Archive pour la catégorie ‘communautarisme’

“Lâchez tout” : Hommage à Annie Lebrun


A propos des luttes féministes actuelles et d’un certain désarroi dû à mes contradictions, j’ai retrouvé sur Internet cet entretien réalisé vers 2000 avec Annie Lebrun qui comble ma part individualiste au détriment (ou au profit) de ma part militante. Ces propos rejoignent une préoccupation que, même à l’approche de mes 80 ans j’ai du mal à résoudre : mes apories, mes inconséquences et plus particulièrement cette incapacité à exister dans un groupe, à être moi avec les autres, sans humilité ou sans agressivité, alors même que j’ai besoin de me battre(donc d’appartenir à un groupe) pour la liberté, la justice, contre l’exclusion etc… Je ne suis pas la seule à ressentir cette dualité et c’est pourquoi j’ai eu envie de publier des extraits de cet entretien.
Dans son ouvrage “Lâchez tout” paru en 1977, elle prenait à partie les groupes féministes en montrant que le désir de pouvoir avait été le moteur de leur engagement. En 1990 dans Vagit-prop, elle dénonçait dans le courant néo-féministe une même logique identitaire et de pouvoir. Voici ce qu’elle en dit vers l’année 2000 :
Il s’agit toujours du discours du même, où l’identité est affirmée au détriment de l’individualité, de sorte que le groupe doit prévaloir sur toute autre forme d’existence…J’ai admiré chez les premières féministes (Louise Michel, Flora Tristan…) leur refus d’une obligation d’être, leur désertion du rôle. Et je ne peux qu’être pour semblable “affirmation négative” combattant toute identité imposée qui bride l’individu. Ce que je déplore aujourd’hui dans tous les mouvements identitaires mais surtout chez les féministes, c’est une attitude inverse. Comme si, à un moment le refus d’obligation d’être devait se transformer en une nouvelle identité qui devient une autre obligation d’être…Quant à la liberté des femmes, elle n’a aucun sens si elle n’est pas posée dans la perspective de la liberté de tous…C’est très inconfortable de déserter les rôles…Il est réconfortant de se reconnaitre au sein d’un groupe. Tous les groupes sont une protection contre le reste du monde…”

Sur la servitude volontaire
: “Un des principes du monde qui nous est imposé est l’inclusion. Cette nouvelle forme de servitude volontaire est ce que j’appelle “la différence intégrée”. Vous êtes différent, parfait. on vous reconnait comme tel. mais cette reconnaissance équivaut à la mise en place d’un cordon de sécurité, puisqu’elle suppose la suspension de toute critique. ”

L’individuel et le groupe: ” Cette question est fondamentale…Le fait est qu’à l’exception de certaines expériences libertaires la plupart des groupes révolutionnaires se sont constitués au détriment de l’individualité de leurs membres…Et l’histoire du XX° siècle nous a assez montré jusqu’à quelles extrémités criminelles cela pouvait aller. En fait, c’est seulement dans une perspective qui reconnait la dimension sensible que le sacrifice de l’individualité peut être évité. car enfin au nom de quelle rationalité allez-vous justifier l’aberration de l’individualité ? Tout fonctionnement collectif qui nie le monde sensible devient irrecevable.”
(inventim.lautre.net/livres/Annie-Lebrun-Entretiens.pdf)

Annie Lebrun pose des problèmes essentiels pour moi dans ce texte : comment militer en refusant la dictature du groupe ? Comment conserver sa part de sensibilité dans une action collective ? Comment l’inclusion (et sa corollaire l’exclusion) qui m’obsède depuis toujours peut-elle alimenter l’obéissance (parfois criminelle) à la majorité.?
Il faut vivre avec ces contradictions. Ce n’est pas simple. C’est parfois douloureux de se sentir Autre, exclue mais c’est le prix à payer pour éviter les possibles monstruosités de la servitude volontaire.

