Archive pour la catégorie ‘la vieillesse’

La vieille dame et le Wax…

La vieille dame rodait dans l’un de ces magasins africains qui fleurissent dans Paris
Elle avait longtemps rêvé de porter ces vêtements colorés, gais, éclatants
La vendeuse la regardait avec un gentil sourire, lui offrant ses services
Mais la vieille dame avait parcouru le chemin vers l’exil qu’est la vieillesse
Elle caressait ces tissus flamboyants et savait que ce n’était plus pour elle
La nostalgie et une sorte d’amertume montraient leur vilaine bouille
Elle sourit à la vendeuse et lui dit :”C’est magnifique mais ce n’est plus pour moi!”
La gentille vendeuse ne la contredit pas

Clin d’oeil (A tous ceux qui se reconnaitront)

(Ce petit poème a été trouvé dans un cabinet de Kinésithérapie et transmis par ma copine JF)

Le coin de ma rue est deux fois plus loin qu’avant
et ils ont ajouté une montée que je n’avais pas remarquée

J’ai dû cesser de courir après le bus
parce qu’il démarre plus vite qu’avant.

Je crois qu’on fait maintenant les marches d’escaliers
bien plus hautes que dans le temps !

L’hiver, le chauffage est beaucoup moins efficace
qu’autrefois.

Et avez-vous remarqué les petits caractères
que les journaux se sont mis à employer ?

Cela ne sert plus à rien de demander aux gens de parler
clairement
tout le monde parle si bas que l’on ne comprend quasiment
rien !!!

On vous fait maintenant des vêtements si étriqués
surtout à la taille et aux hanches, que cela en devient
désagréable !

Les jeunes gens eux-mêmes ont changé,
ils sont bien plus jeunes que quand j’avais leur âge!!!

Et d’un autre côté, les gens de mon âge
sont bien plus vieux que moi !!!

L’autre jour, je suis tombé sur une vieille connaissance
elle avait tellement vieilli qu’elle ne me reconnaissait même plus !

Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin
Eh bien ! Ils ne fabriquent plus d’aussi
bons miroirs qu’il y a dix ans !

“Cinquième risque”, “Dernier âge”…Au secours

Une seule solution, la révolution …..du suicide assisté.

A ce propos je me permets de recommander à mes lecteurs un polar drolissime de Hannelore Cayre, La Daronne , dont j’extrais un tout petit passage, qui j’espère lui fera de la publicité, grâce à mes “nombreux lecteurs”… Contexte : la narratrice va voir sa mère très âgée, aveugle,hospitalisée après un AVC. Elle rencontre le médecin chef :
-Ecoutez, votre maman…
-S’il vous plait, arrêtez de dire maman comme si j’étais une gamine de sept ans. je ne supporte plus! Je voudrais qu’un jour on m’explique cette pratique hospitalière débile. Si vous le faites tous, c’est que ça doit s’apprendre à la fac, non ? Infantiliser les gens pour que surtout ils n’étouffent pas maman avec un coussin.
- Votre maman avait des problèmes de déglutition il y a deux jours: elle n’en a plus! Si cela avait continué, la question se serait posée de lui mettre une sonde gastrique. L’alimentation artificielle est un traitement et la loi autorise l’arrêt des traitements. Votre maman s’est remise à manger sans problème, elle n’a donc pas décidé de mourir.
- On n’a pas le droit de laisser vivre des gens dégradés à ce point! Elle délire complètement, elle est aveugle,clouée au lit et là depuis sa nouvelle attaque, elle vit, et quand je dis, elle vit, je pèse mes mots, elle est terrorisée 24h sur 24.
- …….
-Nous ne sommes pas là pour piquer les gens, madame; si quelqu’un souffre ici, c’est vous.”

“Nous tout ce qu’on veut c’est être heureux avant d’être vieux” (D. Balavoine)

