Archive pour mars 2018

J’ai fait un rêve….

Mireille Knoll

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Martin Luther King

En me rendant à la marche blanche le 28 Mars 2018 en mémoire de Mireille Knoll assassinée parce que juive, j’ai rêvé que des milliers d’autres victimes du racisme nous rejoindraient.
Bien sûr il y avait des Français blancs et non juifs. Mais Combien d’Arabo-Musulmans français ou pas, combien de Noirs …?
Alors j’ai su avec certitude que ces tueries ne s’arrêteraient jamais, que l’enfermement communautaire, religieux, nationaliste, régionaliste… conduiraient de nouveau à des crimes et à des guerres.
En passant devant le métro Charonne, je me suis souvenue des coups de matraque reçus en 1962, lors de l’une des multiples manifestations contre la guerre d’Algérie, dont celle contre le massacre des Algériens à Paris par la police de Papon en Octobre 1961.
Sur le Boulevard Voltaire, un homme m’a regardé et m’a dit à deux reprises :”Rentrez chez vous!” Je n’ai rien trouvé à répondre.
La fille de Fatima Charribi tuée lors de l’attentat de Nice a rapporté les propos racistes entendus à Nice après l’attentat qui a fait 84 morts dont 1 sur 3 étaient musulmans : ” On ne veut plus de vous chez nous.” ” Votre mère est morte, Tant mieux, ça en fait un de moins!”
Le lendemain de la manifestation, lorsque j’ai demandé à un bénévole de la Cimade, pourquoi il n’était pas venu, il m’a répondu :”Je ne me sens pas concerné. Je trouve que l’antisémitisme des Arabes peut se justifier parce qu’ils s’assimilent aux Palestiniens.” (sans commentaires)
Je ne me sens pas appartenir à LA prétendue communauté juive qui n’existe pas. Il se trouve que les hasards de l’Histoire m’ont faite juive née en 1940. J’ai passé 50 ans de ma vie à militer contre le racisme quel qu’il soit.
Ce 28 Mars 2018, j’ ai décidé de ne plus jamais rêver.

Accueil des migrants = montée du populisme. Comment réagir ?

Il n’est plus besoin de prouver le lien entre les deux.
La question est : comment l’éviter ?
Une première attitude consiste à ignorer le problème. L’immigration est un phénomène normal, humain, qui ne peut que s’accroitre étant donné les disparités économiques dans le monde et la persistance (sinon l’augmentation) des régimes dictatoriaux et des guerres de religions.Il faut donc l’organiser et voter des lois en faveur de l’immigration. C’est le point de vue des associations et organisations qui militent pour les droits des étrangers.
Une deuxième position , majoritaire dans la plupart des pays, peut se résumer ainsi : il faut réduire considérablement l’immigration économique, aider les pays de départ, choisir parmi les réfugiés politiques les plus qualifiés et expulser les autres, parfois élever des murs (Hongrie)
La troisième orientation se retrouve dans la phrase de Michel Rocard : La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle peut (et doit) en prendre sa part. Ce choix passe par un droit des étrangers qui ouvre la voie à un accueil plus ou moins individualisé selon la situation plus ou moins dramatique des migrants.
On ne peut pas , selon moi, ignorer la montée des populismes et leur dangerosité. On peut être en colère contre les peuples qui votent à l’extrême droite par refus des étrangers. Mais cette colère ne suffit pas. On ne transforme pasles peuples d’un coup de baguette magique. Les faits sont têtus. Alors je choisis la troisième orientation, même si elle me fait mal. C’est peut-être une question de génération ou d’appartenance à une minorité .
Il y a longtemps que je ne crois plus en la naturelle bonté humaine et que l’irénisme me fait craindre le pire.
Haiti :La ville suspendue

Le racisme en Israël…comme partout

Récemment une polémique est née à propos d’un article de Zeev Sternhell (Le Monde du 20 février 2018). Il y écrivait : “ En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts.”
-Réaction rationnelle :
Certains s’en offusquent . Comment peut-on utiliser ce terme à propos d’Israël ? (cf Jacques Tarnero par ex)
Et pourquoi pas ? Tout nationalisme, tout repli sur soi génère le racisme. Israël n’y échappe pas.
En dehors des Palestiniens, il ne faut pas oublier le sort fait aux Erythréens, Soudanais..etc enfermés dans des camps dans le désert et menacés d’expulsion ou de prison.
Ce sont des faits : Un Etat-Nation fondé sur l’appartenance au peuple juif ne peut pas accepter trop de non juifs dans sa population.
Alors oui, beaucoup d’Israéliens sont racistes et une comparaison avec le nazisme à ses débuts n’est pas fausse même si ce “paradoxe” crée un malaise.

