Archive pour la catégorie ‘féminisme’

La “condamnation” sociale des femmes qui ne fondent pas une famille ? La réponse de jennifer Aniston

Si vous regardez de temps en temps les émissions de Jeux de Nagui sur France 2, vous avez peut-être remarqué son obsession du couple.
A la première jeune femme qui se présente, la question est presque incontournable : “Mariée ? En couple ?”.
Quand la réponse est négative, l’animateur (fort sympathique par ailleurs) réagit : “Comment est-ce possible, jolie comme vous êtes!”
Ca m’éneeeeeerve….
Merci mille fois à l’actrice américaine, Jennifer Aniston, héroïne de “Friends” et de bien d’autres films et séries, pour ses déclarations au magazine américain InStyle, reprises dans ELLE de cette semaine: “A Hollywood quand un couple se sépare, c’est la femme qui est traitée avec mépris, c’est elle qu’on imagine seule et malheureuse…” ” Pour les médias, je serais incapable de garder un homme”….”Avez-vous déja vu écrit qu’un homme divorcé et sans enfants était une vieille fille ?” ” Il y a une pression faite aux femmes pour devenir mères et, si elles ne le sont pas, elles sont considérées comme des marchandises endommagées. Peut-être que mon destin sur cette planète, ce n’est pas de procréer. J’ai peut-être d’autres choses à accomplir.”

“Nous construisons trop de murs et pas assez de ponts” (Newton): quand les féministes sombrent dans des idéologies sectaires

Le communiqué ci-contre, attire l’attention sur la censure au sein même du Mouvement féministe universitaire. En annulant un débat à l’Institut Emilie du Chatelet sur le thème :”Conditions et contours d’un féminisme universaliste, aujourd’hui”, qui devait être introduit et animé par Christine Le Doaré et Fatiha Agag-Boudjahlat, auteure entre autres de :”Le grand détournement” (Cerf, 2017) et cofondatrice du Mouvement :”Vivre la République”, La Direction de l’IEC affiche un sectarisme qui se cache derrière une nouvelle idéologie à la mode : l’INTERSECTIONNALITE.
Celle-ci permettrait d’intégrer les différences entre les femmes, d’aller au delà de la notion même de féminisme. Elle serait un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme, le racisme, le classisme, l’homophobie etc…
Fatiha Boudjahlat qui dans son livre précité s’attachait à montrer derrière cette nouvelle théorie, un communautarisme qui ne dit pas son nom, s’est vue également écartée du 8° Congrès international des recherches féministes dans la francophonie qui doit avoir lieu à Nanterre entre le 27 et le 31 Aout 2018.
Dans un article paru dans Le journal, Le Parisien du 18 aout, elle s’exprime en ces termes :” L’intersectionnalité, qui prétend reconnaitre le cumul de discriminations, fonctionne comme une intersection routière : il y a toujours une priorité et un Cédez le passage. Avec l’intersectionnalité, ce sont toujours les femmes qui cèdent le passage aux intérêts du groupe ethnique et religieux auquel on les assigne. Houria Bouteldja (Les indigènes de la République), explique qu’une femme noire violée par un Noir, ne devrait pas porter plainte contre cet homme pour ne pas nuire à sa communauté…. Je considère que ma couleur de peau, mes croyances ne me rendent pas différente de mes compatriotes blanches. Que ces nouvelles féministes me contestent le droit à la parole, parce que je ne reste pas à la place qu’elles me destinent, voila le racisme. Celui des bons sentiments qui livrent les femmes au patriarcat oriental. Voilement, excision, mariages précoces et/ou forcés, tryptique imposé aux femmes de la viginité, de la pudeur et de l’humilité.”

