Archive pour la catégorie ‘Au quotidien’

H.D. Thoreau :2- Critique de la hâte de réussir

Pourquoi se hâter à tout prix de réussir, et dans des entreprises si désespérées ? Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour. Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement. Et peu importe qu’il mûrisse aussi vite qu’un pommier ou un chêne. Changera-t-il son printemps en été ? Si l’état de choses pour lequel nous avons été créés n’est pas encore là, quelle serait la réalité à lui substituer ? Nous refusons de faire naufrage sur une réalité vaine. Erigerons nous à grand-peine un ciel de verre bleu au-dessus de nous, en sachant avec certitude que, lorsqu’il sera achevé, nous contemplerons encore le vrai ciel éthéré loin au-dessus, comme si le premier n’existait pas.” (Walden)

Ce que j’ai envie de transmettre de mes lectures estivales : 1- Eloge des la solitude par Thoreau

” Je trouve salutaire d’être seul la plupart du temps. La compagnie, même la meilleure, est bientôt fatigante et nocive. J’aime être seul. Je n’ai jamais trouvé compagnon d’aussi bonne compagnie que la solitude. Nous nous sentons en général plus seuls en nous mêlant aux autres que lorsque nous restons chez nous. Où qu’il soit l’homme qui pense ou qui travaille est toujours seul.” ( Henri David Thoreau in Walden)

De la piscine de la résidence d’été à l’enseignement du droit…

La piscine de cette résidence est décidément un lieu d’observation hors pair.
Le schéma est toujours le même : mamie nage tranquillement quand arrive en hurlant une horde de mômes qui plongent à 10 cm d’elle.
Dans le groupe, il y a un petit blond d’environ 4 ans armé d’un pistolet à eau à “haute pression”… que mamie reçoit…dans l’oeil..
Mamie se met fort en colère. La mère du gamin daigne quitter sa chaise longue au bout de dix minutes pour venir s’excuser et exhorter le blondinet viril à demander pardon à la “vieille dame”.
Tous les autres autour de la piscine regardent ailleurs….Mieux vaut ne pas se mouiller!
Mamie qui refuse de passer pour l’emmerdeuse de la résidence a décidé, depuis le dernier incident (voir plus haut) de se taire. Elle sort de la piscine aussi dignement que le lui permet la marche trop haute de l’escalier en pierre.
Rentrée chez elle, elle se met à la lecture du Monde. La lecture d’un journal pour intellos vous redonne un statut voire une existence.
Elle tombe alors sur un article intitulé : Comment enseigner l’économie au lycée. Elle y apprend que des sommités en économie sont en train de repenser les programmes de SES (sciences économiques et sociales). Ils souhaitent y introduire plus de microéconomie pour tenter de “réconcilier les Français avec l’ultra-libéralisme” et enrayer “la défiance excessive envers le monde de la finance.” Cette révision se traduirait disent les réformateurs par “plus de mathématiques”
Ce à quoi les enseignants de SES répondent qu’ils sont attachés à l’approche pluridisciplinaire, fondée sur l’économie, la sociologie et les sciences politiques.
Pas un mot sur l’enseignement du droit !
Mamie se précipite sur son IPAD et découvre que l’enseignement du droit figure en optionnel en filière Littéraire et n’est obligatoire qu’en STMG (Sciences et technologies du marketing et de la gestion). Dans ce cursus, “il donne un cadre à l’activité économique

Mamie-qui dans sa jeunesse- s’intéressa à la critique du droit, à ses principes généraux, au respect du contrat, à la responsabilité, et surtout aux difficultés pour le faire appliquer, qui risquent de le vider de tout intérêt, comme on le voit bien en droit international, reste stupéfaite.
Les règles du contrat social qui reposent sur le respect de l’Autre et donc en grande partie sur le droit ne sont pas enseignées. Le Droit est devenu le valet de l’économie de marché.
De son balcon, elle observe la piscine ou se bousculent des êtres de tous âges, les plus vieux…restant sur le bord.
Et là lui vient une pensée horrible : Nous, les propriétaires payons des charges énormes pour cette piscine et nous ne pouvons pas en profiter...
Mamie est de gauche et elle repousse cette terrible pensée avec honte…
Mais elle ne peut s’empêcher de penser que le respect de l’Autre s’il n’est pas inné ne peut être imposé que par la loi, par les limites à sa liberté quand elle nuit à celle des autres.
Billevesées ?” Peut-être n’est ce plus de saison ?

