la fin de vie. Des pays européens, la Belgique, la Hollande, ont eu le courage d’affronter le problème à travers des lois autorisant sous conditions l’euthanasie. En France, une loi hypocrite, la loi Leonetti, du 22 Avril 2005, prône le « laisser mourir » . Imprégnée d’interdit religieux, elle n’ose aborder de front le problème de la mort, systématiquement éludée dans notre société et renvoyée à des solutions hospitalières pratiquées dans la plus complète anarchie et créant une inégalité devant la mort et la souffrance. En fait elle décharge les médecins de leur responsabilité en les autorisant à « laisser mourir de faim et de soif » les patients, une fois débranchés.

Intolérable la cruauté qui accule ceux et celles qui veulent en finir avec la vie à recourir à des moyens violents, défenestrations, recours à des sacs en plastique pour étouffer, saut du haut de falaises, pendaison … Et à vivre leurs derniers moments dans la solitude et la honte. Qu’en est-il de la fameuse compassion chrétienne ?

Intolérable le déni de la liberté individuelle qui sous-tend ce refus de prendre en compte le choix de chacun à décider de sa vie et de sa mort quelques qu’en soient les raisons. Il représente une des poches de résistance les plus tenace à l’émancipation de l’individu, censée être la caractéristique de notre temps.

Les signataires de ce Manifeste se situent résolument dans la lignée des combats pour la laïcité et la liberté de disposer de sa personne, dont la dernière conquête fut celle de la contraception et de l’avortement libres.

La possibilité de décider de sa fin consacre le sujet dans son humanité à double titre. Elle est l’expression la plus achevée d’un libre-arbitre dégagé des interdits collectifs et d’une peur irraisonnée de la finitude. Elle affronte l’idée de la mort et assume ses responsabilités face à elle. Elle procède le plus souvent d’une longue préparation – « Vivre c’est apprendre à mourir » Montaigne – qui entraîne pour celles et ceux qui le souhaitent sérénité face à la mort. Cette possibilité n’est en aucun cas une obligation comme le prétendent les opposants à la liberté de choix, dans une regrettable confusion.

Notre propos n’est pas tant de revendiquer une loi que de poser les exigences suivantes à la collectivité dont nous sommes partie prenante.

Nous affirmons qu’il n’y a pas de «raisons» à fournir pour décider de mourir (maladie grave, handicap, grande vieillesse…) Chacun(e) est libre de décider des siennes, sans jugement ou interventions extérieures.

Nous demandons que soit facilitée l’information sur les moyens et les méthodes les plus fiables d’en finir. C’est le devoir élémentaire d’assistance à personne en souffrance.

Nous exigeons la fin des poursuites pour toute personne – médecin, soignant ou autre – ayant aidé et accompagné quelqu’un dans son ultime choix.

Nous déclarons être prêt/es à nous procurer les moyens les plus adaptés à cet objectif et à porter assistance à ceux et celles qui nous le demanderaient.

Régine Dhoquois, Juriste et sociologue, Université de Paris VII
Andrée Michel, Sociologue, Directrice de recherches honoraire au CNRS, auteure
Anne Zelensky, Professeure agrégée, auteure, Présidente de la Ligue du Droit des Femmes

j’sais pas quoi dire, j’ai rien à dire

La droite existe toujours

Plus de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, certains d’entre nous traditionnellement de gauche étaient en passe de perdre leur repères. j’avoue avoir dit dans une réunion que je ne savais plus bien où je me situais. J’ai écrit dans ce blog que le syndicalisme “déambulatoire” , enfermé dans le refus systématique de toute adaptation de notre pays à la globalisation, me paraissait dépassé et contre-productif.
Et puis il y a eu les manifs contre le mariage gay, les remous provoqués par les projets de modification de la politique familiale, le meurtre de Clément Meric, les premières prises de position contre l’éventuel projet de loi sur le suicide assisté.
La Droite dans toute sa majesté s’est réveillée : contre l’évolution des moeurs, contre une plus juste répartition de l’argent des allocations familiales au nom du caractère sacré de la famille. La “manif pour tous” a été l’occasion de violences et de propos homophobes insupportables.La mort du jeune Clément Méric tué par un néo-nazi a constitué le sommet de cette violence et de cette haine.
Alors certes cette gauche au pouvoir n’est pas enthousiasmante. Elle est profondément social-démocrate. Elle négocie et fait des compromis. Mais on ne peut en aucun cas l’assimiler à la droite. Les valeurs de droite existent toujours. Cette droite traditionaliste, issue de la France profonde prête à s’allier à l’extrême droite quand il s’agit de ses valeurs fondamentales : travail, famille, patrie.
Cette droite extrême est forte en Grèce, en Hongrie, dans certains pays du Nord de l’Europe.
La droite traditionnelle a bien sûr le droit d’exister et de défendre ses valeurs. Cela s’appelle la démocratie.
A nous de défendre les valeurs de gauche: évolution de la famille, meilleure répartition des aides sociales même si l’universalité du droit doit en prendre ombrage, dignité de la fin de vie, Accueil des migrants ( et là, il y a du travail à gauche), transparence, refus de la démagogie, prise en compte de la mondialisation etc…
Merci à la manif pour tous de nous avoir donné à voir cette bonne vieille droite et de nous avoir permis de continuer le combat pour que la gauche reste de gauche tout en intégrant les phénomènes inhérents à la mondialisation, qui peuvent la conduire à des reculs sur le plan social. Espérons que ces reculs permettront un retour de la croissance et un retour des vraies réformes.