L’auteure de ce blog (femme, juive, petite,vieille, frisée…(sic)), est indignée par cette nouvelle censure, au sein même de l’université qui devrait être un lieu de débats libres.
Par ailleurs, ce nouveau concept d’intersectionnalité me semble à la fois évident ( nous sommes tous plusieurs, nous avons tous plusieurs identités) et dangereux.
Je suis de celles (ceux) qui se battent pour les Droits de la personne universels.
L’Universalisme permet de tenir compte de tous les aspects d’une réalité. Ce sont ceux qui sectionnent qui affaiblissent nos combats pour la conquête de droits minima universels, dont le droit à la dignité et à la liberté qui ne nuit pas à autrui , sont des piliers.

Dubito ergo sum

Marquis de sade

Philippe Roth

Prétendre détenir LA vérité peut conduire aux pires monstruosités, aux idéologies meurtrières.
Mais comment gouverner (un pays, un parti, une association, une entreprise…) sans croire et appliquer UNE vérité ?
Dans une démocratie où la diversité politique est la norme, le désaccord est nécessaire comme l’accord peut être indispensable. La critique systématique est inutile et contre productive.
Qui peut prétendre dire LA vérité sur l’accueil des migrants ? Seuls les chercheurs comme François Héran et Stephen Smith peuvent envisager tous les aspects d’un problème aussi complexe. Ils sont indispensables mais ils ne donnent pas de directives concrètes. Nous y reviendrons.

Pire encore, comment condamner une oeuvre littéraire au nom, par exemple, de LA vérité d’une idéologie féministe ? Pour certaines féministes, Philippe Roth doit être condamné pour sexisme ! C’est méconnaitre le rôle fondamental de la subjectivité de l’auteur, de son droit aux phantasmes, de son devoir de dévoiler les aspects parfois sordides de son inconscient.
Seule la littérature peut nous aider à comprendre l’être humain, ses contradictions, ses allers-retours entre le Bien et le Mal. C’est avec ce monde là que nous devons agir ou pas ?
Dans le même esprit, le rejet “féministe” du Marquis de Sade. On peut ne pas aimer. On ne peut pas le condamner au nom du féminisme. Sade décrit avec froideur des pratiques sexuelles violentes. Il montre aussi par ce biais les limites de la sexualité. Ce sont des pratiques et des phantasmes que beaucoup d’êtres humains partagent.
En évoquant cet échange avec quelques copines féministes, je parle toujours de ce qui me tient le plus à coeur : le fil ténu entre nos comportements quotidiens et les actions les plus meurtrières.
Je condamne donc je suis” pourrait résumer cette tendance de certains êtres humains (parmi lesquels des intellectuels) à préparer le terrain aux fanatismes les plus stupides.
Ce fil ténu m’obsède depuis que j’ai commencé à écrire . Certain(e)s me l’ont reproché estimant qu’il n’y a aucune commune mesure entre une mauvaise pensée ou une petite mauvaise action et les génocides… C’est vrai et faux.
Pour moi continuer à penser ce fil ténu c’est m’interroger sur ce qui au tréfonds de nous-mêmes, participe du mal que les êtres humains sont capables de faire subir à leurs semblables.

J’ai fait un rêve : un droit d’asile féministe

Il existe déjà dans la loi sur le droit d’asile, la protection subsidiaire destinée aux personnes potentiellement persécutées pour des raisons autres que la race, la religion, la nationalité ou l’appartenance à un groupe social et/ou politique.
Ces atteintes graves qui font courir un risque réel sont ainsi définies :
- la peine de mort ou une exécution
- La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants
- s’agissant d’un civil, une menace grave ou individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d’une violence qui peut s’étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d’une situation de conflit armé interne ou international.

Quelques femmes peuvent obtenir cette protection subsidiaire si elles peuvent prouver des traitements dégradants dus à à un conflit armé. Outre la preuve difficile à établir, il est évident que ce texte ne permet pas à la plupart des victimes de viol, de mariages forcés etc d’obtenir ce droit , qui se traduit par une carte de séjour mention “vie privée et familiale” d’une durée d’un an et soumise à réexamen en fonction de la nouvelle situation du pays de départ.
Il faut donc une violence avérée lors d’un conflit armé pour obtenir le droit de vivre un peu moins mal.

