Archive pour la catégorie ‘la vieillesse’

Nouvelles de la vieillesse

Cela fait quarante ans que je fréquente cette petite épicerie tunisienne dans mon quartier.
J’ai connu le grand-père, les pères, les enfants maintenant.
L’autre soir, un jeune homme très beau et souriant m’a servi et m’a raconté qu’il était le fils de l’adorable vieux monsieur qui est là habituellement.
Son sourire a réjoui cette soirée banale.
Et je me suis entendue lui dire : “Vous avez un magnifique sourire.”
Je n’en suis pas revenue. j’osais enfin complimenter un jeune homme sur sa beauté.
C’est l’une des joies de la vieillesse.
J’espère qu’il ne va pas me poursuivre pour harcèlement !!!

A celle qui prétendait m’aimer…

Je faisais partie de sa famille de coeur, sa famille choisie… depuis plus de vingt ans…
Qui ne souhaite pas être aimée ?
Nous avons cahin-caha , de diners en déjeuners, poursuivi cette drôle de relation.
Il y a quelques semaines, dans une grande brasserie parisienne, après l’avoir écouté pendant près de deux heures raconter ses interminables histoires sur l’Université, ses institutions, sa noble contribution à cette entreprise, à la fois constructive et critique… ses actions pour la prise en compte du gender, des LGBTQ…, de la PMA …quelque chose a cédé en moi.
Ce qu’elle me racontait m’ennuyait profondément et j’étais là coincée dans cette brasserie à faire semblant d’écouter pour que cette femme plus jeune que moi de vingt ans continue de m’accorder son amitié!!!

J’en ai connu tant, de ces gens à qui vous servez de faire-valoir, mais pour qui ce que vous pensez, ce que vous êtes, ce que vous aimez et ce que vous haissez, ce que vous avez écrit….n’existent tout simplement pas!
Dans un sursaut de fierté, j’ai décidé que j’en avais assez, qu’il fallait que je m’habitue à la non existence des universitaires retraités pour les “jeunes” louves qui y font carrière, plus généralement à la transparence des vieilles dames, même pour les féministes.
Ouf, cette fausse amitié est finie et je suis heureuse de ne plus avoir à faire semblant.
Je pense maintenant à elle comme à une pierre, de celles que je ramasse depuis des années sur les plages.
Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres” nous dit La Rochefoucauld.
Je crois que je suis arrivée à une étape de ma vieillesse où je refuse d’être dupe quitte à être un peu plus seule.
Mais tout cela n’est pas triste, au contraire : cela veut dire qu’à 78 ans je commence à penser que ce que j’ai à dire peut être intéressant. Youpi

Quelqu’un m’a dit que tu avais 90 ans, c’est vrai ?

C’est sympa non ?
S’agit-il de grossièreté ? de jalousie ? ‘(eh oui, ou va-t-elle se cacher?), d’une forme de racisme ?
En tous les cas, ça fait un choc .
Vive les vieux, mais c’est trop dur de nous voir en vous…restez chez vous
Alors je crois qu’il s’agit d’une bêtise profonde et haineuse.
“Il parait que l’on va tuer les vieux et les charcutiers.
Pourquoi les charcutiers ?”

De la la perfection (Guy Dhoquois)

Guy Dhoquois

Poême de Guy Dhoquois publié sur son blog (auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois) : La perfection

La perfection n’a qu’un défaut la perfection
La perfection n’a qu’un défaut elle même
Seule l’imperfection rend possible le mouvement

J’ai beaucoup de questions et peu de réponses
J’ai donc beaucoup de questions sans réponse
En fait de moins en moins
Je me pose de moins en moins de questions

Le vieillissement invite à la régularité
Et à la modestie
Je tente de nettoyer chez moi
Le bête et le méchant

C’est un peu tard
Je me compare parfois à un poussin poussah
L’oeil entend
Le génie est seul
Même le petit génie

#La vieillesse : citations de “L’abattoir de verre” de J.M. Coetze

“Ce que je trouve troublant en vieillissant, dit-elle à son fils, c’est que j’entends sortir de ma bouche des mots que, jadis, j’entendais chez les personnes âgées et que je m’étais promis de ne jamais employer. Du style Où-va-le-monde-ma-bonne-dame ? …Les gens se promènent dans la rue en mangeant des pizzas tout en parlant dans leur portable – où va le monde ?”…
” Ce qui m’importe, c’est que me voici en train de faire ce que je m’étais juré d’éviter. Pourquoi ai-je succombé ? Je déplore où va le monde. Je déplore le cours de l’Histoire. De tout mon coeur, je le déplore. Cependant quand je m’écoute, j’entends ma mère déplorant la mini-jupe, la guitare électrique. Je me souviens de mon exaspération. “Oui, mère”, disais-je, mais je grinçais des dents en priant pour qu’elle se taise…
“Tout ce que je fais, c’est de m’insurger et déplorer…Je me suis enfermée dans un cliché, et je ne crois plus que l’Histoire modifiera ce cliché…Le mot qui me revient de tout côté est MORNE….Je suis celle qui aimait rire et ne rit plus. je suis celle qui pleure.”

C’est un tout petit extrait d’un beau roman qui parle magnifiquement bien de la vieillesse.

