Archive pour la catégorie ‘contradictions’

Propos décousus et contradictoires sur les dénonciations pour viol…

Dessin de Claire Bretecher

Quand Tariq Ramadan a été dénoncé comme violeur en série, je dois dire que j’étais plutôt contente et je ne me suis posée aucune question sur l’application du droit.
Quand ce monsieur dont j’ai oublié le nom a été accusé par Adèle Haenel et qu’il a été exclu manu militari de je ne sais quelle société de réalisateurs, je n’y ai guère prêté attention.
Mais quand Woody Allen a commencé à être vilipendé et interdit de tournage dans son pays, j’ai commencé à dénoncer la vox féminista et à protester en disant qu’il avait été jugé et acquitté.
Idem pour le réalisateur que j’apprécie, Roman Polanski. Quand l’affaire a éclaté J’ai eu envie de boxer mes copines féministes et leurs tribunaux médiatiques.
Ces quelques notations montrent à quel point nos comportements peuvent être irrationnels, dictés par notre subjectivité.
Les victimes de ces viols ou harcèlements ont toutes été atteintes dans leur intégrité morale et physique et elles ont eu raison de dénoncer leurs violeurs. Tant mieux si Adèle Haenel dispose de plus d’ écoute que Mme X dans un HLM du 93.

Mais c’est justement parce que la violence est au coeur de ce problème que le respect du droit et de la procédure sont essentiels.
Et c’est pour cela que les sociétés démocratiques ont inventé l’Etat de Droit : Le Droit met des mots sur la violence
Le Droit ne nait pas spontanément : il est le résultat de luttes, comme celles menées par les travailleurs, les femmes etc
Il est aussi le résultat de compromis souvent injustes et c’est pourquoi il est parfois indispensable de désobéir à la loi pour la faire avancer.
Quand on met en cause une personne, la délation publique et le refus de passer par les tribunaux est inacceptable. (Bien sûr il faut mettre à part le cas des mineur(e)s mais dans ce cas c’est la responsabilité des parents qui, dans certains cas ont semble-t-il fait preuve d’une irresponsabilité qu’il est utile aussi de dénoncer)
Les féministes et plus généralement les gauchistes ont longtemps considéré le Droit comme l’outil de la classe dominante et du patriarcat. Ce n’est pas faux mais jusqu’à présent aucune société n’a inventé un meilleur outil que le Droit pour régler les conflits .
Ce que l’on peut dire par contre, c’est que faire des lois ne sert à rien si elles ne sont pas ou mal appliquées sur le terrain. Et c’est le cas pour les violences contre les femmes comme c’est le cas pour le droit des étrangers ou le droit du travail, c’est à dire toutes les fois où il y a subordination ou inégalité des parties. Si l’on veut qu’il soit appliqué il faut se responsabiliser et ne pas clamer que la justice est inefficace.
Audi alteram partem : Entendre l’autre ou les autres côtés est l’un des adages importants qui fondent notre droit.

Le droit a le mérite d’énoncer des normes explicitement. Il n’y a rien de pire que les normes implicites dans certains groupes : modes, anti-normes etc qui engendrent souvent des exclusions graves ,souvent fondées sur l’origine sociale,
Une société sans droit relève d’une utopie meurtrière. Il n’y a pas de sociétés humaines sans codes, sans rites, sans règles (du jeu), sans droit, parce que la bonté naturelle des êtres humains n’existe pas. Un Etat de non droit est une tragédie pour ses habitants.

PS : J’ajoute juste à propos de J’ACCUSE, le film de Roman Polanski que c’est un grand film sur une affaire qui a coupé la France en deux, sur les luttes de pouvoir, sur l’antisémitisme. Ce film est une oeuvre collective comme le rappelle Le Canard enchaîné. Des centaines de gens ont travaillé sur ce film et n’ont sans doute jamais violé personne. Boycotter ce film est d’une stupidité stupéfiante.
Faire une hiérarchie dans les injustices est aussi irrecevable.
Il faut vivre et agir avec toutes ces contradictions. Une vision binaire du fonctionnement social conduit au politiquement correct c’est à dire au contraire de la réflexion créative.

Vous voulez faire de la politique : êtes-vous charismatique ?

Définition du dictionnaire : Charisme : vient du mot grâce. (charisma) Autorité d’un chef, ressentie comme fondée sur certains dons surnaturels, et reposant sur l’éloquence, la mise en scène, la fascination…Grand prestige d’une personnalité exceptionnelle…Ascendant qu’elle exerce sur autrui..

