Archive pour octobre 2014

SAMBA : Allez le voir , vous ne le regretterez pas

Le journal Le Monde s’autorise à dire ce qui est politiquement correct en titrant : “Faut-il aller voir Samba ou Bande de filles ou…”
Quelques brillants intellos “de gauche”(Télérama, Le Masque et la Plume…) qui pour la plupart ne connaissent rien aux problèmes des migrants sans papiers en France ont décidé que Samba, le film de Olivier Nakache et Eric Toledano, les auteurs du très bon et très rémunérateur “Intouchables”, n’était pas A VOIR.
Heureusement, comme pour “Intouchables”, le public semble leur donner tort. Tant mieux
Parce que Samba est une comédie drôle, où l’on ne s’ennuie que quelques minutes (ce qui devient rare au cinéma) et qui accomplit l’exploit de donner à voir la plupart des violences subies par les migrants sans papiers ici et maintenant : Queues interminables dans certaines préfectures, incompréhension des procédures et du langage juridique (par exemple il y a cette scène drôle, terrible et poétique où une policière dit à Omar Sy qu’il est obligé de quitter le territoire français mais qu’il peut quitter le Centre de rétention. Il se met alors à courir derrière un avion en criant :”Attendez-moi, je dois quitter…”), brutalité du travail au noir, insalubrité des logements , incompréhensions d’ordre linguistique…etc.
En tant que bénévole à la Cimade depuis 7 ans, pas vraiment flattée par la scène de la permanence où j’ai cependant beaucoup ri parce que j’y ai reconnu des situations vécues, je souhaiterais que beaucoup de gens aillent voir ce film qui ne prétend pas tenir un discours politique mais montrer des situations individuelles dramatiques et casser ainsi cette vision globalisante du débat politico-médiatique sur l’immigration.
Les acteurs, (avec une mention particulière pour Charlotte Gainsbourg qui fait preuve d’un talent comique aidée en cela par d’excellents dialogues), sont tous excellents.
Allez le voir si vous aimez rire et pleurer et aussi vous informer.

Les bénévoles de la Cimade, figurants dans Samba avec Omar Sy

Mourir dans la dignité en France : un témoignage

Nicole Boucheton était vice-présidente de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité).
Elle est allée mourir en Suisse. Elle avait 63 ans. Voici sa dernière lettre :

Je suis atteinte d’un cancer du rectum. Lors du diagnostic, le seul traitement curatif était chimio, tomothérapie puis chirurgie : colostomie. J’ai refusé la chirurgie car trop mutilante: l’anus artificiel qui me condamnait à une vie dans des conditions que je juge, pour moi-même, dégradées et inacceptables, limitant considérablement mes activités, activités qui font ma vie. J’ai accepté les traitements de chimio et tomothérapie. J’ai obtenu un répit de cinq mois. puis ce fut la récidive. Risquant une occlusion intestinale d’un moment à l’autre, les médecins ne m’ont donné qu’un seul choix, l’hospitalisation pour y pratiquer des soins de confort.

VOUS AVEZ DIT LIBERTE ?
Alors j’ai pris contact avec une association suisse afin d’y pouvoir faire un autre choix, celui d’un départ rapide puisque ma seule issue était la mort.
Cela demande beaucoup d’argent : la prise en charge elle-même, le voyage, l’hébergement sur place lorsqu’on vient de loin.
Ajoutez à ceci le fait d’être encore capable physiquement de se déplacer.

VOUS AVEZ DIT EGALITE ?
Lorsque je demandais aux médecins si je pouvais compter sur une espérance de vie d’au moins un mois et demi, le temps moyen pour régler les problèmes administratifs auprès de l’association, ils m’ont répondu :”Je ne peux pas vous dire…ça dépend…”
Manque de sincérité, de franchise, de courage.

VOUS AVEZ DIT FRATERNITE ?
C’est en Suisse que j’ai rencontré ces trois valeurs qui sont pourtant celles de la République française. Merci à ce pays juste et compassionnel. Et bien sûr, la solidarité je l’ai rencontrée auprès de mes amis de l’ADMD qui ont tout fait pour faciliter mes démarches.

L’engagement 21 du Président Hollande, non tenu, qui s’enlise dans sa mise en place de missions et rapports successifs verra-t-il le jour? J’aurais aimé en profiter et ne pas avoir à m’exiler en Suisse. J’en veux à ce Président en qui j’avais confiance en lui donnant ma voix. Mais je sais que mes amis militants et les 92% de Français favorables à une loi de liberté qui permet à chacun de choisir sa fin de vie ne baisseront pas les bras et que la victoire est proche.” Nicole Boucheton

Dans le document transmis par l’ADMD, Jean-Luc Romero, Président de l’ADMD, signale l’ultime humiliation post-mortem subie par Mme Nicole Boucheton : Ouest-France (qui annonce pourtant les offices religieux) a refusé de publier le faire part de décès qu’elle avait elle-même rédigé. Ils ont invoqué un devoir de neutralité!

Cours camarade, le vieux monde est devant toi.