Mais si vous êtes une femme qui veut être libre, qui veut exercer le métier qu’elle aime, qui veut vivre sa sexualité comme elle l’entend, qui refuse de porter le voile dans un pays musulman etc… il n’existe aucun droit au séjour, sauf celui lié à la famille : maman d’un enfant scolarisé, conjointe de français , conjointe d’un étranger en situation régulière.
Chaque semaine à la Cimade, je rencontre certaines de ces femmes qui ne vivent pas dans un pays en guerre, qui n’ont pas été violées ou excisées. Elles veulent juste vivre libres et la vie des femmes dans beaucoup de pays (et pas seulement dans les pays musulmans) doit être conforme aux traditions : ne pas faire d’études, se marier, avoir des enfants , obéir à la loi patriarcale.
Alors, oui , j’ai fait un rêve, face à ces jeunes femmes : pouvoir leur dire que l’article XXX va leur permettre de vivre comme elles le souhaitent, célibataires, sans enfants ou avec, avec des amants ou des maitresses, en exerçant le métier de leurs rêves.
Mais à l’époque de l’errance de l’Aquarius, on ne peut pas se permettre de tels rêves.
Et pourtant, c’est aussi par la libération des femmes que passera le développement des pays de départ. C’est ce développement qui mettra un frein à cette immigration massive.
Mais pour cela, il faudrait cesser d’avoir peur et raisonner à long terme.
Alors, je ne pourrai que répondre honteusement à ces jeunes femmes :P atientez cinq ans et fondez une famille avec un homme ad hoc
La boucle est bouclée.

De la lutte finale et de ses contradictions principale et secondaires (JF)


Ce texte m’a été envoyé par mon amie JF, pionnière de FMA( Féminin masculin avenir ) et du MLF.
C’est une base de réflexion

Contradiction principale, contradiction secondaire
C’est au nom de cette théorie, qui subordonnait le “problème des femmes” à celui du prolétariat, que les idéologues marxisants de mai 68 nous écartaient de la légitimité militante.
Or, en examinant la situation présente de notre société capitaliste, j’y vois le schéma suivant :
La compétition mondiale industrielle et technique est de plus en plus exacerbée. Elle relève évidemment d’une logique psychique de combat, autrement dit, d’une logique que l’on peut qualifier de “masculine”, pour ne plus dire, “virile”.
Un “progrès” réel réside dans le fait que cette bataille ne tue pas directement autant que les batailles d’antan. Mais elle cause beaucoup de souffrances psychiques (outre la pauvreté économique, pour de nombreux peuples). C’est pourquoi le terme nouveau de “souffrance au travail” a remplacé, chez nous, celui de “lutte des classes” du temps de ma jeunesse.
D’où le besoin du développement de cet autre versant de la société moderne, le “monde psy”, et l’idée de “care”, attitude d’humanité et de soins, s’opposant tout à fait à l’esprit guerrier de la compétition, et venant réparer ses dégâts.
C’est le rôle habituel dévolu aux femmes.
On voit que l’évolution moderne exacerbe l’opposition entre le “masculin” et le “féminin” (“idéaux-types”, selon le terme de Weber, qui existent en chacun de nous, mais qui, sociologiquement et psychologiquement, continuent à être représentés par l’un ou l’autre sexe).
Il en résulte que c’est là que se trouve la contradiction principale du capitalisme moderne : les attitudes de compétition, versus celles du care. Autrement dit, du masculin et du féminin.
Ha ha ! (1)
D’ailleurs, Marx et surtout Engels, qui étaient loin d’être bêtes, avaient écrit, en passant, il est vrai, que le rapport humain fondamental était le rapport entre l’homme et la femme.
Nous y voilà arrivés ! Ha ha ha
La lutte finale,
qui nous faisait vibrer jadis au son de l’Internationale, et était supposée concerner avant tout le prolétariat: en se libérant, il allait libérer tout le monde.
Ce que nous disions au MLF, c’est que l’oppression d’un sexe sur l’autre, étant pluri-millénaire, est l’oppression la plus ancienne, la plus profondément ancrée dans les mœurs,les esprits et les coeurs. S’il y a une oppression prioritaire c’est bien celle-ci.
Oh, oh (2)

