Juif ou pas juif ? A propos de Schlomo Sand et des replis identitaires.

L’historien Israélien Schlomo Sand dans un ouvrage paru en 2013 :”Comment j’ai cessé d’être juif” (Ed Flammarion, Café Voltaire) se pose la question de l’appartenance à une ethnie qu’il qualifie de fictive pour les juifs non religieux. il dit :”Par mon refus d’être juif, je représente une espèce en voie de disparition. En insistant sur le fait que seul mon passé historique était juif, que mon présent quotidien est israélien, pour le meilleur et pour le pire, je sais que je vais à l’encontre des modes dominantes orientées vers l’ethnocentrisme.”
Quoique l’on pense de ses prises de position, il faut féliciter Shlomo Sand de ses questionnements et de sa lucidité. Certaines revendications identitaires sont souvent meurtrières. L’identité juive proclamée quand elle ne correspond à aucune croyance,aucune culture, aucune souffrance n’échappe pas à la règle.
La génération née avant ou pendant la deuxième guerre mondiale, celle des enfants cachés, celle des orphelins de parents morts en déportation est prise dans la même contradiction que Schlomo Sand. Cette génération plus que septuagénaire ne peut se dire juive que par son passé. Je ne parle pas ici de ceux qui ont trouvé dans la culture religieuse juive des réponses à leurs questionnements existentiels.
Comme tous les citoyens du monde, les citoyens d’origine juive doivent être vigilants sur les apparitions de l’antisémitisme, sans faire l’économie d’une réflexion sur les “identités meurtrières” (Amin Maalouf) ou sur les racismes générés par les replis identitaires.
On a parfaitement le droit de décider de rester juif même quand on est totalement athée mais ce choix ne doit pas conduire à se séparer des autres. Au contraire, notre expérience historique d’un certain nomadisme, de la nécessité de s’adapter à des sociétés nouvelles et du métissage doit nous conduire à un rapprochement avec tous les peuples sans territoire.
Il est sans doute nécessaire d’apprendre aux jeunes quelques éléments d’accès à l’ histoire des juifs pour ne pas laisser aux organisations communautaires qui prétendent nous représenter le monopole d’une transmission politiquement orientée.
Bien sûr aller vers les autres ne peut se faire sans réciprocité.
Il s’agit en tous les cas d’un problème complexe que Schlomo Sand nous permet d’aborder avec sérieux.

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