Archive pour septembre 2017

Nouvelles des migrants : “Les réfugiés doivent être accueillis plus rapidement et les migrants économiques effectivement reconduits” ( Gérard Collomb au JDD le 6 Aout 2017)

Notre ministre ne donne pas dans la nuance. Je l’invite à venir à une permanence d’une association d’aide aux migrants pour qu’il affine son analyse et notamment la différence entre réfugiés et migrants économiques. Voici quatre exemples rencontrés dans une permanence de la CIMADE :
- Mme A : Mariée à un Français, venue au titre du regroupement familial à la demande de son mari. Arrivée en France, Monsieur ne lui donne pas d’argent, l’empêche de sortir, disparait sans explications pendant des jours, la suit partout dans l’appartement … Après des mois de ce harcèlement, elle quitte le domicile conjugal, demande le divorce et est hébergée dans une structure pour femmes battues.
En vertu de l’accord passé entre son pays d’origine et la France, les violences contre un conjoint ne permettent pas un renouvellement de la carte de séjour. Sachant que cette femme avait un travail dans son pays, a tout quitté pour se marier et avoir des enfants et qu’un retour est impossible pour elle, que doit-on faire ? : Migrante économique ou réfugiée ?
- Mme R. : Mme R a fui son pays à cause d’un mari très violent (elle en porte encore les traces) , dont elle voulait se séparer mais qui la menaçait de mort ainsi que leurs trois enfants si elle mettait son projet à exécution . Ses enfants réfugiés chez sa mère ayant été menacés par la famille du mari, elle les a fait venir également. Elle n’est là que depuis huit mois et il n’y a aucun moyen de la régulariser. Migrante économique ou réfugiée ?
- Mr K. : Après avoir quitté un pays du Maghreb avec ses frères pour l’Italie, il arrive seul en France vers l’âge de dix ans dans les années 80. Non repéré par l’ASE (Aide sociale à l’enfance), il survit grâce à la délinquance, fait plusieurs années de prison puis s’en sort grâce à une jeune femme française. Ils ont un enfant de 18 mois. Mr K n’a pas de nationalité. Son avocate fait des demandes aux trois consulats du Maghreb. Aucun ne le reconnait comme son citoyen. Il a commencé une vie normale. Il voudrait travailler, avoir des papiers. Impossible répond l’OFPRA qui statue négativement sur sa demande de statut d’apatridie, suivi par les tribunaux. Réfugié ou migrant économique ?
Il ne s’agit que de quelques exemples parmi des centaines de ce genre par an.
Alors, Monsieur Collomb, on fait quoi ?

Mes lectures d’été: hommages féministes

A la pertinence gracieuse de Chantal Thomas (Souvenirs de la marée basse, Le seuil, 2017):“La nageuse est un phénomène neuf et d’exception dans une histoire de l’humanité qui revient pour les femmes à une histoire de leur immobilisation, de leur identification imposée et plus ou moins assumée à des êtres de pudeur et de faiblesse, des créatures maladives qui ne peuvent que demeurer sur le rivage, empaquetées de jupons, de robes et de châles, protégées du vent et du soleil….Quant à se dévêtir et entrer dans l’eau, se tremper en entier, se mettre à nager et se diriger droit vers l’horizon, comblée de la douceur qui submerge, oublieuse de tout ce qui précède : pareille conquête se joue à l’échelle des siècles. Elle est loin d’être achevée.”

