Archive pour la catégorie ‘féminisme’

En France, on a le droit de se suicider mais seulement avec violence: la réponse de féministes des années 70

CHOISIR SA VIE, CHOISIR SA MORT : DES FEMMES PERSISTENT ET SIGNENT

Si pour une raison ou une autre, et qui vous appartient entièrement, vous avez décidé de mettre fin à vos jours, vous pouvez bien sûr vous précipiter sous la rame du prochain métro ou sous le TGV.
Vous pouvez bien sûr vous taillader les veines avec une lame de rasoir, vous pouvez sauter du haut de la Tour Eiffel- ou de votre balcon (si vous avez un balcon)
Vous pouvez vous pendre à l’arbre qui est au fond du jardin (si vous avez un jardin), vous pouvez bien sûr vous jeter dans la Seine lesté.e d’un solide bloc de béton (si vous avez les moyens de le transporter vers l’endroit requis)
Oui, si vous avez décidé d’en finir, si vos souffrances vous sont devenues insupportables, alors en effet vous pouvez tenter tout cela pour quitter la vie- et peut-être y réussir-ou non et peut-être à votre insu, sauvé-e, soigné-e et peut-être handicapé-e à vie, prisonnière pour toujours d’un corps meurtri qui ne vous obéit plus, d’un personnel soignant ou de familles (telle celle de Vincent Lambert), décidés à prolonger coûte que coûte cet état, à vous imposer de survivre que vous le vouliez ou non.
Vous pouvez donc, tant que vous en avez la force, tenter de vous donner la mort. Elle sera toujours violente. Car en France aujourd’hui il est interdit de mourir lorsque l’on a décidé de le faire de son propre chef, dans la sérénité et la dignité, entourée des siens, de ceux que l’on aime et qui vous aiment.
Vous pouvez aussi bien sûr comme Michèle Causse ou Anne Bert (et tant d’autres) tenter le voyage en Suisse ou en Belgique. Encore faut-il que vous en ayez la force physique(et les ressources, 15000 euros dans certains cas) Et que vous ayez préalablement accompli toutes les formalités, de plus en plus contraignantes, requises pour obtenir l’autorisation du suicide assisté.
Pourquoi faut-il que ce qui est , depuis des décennies, acquis pour certains de nos voisins européens soit interdit, criminalisé même en France?
Pourquoi faut-il que des lobbys de toutes sortes-religieux en premier lieu, mais aussi médicaux et pharmacologiques, décident pour nous (et contre nous) de notre vie et de la fin de notre vie.
Nous sommes des femmes.Nous avons pour certaines eu vingt ans, trente ans dans les années 70. A l’époque, les mêmes lobbys, prétendaient déjà disposer de nos corps, de nos maternités- c’est à dire de notre liberté. Nous l’avons refusé. Nous avons crié, nous avons écrit, nous avons manifesté, nous avons signé le” Manifeste des 343 femmes ayant avorté” . Et nous avons gagné. Nous avons obtenu le droit à l’avortement, le droit d’avoir des enfants si nous le voulons , quand nous le voulons.
Nous exigeons aujourd’hui pour nous et pour tous qu’il soit fait droit à cette liberté fondamentale: mourir dignement si nous le voulons et quand nous le voudrons
Une immense majorité de la population soutient l’idée du droit à l’euthanasie ou au suicide assisté.
Pour celles d’entre nous qui approchons de l’échéance , notre décision est prise : si l’on nous refuse de finir légalement et dignement notre vie, quand nous l’estimerons invivable, alors nous déclarons publiquement que nous aurons recours à une assistance ou à des moyens (aujourd’hui encore) illégaux. De même que nous avons obtenu le droit de choisir notre vie, nous choisissons aujourd’hui celui de choisir notre fin de vie.

Ce texte rédigé par quatre féministes, Liliane kandel, Régine Dhoquois, Annie Sugier et jacqueline Feldman a été publié dans Libération du 1er Novembre 2019 et signé par plus de 200 femmes.

