Recherche

Archive pour octobre 2020

Ce 17 octobre 2020, Place de la République en hommage à Samuel Paty

Ce qui m’a frappé quand je suis arrivée place de la République, c’est d’abord cette sensation du recommencement : Charlie, Les attentats antisémites et tant d’autres manifestations depuis 60 ans sur cette place.
Quelques unes ont servi à modifier les lois ou l’histoire .Beaucoup d’autres n’ont servi à rien.

Mais depuis au moins 2012 (pour la France) les morts atroces de ces victimes sublimes donnent envie de hurler : les enfants juifs de Toulouse, une policière,un prêtre, les dessinateurs de Charlie, les spectateurs du Bataclan, les clients de certains bars ou ceux de l’hyper Casher, les promeneurs de Nice (pardon à ceux que j’oublie) Quel terrifiant et inutile massacre!

Seul l’universalisme peut nous sauver de l’horreur : les identitaires, les intersectionnelles, les amoureux de la cancel culture dont certain(e)s se revendiquent de la gauche, participent de ce rejet de l’Universalisme. Par leurs prises de position pour la différenciation, ils risquent de devenir les idiots utiles de criminels.

Encore une fois les catégorisations imbéciles (Les Blancs, LES Noirs, LES Femmes, LES hommes, LES Juifs, LES Arabes etc conduisent au pire.

Mais en ce 17 Octobre, place de la république, au milieu de ce désastre, il y eut cette femme berbère derrière son stand, se revendiquant du HIRAK, venant chaque dimanche sur cette place parler de cette révolte des Algériens contre un régime corrompu. Comme je lui reprochais l’absence de drapeau français à côté des drapeaux palestinien et berbère, elle a sorti un papier froissé de sa poche et m’a montré le texte de soutien à Samuel Paty qu’elle avait lu au début de l’après midi aux algériens présents.
Cette femme et ses camarades m’ont redonné un peu de courage et d’espoir.

“Tout ça pour ça”, titrait Charlie Hebdo. Ce n’est pas un cauchemar, c’est le monde comme il va.
Le dessin qui illustre ce petit texte (dont je n’ai pas retrouvé l’auteur) pouvait faire rire il y a quelques années.
Quand pourrons nous rire de nouveau ?

Eloge (critique)du Droit

Jean Carbonnier, le plus éminent juriste du XX° siècle

Je reproduis ici la conclusion de mon petit ouvrage :”Le Droit”, publié dans la collection : Idées reçues (Le cavalier bleu, 2002)
Ecrit il y a vingt ans, je ne renie rien de ce texte. Et depuis vingt ans, je n’ai toujours pas trouvé autre chose pour faire vivre ensemble des individus disparates et prompts à se rejeter entre eux.
“Les idées reçues sur le droit reposent pour une grande part sur les contradictions existant entre des principes proclamés -liberté, égalité, sûreté, souveraineté du peuple , etc- et une réalité souvent inégalitaire, rigide, où l’insécurité règne et où la participation du peuple à l’élaboration des lois n’est pas évidente… Parallèlement, les préjugés s’alimentent d’une difficulté pour nombre d’individus d’aller de “leurs droits” au Droit, puis au Devoir-être”.
L’absence de droit comme l’excès de droit peut entrainer des injustices. La multiplicité des textes juridiques, dont une partie de plus en plus importante émane du droit européen, inspire aux citoyens un sentiment d’impuissance, qui participe de ce qu’Alfred Sauvy appelait “la paupérisation psychologique”. Ainsi, les justiciables connaissent les droits subjectifs – le droit au respect de la vie privée, le droit à des indemnités de licenciement, etc, si l’on en juge par l’importance du contentieux. Quant au droit objectif, il faut en retenir le principe général : nos droits, nos libertés s’arrêtent quand leur exercice risque de nuire gravement à autrui.
Il ne faut pas confondre le droit et la justice. On peut rêver d’une société idéale ou les hommes et les femmes libres et responsables seraient guidés par des règles communes émanant d’une volonté collective, et dont les actes seraient évalués par des juges bons, équitables, compréhensifs mais attentifs au maintien de l’ordre public. Mais cette société est une utopie et le droit ne peut qu’échapper à l’utopie. Il est un corps de règles adapté à une société donnée. Telle loi paraitra juste à certains et injuste à d’autres.
Cette appréhension du système dans lequel nous tentons de vivre ensemble, plus ou moins bien, requiert un apprentissage dès le plus jeune âge dans la famille ou à l’école. il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants les techniques du droit. mais dès l’école primaire, il est possible d’expliquer la nécessité de la norme juridique en se fondant sur les règles du jeu des enfants. Il n’y a pas de jeu sans règles strictes.
Le manque ou l’absence de respect de la loi (ou l’appel à une justice populaire) se répand de manière inquiétante dans toutes les couches de la société.L’ignorance volontaire des règles du Code de la route, au mépris de la vie d’autrui, en est un exemple. Le rejet de la présomption d’innocence en est un autre, accru par la prégnance des réseaux sociaux.
Il y a une autre raison à cette perte de repères communs : la montée du communautarisme ou de l’ethnicité d’un côté, de l’individualisme de l’autre. L’entre-soi renvoie aux valeurs du groupe et non aux valeurs communes. L’effacement du projet collectif au profit de projets individuels ou claniques risque de bénéficier aux plus forts.
Il appartient aux citoyens de ne pas rejeter en bloc le droit mais au contraire de se responsabiliser, de devenir acteurs d’un processus non seulement d’élaboration du droit mais aussi de vérification de son application. Il appartient au législateur de fabriquer des lois équitables, d’éviter leur prolifération maladive, de favoriser l’accès au droit et à la justice.

Ras le bol des vieux amoureux…

Magritte

C’est fou le nombre d’auteur(e)s qui écrivent sur la vieillesse. Pas facile de trouver un interstice pour évoquer la notre !!
Mieux vaut être déjà connu(e) …
Non seulement on est vieux donc invisible et en plus impubliable!
En plus il faut subir les discours de nos collègues masculins sur l’AMOUR
Après Pascal Bruckner (“On n’est pas vieux quand on est amoureux”, voir plus haut), voici Edgar Morin répondant à une journaliste de Marie-Claire qui lui demande : ” Quel est le secret de votre incroyable énergie, à la fois lucide et extrêmement heureuse ?“, il répond : ” C’est l’amour !…Je ne peux bien remplir ma mission (l’écriture) que si j’ai un feu intérieur animé par l’amour de ma compagne Sabah. Elle joue un rôle capital. J’aurais pu vivre seul, plus ou moins tristounet, plus ou moins résigné…Mais là, c’est une autre histoire.”

Ces vieux hommes heureux et amoureux créent ainsi une nouvelle catégorie déchirante : les vieux non amoureux…
Merci de tout coeur Messieurs.
Si comme moi, vous avez vraiment aimé un seul homme dans votre vie et qu’il est parti,ou si vous n’avez jamais rencontré la femme ou l’homme de votre vie, vous voila catégorisée en vieille tristounette et résignée.
Il m’arrive de détester le mot AMOUR !