Et pourtant
J’avais oublié l’autre phénomène important et nouveau de notre temps : la mondialisation effective, totale, que nous vivons aujourd’hui. Elle existe certes depuis les temps modernes, bien nommés, mais en était restée au stade préparatoire : conquêtes coloniales, science universelle, droits de l’homme (=êtres humains)
Et là encore, quel est le premier marqueur de la démocratie, pour toutes ces sociétés qui n’ont d’autres choix que de rejoindre cette modernité ? La condition faite aux femmes.
Oh, oh, Que ceci est simple et fort. j’en suis confuse

(1) Ce ricanement est une revanche vis à vis des esprits masculins qui se voulaient supérieurs aux nôtres, et s’efforçaient de nous impressionner par leur charabia théorique.
(2) Cet autre ricanement est une marque de surprise : j’arrive à une description des sociétés humaines très shèmatique, binaire. Il y a de quoi s’inquiéter un peu, ou du moins de la considérer avec perplexité, car le réductionnisme n’est pas une bonne méthode.
Et pourtant…

“Lâchez tout” : Hommage à Annie Lebrun


A propos des luttes féministes actuelles et d’un certain désarroi dû à mes contradictions, j’ai retrouvé sur Internet cet entretien réalisé vers 2000 avec Annie Lebrun qui comble ma part individualiste au détriment (ou au profit) de ma part militante. Ces propos rejoignent une préoccupation que, même à l’approche de mes 80 ans j’ai du mal à résoudre : mes apories, mes inconséquences et plus particulièrement cette incapacité à exister dans un groupe, à être moi avec les autres, sans humilité ou sans agressivité, alors même que j’ai besoin de me battre(donc d’appartenir à un groupe) pour la liberté, la justice, contre l’exclusion etc… Je ne suis pas la seule à ressentir cette dualité et c’est pourquoi j’ai eu envie de publier des extraits de cet entretien.
Dans son ouvrage “Lâchez tout” paru en 1977, elle prenait à partie les groupes féministes en montrant que le désir de pouvoir avait été le moteur de leur engagement. En 1990 dans Vagit-prop, elle dénonçait dans le courant néo-féministe une même logique identitaire et de pouvoir. Voici ce qu’elle en dit vers l’année 2000 :
Il s’agit toujours du discours du même, où l’identité est affirmée au détriment de l’individualité, de sorte que le groupe doit prévaloir sur toute autre forme d’existence…J’ai admiré chez les premières féministes (Louise Michel, Flora Tristan…) leur refus d’une obligation d’être, leur désertion du rôle. Et je ne peux qu’être pour semblable “affirmation négative” combattant toute identité imposée qui bride l’individu. Ce que je déplore aujourd’hui dans tous les mouvements identitaires mais surtout chez les féministes, c’est une attitude inverse. Comme si, à un moment le refus d’obligation d’être devait se transformer en une nouvelle identité qui devient une autre obligation d’être…Quant à la liberté des femmes, elle n’a aucun sens si elle n’est pas posée dans la perspective de la liberté de tous…C’est très inconfortable de déserter les rôles…Il est réconfortant de se reconnaitre au sein d’un groupe. Tous les groupes sont une protection contre le reste du monde…”

Sur la servitude volontaire
: “Un des principes du monde qui nous est imposé est l’inclusion. Cette nouvelle forme de servitude volontaire est ce que j’appelle “la différence intégrée”. Vous êtes différent, parfait. on vous reconnait comme tel. mais cette reconnaissance équivaut à la mise en place d’un cordon de sécurité, puisqu’elle suppose la suspension de toute critique. ”

