Archive pour la catégorie ‘Le fil ténu’

“Moi j’suis très bon en respi.”.. ultimes nouvelles de ma (petite) piscine de Cabourg

” Moi je sais faire la galipette à l’envers ”
” Moi je suis très bon en respi.”

Etc, etc
Il a sept ans le petit bonhomme qui hurle ses exploits aux quelques courageux locataires qui ont vaincu le vent du nord pour faire un peu de sport comme le leur recommandent les médecins pour vivre jusqu’à …..la dépendance !
“Arrête de t’la péter” répond timidement sa dernière victime, un gentil garçon du même âge
“Moi j’ai pas besoin de lunettes…”
Sa maman qui fait des longueurs avec une certaine avance sur moi me dit, quand par hasard on se croise, que c’est l’âge du “moi je”
Est-ce que cela veut dire que la majorité de nos contemporains ne dépassent jamais l’âge virtuel de 7 ans ?

La liste de mes colères

Dans ma longue vie j’ai traversé diverses périodes : Ma période rouge celle de la révolte , du militantisme, des adhésions, des réunions, des manifs etc …..
Puis il y a eu la période blanche, celles des questionnements, des contradictions insolubles
il y a eu les périodes noires, celles des amertumes et du pessimisme
Bientôt octogénaire, voici revenue la période des saintes colères, des maudites colères sans doute inutiles, mais je suis née avec et je mourrai avec.
Elles ont le mérite de me maintenir dans une relative forme jusque là !
J’en fait ici une liste décousue. J’en reprendrai certains éléments plus tard. Il y en a de minuscules, il y en a de terribles. Les premières ne sont sans doute que l’embryon des secondes

-Les catégorisations trop rapides
-les enfermements dans une identité,
- Les identités meurtrières
– l’obsession du genre (gender!)
- les racismes
- l’antisémitisme
-Les querelles d’Ego
-l’absence de dialogue, les gens qui ne vous écoutent pas,
- les petits et grands chefs ou cheftaines,
-l’interdiction de montrer ses cheveux
-le gauchisme
- l’impolitesse, la grossièreté,
-les groupes de plus de trois personnes,
- l’absence de politique du logement social,
-la fabrication de lois dont on ne sait pas comment et par qui elles vont être appliquées
- les stéréotypes sur les femmes et les hommes
-les intellos et les idées à la mode comme l’identitarisme,
- le MOI JE,(ce que je suis en train de faire!!!!)
- l’impossibilité légale de l’interruption volontaire de vie
-l’absence de planification,
-l’interminable conflit israélo-palestinien et l’absence de volonté de dialogue
-toutes les formes d’exclusion contre les vieux, les gros, les handicapés, les pauvres,les riches, les moches, les blancs, les colorés, les homos..:
-les hommes qui ne foutent rien pendant que les femmes s’agitent,
-les faux amis
-la bureaucratie inutile
- les gens qui refusent d’aller au fond de l’autobus ou du métro
-les gens qui regardent leur téléphone au lieu de râler quand c’est nécessaire
- le traitement des migrants……etc etc

Les êtres humains sont à la fois bons et mauvais. Ce n’est pas simple. Mes colères sont souvent disproportionnées mais l’absence de colère qui se défoule anonymement sur la toile est pire.
J’y reviendrai