- Réaction irrationnelle du juif de base même s’il ne sait pas exactement ce que c’est d’être juif…

Les Israéliens sont racistes, OK, comme les Palestiniens le sont comme nous le sommes tous plus ou moins.
Mais ils ont de bonnes raisons historiques et actuelles : Les Juifs ont souffert depuis des siècles et ils continuent à subir l’antisémitisme. Il est partout, s’introduit même dans les manifs féministes, fait son chemin sur les réseaux sociaux et ne semble pas vouloir disparaitre.
Alors le réflexe primaire du juif de base, même profondément anti-raciste- est de se dire :”Flûte, Zut et Merde, commencez par ne plus être antisémite et on verra plus tard, NA!”
Au fond, l’idée est enfantine : Ce n’est pas nous qui avons commencé! “Si je ne suis pas pour moi, alors qui ? mais si je suis juste pour moi, alors qui ?”

- Retour à la raison :
Bernard Guetta l’a très bien exprimé sur France-inter le 20 février : “Par ce rappel Zeev Sternhell entend s’élever contre la colonisation des Territoires occupés, contre les dénis de droits dont les palestiniens y sont quotidiennement victimes…Pour l’extrême droite israélienne, il s’agit de créer un seul Etat dont les Palestiniens seraient “résidents” sans droit de vote (sorte de statut de Dhimmis”)
Alors Zeev Sternhell a-t-il eu tort d’utiliser cette comparaison avec le nazisme à ses débuts. Bernard Guetta le pense “Il a -dit-il- profondément desservi un propos juste et nécessaire.”
Et si cette comparaison suscitait une prise de conscience, une réflexion , par sa brutalité même ? On peut toujours rêver.

“Nous tout ce qu’on veut c’est être heureux avant d’être vieux” (D. Balavoine)

J’aime beaucoup Daniel Balavoine. Mais en entendant ces paroles par hasard l’autre jour, je me suis sentie tout à coup…interloquée!
Etre vieux = Etre malheureux… dans l’esprit de ce jeune homme, qui, malheureusement, n’aura jamais eu l’occasion de faire l’expérience de la vieillesse, ni même pu vivre longtemps sa belle jeunesse.
Peut-être que je me raconte des histoires, mais j’affirme que je suis (non pas heureuse, j’ai du mal à dire ces mots tant il me parait impossible d’être heureux dans ce monde ) mais apaisée, plus prudente (dans ma démarche certes…) mais aussi dans mon langage et dans ma pensée qui étaient autrefois si péremptoires
Je ne renie rien de mes révoltes mais je sais que rétablir la justice, supprimer les guerres, les jalousies, les racismes prendra trop de temps pour que je vois advenir une société débarrassée de ces maux de mon vivant.
Alors, je peux mieux profiter de Paris, des musées, de la mer,du shopping, de mes quelques proches encore de ce monde… J’aimerais par exemple pouvoir danser sur de la musique électro… Eh oui, je sais , c’est inimaginable et pourquoi donc ?
J’affirme que même avec cette foutue arthrose, avec la peur qui vous assaille à la moindre difficulté (la neige, le gel, les étages élevés sans ascenseur, la simple vue d’une bicyclette …) on peut se sentir en paix, chanceux quand on est vieux.
La jeunesse n’est pas une valeur en soi (ni la vieillesse bien sûr). Elles sont toutes deux des moments de la vie, inéluctables et que nous pouvons enlaidir ou embellir selon que nous avons ou non des aprioris (du genre : il faut réussir, il faut trouver son/sa prince(sse) charmant(e), il faut avoir des enfants, une montre Rolex…)
Par contre ce qui enlaidit nos vieux jours, c’est le refus de la vieillesse chez la majorité de nos contemporains. C’est une forme de racisme. Raymond Aron disait : “Le culte de la jeunesse est une manière pour les adultes de se persuader qu’ils n’ont pas vieilli.”
De même que pour faire disparaitre le racisme (!!!!), nous avons besoin que chacun fasse un effort de réflexion sur l’absurdité d’une telle attitude, pour que les vieux puissent vivre “heureux”, ils ont besoin que l’attitude des jeunes et moins jeunes ne ressemble ni à de l’apitoiement, ni à de l’ignorance, ni à de l’agressivité. Tout exclu du monde dit normal est malheureux : soit il se referme dans son minuscule monde communautaire, soit il devient méchant et amer.
Je déteste les communautés, je déteste l’amertume. Je refuse de m’enfermer chez moi ou dans un monde de vieux.
Nous avons vécu, nous avons des choses à raconter, nous pouvons parler des contradictions de nos luttes passées ou présentes.
Finalement cette négation de la vieillesse – pour certains jeunes ou adultes- est une forme de révisionnisme, de négation de l’Histoire.
Et puis, quitte à me répéter, quand vraiment la mort ou l’extrême dépendance approchent, nous sommes majoritaires à demander à choisir notre fin sans que cette liberté ne nuise à qui que ce soit.