L’individuel et le groupe: ” Cette question est fondamentale…Le fait est qu’à l’exception de certaines expériences libertaires la plupart des groupes révolutionnaires se sont constitués au détriment de l’individualité de leurs membres…Et l’histoire du XX° siècle nous a assez montré jusqu’à quelles extrémités criminelles cela pouvait aller. En fait, c’est seulement dans une perspective qui reconnait la dimension sensible que le sacrifice de l’individualité peut être évité. car enfin au nom de quelle rationalité allez-vous justifier l’aberration de l’individualité ? Tout fonctionnement collectif qui nie le monde sensible devient irrecevable.”
(inventim.lautre.net/livres/Annie-Lebrun-Entretiens.pdf)

Annie Lebrun pose des problèmes essentiels pour moi dans ce texte : comment militer en refusant la dictature du groupe ? Comment conserver sa part de sensibilité dans une action collective ? Comment l’inclusion (et sa corollaire l’exclusion) qui m’obsède depuis toujours peut-elle alimenter l’obéissance (parfois criminelle) à la majorité.?
Il faut vivre avec ces contradictions. Ce n’est pas simple. C’est parfois douloureux de se sentir Autre, exclue mais c’est le prix à payer pour éviter les possibles monstruosités de la servitude volontaire.

A propos du combat féministe contre le harcèlement

Le texte qui précède risque d’être mal compris. Je souhaite y apporter quelques précisions
1- Les réactions des femmes et des féministes aux affaires Weinstein and co sont fondamentales et importantes. Elles permettront sans doute une avancée de la situation des femmes violentées, harcelées . Elles se sentiront plus autorisées à parler, à dénoncer.
2- la pétition Millet, Lévy, sur le droit d’importuner est malvenue et inopportune et à la limite de la stupidité dans ce contexte
3- Les féministes se sont toujours battues contre les violences faites aux femmes. Ce qui se passe permet un bond en avant de cette lutte.

Une fois précisés ces points, quatre remarques qui ne sont que des pistes de réflexion
1- Les femmes ne sont pas des “femmelettes”. Elles peuvent se défendre, insulter, porter plainte, quitter le domicile conjugal, refuser les grossesses multiples avec des conjoints violents. Il y a maintenant des lieux d’accueil pour les femmes victimes de violences (grâce aux combats des féministes des années 70 qui se sont battues pour créer les premières structures). Je suis blessée par toute victimisation collective des femmes en Occident.
2- Le mouvement actuel est à la mode, porté par des stars, en noir, en blanc sur tapis rouge. Tant mieux. Mais les modes passent et le combat des femmes harcelées, violées, voilées, mariées de force devra continuer partout dans le monde. Et c’est bien aux femmes d’assumer ce combat. Je suis en désaccord avec Christiane Taubira quand elle dit que le féminisme est un humanisme et qu’il est rendu faible par sa focalisation sur les femmes. Si le féminisme est faible c’est du fait de sa division, des luttes de pouvoir (comme partout), des réticences des femmes elles mêmes qui acceptent leur servitude. La servitude volontaire n’est pas seulement une spécificité masculine.
3- Je ne pense pas que le mouvement actuel permette aux femmes de montrer plus leur désir, d’en parler, d’en formuler les spécificités. La sexualité -hors violence- qui n’a pas cessé d’exister, est d’ordre privé. Les femmes n’ont pas besoin de pétitions pour dire la spécificité de leur désir. La timidité est un autre problème et il concerne aussi bien les hommes que les femmes.
4- Toute différence (de poids, de couleur de cheveux, d’habillement, de couleur de peau etc) peut susciter le rejet et même la haine, notamment chez les enfants conformistes pour la plupart d’entre eux. L’éducation à la liberté, au droit à la différence, au droit de dénoncer ses harceleurs(ses), dans la famille et à l’école permettront aux filles (et aux garçons) de s’assumer dans leur marginalité ou leurs différences et de mieux se défendre plus tard contre les imbéciles.

