Archive pour avril 2018

Clin d’oeil (A tous ceux qui se reconnaitront)

(Ce petit poème a été trouvé dans un cabinet de Kinésithérapie et transmis par ma copine JF)

Le coin de ma rue est deux fois plus loin qu’avant
et ils ont ajouté une montée que je n’avais pas remarquée

J’ai dû cesser de courir après le bus
parce qu’il démarre plus vite qu’avant.

Je crois qu’on fait maintenant les marches d’escaliers
bien plus hautes que dans le temps !

L’hiver, le chauffage est beaucoup moins efficace
qu’autrefois.

Et avez-vous remarqué les petits caractères
que les journaux se sont mis à employer ?

Cela ne sert plus à rien de demander aux gens de parler
clairement
tout le monde parle si bas que l’on ne comprend quasiment
rien !!!

On vous fait maintenant des vêtements si étriqués
surtout à la taille et aux hanches, que cela en devient
désagréable !

Les jeunes gens eux-mêmes ont changé,
ils sont bien plus jeunes que quand j’avais leur âge!!!

Et d’un autre côté, les gens de mon âge
sont bien plus vieux que moi !!!

L’autre jour, je suis tombé sur une vieille connaissance
elle avait tellement vieilli qu’elle ne me reconnaissait même plus !

Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin
Eh bien ! Ils ne fabriquent plus d’aussi
bons miroirs qu’il y a dix ans !

Petit dialogue conjugal autour de Dieu

Régine : Est-ce que tu peux m’expliquer ce qu’est le Pari pascalien ?
Guy : Pour Pascal, il sert à prouver l’existence de Dieu. Selon lui, le monde est parfait et cette perfection ne peut venir que de Dieu. Face à la misère de l’homme sans Dieu, il est compréhensible que l’on mise sur Dieu. Non seulement, il nous promet le paradis après la mort mais ici et maintenant il élève notre coeur et notre esprit au dessus des contingences humaines.
Régine : Comment as-tu interprété ce pari ?
Guy : A dix huit ans, en réponse à un camarade j’ai réfléchi à mon rapport à Dieu, à partir de Pascal : Dieu dans sa grandeur ne me demande pas de l’adorer. Il me demande juste d’être humain. Si Dieu existe et que je me comporte honorablement, humainement, il n’y a pas de problème.
Régine : A mon tour de parler de mon rapport à Dieu : Dieu n’existe pas. S’il existait, il n’aurait pas permis les génocides, l’esclavage, le crime etc…Dans la vision religieuse, Dieu est bon mais on pourrait dire qu’il ne peut rien contre la méchanceté humaine.
Dieu ne me sert à rien, ne sert à rien. Il a été inventé par les hommes pour relativiser leur responsabilité.
Le concept même de Dieu me gêne. Je ne crois qu’en une chose : Notre responsabilité dans la construction d’un monde plus juste et notre implication simplement humaine dans les crimes contre l’Humanité. S’il se passe des choses positives, c’est uniquement grâce à nos efforts.
Par ailleurs la croyance en Dieu -surtout depuis l’apparition des monothéismes-crée des conflits, des guerres . Les religions au lieu de pacifier fabriquent la guerre.
Mais paradoxalement, ma vision étroitement matérialiste du monde m’ennuie. J’envie un peu les mystiques. Je voudrais connaitre une forme de transcendance. Comment vois-tu la transcendance sans Dieu ?
Guy : Ce qui compte c’est ce que l’on fait concrètement et non des hypothèses métaphysiques. Ce qui compte c’est la transcendance immanente, prise dans le monde des phénomènes. Par exemple, les oeuvres d’art nous incitent à nous dépasser nous mêmes, à sortir de notre monde le plus quotidien. Mais on pourrait aussi évoquer Spinoza pour qui Dieu est tout mais nous sommes une partie du Tout.

Retour sur l’amitié : “Je n’avais rien fait de mal”


