Archive pour juin 2017

“Quand monte le flot sombre” de Margaret Drabble : un voyage passionnant au coeur de la vieillesse

Il y a celle qui continue à s’agiter, qui fait du bénévolat dans les maisons de retraite, prépare les repas pour son ex-mari très malade
Il y a celle qui a été très belle et qui s’adonne à des projets artistiques dans un cadre privilégié réservé aux personnes fragiles
Il y a ceux qui ont choisi le soleil de Lanzarote pour y terminer leur vie
Il y a ceux qui ne supportent pas la fin de la reconnaissance sociale connue dans leur jeunesse ou leur maturité
Il y a ceux qui bardés de tuyaux attendent la mort
Il y a les enfants, adultes dispersés un peu partout dans le monde et qui ont peu de temps pour voir leurs parents vieillissants
C’est un roman qui nous emmène des paysages verdoyants et pluvieux de l’Angleterre aux iles volcaniques ensoleillées des Canaries

Margaret Drabble a 78 ans. Elle n’écrit pas un roman à l’eau de rose. Le flot sombre c’est celui du processus de vieillissement.
On suit ses personnages avec inquiétude. Ils ont un appétit de vivre que même la maladie grave ne parvient pas à altérer. Mais le handicap, la paralysie, la dépendance guettent. Quand vont-ils rattraper ces personnages qui au fil des pages sont devenus des proches, sympathiques ou non.
Comme disait Jean Cocteau : “le problème quand on devient vieux, c’est qu’on reste jeune.”
Comment vivre sa vieillesse, ce lent chemin vers la mort. Mais toute notre vie est un chemin vers la mort.
Margaret Drabble n’apporte aucune réponse. Elle nous permet seulement de nous sentir exister en tant qu’êtres humains à part entière, délivrés du sourire compatissant que posent trop souvent sur nous des adultes qui veulent se persuader qu’ils sont encore dans le coup.

Dans une interview à Libération , M. Drabble parlait de l’âge comme d’une grande aventure. Elle racontait à ce propos une anecdote dans laquelle beaucoup de vieux se reconnaitront : “L’autre jour j’étais à la BBC, une jeune femme m’accueille à la réception, m’entraîne et fonce dans les couloirs sans même se retourner pour savoir si je la suivais. Et je ne pouvais pas, et ça m’a agacée! Je me suis dit, vraiment elle n’est pas faite pour cet emploi.”

Le gentil Macron et le méchant Collomb : Une politique migratoire ambigue

Il y avait le méchant flic et le gentil flic.
Le gouvernement Macron inaugure-t-il la même méthode ?
Accordons-lui le bénéfice du doute, pour ne pas tout de suite sortir de cette fraicheur nouvelle que Macron nous fait vivre le temps d’un été.
Mais rien n’empêche de poser des questions. La presse dans son ensemble l’ a fait (cf Libération du 24/25 Juin 2017)
Ce qui frappe dans la visite du Ministre de l’intérieur à Calais, c’est sa détermination à n’être que du côté de la tranquillité des Calaisiens.
Monsieur Collomb n’a aucune sensibilité à l’exil, à la tragédie vécue par une majorité de migrants. Les 80% de migrants qui trouvent refuge dans les pays pauvres ont pour la plupart d’entre eux une tente qui les protège.
Monsieur Collomb semble estimer que la simple présence d’une tente constitue un appel d’air. Les demandeurs d’asile qui campent dans la rue Porte de la Chapelle savent que toute tente sera détruite par la police…
Pas de tente, OK. Alors pourquoi pas des vraies maisons ?
“Les Accueillir c’est notre honneur” Emmanuel Macron
Ah bon ! On attend la suite
* Dessin paru dans la presse iranienne

Vous avez très chaud…Pensez aux migrants “mijeurs” (entre autres) SDF

Je sais: penser aux malheurs des autres ne console pas des siens. Mais bon, ça passe le temps et c’était la journée des réfugiés hier.
Le” mijeur” est une sorte de nouvelle catégorie juridique en droit des étrangers
Ils arrivent seuls, se déclarent mineurs et doivent -selon la loi- être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Ils sont scolarisés et logés en internat. Bravo la France
Mais quand un doute s’installe sur l’âge du jeune, la Préfecture fait effectuer des tests osseux, Ces tests ne sont pas fiables à 100%.
Peu importe : s’il s’avère que le test osseux montre un âge supérieur à 18 ans, le (la) jeune migrant(e) reste scolarisé(e) mais ne peut pas être prise en charge et faute d’internat l’été se retrouve …SDF et sans aucune aide.
Certains pensent : ils sont trop nombreux, çà coute très cher, que font leurs pays d’origine (pour ceux qui ne sont pas en guerre) etc….
Ce sont juste des êtres humains jetés sur nos terres par la misère, la guerre ou la dictature. C’est tout.
Au secours Monsieur Cassin,* nous sommes devenus fous de narcissisme.

* Co-Auteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme

Il n’ y a pas LES ETRANGERS . Chacun(e) a son histoire. En voici une, tragi-comique

Mr X est arrivé en France en 1993, en provenance des Comores, à l’âge de 21 ans.
Il avait fait l’objet d’une reconnaissance par son père de nationalité française le 10 septembre 1990 pour lui et ses frères et soeurs
Il possédait une carte d’identité française.
Il travaillait, vivait en pensant qu’il était français.
En 2014, lorsqu’il reçoit son extrait de naissance , il y est indiqué que l’acte de reconnaissance a été fait alors qu’il était majeur.
On lui refuse alors le renouvellement de sa carte d’identité.
Il saisit les tribunaux : La Cour d’Appel de Paris décide qu’une reconnaissance postérieure à la majorité n’a aucune incidence sur la nationalité. Mr X n’est plus français.
Il fait un pourvoi en cassation conseillé par un excellent cabinet d’avocats. La Cour dans un arrêt du 18 janvier 2017 confirme sèchement l’Arrêt d’Appel.
Mr X n’a plus de nationalité, puisqu’il n’a jamais demandé et pour cause un passeport comorien.
Bien intégré, depuis 25 ans en France, il se retrouve apatride.
C’est conforme au droit. C’est contraire aux règles élémentaires de la logique et de la morale.
Cet homme “intégré” à la France va devoir redevenir un exilé, étranger. Negar Djavadi dans son magnifique roman “Desorientale” dit : “Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir.”
Mr X après avoir fait ce chemin va devoir faire le chemin inverse.