Archive pour mars 2016

La vieillesse pour les nuls (8): la catégorie “mamie”

Maillot de bain de “mamie”

Je me promène avec ma soeur dans Paris. Nous avons mis nos belles doudounes. La sienne est orange, la mienne est noire. Nos chevelures blanches sont à peu près identiques. Ma soeur est une marrante. Nous rions de concert. Quelques jeunes adultes, notamment des femmes, nous regardent avec ce sourire attendri que l’on pose sur les chiens ou les enfants.
Il m’énerve ce sourire. (On me dit que j’ai tort d’être énervée. Sans doute faudrait-il être plus cool. J’ai toujours milité pour la dignité des êtres humains, quelles que soient leur apparence, leurs origines, leur religion, leur âge…etc. On ne se refait pas)
Un petit garçon fonce vers nous en trottinette. Sa maman lui crie : “Fais attention aux mamies !”
Il parait que c’est gentil.
Non, ce n’est pas gentil. C’est une catégorisation qui peut être excluante. Je le répète à l’envi dans ce blog: les catégories m’ont toujours posé problème : LES femmes, LES juifs, LES Arabes, LES musulmans, LES handicapés, LES hommes etc…Il y a DES… tous et toutes différents. Il y a des êtres humains. C’est tout et c’est beaucoup. J’ai la prétention d’en faire encore partie même à 75 ou 90 ans..
Il semble que pour certains, accepter la vieillesse soit impossible ou alors, il faut lui donner une fonction sociale.Celle de “mamie” est parfaite. Elle rassure les jeunes adultes et elle est utile.
C’est encore Simone de Beauvoir qui dans son remarquable ouvrage sur :”La vieillesse” dit : “On ne s’intéresse au matériel humain que dans la mesure où il peut servir”
On peut trouver qu’il s’agit d’une formule désuète. Elle me parait au contraire très actuelle

PS : Ni ma soeur, ni moi n’avons de petits enfants. Désolée

La vieillesse pour les nuls (7) : l’impossible transmission

vieux sage

Soit, quand vous quittez votre travail pour partir à la retraite, vous êtes un peu connu ou très connu (dans un tout petit milieu…) soit, malgré vos travaux, vos articles, votre participation sérieuse et continue aux activités de votre entreprise ou encore de votre université, vous partez dans l’anonymat. C’est le cas de 98% des gens
Dans le premier cas, soyez sûrs que l’on fera appel à vous après votre départ, que l’on vous écoutera doctement dans ces interminables réunions de travail ou dans des colloques plus ou moins intéressants. Dans le second cas, vous ne serez plus invités tout simplement. Et si vous hantez néanmoins les réunions ou les séminaires, on ne vous demandera rien et vous sortirez de là humilié et vraiment vieux.
Une collègue, qui se situe dans le premier cas de figure, à qui j’exposais ma légère amertume à ce propos me répondit :” C’est normal, les jeunes veulent se réapproprier les savoirs.” Sans doute.
Mais je ne peux pas m’empêcher de me poser cette question : Comment peut-on se réapproprier une histoire que l’on connait si mal ?
N’est ce pas plutôt, pour nos jeunes ou moins jeunes collègues, un banal besoin de reconnaissance qui s’accommode mal de trop de concurrence !
Un conseil pour les retraités : N’allez pas dans ces lieux qui vous nient, fuyez, faites du bénévolat et ne vous en faites pas si vous avez l’impression que ce que vous avez tenté de transmettre pendant 40 ans de vie active soit à jamais perdu.
Quand on vieillit, il faut éviter d’ajouter aux rides des rides d’amertume.

Je suis Bruxelles, Paris, Grand Bassam, Tunis, Bamako, Karachi…mais je suis surtout dévastée par les conséquences barbares des religions ou des idéologies simplistes

La vieillesse pour les nuls(6) : la fille qui n’aimait pas les vieux

La scène se passe dans une émission de télévision animée par Nagui, à midi sur la Deux: “Tout le monde veut prendre sa place”.
Chaque participant au jeu doit raconter uns histoire drôle qui lui est arrivée.
A cette heure là, le public est composé à 80% de personnes de plus de 70 ans.
La jeune candidate raconte l’histoire suivante : avec ses copines, elles avaient décidé de partir en vacances au soleil, dans un grand hôtel.
Tout se présente à merveille.
Puis, elles débarquent à l’hôtel en question qui est magnifique.
Mais quand elles regardent autour d’elles, catastrophe ! L’auditeur imagine des cafards, une réunion de la maffia chinoise, des salafistes enturbannés…Non, ce qu’elles voient autour d’elles, ce sont des vieux, certains avec des déambulateurs, d’autres avec des cannes…
Tout le monde s’esclaffe devant une telle vision d’horreur racontée sans aucun humour.

Rien n’est plus imprévu que la vieillesse” Simone de Beauvoir in “La vieillesse, Gallimard, 1970

La vieillesse pour les Nuls (5): un nouveau challenge : essayer des chaussures

Selfie

Je me souviens de mes parents me disant que si je ne travaillais pas bien à l’école, je deviendrais vendeuse de chaussures, le comble de l’humiliation.
Je me souviens d’avoir été gênée quand les vendeuses assises sur le petit banc à mes pieds, m’aidaient à enfiler des chaussures.
Puis je me souviens de la première fois où j’ai voulu acheter des bottillons avec cette fichue arthrose dans le dos.
La “technicienne de vente” me regardait me contorsionner du haut de ses 175 cm. Elle ne comprenait pas que mes pieds étaient soudainement devenus hors d’atteinte. Je n’étais pas sûre de comprendre non plus.
je suis sortie de la boutique, humiliée et furieuse contre la disparition de ces petits bancs de ma jeunesse.
La vendeuse a dû penser que j’étais une vieille emmerdeuse qui cherchait à s’occuper, incapable d’imaginer que si elle m’avait juste un peu aidée, je me serais ruinée dans sa boutique !
Comme dit mon toubib favori : “c’est de l’arthrose, rien à faire.”

