Archive pour novembre 2014

Kamel Daoud : “Meursault, contre-enquête” l’Algérie au coeur

Plage d'Oran au 19° siècle

Kamel Daoud est algérien. Il est né en 1970 à Mostaganem.
Il a fait toute sa scolarité en arabe, comme la plupart des enfants algériens nés après l’indépendance.
Il a vécu, entre 20 et 30 ans, la sale guerre des années 90.
Il n’a pas connu l’Algérie française.

Le livre de Kamel Daoud m’a ému aux larmes, au point de le relire plusieurs fois. Son idée est lumineuse : rendre une identité à l’Arabe de “l’Etranger”. Peu importe que ce ne soit pas le meilleur livre de Camus, comme l’insinuent quelques critiques malveillants et stupides avec condescendance à l’égard de Kamel Daoud.

Daoud a su à merveille, dans son premier roman, manier les contradictions: L’Européen a tué l’Arabe et n’a pas été condamné pour cela. Le héros de Daoud tue un Français quelques jours après l’indépendance et ne sera pas non plus puni. Son crime n’a pas de sens, à moins que ce ne soit une piètre vengeance.

Il prend conscience de l’absurdité et de la facilité du crime : ” Quand j’ai tué, donc, ce n’est pas l’innocence qui par la suite, m’a le plus manqué, mais cette frontière qui existait entre la vie et le crime.” et :” L’Autre est une mesure que l’on perd quand on tue.”

Il va plus loin et se demande finalement si l’assassinat n’est pas un moyen de tout résoudre, y compris ses petits problèmes personnels. Certains l’ont fait et continuent à le faire dans notre monde. On ne sort pas de l’absurde.

Il y a aussi dans ce livre une violente critique de l’Algérie d’aujourd’hui, une déception profonde sur un processus d’indépendance confisqué, “et une colère contre l’instrumentalisation de la religion: “Hurler que je suis libre et que Dieu est une question, pas une réponse.”

L’oeuvre de Camus et celle de Kamel Daoud se déroulent dans un monde absurde, sans Dieu. Mais, Daoud s’en sert aussi comme prétexte à un roman, à une fiction, une histoire dont on a envie de connaître la fin. Il dit avec humour:”Les mots du meurtrier et ses expressions sont mon bien vacant.”

Je me souviens avoir été choquée en lisant l’Etranger de Camus par l’anonymat de l’Arabe, la gratuité du crime et l’absence de sanction. Kamel Daoud émet une hypothèse à ce sujet :”Dès le début, on le (Meursault) sent à la recherche de mon frère (l’Arabe). En vérité, il le cherche, non pas tant pour le rencontrer que pour ne jamais avoir à le faire.”

Le mystère du ” fond de l’autobus”

Il y avait “Le mystère de la chambre jaune”.
Il y à Paris le mystère du “fond de l’autobus”.
Imaginez un autobus. Il y a un couloir, une petite place au milieu, un autre couloir, une marche et un espace au fond de l’autobus.
Ce dernier est rarement occupé même quand les nouveaux arrivants étouffent à l’entrée et qu’une voix douce enregistrée susurre :”Veuillez avancer au fond de l’autobus”.
Voila l’un de ces problèmes sans intérêt apparent dont je me plais à parler dans ce petit blog, malgré les remarques acerbes de certains de mes amis intellos de gauche qui après avoir jeté (forcés et contraints par mes relances) un coup d’oeil sur ce dernier déclarent :”C’est mignon mais tu pourrais élever le niveau !”
Et bien justement, j’élève le niveau au dessus de la fameuse marche qui mène au fond de l’autobus.
Très souvent, lassée d’étouffer à l’avant, j’ai usé de ma petite taille pour m’avancer au fond de l’autobus et respirer enfin.
L’expérience est intéressante. Outre les regards curieux des passagers légèrement bousculés, il y a au fond les regards offusqués des ASSIS. Ils semblent dire :”La vieille veut nous piquer nos places mais on ne se laissera pas faire”. Le plus souvent, ils regardent fixement leurs pieds ou leur téléphone.
On est bien au fond de l’autobus. On y est le plus souvent seul à distance du passager qui s’est aventuré en bas de la fameuse marche mais n’a pas osé la franchir
Je ne suis pas la seule à le faire, heureusement, mais cette réticence me pose problème.
Y-a-t-il une définition légale du fond de l’autobus ? Est-ce que l’on transgresse une règle quand on s’y installe ?
Je rejoins là mon obsession : le fil ténu qui relie nos petits comportements quotidiens aux agissements étranges et parfois criminels des êtres humains.
Refuser d’aller au fond de l’autobus quand les derniers arrivés ne peuvent plus accéder à ce même autobus, n’est-ce pas faire preuve d’une forme de désintérêt pour autrui , qui dans ce cas est bénin, qui peut être criminel dans d’autres cas ?