J’aime beaucoup Daniel Balavoine. Mais en entendant ces paroles par hasard l’autre jour, je me suis sentie tout à coup…interloquée!
Etre vieux = Etre malheureux… dans l’esprit de ce jeune homme, qui, malheureusement, n’aura jamais eu l’occasion de faire l’expérience de la vieillesse, ni même pu vivre longtemps sa belle jeunesse.
Peut-être que je me raconte des histoires, mais j’affirme que je suis (non pas heureuse, j’ai du mal à dire ces mots tant il me parait impossible d’être heureux dans ce monde ) mais apaisée, plus prudente (dans ma démarche certes…) mais aussi dans mon langage et dans ma pensée qui étaient autrefois si péremptoires
Je ne renie rien de mes révoltes mais je sais que rétablir la justice, supprimer les guerres, les jalousies, les racismes prendra trop de temps pour que je vois advenir une société débarrassée de ces maux de mon vivant.
Alors, je peux mieux profiter de Paris, des musées, de la mer,du shopping, de mes quelques proches encore de ce monde… J’aimerais par exemple pouvoir danser sur de la musique électro… Eh oui, je sais , c’est inimaginable et pourquoi donc ?
J’affirme que même avec cette foutue arthrose, avec la peur qui vous assaille à la moindre difficulté (la neige, le gel, les étages élevés sans ascenseur, la simple vue d’une bicyclette …) on peut se sentir en paix, chanceux quand on est vieux.
La jeunesse n’est pas une valeur en soi (ni la vieillesse bien sûr). Elles sont toutes deux des moments de la vie, inéluctables et que nous pouvons enlaidir ou embellir selon que nous avons ou non des aprioris (du genre : il faut réussir, il faut trouver son/sa prince(sse) charmant(e), il faut avoir des enfants, une montre Rolex…)
Par contre ce qui enlaidit nos vieux jours, c’est le refus de la vieillesse chez la majorité de nos contemporains. C’est une forme de racisme. Raymond Aron disait : “Le culte de la jeunesse est une manière pour les adultes de se persuader qu’ils n’ont pas vieilli.”
De même que pour faire disparaitre le racisme (!!!!), nous avons besoin que chacun fasse un effort de réflexion sur l’absurdité d’une telle attitude, pour que les vieux puissent vivre “heureux”, ils ont besoin que l’attitude des jeunes et moins jeunes ne ressemble ni à de l’apitoiement, ni à de l’ignorance, ni à de l’agressivité. Tout exclu du monde dit normal est malheureux : soit il se referme dans son minuscule monde communautaire, soit il devient méchant et amer.
Je déteste les communautés, je déteste l’amertume. Je refuse de m’enfermer chez moi ou dans un monde de vieux.
Nous avons vécu, nous avons des choses à raconter, nous pouvons parler des contradictions de nos luttes passées ou présentes.
Finalement cette négation de la vieillesse – pour certains jeunes ou adultes- est une forme de révisionnisme, de négation de l’Histoire.
Et puis, quitte à me répéter, quand vraiment la mort ou l’extrême dépendance approchent, nous sommes majoritaires à demander à choisir notre fin sans que cette liberté ne nuise à qui que ce soit.

Les vieux, suite…

Les Vieux, il y en a de toutes sortes. Comme tous les êtres humains.
Il y a les emmerdeurs, qui l’étaient probablement déjà quand ils étaient jeunes, mais qui l’âge venant, ont décidé d’assumer.
Par exemple : je vais au cinéma. j’arrive pendant la présentation des futures sorties de films.
La salle est pleine, sauf au premier rang.
J’aperçois une place libre au milieu d’un rang. Je demande la permission de m’y glisser.
La vieille dame qui a déjà installé sur mon futur fauteuil ses vêtements, ses courses… met du temps à se lever (je compatis…l’arthrose)
Au moment où je m’installe, elle déclare :”La prochaine fois, j’irai au cinéma à 11h. Il n’y a qu’à cette heure que l’on est tranquilles! Je ne supporte pas d’être serrée, d’avoir des voisins immédiats!”
Je prépare un trait d’humour puis j’abandonne. Je sens en elle toute l’amertume de la vieillesse et sa décision forte d’affirmer ses états d’âme même s’ils sont désagréables.
Je passe le reste de la séance à crever de chaleur dans ma doudoune, par peur de la déranger.

Je suis un autre modèle de vieille: celle qui se sent encore un être humain, avec en plus de l’expérience, et qui entend en faire profiter l’humanité!!!
Le bus est bondé. J’ai l’impression , confirmée par le chauffeur, que les gens ne vont pas au fond de l’autobus (air connu)
Alors mon sens des responsabilités s’impose à moi. Je pousse, je bouscule, je rouspète, je vocifère :”Mais Bon Dieu avancez pour permettre aux gens de monter. Il n’y a pas de loup-garou au fond…”
Arrivée vers le fond, un monsieur sans âge me regarde avec un rien de compassion et… me propose sa place.
Je suis morte de honte. Moi qui voulait organiser démocratiquement notre petit voyage, je suis remisée dans la catégorie “vieille folle emmerdante”, qui fait tout cela pour …une place assise
Que faire.? Je me suis assise, sous le regard apitoyé des voyageurs.
On ne peut pas sortir des rôles que la société nous assigne alors peut-être vaut-il mieux rentrer dans le rôle. C’est tellement plus reposant.
(A lire avec un nécessaire recul rigolo)