-

Retour à la piscine de mes étés…Gare aux syndics…dics …dics

En relisant les articles précédents je m’aperçois que je commence à m”enfoncer dans l’amertume, la tristesse et les colères improductives. C’est dangereux pour un blog de vieille dame qui entend démontrer que l’on peut être vieux et avoir un peu d’humour et rebutant pour d’éventuels lecteurs.
Heureusement j’ai trouvé à poser ma colère contre le syndic et le conseil syndical de ma résidence d’été, pourvue d’une petite piscine bien utile par ces temps normands ensoleillés mais fortement rafraichis par un vent du nord…On ne peut pas tout avoir.
Bref depuis deux semaines, j’assiste à un spectacle drôle et consternant : des grand-mères entourées d’une armée d’enfants , des jeunes filles pressées de bronzer,en train d’essayer soit de rentrer soit de sortir de cette fichue piscine. En effet la porte est bloquée par un système mystérieux que seuls des cerveaux affaiblis ont pu imaginer, qui doit empêcher les enfants (surtout ceux qui s’introduiraient en toute illégalité !) de rentrer dans ce lieu convoité par les temps frisquets.
Il n’est donc pas rare de voir des gens transis de froid s’escrimer pendant près d’une demi heure voire plus pour essayer d’entrer ou de sortir.de la piscine/prison.
Dit comme cela, la solution parait simple : faire intervenir un serrurier spécialisé qui trouvera un système fiable et facile .
Encore mon fil ténu : pourquoi est-il si difficile de faire faire une chose aussi simple à un syndic à qui l’on verse des sommes conséquentes chaque trimestre ?
On peut supposer qu’il y a derrière cela des petits intérêts miteux.
Quand ces intérêts miteux deviennent plus conséquents, cela donne des échecs de certaines réformes… mais bon je voulais juste parler de ma petite piscine

Canicule : comment vivent les millions de gens dans le monde soumis à de hautes températures ?

Plusieurs fois par jour, les médias nous bassinent pendant des minutes interminables avec la canicule.
Sans nier l’importance de l’information dans ce domaine , ce que l’on nous répète est plat et sans intérêt.
Il semble que nos communicants n’aient jamais voyagé dans d’autres continents.
Quiconque s’est “aventuré” vers le sud de cette planète a connu de telles chaleurs. Les touristes évitent d’y aller dans les périodes les plus chaudes.
Mais il y a des millions de gens qui y vivent …C’est un scoop. Comment survivent-ils sans climatiseurs ? Comment font les agriculteurs ?
Il y a plein de questions passionnantes à se poser à cette occasion qui permettraient de cesser,quelques minutes, de regarder notre nombril !

Que devient l’anticonformisme ?

Je viens d’une autre époque, celle où quand on était jeune et révolté , on était forcément anticonformiste. On refusait de ressembler à la majorité de nos contemporains. Dire NON à tout ce qui nous semblait injuste et conforme aux normes “bourgeoises” était une évidence.
J’ai conscience que s’exprimer ainsi , ça fait “vieille conne”, du genre : c’était mieux avant…
Tant pis, j’assume
Si tout le monde regarde son téléphone, si tout le monde prend des photos dans les expositions empêchant ainsi les autres visiteurs de ne voir autre chose que les téléphones levés, j’ai envie de faire le contraire. Apparemment ces milliers d’yeux braqués sur leurs téléphones empêchent peu de gens…(et surtout pas les jeunes) de faire pareil.
On parle de l’emprise des réseaux sociaux ; Mais qui est responsable de la multiplication des fake news ou des propos sordides sur les réseaux : ceux qui les postent certes mais aussi les millions de suiveurs qui leur donnent ainsi une légitimité. Accuser les puissants n’est utile que si l’on est capable de leur opposer une alternative ou au minimum de dire Non.
Le réseau social est également une énorme machine identitaire du fait de ses utilisateurs aussi : on se choisit comme amis virtuels, ceux qui pensent comme nous, qui nous ressemblent. Comment dans ces conditions développer le sens des contradictions, du dialogue, de la confrontation… ?
Je me souviens de cette pièce montée par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie, “Les naufragés du fol espoir“, tirée du livre de Jules Verne : Les naufragés du jonathan, ,l’histoire d’une utopie qui s’échoue sur la bêtise .
Ce n’était pas mieux avant. L’humanité a fait d’énormes progrès scientifiques et techniques. Mais, nous, nous sommes restés plus ou moins les mêmes, envieux, obsédés par l’argent, la réussite, le sexe, la reconnaissance, notre petit ego.
Le narcissisme vaincra-t-il le progrès humain ? ou le contraire ?

