Archive pour août 2016

Vive l’esprit olympique !

Extrait de la Charte de l’Olympisme : “Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l”homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine”

C’était un spectacle fort agréable que ces JO à Rio, avec bien sûr, à la télévision, son lot de commentaires hystero-chauvins. Nous avons tout appris sur “le beaucoup d’émotion” des athlètes français, presque rien sur ce magnifique perchiste brésilien qui a eu le culot de détrôner notre héros national Renaud Lavillenie.
Mais France 2 nous a réservé (sans le vouloir) un intéressant moment de journalisme: cela s’est passé pendant l’épreuve du 50km marche. Notre champion français Yohann Diniz titube, tombe, saigne, s’arrête, repart. Le commentateur s’émeut, en appelle aux autorités olympiques pour arrêter sa course folle et demande à Nelson Montfort de trouver un responsable du staff français. Habituellement, nous voyons les chefs, mais dans l’urgence, le journaliste n’a déniché qu’un obscur bureaucrate grisâtre et grisé par cette célébrité inattendue. Face à la description du martyre de notre champion, il déclare en souriant :”Tout se passe bien, tout est sous contrôle, les médecins du staff suivent la course. Yohann Diniz est toujours en marche. C’est l’olympisme, le sport, la compétition, en un mot RAS.”Fin de l’interview. Disparition du bureaucrate. The show must go on.
Comme le dira plus tard Yohan Diniz :” Si l’athlète était au coeur des JO, ça se saurait!” (L’Equipe du 20/08/2016)

Je rejoins entièrement Jacques Attali qui dans l’Express, dénonce le triomphe de la hiérarchie- que l’on estime cependant nuisible dans l’éducation-, la fascination pour les seuls vainqueurs dans toutes les dimensions de notre monde et en particulier-en dehors du sport- dans la compétition économique. Le risque-ajoute-t-il- c’est de condamner l’essentiel de l’humanité à la frustration et à la rage.

L’émotion olympique peut être très belle. elle peut être répugnante.

Burkini or not burkini ? A propos des émotions qui nous empêchent de réfléchir

Elle avance vers moi sur la promenade, habillée de noir, voilée. Elle marche quelques pas derrière l’homme.
Je la hais. J’ai envie de crier ma colère, de l’interpeller, de lui demander “pourquoi” ? Je pense à tous nos combats pour la liberté , pour avoir le droit d’user de notre corps comme nous l’entendions. Je pense aux morts dans les attentats et cette femme me donne la nausée.
Bien sûr et heureusement, je ne dis rien. Je passe et je ravale ma méchanceté.
Une heure plus tard, je vais me baigner. Et alors que j’ai une très forte envie de reculer face aux grosses vagues, j’aperçois la femme en burkini avec une copine. Elles sautent dans les vagues en hurlant de rire. Fauchée par une vague méchante, je rejoins ma serviette un peu penaude et je tente de réfléchir à ma position sur cette question qui agite notre pays en ce moment : faut-il interdire le burkini ?
J’ai lu des dizaines d’articles à ce sujet : il y a ceux qui veulent l’interdire au nom de l’égalité entre hommes et femmes, ou au nom de la laïcité, ou au nom de la neutralité de l’espace public. il y a les partisans des droits de l’Homme qui veulent interdire d’interdire au nom de la liberté individuelle et du risque d’islamophobie. Tout cela est respectable. Il y a aussi ceux qui en profitent pour faire état de leur racisme nauséabond.