(Cet article est un commentaire de l’article signé jf présenté précedemment
Merci Chère JF de m’avoir donné l’occasion d’évoquer ces choses si douloureuses que sont les ruptures d’amitié soudaines, inattendues et qui font mal.
Moi aussi, je continue à me demander chaque fois que cela m’arrive “Je ne comprends pas, je n’avais rien fait de mal”
J’ai souvent tenté de rationaliser mes sentiments dans ces moments à la fois éprouvants et pitoyables. Je ne supportais pas d’être exclue alors que je ne savais pas ce que j’avais fait de mal. Et cette sensation venait de très loin, de la guerre, de cette enfance juive dans une France antisémite, de ce rejet que je sentais parfois sans pouvoir me l’expliquer.
Et si finalement, ces divorces étaient dus à l’impossibilité pour les êtres humains de supporter les différences, de les gérer, puis de dialoguer.
Et si ces brusques disparitions amicales n’avaient rien à voir avec quelques chose de mal que l’on aurait fait mais plutôt avec quelque chose de bien qui susciterait l’envie.
Il y a sans doute bien d’autres explications à ces désagrégations. Mais les explications ne suffisent parfois pas à guérir la souffrance, de ne plus être aimée.
Et c’est à JF de conclure ce début de réflexion sur ce sujet difficile : “J‘avais un projet avec elles…Puis il y a eu ce “divorce avec celles que j’avais pensé être venues pour m’aider. D’où cet arrêt soudain, où je devais me mettre à repenser la suite et la fin du projet. D’où la question angoissante revenue, chaque matin du sens de la vie.
Heureusement, j’ai entrevu ce matin la nouvelle étape. Me voici rassurée : je sais quoi faire de ma vie.
Mais comment font ceux qui n’ont pas de projet en eux mêmes qui les guide ?
Je crois savoir que certains savent apprécier la vie en toute simplicité.
Il semblerait que ce ne soit qu’exceptionnellement mon cas.
JF

Sur les amitiés déçues : textes d’une amie (JF)

Ne pas être aimée :

Quand cela m’arrivait, enfant, c’était fort désagréable. C’était tellement important d’être acceptée par les petits camarades pour jouer avec eux!
Plus tard, il m’arrivait d’être étonnée que cela soit. Je n’avais rien fait de mal !
Je ne parlerai pas de mes amours déçues, il y en a eu trop, c’est un autre chapitre. Je m’en tiens ici à l’amitié, qu’il m’a toujours semblé savoir mieux manier que l’amour, où la passion et le manque de confiance en moi menaient leur shabbat de sorcières.
J’ai vécu, j’ai “travaillé” sur moi, j’ai choisi cette valeur : tenter de s’améliorer
Et il me semble que c’est ce cheminement même qui conduit aujourd’hui certaines de mes amies à vouloir mettre de la distance avec moi.
Dieu merci., je me suis suffisamment réconciliée avec moi-même pour prendre la chose avec philosophie, distance, voire ironie.

J’ai affaire, avec une certaine douleur et une déception certaine, à l’éloignement à mon égard, de personnes que j’estime, avec qui je croyais être amie.
Je crois comprendre la situation, et les raisons qui les poussent à cet éloignement. Car j’ai beaucoup travaillé à tenter de scruter les embrouillaminis des fragilités qui se heurtent, lors d’une relation humaine.
C’est un des fardeaux à porter lors de notre vie ici-bas, avec notre impuissance, bien plus grande encore à agir sur la société, voire, l’humanité où nous baignons.

Des catholiques prônent les soins palliatifs dans Ouest-France

.
Il y a les intégristes comme les parents de Vincent Lambert. En l’occurrence je parlerais plutôt de tortionnaires
Puis il y a les autres, ceux qui se sont opposés au Mariage pour tous ou à l’avortement au nom du caractère sacré de la vie créée par Dieu. C’est leur droit
Je ne crois pas en Dieu. Contrairement à Pascal, je pense que : “l’Humain sans Dieu est sur la voie de la connaissance de tout.” ( “L’humain sans Dieu est dans l’ignorance de tout.” Pascal)
Comment admettre que dans une société laïque, on m’interdise de mettre fin à mes jours ( dans des conditions non violentes) quand je le jugerai bon !Ma liberté ne nuit à aucune autre liberté puisque je demande juste que l’on me fournisse les moyens de mettre fin sereinement à MA vie lorsque je la trouverai indigne et dépendante. Je ne demande pas au corps médical de me tuer. Tant que je suis lucide, je peux le faire moi même. Et si je suis dans l’incapacité de le faire, la loi doit permettre à une personne de confiance d’accomplir ce geste d’amour pour moi.
Je n’ai pas besoin de médecins ni d’infirmiers condescendants qui me dictent ma conduite.
Mais Les Cathos néo-intégristes n’abandonnent pas : Le grand journal de l’Ouest ( dans son édition du 18 avril 2018) ouvre ses colonnes à quatre chrétiens pour démolir l’avis favorable du Conseil économique, social et environnemental sur la sédation terminale à la demande des intéressés.
Au nom de quoi Mme Véronique Miniac, vice-présidente de la Coordination bretonne des soins palliatifs écrit-elle :” Doit-on penser que toute demande de mort, même lucide, n’est jamais ambivalente ? La fraternité inscrite aux frontons de nos mairies est-elle si méprisable qu’on l’écrase au profit d’une liberté démesurée ?.” .
C’est votre avis Madame et c’est votre droit de l’avoir Mais me donnez- vous le droit de penser autrement et d’exercer ma liberté (également inscrite aux frontons des mairies) de la manière qui me convient. Je ne vous demande rien. Ne craignez rien, Vous n’allez pas devenir folle, comme vous le dites à la fin de votre article, coincée entre votre serment d’Hippocrate et la nécessité légale de donner la mort à celui ou celle qui la souhaite.
Comme il est ambivalent ce Dieu qui laisse massacrer des millions d’innocents mais se refuserait à l’idée d’ aider à mourir ceux qui parvenus au terme de leur aventure humaine, ne souhaitent pas connaitre la suite.