“Nous on défend les étrangers, les juifs ne sont pas étrangers ” ….

Magnifique slogan de la Cimade

Alors pourquoi appeler à une manifestation contre l’antisémitisme ou pourquoi parler de l’antisémitisme dans les collèges et les lycées où nous faisons de la sensibilisation sur le problème des migrants ? “ nous dit une bénévole de la Cimade (ou je suis moi même bénévole depuis dix ans.)
Pourquoi en effet ?
Parce que nous sommes censés nous battre contre toutes les exclusions dues à l’origine, à la religion, à la couleur de peau, à une hypothétique appartenance à une communauté…etc
Parce que bien que français, les juifs ont parfois été chassés, poursuivis y compris par des Français et que cela continue dans des quartiers, des pays… La Cimade dans les années 40 a été exemplaire et a sauvé beaucoup de juifs.
Le passé, l’histoire doivent faire partie de toute réflexion sur le thème de l’étranger.
Parce que parmi nos migrants ou ceux qui les soutiennent se trouvent des antisémites et des antisionistes redoutables.Parce que l’on peut se battre contre la politique israélienne d’implantations tout en refusant l’anti-sionisme primaire.
Parce que le monde est complexe et contradictoire
Parce que tous les racismes ont quelque chose en commun, le refus du différent, la recherche du bouc émissaire en réponse à ses frustrations.

Quelqu’un m’a dit que tu avais 90 ans, c’est vrai ?

C’est sympa non ?
S’agit-il de grossièreté ? de jalousie ? ‘(eh oui, ou va-t-elle se cacher?), d’une forme de racisme ?
En tous les cas, ça fait un choc .
Vive les vieux, mais c’est trop dur de nous voir en vous…restez chez vous
Alors je crois qu’il s’agit d’une bêtise profonde et haineuse.
“Il parait que l’on va tuer les vieux et les charcutiers.
Pourquoi les charcutiers ?”

De la dangerosité des groupes et de la camaraderie…

J’ai toujours été mal à l’aise dans les groupes, au dessus de trois personnes.
A vingt ans j’avais déclaré :”Le groupe c’est la mort”
Certes, j’ai toujours eu envie d’appartenir à ces bandes que je voyais rire ensemble sur les plages de mon enfance
A force de les envier, en suis-je venue à les condamner ?
Il y a sans doute de cela dans mon refus mais il y a aussi quelques bonnes raisons. Le groupe risque d’annuler la réflexion et la responsabilité individuelles. Il faut faire comme tout le monde, ne pas se singulariser et s’aligner parfois sur le plus violent ou le plus stupide des membres du groupe.
Sebastien Haffner est l’auteur d’un livre admirable , “Histoire d’un Allemand”: Souvenirs (1914-1918)
Il y raconte sa vie de juriste de bonne famille, dans l’Allemagne d’après la grande guerre. On l’y voit s’épanouir dans un pays qui sombre peu à peu dans le fascisme, alors que la majorité de la population reste indifférente au drame qui se prépare. Lui fuira vers l’Angleterre en 1938, où il écrira ce récit qui ne sera redécouvert qu’à la fin du siècle dernier.
Apprenti juge dans les années 30, il est assigné à un camp où il fait du sport, apprend à se battre, se plait dans cette joyeuse camaraderie.
Je cite ici quelques extraits de ce chapitre final sur ce thème :” Pendant la journée, on n’avait jamais le temps de penser, jamais l’occasion d’être un “moi”. Pendant la journée, la camaraderie était un bonheur…..Et c’est précisément ce bonheur, cette camaraderie qui peut devenir l’un des plus terribles instruments de la déshumanisation- et qu’ils le sont devenus entre les mains des nazis…La camaraderie annihile le sentiment de la responsabilité personnelle…Le camarade fait ce que tous font. Il n’a pas le choix, pas le temps de réfléchir…La camaraderie ne souffre pas de discussion: c’est une solution chimique dans laquelle la discussion vire aussitôt à la chicane et au conflit… C’est un terrain fatal à la pensée, favorable aux seuls schémas collectifs de l’espèce la plus triviale et auxquels nul ne peut échapper, car vouloir s’y soustraire reviendrait à se mettre au ban de la camaraderie.”
Penser par soi même n’empêche malheureusement pas d’être raciste, violent, etc. Mais ne pas penser par soi même et se soumettre au groupe peut annoncer de graves manquements à la “civilité”, au sens large du terme.