Juste avant la parution de ce texte, le 15 Octobre 2019, des personnes pour la plupart âgées étaient perquisitionnées chez elles à l’aube parce qu’elle figuraient sur une liste d’acheteurs de phénobarbital au Mexique, réseau découvert par la police américaine qui enjoignit la police française de mettre fin à ce trafic illégal!
L’Association Ultime Liberté a été perquisitionnée, tous ses documents emmenés.
On attend de savoir quelles poursuites judiciaires vont suivre.

la police n’a t-elle pas mieux à faire que d’empêcher des gens âgés et malades ou simplement lassés de vivre en souffrant, de se suicider ?
Il s’agit là d’une violence qui ne dit pas son nom : Ce serait tellement rassurant de savoir que quand nous n’en pourrons plus, une solution pacifique s’offrira à nous.
Le combat continue

Propos décousus et contradictoires sur les dénonciations pour viol…

Dessin de Claire Bretecher

Quand Tariq Ramadan a été dénoncé comme violeur en série, je dois dire que j’étais plutôt contente et je ne me suis posée aucune question sur l’application du droit.
Quand ce monsieur dont j’ai oublié le nom a été accusé par Adèle Haenel et qu’il a été exclu manu militari de je ne sais quelle société de réalisateurs, je n’y ai guère prêté attention.
Mais quand Woody Allen a commencé à être vilipendé et interdit de tournage dans son pays, j’ai commencé à dénoncer la vox féminista et à protester en disant qu’il avait été jugé et acquitté.
Idem pour le réalisateur que j’apprécie, Roman Polanski. Quand l’affaire a éclaté J’ai eu envie de boxer mes copines féministes et leurs tribunaux médiatiques.
Ces quelques notations montrent à quel point nos comportements peuvent être irrationnels, dictés par notre subjectivité.
Les victimes de ces viols ou harcèlements ont toutes été atteintes dans leur intégrité morale et physique et elles ont eu raison de dénoncer leurs violeurs. Tant mieux si Adèle Haenel dispose de plus d’ écoute que Mme X dans un HLM du 93.

Mais c’est justement parce que la violence est au coeur de ce problème que le respect du droit et de la procédure sont essentiels.
Et c’est pour cela que les sociétés démocratiques ont inventé l’Etat de Droit : Le Droit met des mots sur la violence
Le Droit ne nait pas spontanément : il est le résultat de luttes, comme celles menées par les travailleurs, les femmes etc
Il est aussi le résultat de compromis souvent injustes et c’est pourquoi il est parfois indispensable de désobéir à la loi pour la faire avancer.
Quand on met en cause une personne, la délation publique et le refus de passer par les tribunaux est inacceptable. (Bien sûr il faut mettre à part le cas des mineur(e)s mais dans ce cas c’est la responsabilité des parents qui, dans certains cas ont semble-t-il fait preuve d’une irresponsabilité qu’il est utile aussi de dénoncer)
Les féministes et plus généralement les gauchistes ont longtemps considéré le Droit comme l’outil de la classe dominante et du patriarcat. Ce n’est pas faux mais jusqu’à présent aucune société n’a inventé un meilleur outil que le Droit pour régler les conflits .
Ce que l’on peut dire par contre, c’est que faire des lois ne sert à rien si elles ne sont pas ou mal appliquées sur le terrain. Et c’est le cas pour les violences contre les femmes comme c’est le cas pour le droit des étrangers ou le droit du travail, c’est à dire toutes les fois où il y a subordination ou inégalité des parties. Si l’on veut qu’il soit appliqué il faut se responsabiliser et ne pas clamer que la justice est inefficace.
Audi alteram partem : Entendre l’autre ou les autres côtés est l’un des adages importants qui fondent notre droit.

Le droit a le mérite d’énoncer des normes explicitement. Il n’y a rien de pire que les normes implicites dans certains groupes : modes, anti-normes etc qui engendrent souvent des exclusions graves ,souvent fondées sur l’origine sociale,
Une société sans droit relève d’une utopie meurtrière. Il n’y a pas de sociétés humaines sans codes, sans rites, sans règles (du jeu), sans droit, parce que la bonté naturelle des êtres humains n’existe pas. Un Etat de non droit est une tragédie pour ses habitants.

PS : J’ajoute juste à propos de J’ACCUSE, le film de Roman Polanski que c’est un grand film sur une affaire qui a coupé la France en deux, sur les luttes de pouvoir, sur l’antisémitisme. Ce film est une oeuvre collective comme le rappelle Le Canard enchaîné. Des centaines de gens ont travaillé sur ce film et n’ont sans doute jamais violé personne. Boycotter ce film est d’une stupidité stupéfiante.
Faire une hiérarchie dans les injustices est aussi irrecevable.
Il faut vivre et agir avec toutes ces contradictions. Une vision binaire du fonctionnement social conduit au politiquement correct c’est à dire au contraire de la réflexion créative.