Il y a enfin d’ennuyeux analystes qui tentent de faire passer leurs obsessions à travers (si j’ose dire) le burkini : c’est ainsi que jacques Sapir désigne la fin de la souveraineté nationale et la mondialisation comme les responsables du repli identitaire et donc…du burkini.(Causeur, Aout 2016)
En regardant ces deux jeunes femmes sauter dans les vagues rejointes par leurs enfants, je me souviens de ces femmes mexicaines, catholiques qui dans les années 80 à Puerto Vallarta, jouaient dans la mer, entièrement vêtues.
Finalement, là encore, le doute l’emporte : au moins ces jeunes femmes peuvent profiter de la mer. Toute interdiction aboutirait à les priver de ce plaisir.
Je pense à toutes les femmes qui ne se baignent pas pour ne pas montrer leur corps et qui se privent d’un plaisir merveilleux

Le seul problème est : comment combattre l’intégrisme (dont le traitement discriminatoire des femmes fait partie intégrante bien sûr) dans TOUTES les religions (étant entendu qu’il est plus dangereux dans les religions prosélytes). Je ne crois pas que ce soit par une énième prescription vestimentaire réservée aux femmes que l’on y parviendra.
Parmi les commentateurs, je me rallie à Caroline Fourest qui titre avec humour dans son blog :”Face au burkini, optons pour le nudisme.

La jalousie vue par Sandor Marai

Je continue à vous faire profiter de mes lectures de vacances. Il s’agit encore de “Métamorphoses d’un mariage” de Sandor Marai. Il propose ici une analyse de la jalousie que je partage en partie :“Et la jalousie, alors ? Quel est son sens? Que cache-t-elle ? Qu’y-a-t-il derrière elle ? La vanité, bien sûr…La vanité représente soixante dix pour cent du caractère humain, le reste étant partagé entre le désir, la générosité, la peur de la mort et l’honnêteté. Lorsqu’un homme amoureux court dans les rues, éperdu, les yeux injectés de sang, parce qu’il craint qu’une femme passionnée, solitaire, assoiffée de bonheur et, en fin de compte, malheureuse comme tout être humain, ne soit quelque part dans la ville, entre les bras d’un autre homme, ce qu’il veut, ce n’est pas préserver le corps et l’âme de cette femme d’un danger ou d’une infamie imaginaires, mais protéger sa propre vanité d’une pareille blessure.”

La guerre et les émotions négatives: Extrait de ” Le Monde d’hier” de Stefan Zweig

Stefan Zweig évoque ainsi les réactions- celles du peuple comme celles des intellectuels- au début de la première guerre mondiale :“Peu à peu, au cours de ces premières années de la guerre de 1914, il devint impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable. Les plus pacifiques, les plus débonnaires, étaient enivrés par les vapeurs de sang. Des amis que j’avais toujours connus comme des individualistes déterminés, voire comme des anarchistes intellectuels, s’étaient transformés du jour au lendemain en patriotes fanatiques, et de patriotes en annexionnistes insatiables. Toutes les conversations se terminaient par des phrases aussi sottes que celle-ci :”Qui ne sait haïr ne sait pas non plus aimer vraiment”, ou encore par de grossières accusations …….Les “défaitistes” étaient -disaient certains- les pires criminels contre la patrie.
Il ne restait dès lors qu’une chose à faire: se replier sur soi-même et se taire aussi longtemps que dureraient la fièvre et le délire des autres. Même vivre en exil n’est pas si terrible que vivre seul dans sa patrie.”

A propos des émotions : l’enseignement du Tao-tö king revu par Guy Dhoquois


Guy Dhoquois s’est livré à une opération passionnante sur son blog (http://auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois)). Il a réécrit les chapitres du Tao-tö king de Lao Tseu en fonction de sa propre sensibilité.
Ecrits au 3° ou 4° siècle avant JC, ces écrits donnent à penser, notamment sur ce que j’ai appelé les émotions négatives.

Voici le Chapitre 73 écrit par Guy :
Le vraisemblable peut se produire
L’invraisemblable se produit aussi
Le sage s’attend à tout

De la mesure avant toute chose
L’audace n’est pas témérité
Un homme de bien est circonspect

L’idéal humain est terrestre
Est de vaincre sans livrer bataille
De venir sans être appelé


Bien avant Kant, Lao-Tseu dit :”Mes principes enseignent le devoir d’appliquer d’abord à soi-même les règles qu’on voudrait voir appliquer par autrui.”

A méditer