Les définitions évoquent des caractéristiques plutôt positives. Et pourtant qui peut nier le “charisme” de Trump, de Boris Johnson, de Hitler …
personnalités plutôt stupides, cruelles et incompétentes.
Notre Olivier Faure (photo de droite) président du groupe socialiste à l’AN en est parait-il dépourvu . C’est en tout les cas ce que vous disent les gens même “de gauche” en parlant de lui.
Ils ne semblent pas se demander : est-il compétent ? Fait-il des analyses intelligentes ? A-t-il une bonne stratégie ?

Michel Rocard (au fait ce grand homme d’Etat avait-il du charisme ?) disait qu’il était impossible d’exprimer des idées cohérentes dans les médias avec le peu de temps qui vous est imparti. Il faut alors nécessairement avoir la “grâce” même si le contenu de votre discours relève du vide.
Je ne sais pas trop quoi penser sur ce sujet mais il me pose question. Il me semble que les noms des chefs d’Etat dans les pays scandinaves sont peu connus ce qui ne les empêche pas d’être compétents.
Il serait faux de dire que les citoyens que nous sommes sont indifférents au charisme quand ils votent.
Mais si Trump et Hitler (sans aucune idée de comparaison) avaient et ont du Charisme, il convient de nous interroger sur l’importance de cette notion pour nos choix politiques.

Le syndicalisme réformiste va-t-il être obligé de se “radicaliser” pour être écouté ?

Depuis quelques années,la CFDT avait enfin réussi à jouer un rôle dans la négociation sociale et était même devenue la première centrale syndicale en termes d’adhérents et de votants.
Depuis l’arrivée de Mr Macron et de ses amis au pouvoir, la négociation semble être en panne.
On a vu le Président dialoguer avec les Gilets jaunes . On le sent réticent vis à vis des syndicats et notamment de la CFDT. Elle ne fait plus peur , alors pourquoi perdre son temps à l’écouter.
Même si les auto-entrepreneurs vrais ou faux sont en augmentation, les salariés en CDD, intérimaires etc…n’ont pas disparu. Leur force de travail continue à alimenter le PIB. Or ils n’ont à ma connaissance que les syndicats pour les défendre.
De manière paradoxale, les révoltes y compris pour l’augmentation des salaires ne s’adressent plus prioritairement aux employeurs mais à l’Etat !
Or celui-ci ne détient que le pouvoir d’augmenter ou non le SMIC . Tout le reste : les conditions de travail ( Il y aurait plus de dix personnes principalement des ouvriers qui meurent chaque semaine d’un accident du travail), les salaires négociés dans les branches, l’assistance en cas de licenciement …etc sont du ressort des syndicats.
Des partis d’opposition en miettes, des syndicats inaudibles et méprisés, les contre pouvoirs indispensables risquent de disparaitre. La faute n’en revient pas seulement à la politique gouvernementale mais aussi à l’absurde multiplication des syndicats et à cette étrange manie des salariés français qui consiste à ne pas y adhérer ( 8 à 9% des salariés sont syndiqués)
S’il faut semer la pagaille dans les rues pour se faire entendre, la CFDT doit-elle abandonner le réformisme qui rime avec social-démocratie , pour se radicaliser contrairement à son ADN ?
On est en pleine contradiction .

Quand deux arrogances se rencontrent… ça pète et ça ne sert qu’aux extrêmes

Inutile de revenir sur l’arrogance de Mr le Président Macron et de ses ministres. Ils semblent parfois vivre dans un autre monde.
En face, il y a des supposés “braves gens” qui galèrent mois après mois pour survivre.
Les salaires trop faibles, les CDD, les interim …ne leur permettent aucun extra.
Cette colère contre des conditions de vie difficiles ne pouvait susciter au début de leur mouvement que de la sympathie
Mais cette sympathie a ses limites : ce n’est pas juste le chaos dans les beaux quartiers de Paris (dont je veux croire qu’il n’est pas de leur fait), qui me fait douter, c’est leur… arrogance quand ils disent : nous manifesterons où nous voulons, nous ne voulons plus de taxes, nous ne voulons pas désigner de représentants, c’est le peuple qui s’exprime, Macron démission etc…
En même temps” ils ont dénoncé des migrants cachés dans un camion citerne, ils sont majoritairement blancs, ils se croient au dessus des lois en refusant un parcours de manifestation qui permette la coexistence avec les parisiens qui ne sont pas d’accord avec eux, avec les touristes qui ne leur ont rien fait, ils refusent de désigner des représentants prêts au dialogue, ils vont tmême semble-t-il jusqu’à menacer ceux qui oseraient dialoguer.
La démocratie est le pire des régimes… à l’exception de tous les autres et en particulier le gouvernement du peuple par le peuple n’a jamais marché. Le peuple est pluriel et le pouvoir forcément obligé de tenir compte des contradictions au sein du peuple.
L’arrogance du pouvoir libéral qui favorise les riches contre l’arrogance de ceux qui se sentent exclus des bienfaits du capitalisme ne peuvent que provoquer des haines, des jalousies, des racismes et des frustrations, et faire le lit du populisme voire du fascisme.
C’est aux arrogants qui ont le pouvoir de faire le pas qui permettra le début d’un dialogue. En sont-ils capables ? Je l’espère
Mais il faut être deux prêts à s’écouter et à savoir qu’ils ont peut-être tort sur tel ou tel point, pour dialoguer.
L’avenir le dira