Attention Danger : la libération des femmes peut nuire aux vieilles dames

On m’avait dit :”Gardes ta valise avec toi dans l’avion… tu vas t’énerver pour l’enregistrement ”
Je tirais donc ma petite valise allègrement dans l’aéroport quand tout à coup je me mis à paniquer (comme le dit Mankell : “Vieillir c’est s’aventurer sur une glace de moins en moins solide”) à l’idée que personne ne m’aiderait à la mettre dans l’espace prévu à cet effet.
Je monte dans l’avion le coeur battant. j’avise un grand jeune homme assis juste derrière ma place et je lui demande poliment s’il peut m’aider..
L’homme a le regard fuyant de celui qui n’a pas la moindre intention de faire quoi que ce soit. A ce moment là une petite jeune femme toute menue se lève et hisse ma valise avec dextérité. Ouf, Merci …
Retour : Aéroport de Vilnius. Même angoisse et même scénario : immense Black, demande servile de ma part et surgissement de sa compagne qui hisse ma valise sous l’absence de regard du grand Black….Même topo à l’arrivée avec en plus dans le regard du grand Black quelque chose du genre :”Tu m’auras pas vieille peau, le colonialisme c’est fini !”
Certains prétendent que je suis parano mais ce que je raconte est vrai . D’où ma question: Jusqu’où faut-il aller dans la revendication égalitaire ?
A lire bien sûr avec humour mais avec une vraie question sous-jacente sur l’arrivée d’une nouvelle forme de machisme ?

La “condamnation” sociale des femmes qui ne fondent pas une famille ? La réponse de jennifer Aniston

Si vous regardez de temps en temps les émissions de Jeux de Nagui sur France 2, vous avez peut-être remarqué son obsession du couple.
A la première jeune femme qui se présente, la question est presque incontournable : “Mariée ? En couple ?”.
Quand la réponse est négative, l’animateur (fort sympathique par ailleurs) réagit : “Comment est-ce possible, jolie comme vous êtes!”
Ca m’éneeeeeerve….
Merci mille fois à l’actrice américaine, Jennifer Aniston, héroïne de “Friends” et de bien d’autres films et séries, pour ses déclarations au magazine américain InStyle, reprises dans ELLE de cette semaine: “A Hollywood quand un couple se sépare, c’est la femme qui est traitée avec mépris, c’est elle qu’on imagine seule et malheureuse…” ” Pour les médias, je serais incapable de garder un homme”….”Avez-vous déja vu écrit qu’un homme divorcé et sans enfants était une vieille fille ?” ” Il y a une pression faite aux femmes pour devenir mères et, si elles ne le sont pas, elles sont considérées comme des marchandises endommagées. Peut-être que mon destin sur cette planète, ce n’est pas de procréer. J’ai peut-être d’autres choses à accomplir.”

“Nous construisons trop de murs et pas assez de ponts” (Newton): quand les féministes sombrent dans des idéologies sectaires

Le communiqué ci-contre, attire l’attention sur la censure au sein même du Mouvement féministe universitaire. En annulant un débat à l’Institut Emilie du Chatelet sur le thème :”Conditions et contours d’un féminisme universaliste, aujourd’hui”, qui devait être introduit et animé par Christine Le Doaré et Fatiha Agag-Boudjahlat, auteure entre autres de :”Le grand détournement” (Cerf, 2017) et cofondatrice du Mouvement :”Vivre la République”, La Direction de l’IEC affiche un sectarisme qui se cache derrière une nouvelle idéologie à la mode : l’INTERSECTIONNALITE.
Celle-ci permettrait d’intégrer les différences entre les femmes, d’aller au delà de la notion même de féminisme. Elle serait un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme, le racisme, le classisme, l’homophobie etc…
Fatiha Boudjahlat qui dans son livre précité s’attachait à montrer derrière cette nouvelle théorie, un communautarisme qui ne dit pas son nom, s’est vue également écartée du 8° Congrès international des recherches féministes dans la francophonie qui doit avoir lieu à Nanterre entre le 27 et le 31 Aout 2018.
Dans un article paru dans Le journal, Le Parisien du 18 aout, elle s’exprime en ces termes :” L’intersectionnalité, qui prétend reconnaitre le cumul de discriminations, fonctionne comme une intersection routière : il y a toujours une priorité et un Cédez le passage. Avec l’intersectionnalité, ce sont toujours les femmes qui cèdent le passage aux intérêts du groupe ethnique et religieux auquel on les assigne. Houria Bouteldja (Les indigènes de la République), explique qu’une femme noire violée par un Noir, ne devrait pas porter plainte contre cet homme pour ne pas nuire à sa communauté…. Je considère que ma couleur de peau, mes croyances ne me rendent pas différente de mes compatriotes blanches. Que ces nouvelles féministes me contestent le droit à la parole, parce que je ne reste pas à la place qu’elles me destinent, voila le racisme. Celui des bons sentiments qui livrent les femmes au patriarcat oriental. Voilement, excision, mariages précoces et/ou forcés, tryptique imposé aux femmes de la viginité, de la pudeur et de l’humilité.”