La Préfecture de Seine-Saint-Denis invente un nouveau concept pour décourager les migrants

C’est nouveau, ça vient de sortir.
Cela s’appelle : Communication des motifs de la décision implicite de refus de séjour! Tout un programme
Vous êtes immigré et vous demandez une carte de séjour sur tel ou tel motif contenu dans la loi.
Vous attendez six mois, un an, deux ans.. Rien ne se passe.
Vous allez voir un avocat ou une association qui vous aide à demander communication de la décision prise…et l’interessé reçoit “explicitement” les motifs “implicites” du refus de séjour.
L’explicite se réduit à trois croix dans trois cases : situation familiale, situation professionnelle, existence d’aspects exceptionnels ou humanitaires . Si vous êtes célibataire, sans activité professionnelle et ne relevant pas d’une situation exceptionnelle (?), circulez.
L’aspect positif, c’est que vous n’êtes pas tenu de quitter le territoire français. Vous êtes tout simplement condamnée à errer sans papiers, sans travail et sans recours possible. Car comment faire un recours (même si la possibilité en est indiquée sur le document) contre trois croix.
Un exemple : une jeune fille de 20 ans arrivée de Haiti à 16 ans, scolarisée en terminale, sans famille en Haïti, hébergée par sa soeur en France a reçu ce “machin”. Elle est effectivement célibataire, sans situation professionnelle et ne justifie pas d’une situation exceptionnelle au regard de la préfecture.
Les nouveaux Préfets de Paris et de Seine-Saint-Denis ont trouvé cette formule pour contourner le droit des interessés de saisir les tribunaux.Il s’agit d’une atteinte grave à l’universalité des droits de l’Homme.
Cette jeune fille ne rentrera pas en Haïti. Elle viendra s’ajouter aux milliers d’errants sans statut. L’Immigration clandestine continuera à croitre.
Bravo à Messieurs les Préfets nommés par la gauche.

Monsieur Hollande, on est 12% à se “cramponner” mais on pourrait lâcher …

Non, mais alors ?


Monsieur le Président, comme vous l’aviez dit avec humour, nous sommes quelques uns à nous cramponner et à tenter de vous soutenir.
Mais, pour ma part, le coup des impôts qui ne vont plus augmenter, c’est la goutte de trop. Je ne sais pas s’il faudra les augmenter ou non. Mais ce que je sais, c’est qu’un chef d’Etat ne s’engage pas sans s’être assuré de la faisabilité de ce qu’il dit.
Si vous respectez les Français,il faut cesser de raconter n’importe quoi : que les filles enlevées par Boko Haram ont été libérées, que les impôts ne vont plus augmenter, que la croissance est pour demain etc…Couac, couac, couac.
Gouverner c’est prévoir, cela veut dire avoir une vision claire de la situation, aidé en cela par des conseillers soigneusement choisis. Le doute m’envahit. Et si vous étiez vraiment un petit bureaucrate qui n’a toujours su que naviguer dans les eaux de plus en plus troubles du PS. Et si vous n’aviez pas compris que la seule chance du PS est de repérer les talents nouveaux même s’ils ne sont pas exactement dans “la mystérieuse ligne” que vous déclarez suivre.
Et si vous teniez la promesse N° 41, au minimum, en aménageant la Loi Leonetti. Une majorité de Français sont d’accord là dessus. De quoi avez-vous peur ? Au moins vous auriez fait une chose importante dans le pays des droits de l’homme, ajouter à nos droits celui de mourir comme nous le souhaitons sans aucune obligation pour quiconque.
Je n’ai pas la souplesse du Marsupilami…je ne vais pas tarder à lâcher

Manifeste du “Hutu modéré”.

800000 Tutsis et “Hutus modérés” ont été massacrés en 1994 au Rwanda par des Hutus fanatisés.
Ce terme, “Hutu modéré” appelle une réflexion que Guy (Dhoquois) et moi-même avions commencé à mener à la fin des années 90.
Nous nous sentions proches des “Hutus modérés”, et plus généralement de tous ceux qui dans les périodes de fanatisme passionnel tentent de continuer à faire preuve de lucidité, de calme, de raison.
Nous avions alors commencé à écrire ce Manifeste du “Hutu modéré”.

1/ Il pense qu’il est un être humain, ni Hutu, ni Tutsi
2/ Il en conclut que personne ne l’attaquera puisque lui-même n’attache aucune importance à sa qualité de Hutu
3/ Certains de ces Hutus pensent qu’ils n’ont pas à se mêler d’un conflit que ne les concerne pas
4/ D’autres estiment qu’ils pourraient être un recours en cas d’affrontements entre extrémistes ou entre communautés

Mais Tous se trompent : Leurs efforts de conciliation leurs valent la haine des Tutsis parce qu’ils le veuillent ou non, ils SONT Hutus
Ils se font également haïr des Hutus identitaires qui les considèrent comme des traitres.

Remplacez Hutu modéré par musulman laïque, marxiste non léniniste, patriote non nationaliste…etc et vous aurez l’une des problématiques historiques les plus communes et l’une des questions fondamentales qui se pose à nos sociétés contemporaines.
Dans des contextes historiques passionnels la parole du “Hutu modéré” n’est pas audible.

A suivre

Clown = Farceur = humour

Transformer les clowns de notre enfance en monstres agressifs montre une absence d’humour presque douloureuse.
Il y a des mythes éternels que l’on ne travestit pas impunément.
Ces imbéciles qui aiment faire peur en se déguisant en clowns cruels n’ont rien compris aux films d’horreur, ni à Halloween, ni à la signification profonde du cirque : une représentation du monde drôle, triste qui transcende le bien et le mal.
On pourrait traiter ces jeunes cons par le mépris si l’on n’y sentait les prodromes d’une vision sinistre de la condition humaine.

Ne pleure pas petit Auguste, on les aura