De la la perfection (Guy Dhoquois)

Guy Dhoquois

Poême de Guy Dhoquois publié sur son blog (auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois) : La perfection

La perfection n’a qu’un défaut la perfection
La perfection n’a qu’un défaut elle même
Seule l’imperfection rend possible le mouvement

J’ai beaucoup de questions et peu de réponses
J’ai donc beaucoup de questions sans réponse
En fait de moins en moins
Je me pose de moins en moins de questions

Le vieillissement invite à la régularité
Et à la modestie
Je tente de nettoyer chez moi
Le bête et le méchant

C’est un peu tard
Je me compare parfois à un poussin poussah
L’oeil entend
Le génie est seul
Même le petit génie

Macron, Kafka et l’autre côté de la rue


Beaucoup se plaignent que les paroles des sages fussent toujours des paraboles dont on ne pouvait se servir dans la vie quotidienne, la seule que nous ayons. Quand le sage dit : “Va de l’autre côté”, il ne veut pas dire qu’il faut traverser la rue pour aller de l’autre côté, ce qu’on pourrait du moins faire si ce qu’on obtenait en faisant le chemin avait quelque valeur. Mais il veut parler de quelque chose de légendaire, quelque chose que nous ne connaissons pas, que le sage lui-même ne peut pas désigner plus précisément et qui donc ne nous aide en rien.” (Parabole de Kafka citée par Nicole Krauss dans son livre Forêt obscure)

“Qu’ai-je de commun avec les juifs ? C’est à peine si j’ai quelque chose de commun avec moi-même.” Kafka


Je suis tout à fait d’accord avec cette citation de Kafka… Et pourtant, je me sens juive.
Ni religieuse, ni israélienne, ni vraiment intéressée, les imbéciles qui continuent à assimiler Juifs et occupation de la Palestine renforcent en moi un sentiment d’appartenance, qui me révulse par ailleurs…
L’antisémitisme crée le juif mais les catégorisations (Juif= pro-israélien) stupides, aussi.
Alors….on danse!!!!

Dubito ergo sum

Marquis de sade

Philippe Roth

Prétendre détenir LA vérité peut conduire aux pires monstruosités, aux idéologies meurtrières.
Mais comment gouverner (un pays, un parti, une association, une entreprise…) sans croire et appliquer UNE vérité ?
Dans une démocratie où la diversité politique est la norme, le désaccord est nécessaire comme l’accord peut être indispensable. La critique systématique est inutile et contre productive.
Qui peut prétendre dire LA vérité sur l’accueil des migrants ? Seuls les chercheurs comme François Héran et Stephen Smith peuvent envisager tous les aspects d’un problème aussi complexe. Ils sont indispensables mais ils ne donnent pas de directives concrètes. Nous y reviendrons.

Pire encore, comment condamner une oeuvre littéraire au nom, par exemple, de LA vérité d’une idéologie féministe ? Pour certaines féministes, Philippe Roth doit être condamné pour sexisme ! C’est méconnaitre le rôle fondamental de la subjectivité de l’auteur, de son droit aux phantasmes, de son devoir de dévoiler les aspects parfois sordides de son inconscient.
Seule la littérature peut nous aider à comprendre l’être humain, ses contradictions, ses allers-retours entre le Bien et le Mal. C’est avec ce monde là que nous devons agir ou pas ?
Dans le même esprit, le rejet “féministe” du Marquis de Sade. On peut ne pas aimer. On ne peut pas le condamner au nom du féminisme. Sade décrit avec froideur des pratiques sexuelles violentes. Il montre aussi par ce biais les limites de la sexualité. Ce sont des pratiques et des phantasmes que beaucoup d’êtres humains partagent.
En évoquant cet échange avec quelques copines féministes, je parle toujours de ce qui me tient le plus à coeur : le fil ténu entre nos comportements quotidiens et les actions les plus meurtrières.
Je condamne donc je suis” pourrait résumer cette tendance de certains êtres humains (parmi lesquels des intellectuels) à préparer le terrain aux fanatismes les plus stupides.
Ce fil ténu m’obsède depuis que j’ai commencé à écrire . Certain(e)s me l’ont reproché estimant qu’il n’y a aucune commune mesure entre une mauvaise pensée ou une petite mauvaise action et les génocides… C’est vrai et faux.
Pour moi continuer à penser ce fil ténu c’est m’interroger sur ce qui au tréfonds de nous-mêmes, participe du mal que les êtres humains sont capables de faire subir à leurs semblables.