#lesvieuxsontdesêtreshumains

Transhumanisme, reportages enthousiastes sur les centenaires…versus/regards méprisants, enfermement dans des EHPAD, difficultés pour se déplacer, assignation à la catégorie mamie voire mémère, non prise en compte de notre expertise, de nos rencontres avec l’Histoire.
Il ressort de ces théories, enquêtes, réactions quotidiennes, qu’entre 77 et 100 ans, vivre caché est le mieux que l’on puisse faire pour ne pas importuner nos jeunes actifs à roulettes.
Mais à 100 ans, Tout change : On devient un héros grâce au sport, à la nourriture saine, au dévouement des familles (sic). Des reportages nous montrent des vieillards édentés, non autonomes, très “abimés” mais centenaires, adorés par leur famille (?), dont on apprécie l’expérience et la sagesse!
En tant que bientôt octogénaire, je me permets de demander un peu plus de respect et d’empathie ici et maintenant…puis plus tard quand je me trouverai trop encombrée par la vieillesse ou la maladie,(probablement avant d’être centenaire puisque je ne fais pas de sport et mange des surgelés), de RECLAMER le droit de mettre fin à une belle vie qui devient moche, entourée de ceux qui sont encore là et sur qui je me refuse à peser.

Les sordides histoires d’héritage témoignent de la médiocrité de la condition humaine

Impossible de raconter les histoires de famille.
Mais j’ai eu envie d’illustrer la petite histoire mesquine que je viens de vivre avec l’une des premières fables de La Fontaine.
La fable peut se conjuguer dans tous les sens : le vieillard peut être le “méchant” etc etc…
Le vieillard et ses enfants
Un vieillard prêt d’aller où la mort l’appelait :
“Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parlait),
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble;
Je vous expliquerai le noeud qui les assemble.”
L’aîné les ayant pris et fait tous ses efforts,
Les rendit en disant: ” Je le donne aux plus forts.”
Un second lui succède et se met en posture,
Mais en vain. un cadet tente aussi l’aventure.
Tous perdirent leur temps; le faisceau résista:
De ces dards joints ensemble un seul ne s’éclata
“Faibles gens ! dit le père, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre.”
On crut qu’il se moquait; on sourit, mais à tort :
Il sépare les dards et les rompt sans effort.
“Vous voyez, reprit-il, l’effet de la concorde :
“Soyez joints mes enfants, que l’amour vous accorde.”
Tant que dura son mal, il n’eut autre discours.
Enfin se sentant prêt de terminer ses jours :
“Mes chers enfants, dit-il, je vais où sont nos pères;
Adieu: promettez-moi de vivre comme frères;
Que j’obtienne de vous cette grâce en mourant.”
Chacun de ses trois fils l’en assure en pleurant.
Il prend à tous les mains; il meurt; et les trois frères
Trouvent un bien fort grand mais fort mêlé d’affaires.
Un créancier saisit, un voisin fait procès:
D’abord notre trio s’en tire avec succès.
Leur amitié fut courte autant qu’elle était rare.
Le sang les avait joints, l’intérêt les sépare:
L’ambition, l’envie, avec les consultants,
Dans la succession entrent en même temps.
On en vient au partage, on conteste, on chicane:
Le juge sur cent points tour à tour les condamne.
Créanciers et voisins reviennent aussitôt,
Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut.
Les frères désunis sont tous d’avis contraire:
L’un veut s’accommoder, l’autre ne veut rien faire.
Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris à part.

#Lesvieuxsontdesêtreshumains

C’est un scoop : Les vieux/vieilles sont des êtres humains.
Dit comme cela, ça parait évident
Dans la vie quotidienne, ça ne l’est pas
Alors, #je balance : – le médecin qui parle à l’adulte qui m’accompagne comme si j’étais débile, sourde, muette etc
– La dame (un peu) moins vieille que moi (selon elle) qui me couve avec un sourire apitoyé en me cédant sa place dans le bus
– Tout individu à roulettes qui m’effleure alors que je “titube” un peu sur le trottoir
– Tous ceux dont le regard me traverse comme si je n’existais déjà plus
– Tous ceux qui ont tellement peur du vieillissement qu’ils voudraient me voir disparaitre de l’espace public
– Tous les “gentils” qui me regardent avec attendrissement
– Tous ceux qui parlent des vieux comme d’une charge pour la société tout en s’offusquant que l’on ose réclamer le droit de mourir dans la dignité
– Tous ceux qui m’appellent “mamie”
– Tous ceux qui n’ont rien à faire de mon histoire, de mon expérience, bref de ce que je suis en dehors d’être vieille

Les vieux, indignez-vous ! écrivait Monique Pelletier, ancienne Ministre dans le JDD du 16 Avril 2017. Merci à vous
Mais comment s’indigne-t-on quand on est invisible ?

