Archive pour novembre 2015

Vive la joie et la liberté !

Dans cette époque où le puritanisme guette, où la joie de vivre est attaquée, ce livre écrit à quatre mains sur 55 années d’une vie de couple, sexuellement libre sans adultère, entend juste montrer que partager le même idéal de liberté, est l’un des gages de “réussite” d’un couple libre.
Nous n’entendons en aucune manière donner la leçon dans ce petit ouvrage autobiographique, juste témoigner d’une expérience de vie fondée sur la liberté, le respect et la sincérité.
RÉGINE ET GUY DHOQUOIS

(Vous pouvez le commander chez l’Harmattan sur le site :www.editions-harmattan.fr pour la somme de 13 euros)

“L’homme irrationnel”

Après les larmes, la colère, les bougies, les fleurs, la Marseillaise, l’agitation politique souvent digne parfois odieuse (celle de la droite à l’Assemblée nationale le lendemain de la réunion du Congrès à Versailles), vient le temps des commentaires :

Michel Onfray veut que l’on reconnaisse l’existence de l’Etat islamique et que l’on fasse la paix avec Daech
Certains cherchent des bouc-émissaires : l’Amérique bien sûr, l’invasion de l’Irak en oubliant, comme Onfray, que la France n’était pas partie prenante de cette guerre-, et enfin, last but not least, Israël et sa politique de colonisation.
D’autres critiquent l’attitude ambigue de l’Occident vis à vis de l’Arabie saoudite et du Qatar tenants d’un Islam rigoriste.
Régis Debray et beaucoup d’autres ciblent l’abandon des banlieues, la perte de notre imaginaire historique, l’obsession de l’argent, une société sans rites et sans credo, une société du “Tout à l’Ego”. Alain Finkelkrault poursuit son obsession monotone : le saccage de l’école. Et ces deux “philosophes” de conclure qu’il faut retrouver un peuple avec son histoire propre (Je préfère ne pas savoir ce qu’ils mettent sous cet adjectif)
On sent aussi poindre chez certains l’incompréhension : En Janvier 2015, Daech avait des cibles précises : les humoristes et les juifs.
certains pouvaient dire “Je ne suis pas Charlie” et penser secrètement ou pas que et les dessinateurs de Charlie et Les Juifs, forcément assimilés à Israël, l’avaient bien cherché!
Il est indispensable de commenter, de chercher à comprendre à condition d’éviter le ton condescendant de certains de nos intellectuels de pacotille, les affirmations erronées voire criminelles, les analyses qui ne laissent aucune part au Doute et désignent avec certitude LES responsables.
Je ne sais pas qui sont les responsables “indirects”. En revanche, je sais que le XX° siècle a inauguré les génocides et que dans tous les cas, nous connaissons les auteurs de ces crimes abjects.
Je sais que nous ne vivons pas la fin de l’Histoire mais que nous y sommes en plein
Je sais que les premiers responsables sont ces barbares de Daech, leur vision apocalyptique de l’Islam et qu’il faut les éradiquer
Je sais aussi que les Abaoud et consorts étaient issus de la classe moyenne et n’étaient pas de pauvres sans-papiers désespérés.
Je sais enfin que l’un des enjeux essentiels des crimes commis au nom de l’Islam , est la liberté des femmes.
J’affirme qu’il y a des guerres justes, comme celle contre Hitler et le nazisme, contre les Khmers rouges, contre les hutus génocidaires, contre les fous qui s’autorisent à tuer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.
Je crois que seule l’irrationalité, la perversion de certains radicalismes religieux mais aussi la frustration, l’envie, sont aussi à l’origine de ces terribles boucheries.
Tuer des innocents parce qu’ils ne sont pas comme vous est une abomination qui n’a aucune explication rationnelle.

Bravo à Woody Allen pour son film prophétique ” l’Homme irrationnel”. On y voit un enseignant malheureux , frustré, sauter sur le premier prétexte venu pour se donner une raison de vivre en tuant un juge qui aurait été injuste avec une femme, d’après une vague conversation entendue par hasard. Cet homme insignifiant devient un vengeur…pitoyable

Citons aussi cette merveilleuse réplique de Jean Louis Barrault dans “Drôle de drame”, chef d’oeuvre d’humour noir (1937) de Marcel Carné et Jacques Prévert :” J’aime les animaux et comme les bouchers tuent les animaux, je tue les bouchers”