Ma dernière remarque est une question : Comment faire pour que ce combat de stars et de privilégiées(ce qui n’a aucun caractère péjoratif) atteigne les millions de femmes dans le monde tyrannisées par des pouvoirs politico-religieux ?

dessin de Claire Bretecher

Contre le conformisme

La libération de la parole des femmes victimes de viols et de harcèlements est une excellente nouvelle. Souhaitons seulement que cette prise de conscience et ces plaintes ne concernent pas que les privilégié(e)s.
Souhaitons aussi que comme tous les condamnés, les délinquants bénéficient d’un droit au pardon. En disant cela, je pense notamment à l’acharnement contre Polanski. (dans l’état actuel de mes connaissances sur ce cas)
Les féministes des années 70 avaient commencé le travail. Après des années de “Je ne suis pas féministe, beurk”, celui-ci revient à la mode. Tant mieux.
Mais il ne faudrait pas que ce phénomène se transforme en conformisme : pétitions contre pétitions, groupes contre groupes, pensée unique contre pensée unique.
Chaque individu a son histoire, sa sexualité, sa forme de séduction, ses “perversions”( considérées comme telles par la société dominante). Les époques sont différentes : les années 70 ont été des années de libération sexuelle, de communautés libres, d’amours libres. De quel droit jugerait-on une époque ? Et au nom de quelles valeurs ?
Je ne me souviens pas avoir été harcelée ni même draguée. Oserai-je dire que j’en ai parfois souffert. Alors un jour j’ai décidé que c’était moi qui draguerait les hommes. Heureusement aucun n’a porté plainte contre moi ! On semble découvrir maintenant une pratique millénaire, celle de montrer son désir à un homme ou une femme ou les deux à la fois.
Alors Non au viol, au harcèlement à l’école contre les “non conformes”, au harcèlement au travail qui fait courir le risque de perdre son boulot. Non aux frotteurs de petites filles… Mais oui à la riposte immédiate des femmes : coups, vexations publiques. Nous ne sommes pas des petits êtres fragiles incapables de nous défendre dans des lieux publics. Oui à l’apprentissage du karaté pour les femmes.
Certes l’anti-conformisme peut devenir un conformisme. Cette réflexion menée par La Boétie, Thoreau et bien d’autres est à continuer.
L’idée générale est que l’on doit pouvoir faire et dire tout ce qui ne nuit pas à autrui. A la justice de décider des limites.

Les femmes migrantes: Faut-il prévoir un texte spécifique ?

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Je ne fais état ici que de mon expérience à la CIMADE.
Je reçois beaucoup de femmes mariées à des Français dans leur pays ou en France qui du fait de la loi actuelle peuvent bénéficier d’un titre de séjour après quelques années de vie commune. C’est l’un des aspects de ce que l’on appelle Regroupement familial
Il y a parmi ces mariages beaucoup de mariages consentis qui ne posent pas problème tant que le regroupement familial existe.
Mais il y en a beaucoup qui très rapidement se transforment en enfer. Un exemple parmi beaucoup d’autres : Mme X se marie avec un Français natif de son village. Quand elle arrive en France, cet homme refuse qu’elle sorte, ne lui donne pas d’argent, laisse le frigidaire vide, la suit partout dès qu’elle se déplace dans l’appartement, l’accable d’injures, disparait pendant des jours en l’enfermant.
Elle finit par porter plainte pour harcèlement moral puis avec l’aide d’une association de femmes s’enfuit et trouve refuge dans un foyer.
L’époux part alors dans son pays d’origine -dont il a toujours la nationalité- et demande le divorce unilatéralement. Il l’obtient.
Elle de son côté a introduit une procédure de divorce.
Peu de temps après, elle reçoit un courrier du Procureur de la République qui l’informe du divorce unilatéral de son mari et lui demande si elle est d’accord!!!!
La juriste que je suis est scandalisée par cette démarche du Procureur qui en agissant ainsi prend acte d’une procédure de répudiation illégale en France.
Parce que cette femme est courageuse, aidée, travailleuse, j’espère que l’histoire se terminera bien pour elle.
Mais beaucoup d’autres, mariées à des salauds violents se verront retirer leur carte de séjour pour avoir quitté le domicile conjugal et se retrouveront parfois au bout d’années de présence en France en situation irrégulière. Il faudra alors prouver les violences( ce qui est difficile s’il n’y a pas eu plainte) et faire état d’une durée de vie commune suffisante pour pouvoir bénéficier d’un titre de séjour mention salarié par exemple. En l’absence de preuves de travail ou de promesse d’embauche une autre carte de séjour sera impossible à obtenir. Il faut ajouter que l’Accord franco-algérien de 1968 sur le droit au séjour ne prévoit pas que les violences au sein d’un couple permettent d’obtenir un titre de séjour autre que le titre ‘Vie privée et familiale” en cas de fin de la vie commune !
Faut-il alors prévoir une loi spécifique pour les femmes victimes de violences physiques ou psychologiques, qui instaurerait une sorte de droit d’asile ?
Une jeune et brillante ingénieure algérienne me disait :”je ne supporte plus leur regard, leur mépris” et elle ajoutait en souriant :”je supplie Monsieur Macron d’accorder un statut spécifique temporaire aux femmes algériennes.”
Monsieur Collomb, vous pouvez aller chercher ces femmes dans les foyers où elles se sont réfugiées. Je suppose que votre absence totale d’empathie y trouvera son compte. Faudra-t-il qu’elles se cachent dans des greniers ou des placards… comme Anne Frank ?