L’auteure de ce blog (femme, juive, petite,vieille, frisée…(sic)), est indignée par cette nouvelle censure, au sein même de l’université qui devrait être un lieu de débats libres.
Par ailleurs, ce nouveau concept d’intersectionnalité me semble à la fois évident ( nous sommes tous plusieurs, nous avons tous plusieurs identités) et dangereux.
Je suis de celles (ceux) qui se battent pour les Droits de la personne universels.
L’Universalisme permet de tenir compte de tous les aspects d’une réalité. Ce sont ceux qui sectionnent qui affaiblissent nos combats pour la conquête de droits minima universels, dont le droit à la dignité et à la liberté qui ne nuit pas à autrui , sont des piliers.

Dubito ergo sum

Marquis de sade

Philippe Roth

Prétendre détenir LA vérité peut conduire aux pires monstruosités, aux idéologies meurtrières.
Mais comment gouverner (un pays, un parti, une association, une entreprise…) sans croire et appliquer UNE vérité ?
Dans une démocratie où la diversité politique est la norme, le désaccord est nécessaire comme l’accord peut être indispensable. La critique systématique est inutile et contre productive.
Qui peut prétendre dire LA vérité sur l’accueil des migrants ? Seuls les chercheurs comme François Héran et Stephen Smith peuvent envisager tous les aspects d’un problème aussi complexe. Ils sont indispensables mais ils ne donnent pas de directives concrètes. Nous y reviendrons.

Pire encore, comment condamner une oeuvre littéraire au nom, par exemple, de LA vérité d’une idéologie féministe ? Pour certaines féministes, Philippe Roth doit être condamné pour sexisme ! C’est méconnaitre le rôle fondamental de la subjectivité de l’auteur, de son droit aux phantasmes, de son devoir de dévoiler les aspects parfois sordides de son inconscient.
Seule la littérature peut nous aider à comprendre l’être humain, ses contradictions, ses allers-retours entre le Bien et le Mal. C’est avec ce monde là que nous devons agir ou pas ?
Dans le même esprit, le rejet “féministe” du Marquis de Sade. On peut ne pas aimer. On ne peut pas le condamner au nom du féminisme. Sade décrit avec froideur des pratiques sexuelles violentes. Il montre aussi par ce biais les limites de la sexualité. Ce sont des pratiques et des phantasmes que beaucoup d’êtres humains partagent.
En évoquant cet échange avec quelques copines féministes, je parle toujours de ce qui me tient le plus à coeur : le fil ténu entre nos comportements quotidiens et les actions les plus meurtrières.
Je condamne donc je suis” pourrait résumer cette tendance de certains êtres humains (parmi lesquels des intellectuels) à préparer le terrain aux fanatismes les plus stupides.
Ce fil ténu m’obsède depuis que j’ai commencé à écrire . Certain(e)s me l’ont reproché estimant qu’il n’y a aucune commune mesure entre une mauvaise pensée ou une petite mauvaise action et les génocides… C’est vrai et faux.
Pour moi continuer à penser ce fil ténu c’est m’interroger sur ce qui au tréfonds de nous-mêmes, participe du mal que les êtres humains sont capables de faire subir à leurs semblables.