Aujourd’hui j’avais piscine : un poste d’observation privilégié de l’incivilité

J’ai vaincu mes appréhensions, peu aidée en cela par Internet qui véhicule des méchancetés sur les piscines municipales.
Celle que j’ai trouvé à Reuilly Diderot est propre. Il n’ y a pas trop de monde. Des maîtres-nageurs sont langoureusement assis et regardent au loin. c’est rassurant !
Je me lance dans ma brasse apprise il y a 60 ans, la tête hors de l’eau et les vertèbres cervicales tendues. Tout à coup heureuse de me trouver là, je demande à l’un des maîtres nageurs, assis un peu plus loin, s’il pourrait me donner des leçons pour apprendre à nager sur le dos. Je suis suspendue au bord de la piscine et ma voix est faible. Ils n’entendent pas mais ne font pas un geste pour s’approcher de moi. Je hurle. Ils me répondent que les leçons, c’est entre 7h et 8h du matin. Je crie : “pourquoi pas maintenant” . Impossible disent-ils. Ah bon ? Pourquoi ? Je ne le saurai pas.
Tant pis, je vais continuer ma brasse. Et Plouf, un mec me bouscule. Sa spécialité c’est une sorte de crawl sur le dos qu’il a dû apprendre avec le même prof que moi. Bref, il ne maitrise pas. J’avale de l’eau et je suis sur le point de paniquer. Je ne pense pas qu’il se soit excusé. Je continue tout en surveillant du coin de l’oeil deux petits mômes au bord de la piscine; Et plouf, ils ont plongé à 50 cm de moi. Non, je suis bien je ne vais pas être agressive, même si mes yeux me piquent méchamment.
Il y a un couloir réservé aux leçons (celles qui ne peuvent pas avoir lieu), deux couloirs réservés aux bons nageurs de crawl qui par définition ne doivent pas être gênés et les deux nôtres pour le tout-venant : enfants sauteurs, vieux qui nagent mal, mecs qui se la pètent, vieilles dames précautionneuses.
Ce bordel ne réussira pas à me mettre de mauvaise humeur même si un tout petit peu d’attention à l’autre pourrait améliorer les choses. Dans les 20 cm ou mes 150 cm ont pied, je demande au mec qui nage le crawl sur le dos comment il fait pour ignorer qu’il y a d’autres gens sur terre (et sur l’eau) que lui. Il me répond que nous sommes dans un lieu public et qu’il est libre de faire ce qu’il veut et que si ça ne me plait pas ….
Pas la peine de philosopher. Je décide d’inaugurer ma fameuse nage sur le dos qui consiste à s’agiter …sans avancer. Je heurte une gentille jeune femme enceinte qui arrivait avec grâce. Je me confonds en excuses. Elle m’ignore et repart avec grâce.
Alors, je fais mes 20 longueurs en circulant entre les plongeurs, les nageurs sur le dos, ceux qui changent de file sans prévenir.Il n’y a pas de code de la piscine.
La piscine est un microcosme où il fait bon observer l’élégance des rapports sociaux.
Quelle différence y- a-t-il entre ces incivilités et celles qui finissent par un tabassage en règle pour un regard de travers ?
c’est le fil ténu entre ces comportements quotidiens et anodins et la négation totale de l’autre qui me passionne.

Une journée de merde

Elle commence par un accompagnement d’une jeune femme migrante en préfecture à Paris. On a dû oublier de dire au personnel qu’il fallait être accueillant ou si on leur a dit, ils ont oublié ou ils ont pensé que c’était seulement avec les Syriens.
C’est l’après-midi. Nous avons rendez-vous. Il est 13h30. Comme le personnel n’est pas encore arrivé et que je suis fatiguée, je m’assois sur le seul spot disponible, le côté du Monument aux morts.Une jeune femme passe et n’ayant cure de mes cheveux blancs, me demande de me déplacer. C’est choquant dit-elle. Vers 14h, le personnel-dont cette jeune femme fait partie- commence à arriver. Assises à l’intérieur,seules, nous entendons les employées bavarder et rire derrière le mur du fond. 14h45. Nous sommes appelées. La jeune femme vient probablement d’arriver de nulle part car elle semble ne pas connaitre le ba-ba du droit des étrangers. Ses deux voisines viennent l’épauler en nous regardant de travers. Sur le tout petit espace dévolu aux “sans-papiers” pour poser leurs innombrables preuves d’existence, la dame tente de sortir le bon papier au moment où notre apprentie guichetière chaperonnée par les deux autres qui lui donnent des ordres contradictoires, le lui demande.

jeune migrante cherchant ses papiers dans une préfecture

Certains de ces précieux papiers tombent par terre. Je les ramasse. Au moins, j’aurais servi à quelque chose dans ma vie. Vers 15h, on nous dit que La Chef de Bureau va étudier le cas qui n’est pas clair… Après tout, cette dame a travaillé depuis plus de cinq ans, produit les fiches de paye et un contrat de travail. C’est louche, non ?
Nous allons nous réinstaller dans la salle d’attente. Nous discutons sur la France/Afrique. Vers 15h30, on nous appelle. La Chef a décidé d’étudier ce dossier de plus près. Elle ne remettra plus de récépissé à la dame. Nous aurons la réponse dans un mois…dans un an ? Je demande à voir la Chef. Impossible me dit la jeune apprentie qui a pris de l’assurance.”
Le Code des étrangers exige de remettre un récépissé à chaque dépôt de dossier” dis-je. Elle nous demande de dégager. Après Quatre ans de situation régulière en France, la guerre dans son pays, l’horreur,la dame sourit et dit : “C’est une nouvelle période de ma vie qui commence, je n’ai plus d’existence légale!”

Bon, pour me distraire, je décide de faire un peu de shopping.
Je vais au BHV pour acheter un cendrier. J’erre pendant de longues minutes. Je finis par demander à un jeune vendeur qui me répond avec mépris :”Madame, nous ne faisons pas ce genre d’articles” Quelque chose m’a sans doute échappé. Il doit y avoir une nouvelle loi avec ses décrets d’application qui interdit de fumer chez soi!
Je décide d’essayer des bottes. C’est une expérience annuelle qui aboutit depuis vingt ans au moins à un échec ou à un achat inutile.
J’expose mon problème au vendeur à savoir que je n’arrive jamais à fermer la fermeture éclair qui bloque sur mon mollet certes rond mais pas tant que ça. J’en essaye plein…qui bloquent toutes au mollet. Le vendeur pas du tout contrit me dit qu’il ne peut vraiment rien faire pour mon cas ! Je me demande si je suis la seule à avoir ce problème. Mais comme il n’y a pas de commentaires sur ce blog, je ne le saurai pas.
Je prends le métro. J’ai mal partout. Ma sciatique s’est réveillée. Personne ne se lève. Mes copines me rassurent en me disant que je fais jeune, mais je ne les crois pas.

Comment ai-je pu croire un instant qu’avec tant de grossièreté et de bêtise, on pourrait un jour construire une société plus juste?