Que se passe-t-il dans la tête de celui (ou celle) qui veut devenir Chef à la place du Chef ?

A vrai dire, je n’en sais rien mais je les observe depuis plus de 50 ans dans les multiples associations, partis, syndicats… auxquels j’ai appartenu et continue d’appartenir. Tous ces petits chefs ne sont pas stupides. Certains méritent de devenir Chefs, parce qu’ils parlent bien, ont une vision globale des enjeux, savent mobiliser les énergies.
Mais ce qui m’intéresse, ce sont les autres, chez qui l’on sent assez rapidement apparaitre le désir de sortir de leur condition de bénévole ou de militant de base.
Ils arrivent, timides, modestes ne demandant qu’à apprendre.
Puis, ils s’affirment, pensent qu’il faut plus de réunions, plus de responsables, plus de comptes-rendus, plus de secrétaires, de président , de vice ou co-président. Ils sont de toutes les réunions régionales, nationales. L’ennui ne semble jamais les guetter au cours de ces heures passées à ne pas s’écouter.
Ils (elles) marchent vers leur but, inconsciemment ou pas, : être vus, entendus non pas des bénéficiaires de l’Association mais des différents échelons de pouvoir.
Sont-ils nés avec ce goût du pouvoir (même dérisoire!) ? Estiment-ils qu’ils feront mieux que les autres pour faire avancer telle ou telle cause ?
Je suis incapable de répondre à cette question. Ce que je crois , c’est que beaucoup d’entre eux, participent d’une bureaucratisation handicapante de nombre d’associations.
Tenter de les combattre, c’est s’exposer à des remarques sur votre éventuelle jalousie envers des personnalités si brillantes, c’est risquer des critiques sur votre déni de la démocratie.
Alors, il ne reste qu’une solution pour les fuir, partir et les laisser entre eux.

Aquarius/Exodus : Comparaison politiquement incorrecte ?

A l’issue de la seconde guerre mondiale, de nombreux survivants de la Shoah cherchent un pays d’accueil et décident avec des organisations juives de se rendre en Palestine, alors sous mandat britannique.
Le navire baptisé Président Warfield quitte le port de Sète le 11 juillet 1947 avec 4500 personnes à bord, en ayant pour destination officielle la Colombie. Puis le cap est mis sur la Palestine et le navire rebaptisé EXODUS. La marine britannique arraisonne le navire près des côtes de la Palestine. L’Exodus est envoyé à Chypre et les passagers chargés sur trois navires. Après une escale en France, la marine anglaise renvoie l’Exodus dans la zone sous contrôle britannique en Allemagne. De nombreux passagers entament alors une grève de la faim. Cette errance va durer plusieurs mois.(Ceci est un résumé tiré de Wikipedia qui ne rend pas compte de l’intégralité de l’histoire de l’Exodus)
Dans un article publié dans le JDD du 17 Juin 2018 ,à propos de l’Aquarius, Christiane Taubira cite quatre exemples d’exodes : Janvier 1939, les réfugiés espagnols chassés par le fascisme, en 1975, les Boat people vietnamiens et cambodgiens, en 1962, les pieds noirs et les harkis qui quittent l’Algérie indépendante et enfin 1990, les réfugiés chassés par la guerre des Balkans.Dans ces quatre cas, il s’agit d’exils vers la France et d’une certaine intégration réussie.
Mais Christiane Taubira, (pour qui j’ai une grande admiration,) aurait dû juste citer parmi les drames identiques du XX° siècle, l’Exodus, quitte à préciser que les Juifs de L’EXodus ne souhaitaient pas rester en Europe. Cette histoire est de moins en moins connue des jeunes générations et il est bon de rappeler que tout au long de leur histoire les Juifs ont été des Errants, qui ont eux aussi souvent bien réussi leur intégration dans les pays d’accueil, mais qui peuvent à tout moment être discriminés et chassés.
Cet “oubli” de l’Exodus me choque profondément : Ces juifs rescapés de la Shoah, avaient eux aussi besoin d’un lieu pour survivre. Ils ont (malheureusement ?) choisi la Palestine. Fallait-il qu’ils retournent dans les pays où on avait voulu les exterminer ?
Le “politiquement correct” peut être parfois une insulte à l’Histoire.