J’ai fait un rêve : un droit d’asile féministe

Il existe déjà dans la loi sur le droit d’asile, la protection subsidiaire destinée aux personnes potentiellement persécutées pour des raisons autres que la race, la religion, la nationalité ou l’appartenance à un groupe social et/ou politique.
Ces atteintes graves qui font courir un risque réel sont ainsi définies :
- la peine de mort ou une exécution
- La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants
- s’agissant d’un civil, une menace grave ou individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d’une violence qui peut s’étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d’une situation de conflit armé interne ou international.

Quelques femmes peuvent obtenir cette protection subsidiaire si elles peuvent prouver des traitements dégradants dus à à un conflit armé. Outre la preuve difficile à établir, il est évident que ce texte ne permet pas à la plupart des victimes de viol, de mariages forcés etc d’obtenir ce droit , qui se traduit par une carte de séjour mention “vie privée et familiale” d’une durée d’un an et soumise à réexamen en fonction de la nouvelle situation du pays de départ.
Il faut donc une violence avérée lors d’un conflit armé pour obtenir le droit de vivre un peu moins mal.

Mais si vous êtes une femme qui veut être libre, qui veut exercer le métier qu’elle aime, qui veut vivre sa sexualité comme elle l’entend, qui refuse de porter le voile dans un pays musulman etc… il n’existe aucun droit au séjour, sauf celui lié à la famille : maman d’un enfant scolarisé, conjointe de français , conjointe d’un étranger en situation régulière.
Chaque semaine à la Cimade, je rencontre certaines de ces femmes qui ne vivent pas dans un pays en guerre, qui n’ont pas été violées ou excisées. Elles veulent juste vivre libres et la vie des femmes dans beaucoup de pays (et pas seulement dans les pays musulmans) doit être conforme aux traditions : ne pas faire d’études, se marier, avoir des enfants , obéir à la loi patriarcale.
Alors, oui , j’ai fait un rêve, face à ces jeunes femmes : pouvoir leur dire que l’article XXX va leur permettre de vivre comme elles le souhaitent, célibataires, sans enfants ou avec, avec des amants ou des maitresses, en exerçant le métier de leurs rêves.
Mais à l’époque de l’errance de l’Aquarius, on ne peut pas se permettre de tels rêves.
Et pourtant, c’est aussi par la libération des femmes que passera le développement des pays de départ. C’est ce développement qui mettra un frein à cette immigration massive.
Mais pour cela, il faudrait cesser d’avoir peur et raisonner à long terme.
Alors, je ne pourrai que répondre honteusement à ces jeunes femmes :P atientez cinq ans et fondez une famille avec un homme ad hoc
La boucle est bouclée.

De la lutte finale et de ses contradictions principale et secondaires (JF)


Ce texte m’a été envoyé par mon amie JF, pionnière de FMA( Féminin masculin avenir ) et du MLF.
C’est une base de réflexion

Contradiction principale, contradiction secondaire
C’est au nom de cette théorie, qui subordonnait le “problème des femmes” à celui du prolétariat, que les idéologues marxisants de mai 68 nous écartaient de la légitimité militante.
Or, en examinant la situation présente de notre société capitaliste, j’y vois le schéma suivant :
La compétition mondiale industrielle et technique est de plus en plus exacerbée. Elle relève évidemment d’une logique psychique de combat, autrement dit, d’une logique que l’on peut qualifier de “masculine”, pour ne plus dire, “virile”.
Un “progrès” réel réside dans le fait que cette bataille ne tue pas directement autant que les batailles d’antan. Mais elle cause beaucoup de souffrances psychiques (outre la pauvreté économique, pour de nombreux peuples). C’est pourquoi le terme nouveau de “souffrance au travail” a remplacé, chez nous, celui de “lutte des classes” du temps de ma jeunesse.
D’où le besoin du développement de cet autre versant de la société moderne, le “monde psy”, et l’idée de “care”, attitude d’humanité et de soins, s’opposant tout à fait à l’esprit guerrier de la compétition, et venant réparer ses dégâts.
C’est le rôle habituel dévolu aux femmes.
On voit que l’évolution moderne exacerbe l’opposition entre le “masculin” et le “féminin” (“idéaux-types”, selon le terme de Weber, qui existent en chacun de nous, mais qui, sociologiquement et psychologiquement, continuent à être représentés par l’un ou l’autre sexe).
Il en résulte que c’est là que se trouve la contradiction principale du capitalisme moderne : les attitudes de compétition, versus celles du care. Autrement dit, du masculin et du féminin.
Ha ha ! (1)
D’ailleurs, Marx et surtout Engels, qui étaient loin d’être bêtes, avaient écrit, en passant, il est vrai, que le rapport humain fondamental était le rapport entre l’homme et la femme.
Nous y voilà arrivés ! Ha ha ha
La lutte finale,
qui nous faisait vibrer jadis au son de l’Internationale, et était supposée concerner avant tout le prolétariat: en se libérant, il allait libérer tout le monde.
Ce que nous disions au MLF, c’est que l’oppression d’un sexe sur l’autre, étant pluri-millénaire, est l’oppression la plus ancienne, la plus profondément ancrée dans les mœurs,les esprits et les coeurs. S’il y a une oppression prioritaire c’est bien celle-ci.
Oh, oh (2)