A la maturité précise de Alice Zenitzer (L’art de perdre) :” La plupart des choses que les femmes ne font pas ne leur sont mêmes pas interdites (terrasses, fumer, boire). On ne peut pas résister à tout. Moi je sais qu’ils ont en partie gagné parce qu’ils ont réussi à me mettre dans la tête que j’aurais préféré être un homme.” <( C'est Rachida femme artiste à Alger qui parle)

Macron 1 : La liste de mes interrogations

Il ne s’agit pas de condamner ce gouvernement après trois mois de pouvoir.
En Marche a fait une petite révolution politique qui peut s’avérer très positive. Déconstruire une vie politique fondée sur les partis traditionnels,leurs luttes internes et externes souvent inutiles, n’est pas chose facile. Il faut laisser du temps au temps.
Le risque existe – comme je le souligne souvent dans ce blog- que le fonctionnement d’En Marche ne soit pas différent des autres groupes : batailles pour le pouvoir, pas de considération pour les militants de base qui finissent par se lasser, décisions importantes prises au sommet, pas de dialogue constructif etc … Espérons que ce nouveau mouvement saura éviter ces écueils.
Je pars de l’hypothèse que pour le moment le capitalisme a gagné et que la “révolution” n’est pas à l’ordre du jour. Ce n’est pas l’agitation stérile mélenchonienne and co qui me convaincra qu’il est possible de construire une société socialiste “à visage humain”.
La seule solution – selon moi- est donc de permettre au capitalisme de se développer tout en préservant (en même temps) les plus faibles et en créant les conditions qui permettent aux exclus, à une partie de ceux qui se retrouvent enfermés dans des ghettos de pauvres, de sortir de leur enfermement, en évitant quand c’est possible l’assistanat.
A ce stade du gouvernement Macron j’ai eu envie de faire le point en établissant cette petite liste en trois points:
1- Le logement et ce qui s’y rattache constitue au moins la moitié du budget des habitants de ce pays. Le droit d’avoir un toit sur la tête, un lieu agréable ou se retrouver, se réfugier, poser ses quelques affaires, est un droit élémentaire et sur lequel aucun gouvernement ne devrait pouvoir transiger.
Or depuis L’après guerre et le fameux appel de l’Abbé Pierre en 1954, la situation du logement social s’est certes améliorée mais est encore très problématique pour des millions de gens. Je n’exclus pas bien sûr les SDF et les migrants en attente d’un statut de ces demandeurs d’un logement correct et abordable. Si la politique du logement social et de la mixité sociale avait été menée correctement depuis plus de 60 ans, nous n’en serions pas là. Alors baisser les APL dans ces conditions ressemble à une provocation (même si elle n’a pas été perçue comme cela par le gouvernement). Pour l’éviter, il aurait fallu présenter immédiatement un Plan cohérent sur le logement social, dont les grandes lignes auraient été déterminées avant même l’arrivée au pouvoir.
2 -La suppression des contrats aidés sans réflexion suffisante sur les services rendus (publics en difficultés, associations notamment les plus proches des personnes en souffrance) relève également d’une forme d’ignorance ou de mépris pour les personnes les plus défavorisées.
3 – Flexibiliser le droit du travail : Pourquoi pas à condition que l’effectivité des règles écrites soit améliorée. Un inspecteur du travail doit contrôler 850 entreprises.Parmi elles beaucoup n’ont pas de représentation syndicale et beaucoup ne respectent pas le droit. Il faut rappeler que c’est l’inégalité des parties en présence (la subordination du salarié reconnue comme telle) qui a été à l’origine de la création d’un corps de contrôle de l’application du droit du travail.
On peut espérer que les patrons notamment dans les PME et TPE auront à coeur de respecter les accords d’entreprise signés par eux. Mais il reste que l’inspection du travail devra s’assurer que les accords ne sont pas contraires aux principes généraux du droit du travail et que la règlementation prévue par le Code du travail (en dehors des Accords) sera appliquée.
C’est pourquoi je partage le dépit de Laurent Berger qui estime qu’il aurait fallu aller dans le sens d’un accroissement de la présence syndicale dans les entreprises (dont il estime qu’elle devient majoritairement réformiste) pour veiller à l’application du droit existant, y compris des accords dérogatoires.
La fine équipe gouvernementale est active, cohérente mais elle donne parfois l’impression de ne pas prendre la mesure de la détresse de milliers de personnes , comme s’il suffisait de travailler dur ou d’être inventif pour se sortir de la misère matérielle , psychologique ou intellectuelle.