Archive pour la catégorie ‘la vieillesse’

Attention Danger : la libération des femmes peut nuire aux vieilles dames

On m’avait dit :”Gardes ta valise avec toi dans l’avion… tu vas t’énerver pour l’enregistrement ”
Je tirais donc ma petite valise allègrement dans l’aéroport quand tout à coup je me mis à paniquer (comme le dit Mankell : “Vieillir c’est s’aventurer sur une glace de moins en moins solide”) à l’idée que personne ne m’aiderait à la mettre dans l’espace prévu à cet effet.
Je monte dans l’avion le coeur battant. j’avise un grand jeune homme assis juste derrière ma place et je lui demande poliment s’il peut m’aider..
L’homme a le regard fuyant de celui qui n’a pas la moindre intention de faire quoi que ce soit. A ce moment là une petite jeune femme toute menue se lève et hisse ma valise avec dextérité. Ouf, Merci …
Retour : Aéroport de Vilnius. Même angoisse et même scénario : immense Black, demande servile de ma part et surgissement de sa compagne qui hisse ma valise sous l’absence de regard du grand Black….Même topo à l’arrivée avec en plus dans le regard du grand Black quelque chose du genre :”Tu m’auras pas vieille peau, le colonialisme c’est fini !”
Certains prétendent que je suis parano mais ce que je raconte est vrai . D’où ma question: Jusqu’où faut-il aller dans la revendication égalitaire ?
A lire bien sûr avec humour mais avec une vraie question sous-jacente sur l’arrivée d’une nouvelle forme de machisme ?

Quelques poèmes de Guy Dhoquois sur la vieillesse

Ces dernières années Guy en s’inspirant de poètes inconnus ou méconnus a écrit dans son blog beaucoup de poèmes sur la vieillesse puis plus récemment sur la mort. Je reproduis ici quatre poèmes écrits en septembre 2017.

L’art de vieillir

La manigance est incompatible avec la robustesse
Je me retrouve encore dans un relais délabré
Je traverse le ruisseau pieds nus
On dirait que j’attire les maringouins
Convalescent sans souffle ni force
Je tiens ma canne
Je me réchauffe au soleil du matin
Je suis confus Où est mon mérite ?
Je n’accueille plus je ne raccompagne plus les visiteurs
Heureusement ils sont de moins en moins nombreux

Mon voisin le robuste bûcheron
Est mort l’autre matin
Les corbeaux affamés se réunissent
Dans le champ
Nous autres sans prétention
Nous respectons les anciens rites
La vie est improvisation
Tiens ! Une prune verte vient de tomber
Je savoure le vent sur l’eau qui disperse mon ivresse
Rien de tel pour un vieillard que d’être oisif

Pas de visiteur Cela n’a pas d’importance
Ma vue est de plus en plus basse
Mes dents sont gâtées
Il n’est pas si naïf de vouloir mourir en bonne santé
Je peux encore lire les gros caractères
Mon pas chancelant me donne un certain style
Je ris Je ne me préoccupe plus des railleries
J’ai encore de temps en temps mal à la tête
Bientôt le beau temps
Un bol de yaourt de lait de chèvre des cerises rouges

Ne dérangez pas le vieillard il dort encore
Je caresse mon ventre repu à l’ancienne
Je n’ai rien d’autre à faire
Le vieillard de la montagne fait lui-même la cuisine
Il est spécialisé dans les surgelés
Dans la rosée les lucioles brillent
Il compose de petits airs pour les aéroports
Il s’est confectionné un bouquet de roses en désordre
Il ressent des émotions de sa jeunesse
Un peu de vin lui redonne des couleurs

Nouvelles de la vieillesse

Cela fait quarante ans que je fréquente cette petite épicerie tunisienne dans mon quartier.
J’ai connu le grand-père, les pères, les enfants maintenant.
L’autre soir, un jeune homme très beau et souriant m’a servi et m’a raconté qu’il était le fils de l’adorable vieux monsieur qui est là habituellement.
Son sourire a réjoui cette soirée banale.
Et je me suis entendue lui dire : “Vous avez un magnifique sourire.”
Je n’en suis pas revenue. j’osais enfin complimenter un jeune homme sur sa beauté.
C’est l’une des joies de la vieillesse.
J’espère qu’il ne va pas me poursuivre pour harcèlement !!!

A celle qui prétendait m’aimer…

Je faisais partie de sa famille de coeur, sa famille choisie… depuis plus de vingt ans…
Qui ne souhaite pas être aimée ?
Nous avons cahin-caha , de diners en déjeuners, poursuivi cette drôle de relation.
Il y a quelques semaines, dans une grande brasserie parisienne, après l’avoir écouté pendant près de deux heures raconter ses interminables histoires sur l’Université, ses institutions, sa noble contribution à cette entreprise, à la fois constructive et critique… ses actions pour la prise en compte du gender, des LGBTQ…, de la PMA …quelque chose a cédé en moi.
Ce qu’elle me racontait m’ennuyait profondément et j’étais là coincée dans cette brasserie à faire semblant d’écouter pour que cette femme plus jeune que moi de vingt ans continue de m’accorder son amitié!!!