Et pourtant
J’avais oublié l’autre phénomène important et nouveau de notre temps : la mondialisation effective, totale, que nous vivons aujourd’hui. Elle existe certes depuis les temps modernes, bien nommés, mais en était restée au stade préparatoire : conquêtes coloniales, science universelle, droits de l’homme (=êtres humains)
Et là encore, quel est le premier marqueur de la démocratie, pour toutes ces sociétés qui n’ont d’autres choix que de rejoindre cette modernité ? La condition faite aux femmes.
Oh, oh, Que ceci est simple et fort. j’en suis confuse

(1) Ce ricanement est une revanche vis à vis des esprits masculins qui se voulaient supérieurs aux nôtres, et s’efforçaient de nous impressionner par leur charabia théorique.
(2) Cet autre ricanement est une marque de surprise : j’arrive à une description des sociétés humaines très shèmatique, binaire. Il y a de quoi s’inquiéter un peu, ou du moins de la considérer avec perplexité, car le réductionnisme n’est pas une bonne méthode.
Et pourtant…

“Lâchez tout” : Hommage à Annie Lebrun


A propos des luttes féministes actuelles et d’un certain désarroi dû à mes contradictions, j’ai retrouvé sur Internet cet entretien réalisé vers 2000 avec Annie Lebrun qui comble ma part individualiste au détriment (ou au profit) de ma part militante. Ces propos rejoignent une préoccupation que, même à l’approche de mes 80 ans j’ai du mal à résoudre : mes apories, mes inconséquences et plus particulièrement cette incapacité à exister dans un groupe, à être moi avec les autres, sans humilité ou sans agressivité, alors même que j’ai besoin de me battre(donc d’appartenir à un groupe) pour la liberté, la justice, contre l’exclusion etc… Je ne suis pas la seule à ressentir cette dualité et c’est pourquoi j’ai eu envie de publier des extraits de cet entretien.
Dans son ouvrage “Lâchez tout” paru en 1977, elle prenait à partie les groupes féministes en montrant que le désir de pouvoir avait été le moteur de leur engagement. En 1990 dans Vagit-prop, elle dénonçait dans le courant néo-féministe une même logique identitaire et de pouvoir. Voici ce qu’elle en dit vers l’année 2000 :
Il s’agit toujours du discours du même, où l’identité est affirmée au détriment de l’individualité, de sorte que le groupe doit prévaloir sur toute autre forme d’existence…J’ai admiré chez les premières féministes (Louise Michel, Flora Tristan…) leur refus d’une obligation d’être, leur désertion du rôle. Et je ne peux qu’être pour semblable “affirmation négative” combattant toute identité imposée qui bride l’individu. Ce que je déplore aujourd’hui dans tous les mouvements identitaires mais surtout chez les féministes, c’est une attitude inverse. Comme si, à un moment le refus d’obligation d’être devait se transformer en une nouvelle identité qui devient une autre obligation d’être…Quant à la liberté des femmes, elle n’a aucun sens si elle n’est pas posée dans la perspective de la liberté de tous…C’est très inconfortable de déserter les rôles…Il est réconfortant de se reconnaitre au sein d’un groupe. Tous les groupes sont une protection contre le reste du monde…”

Sur la servitude volontaire
: “Un des principes du monde qui nous est imposé est l’inclusion. Cette nouvelle forme de servitude volontaire est ce que j’appelle “la différence intégrée”. Vous êtes différent, parfait. on vous reconnait comme tel. mais cette reconnaissance équivaut à la mise en place d’un cordon de sécurité, puisqu’elle suppose la suspension de toute critique. ”