La vieillesse pour les nuls (4) : la visite chez le médecin

“Alors, qu’est-ce qui ne va pas encore ?”
je sens dans ma main le petit post-it où j’ai noté toutes les questions que je voulais lui poser : un doigt de la main qui se replie dans la nuit, les légers vertiges, les palpitations etc…Je le cache précipitamment dans ma poche.
“Tout va bien docteur, je viens comme d’habitude pour le renouvellement de mes médicaments, puisque vous ne pouvez pas soi-disant me les donner pour plus de trois mois! “(Non mais…)
“Non évidemment, c’est interdit et à part çà, comment va votre mari ?”
“ça va, ça va…moi j’ai très mal à la main et….”
“Arthrose, rien à faire…”
“Ah bon, et les palpitations ?”
“L’angoisse, rien de grave. C’est tout ?”
Il tape sur son ordinateur sans me regarder, imprime l’ordonnance et murmure :”Carte vitale ”
“Vous avez toujours mes directives pour mourir dans la dignité ?”
“Elles doivent être quelque part par là…”
Je pense :”Mais avant de mourir dans la dignité, ce serait possible de vivre encore un peu sans être trop enquiquinée par l’inévitable usure de la vieillesse ?” mais je ne dis rien.
Il me semble que quand j’étais plus jeune, les médecins prenaient ma tension, écoutaient mon coeur…ça doit être passé de mode!
Mais ne vous y trompez pas. Il est sympa ce médecin.
Je crois que la vieillesse l’ennuie. Moi aussi

La vieillesse pour les Nuls (3) : Moi, Damart : jamais !

Passage difficile

Vous y alliez d’abord avec votre maman, puis sans elle quand elle n’a plus pu sortir, pour lui acheter des chemises de nuit, des pantoufles.
Vous preniez des airs un peu supérieurs :”Non, je ne sais pas exactement la taille, ce n’est pas pour moi.”
Vous vous juriez que vous ne mettriez jamais les pieds dans cette arche pour très vieilles dames quand votre mère ne serait plus de ce monde.
Mais ils vous ont repéré : Vous avez reçu des catalogues que vous avez commencé par jeter sans les regarder.
Et puis ils vous ont flatté, offert des cadeaux, des vestes chaudes, des montres moches.
La première fois que vous y êtes entrée sans le prétexte de votre maman très âgée, vous êtes allée directement au rayon chaussures et vous y avez trouvé la chaussure qui ne blesse pas trop le fameux “hallus valgus”.(si vous ne savez pas ce que c’est, savourez votre bonheur!)
La deuxième fois, vous vous y êtes promenée, comme dans un magasin normal et vous y avez trouvé la culotte idéale maximoche mais maxi-confortable, mais bon…
Maintenant, vous êtes devenue une cliente “très privilégiée” qui accumule les cadeaux.
Vous y entrez mécaniquement.
Vous évitez juste de trop prêter attention aux clientes, les mères avec leurs filles, puis les filles seules, puis les très vieux couples fragiles.
Le cap est passé.
A bientôt chez Damart

La Vieillesse pour les nuls (2)

Imaginez : Il fait beau. Vous pédalez sur votre petit vélo le long d’une mer argentée. Vous avez entre 50 et 60 ans et vous vous sentez bien. Votre chevelure n’est pas encore blanche;
Vous dépassez fièrement une troupe d’adultes avec leurs enfants.
L’un des enfants en colère crie : “C’est nul, même les mamies nous dépassent!”

Le môme vous a percé à jour. C’est le début du passage vers une autre rive que vous allez découvrir , le statut de “mamie”, avec ses codes, ses droits et devoirs…
Dès le premier signe, il faut vous décider : soit vous acceptez ce nouveau statut dans la bonne humeur et la positivité ( bienvenue à la SAGESSE), soit vous êtes de mauvais poil et ça ne va pas s’arranger!
( Merci chers lecteurs de lire ces propos avec le minimum d’humour)

La vieillesse pour les Nuls

Pourquoi une vieille dame ne peut-elle pas porter cette jolie jupe ?

Je suis vieille, Je suis vieille, Il faut que je sois discrète.
Tous les jours en m’habillant, je me répète la même chose et ça dure depuis des années.
Alors j’enfile un pantalon noir, un pull chaud et pas moulant.
Je regarde avec nostalgie les robes et les jupes shoppées sur Internet (dans les boutiques, le regard des vendeuses suffit à me dissuader) Quelquefois j’en mets une et je me regarde dans la glace. Non, décidément, je suis ridicule. Retour à la tenue ad-hoc pour vieilles dames bien élevées.
Et pourtant, elle est jolie cette jupe achetée (heureusement en solde) sur Internet. Quand on ne voit de moi que le bas, c’est plutôt chouette.
Mais quand on voit les cheveux blancs, les rides, rien ne va plus
Est-ce la peur du regard d’autrui ? Sûrement. Au mieux, personne ne vous félicite jamais sur votre tenue. Au pire, quelqu’un vous dit :” Tu te mets en jupe toi!!!”
Voila, c’est aussi cela la vieillesse. L’absence de liberté, l’autocensure, l’obligation de discrétion.Bref, une forme d’exclusion.