Echec cuisant d’un petit cours d’application du droit…

Je fais consciencieusement ma brasse (coulée ?) dans la piscine. Il faut que j’arrive à 40 longueurs aujourd’hui. C’est un peu ennuyeux mais Bon !
Une mini armée d’enfants et de grand-parents arrive. le petit garçon myope et tout blanc se précipite sur l’interminable liste des interdictions affichée par la co-propriété et hurle à sa soeur : “Il est interdit de plonger, de crier …”
Je me dis que ce petit fera un parfait député faiseur de lois inutiles et je poursuis mes efforts.
La petite fille me demande alors si c’est vrai qu’elle n’a pas le droit de plonger.
La juriste critique que je suis est ravie : je lui dis que tant qu’elle ne gêne pas d’autres personnes et puisqu’elle nage bien, elle peut sauter et qu’il faut interpréter les règlements avec souplesse.
Elle saute pendant que le futur député éructe.
Contente de moi, je vais rougir au soleil en lisant un polar.
Un premier cri perçant d’une troisième petite fille vrille mes vieilles oreilles. Je résiste à l’envie d’engueuler sa famille affalée au bord de la piscine.
Au quatrième cri strident, je ne résiste pas à un deuxième cours .
“Pouvez vous s’il vous plait dire à vos enfants de hurler un peu moins fort ? Appliquer le règlement avec souplesse s’applique dans l’autre sens aussi !”
Les dames se taisent, rappellent les enfants, leur disent qu’ils vont aller au bord de la mer puisque nous gênons la dame…etc
Je tente alors de leur expliquer que ce n’est pas grave mais que chacun doit respecter l’autre. Je respecte le droit de plonger, la petite respecte mon droit à ne pas devenir encore plus sourde…
Tout le monde boude.
Mon enseignement est un échec total
La tête basse, je quitte mon soleil.

Les émotions négatives : les conseils des sages

Ce livre réunit un psychiatre, Christophe André, un philosophe, Alexandre Jollien et un moine bouddhiste, Mathieu Ricard
Ils dialoguent sur des sujets fondamentaux : L’écoute, les émotions, le corps, la souffrance, la cohérence, l’altruisme …etc
Parmi les trois, il y a Alexandre. Je me sens si proche de lui que je vous présente ici quelques citations qui m’ont émue :

L’idée d’être un intermittent du bonheur apaise en profondeur…Pour celui qui peine au quotidien, il est encourageant de voir que ni la fatigue, ni la faiblesse, la maladie ou le handicap, ni en un mot, l’imperfection du monde n’interdisent la joie. L’exercice c’est d’oser inlassablement la non fixation. Tout est éphémère, même le mal-être. Et les mots de Spinoza disent l’essentiel et me servent de programme :” Bien faire et se tenir en joie.”

Trop souvent, sans écouter l’autre à fond, je ramène tout à moi, à mon histoire, à mes catégories mentales. Affligeant réflexe qui nous pousse à balancer des :”ça me rappelle ma belle-mère”, “Tu me fais penser à mon cousin.”, “J’ai vécu la même chose, enfant”, etc. Je me replie alors sur mes opinions, sans laisser l’autre réellement exister. Ecouter, c’est s’arrêter, oser ne plus avoir une réponse toute faite, cesser d’ensevelir autrui sous des tonnes d’étiquettes.”

On a l’impression en lisant ce livre et notamment Alexandre, le philosophe, d’avoir un ami qui nous comprend. Que dire de mieux ?

Comment faire pour être moins moche quand on est vieille ?

Voici quelques solutions à utiliser avec le recul nécessaire :

1 – Être riche et avoir du pouvoir :

2 – Faire le clown :

3 - Disparaitre :

4 – Être géniale :

Il y a surement plein d’autres solutions que je vous laisse imaginer…

J’ai testé les 80km/h : l’enfer c’est les autres

Chaque année, je prends une petite route de campagne ravissante et tortueuse pour aller de Cabourg à Deauville.
Chaque année, je suis quasiment en apnée sur cette portion de route, tant le trafic y est abondant et le parcours sinueux et dangereux.
Chaque année, je me dis qu’un jour il faudra que je m’arrête pour admirer la campagne normande et cueillir les quelques fleurs sauvages que les tondeuses municipales ont épargnées.
En ce mois de juin 2018, me voici sur cette route décidée à rouler à la vitesse indiquée, c’est à dire 70km/h
Au début, c’est génial. Je respire normalement. Je vois les arbres, les champs…
Puis j’aperçois une voiture derrière moi qui semble bien décidée à me pousser.
Je résiste. Mais ce n’est plus une seule voiture derrière moi, elles sont maintenant trois collées à moi et les unes aux autres.
Notre caravane croise un énorme camion qui semble pressé, mais cette rencontre périlleuse n’a pas découragé mes poursuivants.
Alors que notre caravane s’enrichit de quelques véhicules supplémentaires et que je devine les invectives des conducteurs, je prends une décision :
Je ne peux pas résister seule à la connerie de certains humains.
Je suis de nouveau en apnée à 90km/h..
L’enfer c’est les autres !

