Archive pour janvier 2018

A propos du combat féministe contre le harcèlement

Le texte qui précède risque d’être mal compris. Je souhaite y apporter quelques précisions
1- Les réactions des femmes et des féministes aux affaires Weinstein and co sont fondamentales et importantes. Elles permettront sans doute une avancée de la situation des femmes violentées, harcelées . Elles se sentiront plus autorisées à parler, à dénoncer.
2- la pétition Millet, Lévy, sur le droit d’importuner est malvenue et inopportune et à la limite de la stupidité dans ce contexte
3- Les féministes se sont toujours battues contre les violences faites aux femmes. Ce qui se passe permet un bond en avant de cette lutte.

Une fois précisés ces points, quatre remarques qui ne sont que des pistes de réflexion
1- Les femmes ne sont pas des “femmelettes”. Elles peuvent se défendre, insulter, porter plainte, quitter le domicile conjugal, refuser les grossesses multiples avec des conjoints violents. Il y a maintenant des lieux d’accueil pour les femmes victimes de violences (grâce aux combats des féministes des années 70 qui se sont battues pour créer les premières structures). Je suis blessée par toute victimisation collective des femmes en Occident.
2- Le mouvement actuel est à la mode, porté par des stars, en noir, en blanc sur tapis rouge. Tant mieux. Mais les modes passent et le combat des femmes harcelées, violées, voilées, mariées de force devra continuer partout dans le monde. Et c’est bien aux femmes d’assumer ce combat. Je suis en désaccord avec Christiane Taubira quand elle dit que le féminisme est un humanisme et qu’il est rendu faible par sa focalisation sur les femmes. Si le féminisme est faible c’est du fait de sa division, des luttes de pouvoir (comme partout), des réticences des femmes elles mêmes qui acceptent leur servitude. La servitude volontaire n’est pas seulement une spécificité masculine.
3- Je ne pense pas que le mouvement actuel permette aux femmes de montrer plus leur désir, d’en parler, d’en formuler les spécificités. La sexualité -hors violence- qui n’a pas cessé d’exister, est d’ordre privé. Les femmes n’ont pas besoin de pétitions pour dire la spécificité de leur désir. La timidité est un autre problème et il concerne aussi bien les hommes que les femmes.
4- Toute différence (de poids, de couleur de cheveux, d’habillement, de couleur de peau etc) peut susciter le rejet et même la haine, notamment chez les enfants conformistes pour la plupart d’entre eux. L’éducation à la liberté, au droit à la différence, au droit de dénoncer ses harceleurs(ses), dans la famille et à l’école permettront aux filles (et aux garçons) de s’assumer dans leur marginalité ou leurs différences et de mieux se défendre plus tard contre les imbéciles.

Ma dernière remarque est une question : Comment faire pour que ce combat de stars et de privilégiées(ce qui n’a aucun caractère péjoratif) atteigne les millions de femmes dans le monde tyrannisées par des pouvoirs politico-religieux ?

dessin de Claire Bretecher

Contre le conformisme

La libération de la parole des femmes victimes de viols et de harcèlements est une excellente nouvelle. Souhaitons seulement que cette prise de conscience et ces plaintes ne concernent pas que les privilégié(e)s.
Souhaitons aussi que comme tous les condamnés, les délinquants bénéficient d’un droit au pardon. En disant cela, je pense notamment à l’acharnement contre Polanski. (dans l’état actuel de mes connaissances sur ce cas)
Les féministes des années 70 avaient commencé le travail. Après des années de “Je ne suis pas féministe, beurk”, celui-ci revient à la mode. Tant mieux.
Mais il ne faudrait pas que ce phénomène se transforme en conformisme : pétitions contre pétitions, groupes contre groupes, pensée unique contre pensée unique.
Chaque individu a son histoire, sa sexualité, sa forme de séduction, ses “perversions”( considérées comme telles par la société dominante). Les époques sont différentes : les années 70 ont été des années de libération sexuelle, de communautés libres, d’amours libres. De quel droit jugerait-on une époque ? Et au nom de quelles valeurs ?
Je ne me souviens pas avoir été harcelée ni même draguée. Oserai-je dire que j’en ai parfois souffert. Alors un jour j’ai décidé que c’était moi qui draguerait les hommes. Heureusement aucun n’a porté plainte contre moi ! On semble découvrir maintenant une pratique millénaire, celle de montrer son désir à un homme ou une femme ou les deux à la fois.
Alors Non au viol, au harcèlement à l’école contre les “non conformes”, au harcèlement au travail qui fait courir le risque de perdre son boulot. Non aux frotteurs de petites filles… Mais oui à la riposte immédiate des femmes : coups, vexations publiques. Nous ne sommes pas des petits êtres fragiles incapables de nous défendre dans des lieux publics. Oui à l’apprentissage du karaté pour les femmes.
Certes l’anti-conformisme peut devenir un conformisme. Cette réflexion menée par La Boétie, Thoreau et bien d’autres est à continuer.
L’idée générale est que l’on doit pouvoir faire et dire tout ce qui ne nuit pas à autrui. A la justice de décider des limites.

Les voeux du Président aux migrants économiques :Dégagez

Suis-je bête, je croyais que Macron et Collomb ne connaissaient pas le CESEDA (Le Code du séjour des étrangers et du droit d’asile).
Mais si, ils le connaissent bien. Ils veulent juste en supprimer un certain nombre de textes favorables aux migrants non réfugiés politiques : Les régularisations pour les conjoints de français ou de résidents en situation régulière, les parents d’enfants français ou d’enfants scolarisés depuis trois ans, les mineurs entrés en France avant 16 ans et scolarisés, les malades qui ne peuvent pas être pris en charge dans leur pays d’origine, les étudiants et même les migrants qui ont travaillé en étant déclarés au moins huit mois à un demi-smic pendant les 30 derniers mois.. (Merci Manuel Valls)
Il faut préciser que beaucoup de ces textes peuvent être utilisés pour les femmes migrantes premières victimes de la misère économique, sexuelle, culturelle… dans leurs pays d’origine;
Faut-il conclure de ce discours de Macron du 31 décembre 2017 que la réforme à venir supprimera ces diverses dispositions ?
Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour la France” nous a-t-il dit aussi .
Moi je sais : Etre solidaire des migrants qui entrent dans le cadre des lois en vigueur et les défendre même si cela devient illégal. Cela s’appelle la fraternité, l’accueil, la solidarité, l’aide au développement…

Meilleurs voeux à tous ceux qui s’ennuient en famille ou avec des “amis” (sic)

Notre impeccable Président nous a souhaité la bonne année, sans oublier tous “les gens qui ne sont pas “en famille”! Ceux qui travaillent, ceux qui sont seuls, malades et qui souffrent…”
Je sais ce qui me déplait chez vous Mr Macron, c’est votre normalité bourgeoise. Pour vous ne pas être en famille relève de la souffrance.
Alors je souhaite une excellente année , à tous les marginaux qui détestent les repas en famille, pour qui être seul(e) n’est pas une maladie mais une liberté, tous ceux qui ont décidé de faire la fête uniquement quand elle n’est pas obligatoire etc..