Mode : “must have”


Le Marché des seniors: To be “mamie” or not to be

Comme on dit dans les magazines féminins branchés :”must have” un mini short par exemple. Cela semble signifier qu’une femme à la mode de moins de 60 ans ne peut se passer de tel ou tel gadget à moins de se retrouver exclue du “Marché”.
Par contre, pour les dames de plus de 70 ans, Marché signifie dans le langage marketing : maisons de retraite, accompagnement de fin de vie, aide à domicile, incontinence, surdité… etc
J’ai plus de 70 ans et j’adore les fringues. Et en plus, je ne suis pas trop fauchée. Et je ne suis pas encore trop moche et même si je l’étais…
Et pourtant un grand nombre (statistique établie sans aucune fiabilité scientifique après 20 magasins entre Paris et Caen) vendeuses de chaussures un peu dégoutées par mon hallux valgus de taille pourtant modeste mais néanmoins douloureux me répondent que chez elles :” on ne fait pas ce genre de chaussures et que d’ailleurs le 36 est de plus en plus rare”. Les vendeuses de fringues la plupart du temps m’ignorent ou s’avancent avec un petit sourire condescendant et me demandent entre autres: “c’est pour vous ? ” à propos par exemple d’un pantalon noir informe que je tripote pour voir s’il est un peu stretch et pourra supporter mon petit ventre après le repas. Il reste aux vieilles dames -encore jeunes- (comme disait Cocteau : le malheur quand on vieillit, c’est qu’on reste jeune), les magasins spécialisés genre Damart dont les catalogues donnent dans le meilleur des cas envie de se retirer du marché des fringues voire de ne plus sortir de chez soi en dehors des randonnées ou autres distractions déprimantes entre “seniors”.
Les attitudes vis à vis des vieux sont paradoxales : il faut à tout prix les conserver en vie même s’ils ne demandent qu’à s’endormir en paix, lassés d’affronter les regards épuisés de leurs enfants ou le vide de leur vie quotidienne, ou les souffrances physiques et morales. En même temps, ils coûtent très cher à la sécurité sociale. Tout le monde le pense mais personne -et heureusement- n’ose le dire. Ils sont moches, tristes et il faut en plus leur céder la place dans les transports en commun. On les aime bien dans leur rôle de grand parents, dépanneurs de jeunes couples encore friands de distractions ou de voyages.
To be mamie or not to be, that is the question. “Alors les filles on va danser ce soir” avait coutume de dire en s’esclaffant un vendeur de légumes chez qui ma mère alors âgée de 90 ans et moi de 60 nous rendions souvent.
Sans doute faudrait-il prendre cela avec humour. Mais l’humour a tendance à manquer quand on se sent catégorisée, voire rejetée.
Revenons au sacro-saint “Marché”. Pourquoi les couturiers, les fabricants de chaussures, etc… ne fabriqueraient-ils pas des vêtements sympas qui aillent aux vieux ? Pourquoi les vendeurs dans des magasins vidés par la crise ne sont-ils pas formés à recevoir les vieux et surtout les vieilles avec sympathie et à noter leurs desiderata afin de les transmettre en amont. Le commerce s’en trouverait mieux, non ?
Comme disait Einstein “Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé”.
Cependant une majorité de gens se conduisent normalement avec les vieux et heureusement. La plupart des gens ne sont pas pas racistes non plus. Mais même minoritaires certaines formes d’exclusion des vieux sont assimilables à du racisme, peut-être l’un des pires parce qu’il est socialement admis.
Cette image renvoyée par certains est d’autant plus perturbante que quand on est à peu près en bonne santé, on peut se sentir très bien dans sa peau après 70 ans: presque sage, détaché des absurdes désirs de reconnaissance ou de pouvoir, libéré de l’obligation de séduction, indifférent à ses rondeurs ou à ses rides. On ne sait pas combien de temps ça va durer mais peu importe. On a enfin compris que la bêtise humaine était aussi profonde que l’intelligence humaine et que l’on n’y peut rien.
Alors à tous ceux qui décident des modes à la place des femmes, je demande : permettez-nous-de poser nos pieds gonflés dans des chaussures souples et jolies à moins de 275 euros, porter des pantalons qui ne boudinent pas nos rondeurs, porter des jupes longues qui cachent nos genoux un peu ronds, rêver devant des robes d’été qui cachent nos bras un peu flétris. Laissez-nous le bonheur du shopping.

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