Attention, Publicité

J’ai écrit ce petit livre sur mon père
-parce que je voulais laisser une trace de la vie “ordinaire” de David Cohen qui eut 20 ans en 1914 et 45 ans en 1939
- parce qu’il avait laissé des cartes postales de la grande guerre et des lettres des années 40. (Pourquoi l’aurait-il fait s’il ne souhaitait pas transmettre ?)
– parce que je n’ai jamais trouvé le temps ni le moyen de lui dire que je l’aimais, malgrè ses “Allons Bon” et ses accès de mauvaise humeur
– parce que je voulais tenter d’expliquer comment un nom peut modifier le cours d’une vie, dans le mauvais (ou parfois le bon) sens.
Ce fut le cas de mon père, Ce fut en plus petit mon cas et malheureusement c’est encore le cas pour des Lévy, Coulibaly, Belkacem etc…
A partir de la trajectoire de vie de mon père, qui a fini par changer son nom juif en 1958, ( tout en restant croyant) je souhaitais aussi convaincre certaines personnes de tous bords politiques que l’on peut se sentir juif sans être religieux. Les processus d’exclusion, de discrimination séculaire, finissent par forger un autre rapport au monde, une forme de désespoir optimiste (ou le contraire), une colère retenue qui n’ont souvent rien à voir avec la religion ou un quelconque communautarisme.

(Vous pouvez le commander sur : commande@harmattan.fr)

Echec cuisant d’un petit cours d’application du droit…

Je fais consciencieusement ma brasse (coulée ?) dans la piscine. Il faut que j’arrive à 40 longueurs aujourd’hui. C’est un peu ennuyeux mais Bon !
Une mini armée d’enfants et de grand-parents arrive. le petit garçon myope et tout blanc se précipite sur l’interminable liste des interdictions affichée par la co-propriété et hurle à sa soeur : “Il est interdit de plonger, de crier …”
Je me dis que ce petit fera un parfait député faiseur de lois inutiles et je poursuis mes efforts.
La petite fille me demande alors si c’est vrai qu’elle n’a pas le droit de plonger.
La juriste critique que je suis est ravie : je lui dis que tant qu’elle ne gêne pas d’autres personnes et puisqu’elle nage bien, elle peut sauter et qu’il faut interpréter les règlements avec souplesse.
Elle saute pendant que le futur député éructe.
Contente de moi, je vais rougir au soleil en lisant un polar.
Un premier cri perçant d’une troisième petite fille vrille mes vieilles oreilles. Je résiste à l’envie d’engueuler sa famille affalée au bord de la piscine.
Au quatrième cri strident, je ne résiste pas à un deuxième cours .
“Pouvez vous s’il vous plait dire à vos enfants de hurler un peu moins fort ? Appliquer le règlement avec souplesse s’applique dans l’autre sens aussi !”
Les dames se taisent, rappellent les enfants, leur disent qu’ils vont aller au bord de la mer puisque nous gênons la dame…etc
Je tente alors de leur expliquer que ce n’est pas grave mais que chacun doit respecter l’autre. Je respecte le droit de plonger, la petite respecte mon droit à ne pas devenir encore plus sourde…
Tout le monde boude.
Mon enseignement est un échec total
La tête basse, je quitte mon soleil.