J’en ai connu tant, de ces gens à qui vous servez de faire-valoir, mais pour qui ce que vous pensez, ce que vous êtes, ce que vous aimez et ce que vous haissez, ce que vous avez écrit….n’existent tout simplement pas!
Dans un sursaut de fierté, j’ai décidé que j’en avais assez, qu’il fallait que je m’habitue à la non existence des universitaires retraités pour les “jeunes” louves qui y font carrière, plus généralement à la transparence des vieilles dames, même pour les féministes.
Ouf, cette fausse amitié est finie et je suis heureuse de ne plus avoir à faire semblant.
Je pense maintenant à elle comme à une pierre, de celles que je ramasse depuis des années sur les plages.
Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres” nous dit La Rochefoucauld.
Je crois que je suis arrivée à une étape de ma vieillesse où je refuse d’être dupe quitte à être un peu plus seule.
Mais tout cela n’est pas triste, au contraire : cela veut dire qu’à 78 ans je commence à penser que ce que j’ai à dire peut être intéressant. Youpi

Quelqu’un m’a dit que tu avais 90 ans, c’est vrai ?

C’est sympa non ?
S’agit-il de grossièreté ? de jalousie ? ‘(eh oui, ou va-t-elle se cacher?), d’une forme de racisme ?
En tous les cas, ça fait un choc .
Vive les vieux, mais c’est trop dur de nous voir en vous…restez chez vous
Alors je crois qu’il s’agit d’une bêtise profonde et haineuse.
“Il parait que l’on va tuer les vieux et les charcutiers.
Pourquoi les charcutiers ?”

De la la perfection (Guy Dhoquois)

Guy Dhoquois

Poême de Guy Dhoquois publié sur son blog (auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois) : La perfection

La perfection n’a qu’un défaut la perfection
La perfection n’a qu’un défaut elle même
Seule l’imperfection rend possible le mouvement

J’ai beaucoup de questions et peu de réponses
J’ai donc beaucoup de questions sans réponse
En fait de moins en moins
Je me pose de moins en moins de questions

Le vieillissement invite à la régularité
Et à la modestie
Je tente de nettoyer chez moi
Le bête et le méchant

C’est un peu tard
Je me compare parfois à un poussin poussah
L’oeil entend
Le génie est seul
Même le petit génie

#La vieillesse : citations de “L’abattoir de verre” de J.M. Coetze

“Ce que je trouve troublant en vieillissant, dit-elle à son fils, c’est que j’entends sortir de ma bouche des mots que, jadis, j’entendais chez les personnes âgées et que je m’étais promis de ne jamais employer. Du style Où-va-le-monde-ma-bonne-dame ? …Les gens se promènent dans la rue en mangeant des pizzas tout en parlant dans leur portable – où va le monde ?”…
” Ce qui m’importe, c’est que me voici en train de faire ce que je m’étais juré d’éviter. Pourquoi ai-je succombé ? Je déplore où va le monde. Je déplore le cours de l’Histoire. De tout mon coeur, je le déplore. Cependant quand je m’écoute, j’entends ma mère déplorant la mini-jupe, la guitare électrique. Je me souviens de mon exaspération. “Oui, mère”, disais-je, mais je grinçais des dents en priant pour qu’elle se taise…
“Tout ce que je fais, c’est de m’insurger et déplorer…Je me suis enfermée dans un cliché, et je ne crois plus que l’Histoire modifiera ce cliché…Le mot qui me revient de tout côté est MORNE….Je suis celle qui aimait rire et ne rit plus. je suis celle qui pleure.”

C’est un tout petit extrait d’un beau roman qui parle magnifiquement bien de la vieillesse.

“La minute vieille”

C’est une très vieille dame courbée en deux, qui pendue au bras de sa (vieille) fille, exige de venir à la piscine de la résidence.
Après une descente périlleuse de trois marches, la très vieille dame s’assied sur une sorte de banc en béton.
La fille la couvre d’un chapeau et me rejoint dans la piscine.
Je la salue et déclare (hypocrite) : “Elle est merveilleuse, Quel âge a-t-elle ?
96 ans. On peut dire çà” répond-elle avec une sorte de grimace. “Elle voulait se baigner mais je ne sais pas comment lui faire descendre les trois marches de la piscine!”
Se baigner, dans son état !” dis-je (très impoliment).
Toutes les deux, nous avons toujours adoré l’eau.” répond sa fille avec un léger énervement.
Nous nageons côte à côte notre brasse années 50, la tête hors de l’eau et le dos arc-bouté.
Je suis si bien dans l’eau. Moi aussi, dès que je vois un lac, une piscine, un fleuve, la mer, j’ai envie de m’y plonger. J’ai 78 ans. Combien de temps me reste-t-il avant de devoir renoncer et me sentir à jamais exilée ?
Il faudrait faire des piscines pour les handicapés” reprend dans un souffle de plus en plus faible ma nouvelle copine.
Je bredouille et je sens ma détermination à mourir avant la grande vieillesse et dans la dignité vaciller, d’autant que la très vieille dame crie à sa fille en rigolant :” Elle est aussi bonne que la mer ?”

Comment faire pour être moins moche quand on est vieille ?

Voici quelques solutions à utiliser avec le recul nécessaire :

1 – Être riche et avoir du pouvoir :

2 – Faire le clown :

3 - Disparaitre :

4 – Être géniale :

Il y a surement plein d’autres solutions que je vous laisse imaginer…

La vieille dame et le Wax…

La vieille dame rodait dans l’un de ces magasins africains qui fleurissent dans Paris
Elle avait longtemps rêvé de porter ces vêtements colorés, gais, éclatants
La vendeuse la regardait avec un gentil sourire, lui offrant ses services
Mais la vieille dame avait parcouru le chemin vers l’exil qu’est la vieillesse
Elle caressait ces tissus flamboyants et savait que ce n’était plus pour elle
La nostalgie et une sorte d’amertume montraient leur vilaine bouille
Elle sourit à la vendeuse et lui dit :”C’est magnifique mais ce n’est plus pour moi!”
La gentille vendeuse ne la contredit pas