Ma pétition (à moi toute seule) en hommage à Caroline Fourest

Bravo Caroline . Dès 2004 ton livre sur “Frère Tariq” disait tout sur ce manipulateur/beau gosse, adoré des médias.
Je sais que nous sommes nombreux à admirer ton talent, ta pugnacité, ton sérieux dans l’investigation et ton courage.
En lisant un des multiples articles publiés sur le débat/combat entre Médiapart/Plenel et Charlie Hebdo, j’en ai découvert un qui m’a particulièrement scandalisé. il est signé de Philippe Corcuff, “Maître de conférences à l’IEP de Lyon 2, militant alter mondialiste et libertaire”
L’article est paru le 10 Novembre 2017 dans Libération. Il y dénonce des “intellectuels irresponsables, pris par les passions tristes du “politiquement incorrect”, qui encouragent de graves dérèglements idéologiques.”
Parmi ces intellectuels honnis, il cite :“la galaxie des néocons de “gauche” avec les Caroline Fourest et autres Laurent Bouvet, qui s’agite médiatiquement en consolidant les passages islamophobes entre “Islam”, “islamisme” et “jihadisme”.”
Ce Monsieur ne t’a sans doute pas lu, chère Caroline ou peut-être les subtilités de ta pensée ont-elles échappé à cet éminent penseur!
Comme je ne connaissais pas ce mystérieux concept des “neocons”, je me suis plongée dans le pire et le meilleur d’Internet. Je suis tombée sur le pire.
J’ai atteint les bas-fonds, en l’occurrence le site “Madanya” qui titre : Les nouveaux néocons :une imposture française. On y évoque “la firme BHL”, SOS racisme, la LICRA.. Ces néocons “picorent dans la main de l’inoxydable milliardaire en francs (?) Bernard-Henri Lévy” Plus loin :” Ces droits-de-l’hommistes, thuriféraires du droit d’Israêl à coloniser et réprimer impunément ses indigènes palestiniens…” “Du pain bénit pour les militants islamophobes de tout poil, à commencer par la sulfureuse Caroline Fourest”
Laissons-là ce discours ouvertement antisémite et totalement crétin.
Mais Ce Monsieur Corcuff dont le but est nous dit-il de” dénoncer la négation des individualités niées par les manichéismes concurrents” semble être tombé à pic dans le trou du manichéisme.
Comme disait Prévert : “Vers la fin d’un discours extrêmement important
Le grand homme d’Etat trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans.”

Je ne résiste pas à une citation supplémentaire de ce Mr Corcuff – signataire de la pétition des 160 intellectuels qui soutiennent Mediapart- particulièrement ridicule :” Dans la cafeteria de Sciences-Po Lyon, il y a quelques semaines, j’entends derrière moi une étudiante s’adresser à des camarades à peu près ainsi :” La recherche , c’est vraiment chercher. il ne faut pas partir de réponses dès le départ. Ce serait malhonnête intellectuellement.” Je me retourne : il s’agit d’une jeune femme voilée…”
Tout commentaire de cette phrase lui ôterait sa saveur !
Cours, cours, camarade, la connerie est derrière toi…
Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.” (Albert Camus)
Bravo à toi Caroline pour ta lucidité intelligente. Tu nous trouveras toujours nombreux(ses) à tes côtés.

On peut refuser le communautarisme sans falsifier l’Histoire

Télérama dans son dernier numéro (26/07/2017), sous la plume de Gilles Heuré publie un article émouvant sur les derniers jours de Walter Benjamin.
G.Heuré raconte la fuite du philosophe en Septembre 1940. Il a perdu la nationalité allemande. Il tente de rejoindre l’Espagne. A Portbou, on lui refuse l’entrée en Espagne. Epuisé, il se suicide Le 26 septembre 1940 dans sa chambre d’hôtel.
L’article nous apprend qu’il est philosophe, allemand, déchu de sa nationalité et poursuivi par les nazis.
Mais pourquoi donc les nazis s’acharnent-ils sur lui ? D’autres philosophes allemands ont passé des jours tranquilles en Allemagne pendant la guerre.
La réponse est simple : Walter Benjamin était juif.
Il est bon de le rappeler pour la vérité historique, pour tous ceux qui ne l’ont jamais su ou l’ont oublié.
Il semble qu’il y ait une nouvelle forme de “discrétion” journalistique sur ce thème qui me choque autant que le rappel systématique des origines, juives ou autres quand il n’est pas nécessaire.