L’éternelle sagesse du TAO – A la recherche de la sagesse

Pendant que mon matérialisme explose dans ce blog et se concentre sur un quotidien plus ou moins tristounet, Guy Dhoquois transcrit sur son blog depuis plusieurs années des poèmes inspirés par le Taoïme chinois, confirmés par le confucianisme et le Bouddhisme, celui-ci confirmé par la tradition japonaise. Cette recherche de sérénité est apaisante. J’en publie un ci-dessous transcrit le 17 Aout 2017 d’après le joli ouvrage ci-contre, écrit par Tchouang-tseu, sage chinois ( 369-286 av JC) (auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois)

Libères-toi de la réussite
Réjouis-toi de la vie quotidienne
Ta vie est fluide anonyme et sans but
La barrière est proscrite entre l’entraînant et l’entraîné
Seras-tu un maître dans l’art de la paix ?
C’est grâce à nos perspectives limitées que nous avons des projets
Pas de journées sans petites surprises
Le tao de tous les jours
Ne sois pas rationnel au delà du raisonnable
Nous dépendons des regards qu’on nous jette
Tout ne va pas si mal que ça
Paris est une fête
Les nuages sont mortels
Les fruits sont périssables
Nous faisons ce que nous voulons dit-on
Entre grands mensonges et petits mariages
N’en veux pas à la terre entière
La vie est pleine d’obstacles

Retour sur l’amitié : “Je n’avais rien fait de mal”


(Cet article est un commentaire de l’article signé jf présenté précedemment
Merci Chère JF de m’avoir donné l’occasion d’évoquer ces choses si douloureuses que sont les ruptures d’amitié soudaines, inattendues et qui font mal.
Moi aussi, je continue à me demander chaque fois que cela m’arrive “Je ne comprends pas, je n’avais rien fait de mal”
J’ai souvent tenté de rationaliser mes sentiments dans ces moments à la fois éprouvants et pitoyables. Je ne supportais pas d’être exclue alors que je ne savais pas ce que j’avais fait de mal. Et cette sensation venait de très loin, de la guerre, de cette enfance juive dans une France antisémite, de ce rejet que je sentais parfois sans pouvoir me l’expliquer.
Et si finalement, ces divorces étaient dus à l’impossibilité pour les êtres humains de supporter les différences, de les gérer, puis de dialoguer.
Et si ces brusques disparitions amicales n’avaient rien à voir avec quelques chose de mal que l’on aurait fait mais plutôt avec quelque chose de bien qui susciterait l’envie.
Il y a sans doute bien d’autres explications à ces désagrégations. Mais les explications ne suffisent parfois pas à guérir la souffrance, de ne plus être aimée.
Et c’est à JF de conclure ce début de réflexion sur ce sujet difficile : “J‘avais un projet avec elles…Puis il y a eu ce “divorce avec celles que j’avais pensé être venues pour m’aider. D’où cet arrêt soudain, où je devais me mettre à repenser la suite et la fin du projet. D’où la question angoissante revenue, chaque matin du sens de la vie.
Heureusement, j’ai entrevu ce matin la nouvelle étape. Me voici rassurée : je sais quoi faire de ma vie.
Mais comment font ceux qui n’ont pas de projet en eux mêmes qui les guide ?
Je crois savoir que certains savent apprécier la vie en toute simplicité.
Il semblerait que ce ne soit qu’exceptionnellement mon cas.
JF

Sur les amitiés déçues : textes d’une amie (JF)

Ne pas être aimée :

Quand cela m’arrivait, enfant, c’était fort désagréable. C’était tellement important d’être acceptée par les petits camarades pour jouer avec eux!
Plus tard, il m’arrivait d’être étonnée que cela soit. Je n’avais rien fait de mal !
Je ne parlerai pas de mes amours déçues, il y en a eu trop, c’est un autre chapitre. Je m’en tiens ici à l’amitié, qu’il m’a toujours semblé savoir mieux manier que l’amour, où la passion et le manque de confiance en moi menaient leur shabbat de sorcières.
J’ai vécu, j’ai “travaillé” sur moi, j’ai choisi cette valeur : tenter de s’améliorer
Et il me semble que c’est ce cheminement même qui conduit aujourd’hui certaines de mes amies à vouloir mettre de la distance avec moi.
Dieu merci., je me suis suffisamment réconciliée avec moi-même pour prendre la chose avec philosophie, distance, voire ironie.

J’ai affaire, avec une certaine douleur et une déception certaine, à l’éloignement à mon égard, de personnes que j’estime, avec qui je croyais être amie.
Je crois comprendre la situation, et les raisons qui les poussent à cet éloignement. Car j’ai beaucoup travaillé à tenter de scruter les embrouillaminis des fragilités qui se heurtent, lors d’une relation humaine.
C’est un des fardeaux à porter lors de notre vie ici-bas, avec notre impuissance, bien plus grande encore à agir sur la société, voire, l’humanité où nous baignons.