Fin d’été : conversations de plage entre femmes

Mon mari vient d’avoir 50 ans et il est déprimé. Il se trouve vieux. Il ne veut plus sortir. Moi, je m’en fous je suis venue seule ici avec mon fils et je suis ravie;”
“Mais vous êtes jeunes… qu’est ce que je devrais dire moi qui vient d’avoir 70 ans.”
” Quand ma mère a eu 70 ans, je l’ai mal vécu. Je me suis sentie vieille et je ne la regardais plus comme avant. Tout d’un coup, elle avait franchi un cap.”
Je viens d’avoir 78 ans (regards un peu condescendants sur elle) et parfois je me dis que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. Plus d’obligation de séduire, la possibilité d’être soi-même…Bien sûr, il faudrait s’arrêter là !”
“Vous ne trouvez pas bizarre que nous soyons entre femmes. Où sont nos hommes ? Le mien il est sur son canapé devant la télé.”
“Le mien il est devant son ordinateur et pour qu’il sorte, il faut vraiment le forcer !”
” De toutes manières, mon mari ne prête guère attention à moi depuis de nombreuses années (rires). Mais bon, c’est ce que je dis à mes enfants, dans un couple, il faut faire des concessions, non ?” Divorcer pour un oui, pour un non, est ce que c’est mieux ?”
” La dame là bas, elle a gardé ses cheveux blancs; çà, je ne peux pas. C’est montrer son âge. D’ailleurs mes petits-enfants me l’ont interdit.”
” Bon, mesdames, je vous laisse, je vais rejoindre Monsieur devant la télé, enfin quand j’aurai fini la lessive.”

Témoignage nippon sur la vieillesse

Le journal Le Monde a publié le 25 Aout 2017 , dans sa série :’l'Eté des débats”, un article sur les oeuvres littéraires d’ auteur(e)s” seniors” japonais, pour la plupart non traduits en français.
Il me parait intéressant de relayer ces informations dans le cadre de mes articles sur la vieillesse.
Quatre vingt dix ans, pas de quoi pavoiser” est le dernier ouvrage paru de Aiko Sato (2016, non traduit)
Le Monde en publie quelques extraits traduits par Philippe Pons :“Même calculer mon âge est fatigant…
Le cauchemar des vieux…La télé ne marche plus. un technicien vient, tripote la télécommande. en dix secondes, ça remarche…Facture :4500 yens (40 euros). Je m’insurge, c’est le coût du déplacement. Je vais aux toilettes dans le grand magasin Mitsukoshi. Quand j’ai voulu tirer la chasse d’eau, je me trouve devant une batterie de boutons mystérieux. je vois un fil avec une boule rouge. Je tire et retentit alors la sonnerie de l’alarme…Je ne vais plus aux toilettes que chez moi.(…)
Vivre longtemps est pénible. Je pleure sans être triste, mon cerveau marche au ralenti, mes genoux fléchissent et j’ai envie de dire :”Laissez-moi tranquille!” mais à qui ? Aux dieux ? A moi-même ?(…)Les jeunes marchent vers leurs rêves. Nous, les vieux , vers la mort (…) Nos rêves à nous les vieux ? Mourir d’un coup. C’est triste comme rêve.”

La place des vieux dans la société nippone (en 2030, un tiers des Japonais auront plus de 65 ans) est un problème majeur mais il ne fait que montrer avec un peu d’avance l’importance de cette question dans toutes les sociétés développées.

Pour éviter l’amertume ou le pessimisme, pour vieillir le moins mal possible, j’ai eu envie de consacrer dans ce blog beaucoup de place à cet évènement notable de nos vies : le vieillissement, la place des vieux dans la société, le regard ou le non regard des jeunes et des adultes sur la vieillesse, et puis enfin , le choix que certains (dont je suis) font de décider de la date et des modalités de sa mort.
Notre génération a aussi le devoir de parler des problèmes spécifiques que posent la vieillesse au féminin.
J’espère être rejointe dans cette réflexion par d’autres copines et peut-être aboutirons-nous à la conclusion que la vieillesse…n’est pas un problème, juste une phase de la vie qui peut être parfois merveilleuse…à condition d’être acceptée comme telle par la société et ceux qui la composent