#Ceci(n)’est(pas)moncorps : Retour sur les années 70

Mais mon corps à moi me défend de danser, me gêne quand je marche, se met en boule quand je travaille, interrompt parfois le désir. Faire les choses, oui, mais à mon corps défendant…La peur de son propre corps. Un corps étranger…Ce lieu obscur où se passent tant de choses qui vous dépassent…un corps objet coupé de son propre vécu, vécu toujours sur le mode passif. Être femme, c’est s’attacher le désir de l’homme grâce à ce qui n’est pas soi…Rendre la parole au corps, à mon corps, le reconnaître comme désirant.” (Jeanne Isabel, Les Cahiers du GRIF :”Ceci (n)’est (pas) mon corps”, Juin 1974.

On attendait toujours quelque chose de très précis de moi et je ne savais pas quoi…Je n’ai compris qu’après des années : ce qu’il voulait, ce n’était pas moi, c’était son schéma, une femme. Il ne fallait pas que je dérange le schéma.” ( Anonyme, Le livre de l’oppression des femmes, Belfond, 1972)

La mode ne met pas en valeur le corps réel des femmes: elle les contraint au contraire en les confrontant au corps inexistant d’une femme, de La femme…on dicte à la femme ce qu’elle doit être, ce qu’elle devrait être pour satisfaire à l’exigence de l’Autre (un homme, les hommes ou la société.” (Françoise Colin, Les Cahiers du GRIF, 1974)

Votre libération sexuelle n’est pas la notre :” A lire cette presse “libérée”, les femmes ressentent un décalage, un détournement de leur discours. La sexualité libre y apparait surtout libérée de tout sentiment. Le refus absolu de toute censure libère l’expression incontrôlée de toutes les ambiguités…Ainsi est raciste toute femme qui refuse de faire l’amour avec un arabe..Les femmes se sentent niées, instrumentalisées.” (Françoise Picq, années 70)

Affirmer son désir, quitter le miroir, dépasser (et non pas inverser) le rapport de domination. L’homme doit devenir lui aussi objet de désir et pas seulement sujet. Cette évolution ne sera possible que si les femmes se dégagent de la tyrannie du regard de l’autre à travers le désir et la jouissance de soi, à travers le désir et la jouissance du monde.” (Cahiers du GRIF, 1974)

Toutes ces citations datent de près de 50 ans.
Un pas en avant, deux pas en arrière”, disions-nous dans les manifs du MLF !

Les mouvements de dénonciation actuels vont dans le bon sens.
Mais que de chemin à parcourir encore !