“La minute vieille”

C’est une très vieille dame courbée en deux, qui pendue au bras de sa (vieille) fille, exige de venir à la piscine de la résidence.
Après une descente périlleuse de trois marches, la très vieille dame s’assied sur une sorte de banc en béton.
La fille la couvre d’un chapeau et me rejoint dans la piscine.
Je la salue et déclare (hypocrite) : “Elle est merveilleuse, Quel âge a-t-elle ?
96 ans. On peut dire çà” répond-elle avec une sorte de grimace. “Elle voulait se baigner mais je ne sais pas comment lui faire descendre les trois marches de la piscine!”
Se baigner, dans son état !” dis-je (très impoliment).
Toutes les deux, nous avons toujours adoré l’eau.” répond sa fille avec un léger énervement.
Nous nageons côte à côte notre brasse années 50, la tête hors de l’eau et le dos arc-bouté.
Je suis si bien dans l’eau. Moi aussi, dès que je vois un lac, une piscine, un fleuve, la mer, j’ai envie de m’y plonger. J’ai 78 ans. Combien de temps me reste-t-il avant de devoir renoncer et me sentir à jamais exilée ?
Il faudrait faire des piscines pour les handicapés” reprend dans un souffle de plus en plus faible ma nouvelle copine.
Je bredouille et je sens ma détermination à mourir avant la grande vieillesse et dans la dignité vaciller, d’autant que la très vieille dame crie à sa fille en rigolant :” Elle est aussi bonne que la mer ?”

Comment faire pour être moins moche quand on est vieille ?

Voici quelques solutions à utiliser avec le recul nécessaire :

1 – Être riche et avoir du pouvoir :

2 – Faire le clown :

3 - Disparaitre :

4 – Être géniale :

Il y a surement plein d’autres solutions que je vous laisse imaginer…

La vieille dame et le Wax…

La vieille dame rodait dans l’un de ces magasins africains qui fleurissent dans Paris
Elle avait longtemps rêvé de porter ces vêtements colorés, gais, éclatants
La vendeuse la regardait avec un gentil sourire, lui offrant ses services
Mais la vieille dame avait parcouru le chemin vers l’exil qu’est la vieillesse
Elle caressait ces tissus flamboyants et savait que ce n’était plus pour elle
La nostalgie et une sorte d’amertume montraient leur vilaine bouille
Elle sourit à la vendeuse et lui dit :”C’est magnifique mais ce n’est plus pour moi!”
La gentille vendeuse ne la contredit pas

Clin d’oeil (A tous ceux qui se reconnaitront)

(Ce petit poème a été trouvé dans un cabinet de Kinésithérapie et transmis par ma copine JF)

Le coin de ma rue est deux fois plus loin qu’avant
et ils ont ajouté une montée que je n’avais pas remarquée

J’ai dû cesser de courir après le bus
parce qu’il démarre plus vite qu’avant.

Je crois qu’on fait maintenant les marches d’escaliers
bien plus hautes que dans le temps !

L’hiver, le chauffage est beaucoup moins efficace
qu’autrefois.

Et avez-vous remarqué les petits caractères
que les journaux se sont mis à employer ?

Cela ne sert plus à rien de demander aux gens de parler
clairement
tout le monde parle si bas que l’on ne comprend quasiment
rien !!!

On vous fait maintenant des vêtements si étriqués
surtout à la taille et aux hanches, que cela en devient
désagréable !

Les jeunes gens eux-mêmes ont changé,
ils sont bien plus jeunes que quand j’avais leur âge!!!

Et d’un autre côté, les gens de mon âge
sont bien plus vieux que moi !!!

L’autre jour, je suis tombé sur une vieille connaissance
elle avait tellement vieilli qu’elle ne me reconnaissait même plus !

Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin
Eh bien ! Ils ne fabriquent plus d’aussi
bons miroirs qu’il y a dix ans !

“Cinquième risque”, “Dernier âge”…Au secours

Une seule solution, la révolution …..du suicide assisté.

A ce propos je me permets de recommander à mes lecteurs un polar drolissime de Hannelore Cayre, La Daronne , dont j’extrais un tout petit passage, qui j’espère lui fera de la publicité, grâce à mes “nombreux lecteurs”… Contexte : la narratrice va voir sa mère très âgée, aveugle,hospitalisée après un AVC. Elle rencontre le médecin chef :
-Ecoutez, votre maman…
-S’il vous plait, arrêtez de dire maman comme si j’étais une gamine de sept ans. je ne supporte plus! Je voudrais qu’un jour on m’explique cette pratique hospitalière débile. Si vous le faites tous, c’est que ça doit s’apprendre à la fac, non ? Infantiliser les gens pour que surtout ils n’étouffent pas maman avec un coussin.
- Votre maman avait des problèmes de déglutition il y a deux jours: elle n’en a plus! Si cela avait continué, la question se serait posée de lui mettre une sonde gastrique. L’alimentation artificielle est un traitement et la loi autorise l’arrêt des traitements. Votre maman s’est remise à manger sans problème, elle n’a donc pas décidé de mourir.
- On n’a pas le droit de laisser vivre des gens dégradés à ce point! Elle délire complètement, elle est aveugle,clouée au lit et là depuis sa nouvelle attaque, elle vit, et quand je dis, elle vit, je pèse mes mots, elle est terrorisée 24h sur 24.
- …….
-Nous ne sommes pas là pour piquer les gens, madame; si quelqu’un souffre ici, c’est vous.”