L’individuel et le groupe: ” Cette question est fondamentale…Le fait est qu’à l’exception de certaines expériences libertaires la plupart des groupes révolutionnaires se sont constitués au détriment de l’individualité de leurs membres…Et l’histoire du XX° siècle nous a assez montré jusqu’à quelles extrémités criminelles cela pouvait aller. En fait, c’est seulement dans une perspective qui reconnait la dimension sensible que le sacrifice de l’individualité peut être évité. car enfin au nom de quelle rationalité allez-vous justifier l’aberration de l’individualité ? Tout fonctionnement collectif qui nie le monde sensible devient irrecevable.”
(inventim.lautre.net/livres/Annie-Lebrun-Entretiens.pdf)

Annie Lebrun pose des problèmes essentiels pour moi dans ce texte : comment militer en refusant la dictature du groupe ? Comment conserver sa part de sensibilité dans une action collective ? Comment l’inclusion (et sa corollaire l’exclusion) qui m’obsède depuis toujours peut-elle alimenter l’obéissance (parfois criminelle) à la majorité.?
Il faut vivre avec ces contradictions. Ce n’est pas simple. C’est parfois douloureux de se sentir Autre, exclue mais c’est le prix à payer pour éviter les possibles monstruosités de la servitude volontaire.

A propos du combat féministe contre le harcèlement

Le texte qui précède risque d’être mal compris. Je souhaite y apporter quelques précisions
1- Les réactions des femmes et des féministes aux affaires Weinstein and co sont fondamentales et importantes. Elles permettront sans doute une avancée de la situation des femmes violentées, harcelées . Elles se sentiront plus autorisées à parler, à dénoncer.
2- la pétition Millet, Lévy, sur le droit d’importuner est malvenue et inopportune et à la limite de la stupidité dans ce contexte
3- Les féministes se sont toujours battues contre les violences faites aux femmes. Ce qui se passe permet un bond en avant de cette lutte.

Une fois précisés ces points, quatre remarques qui ne sont que des pistes de réflexion
1- Les femmes ne sont pas des “femmelettes”. Elles peuvent se défendre, insulter, porter plainte, quitter le domicile conjugal, refuser les grossesses multiples avec des conjoints violents. Il y a maintenant des lieux d’accueil pour les femmes victimes de violences (grâce aux combats des féministes des années 70 qui se sont battues pour créer les premières structures). Je suis blessée par toute victimisation collective des femmes en Occident.
2- Le mouvement actuel est à la mode, porté par des stars, en noir, en blanc sur tapis rouge. Tant mieux. Mais les modes passent et le combat des femmes harcelées, violées, voilées, mariées de force devra continuer partout dans le monde. Et c’est bien aux femmes d’assumer ce combat. Je suis en désaccord avec Christiane Taubira quand elle dit que le féminisme est un humanisme et qu’il est rendu faible par sa focalisation sur les femmes. Si le féminisme est faible c’est du fait de sa division, des luttes de pouvoir (comme partout), des réticences des femmes elles mêmes qui acceptent leur servitude. La servitude volontaire n’est pas seulement une spécificité masculine.
3- Je ne pense pas que le mouvement actuel permette aux femmes de montrer plus leur désir, d’en parler, d’en formuler les spécificités. La sexualité -hors violence- qui n’a pas cessé d’exister, est d’ordre privé. Les femmes n’ont pas besoin de pétitions pour dire la spécificité de leur désir. La timidité est un autre problème et il concerne aussi bien les hommes que les femmes.
4- Toute différence (de poids, de couleur de cheveux, d’habillement, de couleur de peau etc) peut susciter le rejet et même la haine, notamment chez les enfants conformistes pour la plupart d’entre eux. L’éducation à la liberté, au droit à la différence, au droit de dénoncer ses harceleurs(ses), dans la famille et à l’école permettront aux filles (et aux garçons) de s’assumer dans leur marginalité ou leurs différences et de mieux se défendre plus tard contre les imbéciles.

Ma dernière remarque est une question : Comment faire pour que ce combat de stars et de privilégiées(ce qui n’a aucun caractère péjoratif) atteigne les millions de femmes dans le monde tyrannisées par des pouvoirs politico-religieux ?

dessin de Claire Bretecher