“Cinquième risque”, “Dernier âge”…Au secours

Une seule solution, la révolution …..du suicide assisté.

A ce propos je me permets de recommander à mes lecteurs un polar drolissime de Hannelore Cayre, La Daronne , dont j’extrais un tout petit passage, qui j’espère lui fera de la publicité, grâce à mes “nombreux lecteurs”… Contexte : la narratrice va voir sa mère très âgée, aveugle,hospitalisée après un AVC. Elle rencontre le médecin chef :
-Ecoutez, votre maman…
-S’il vous plait, arrêtez de dire maman comme si j’étais une gamine de sept ans. je ne supporte plus! Je voudrais qu’un jour on m’explique cette pratique hospitalière débile. Si vous le faites tous, c’est que ça doit s’apprendre à la fac, non ? Infantiliser les gens pour que surtout ils n’étouffent pas maman avec un coussin.
- Votre maman avait des problèmes de déglutition il y a deux jours: elle n’en a plus! Si cela avait continué, la question se serait posée de lui mettre une sonde gastrique. L’alimentation artificielle est un traitement et la loi autorise l’arrêt des traitements. Votre maman s’est remise à manger sans problème, elle n’a donc pas décidé de mourir.
- On n’a pas le droit de laisser vivre des gens dégradés à ce point! Elle délire complètement, elle est aveugle,clouée au lit et là depuis sa nouvelle attaque, elle vit, et quand je dis, elle vit, je pèse mes mots, elle est terrorisée 24h sur 24.
- …….
-Nous ne sommes pas là pour piquer les gens, madame; si quelqu’un souffre ici, c’est vous.”

La haine antisémite : extraits de Cioran


Le juif n’est pas notre semblable, et quelle que soit l’intimité que nous nous autorisons avec lui, un abîme nous en sépare, qu’on le veuille ou non. C’est comme si les juifs provenaient d’une autre espèce de singes que la nôtre et avaient été initialement condamnés à une tragédie stérile, à des espoirs toujours inaccomplis. Humainement, nous ne pouvons pas nous rapprocher d’eux, parce que le juif est d’abord un juif, et seulement ensuite, un homme.” (cité par Lionel Duroy dans son livre EUGENIA- Extrait de “Transfiguration de la Roumanie” paru en 1936, traduit et expurgé des passages antisémites en français en 1990)
Cioran toujours :” Dans toutes les défaites nationales, les seuls qui ne perdent pas la tête, ce sont les juifs. la défaite de l’Allemagne dans la guerre a tant coûté aux Allemands que le désespoir les a jetés dans le vice et la décomposition. Pendant ce temps, les juifs accumulaient des fortunes et occupaient des positions de direction. Si vraiment, ils sentaient plus profondément qu’ils ont le droit de participer à la vie d’une nation, ils n’accepteraient pas avec tant de cynisme les persécutions et l’exil. Ne se sentant nulle part chez eux, ils ignorent la tragédie de l’aliénation. Les juifs constituent le seul peuple qui ne se sente pas lié au paysage. Aucune partie du monde ne leur a modelé l’esprit : c’est pourquoi, ils sont les mêmes dans n’importe quel pays”
:

On a là à mon avis les racines profondes de l’antisémitisme. Peu importe que Cioran ait renié ou non ces idées. Cela a été écrit et est toujours pensé par certains antisémites avec plus ou moins de clarté.
Comment s’étonner que certains juifs soient à ce point attachés aux paysages d’Israël ?
Il n’y a pas de bons et de mauvais racismes : ils se ressemblent tous et peuvent se résumer ainsi : Vous n’êtes pas chez vous ici !

Hommes et bêtes


Sur cette photo, il y a deux chats, l’un est noir, l’autre est…européen, l’un a 9 ans, l’autre 15 ans, le noir est l’invité sur le territoire de l’Européen. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’ils s’arrachent les yeux.
Et bien , pas tout à fait : regardez-les : ils se respirent, se touchent . L’invité s’efface pour laisser manger le territorial le premier.
De temps en temps, l’occupant des lieux râle et pousse des cris affreux. Mettez-vous à sa place.
Mais pas d’injures racistes, pas de coups méchants, juste des petits coups de pattes.
Au mieux ils cohabitent. Au pire ils se supportent plus ou moins bien.
Est-ce si difficile à faire pour les êtres humains ?