Archive pour la catégorie ‘Le fil ténu’

Echec cuisant d’un petit cours d’application du droit…

Je fais consciencieusement ma brasse (coulée ?) dans la piscine. Il faut que j’arrive à 40 longueurs aujourd’hui. C’est un peu ennuyeux mais Bon !
Une mini armée d’enfants et de grand-parents arrive. le petit garçon myope et tout blanc se précipite sur l’interminable liste des interdictions affichée par la co-propriété et hurle à sa soeur : “Il est interdit de plonger, de crier …”
Je me dis que ce petit fera un parfait député faiseur de lois inutiles et je poursuis mes efforts.
La petite fille me demande alors si c’est vrai qu’elle n’a pas le droit de plonger.
La juriste critique que je suis est ravie : je lui dis que tant qu’elle ne gêne pas d’autres personnes et puisqu’elle nage bien, elle peut sauter et qu’il faut interpréter les règlements avec souplesse.
Elle saute pendant que le futur député éructe.
Contente de moi, je vais rougir au soleil en lisant un polar.
Un premier cri perçant d’une troisième petite fille vrille mes vieilles oreilles. Je résiste à l’envie d’engueuler sa famille affalée au bord de la piscine.
Au quatrième cri strident, je ne résiste pas à un deuxième cours .
“Pouvez vous s’il vous plait dire à vos enfants de hurler un peu moins fort ? Appliquer le règlement avec souplesse s’applique dans l’autre sens aussi !”
Les dames se taisent, rappellent les enfants, leur disent qu’ils vont aller au bord de la mer puisque nous gênons la dame…etc
Je tente alors de leur expliquer que ce n’est pas grave mais que chacun doit respecter l’autre. Je respecte le droit de plonger, la petite respecte mon droit à ne pas devenir encore plus sourde…
Tout le monde boude.
Mon enseignement est un échec total
La tête basse, je quitte mon soleil.

Dubito ergo sum

Marquis de sade

Philippe Roth

Prétendre détenir LA vérité peut conduire aux pires monstruosités, aux idéologies meurtrières.
Mais comment gouverner (un pays, un parti, une association, une entreprise…) sans croire et appliquer UNE vérité ?
Dans une démocratie où la diversité politique est la norme, le désaccord est nécessaire comme l’accord peut être indispensable. La critique systématique est inutile et contre productive.
Qui peut prétendre dire LA vérité sur l’accueil des migrants ? Seuls les chercheurs comme François Héran et Stephen Smith peuvent envisager tous les aspects d’un problème aussi complexe. Ils sont indispensables mais ils ne donnent pas de directives concrètes. Nous y reviendrons.

Pire encore, comment condamner une oeuvre littéraire au nom, par exemple, de LA vérité d’une idéologie féministe ? Pour certaines féministes, Philippe Roth doit être condamné pour sexisme ! C’est méconnaitre le rôle fondamental de la subjectivité de l’auteur, de son droit aux phantasmes, de son devoir de dévoiler les aspects parfois sordides de son inconscient.
Seule la littérature peut nous aider à comprendre l’être humain, ses contradictions, ses allers-retours entre le Bien et le Mal. C’est avec ce monde là que nous devons agir ou pas ?
Dans le même esprit, le rejet “féministe” du Marquis de Sade. On peut ne pas aimer. On ne peut pas le condamner au nom du féminisme. Sade décrit avec froideur des pratiques sexuelles violentes. Il montre aussi par ce biais les limites de la sexualité. Ce sont des pratiques et des phantasmes que beaucoup d’êtres humains partagent.
En évoquant cet échange avec quelques copines féministes, je parle toujours de ce qui me tient le plus à coeur : le fil ténu entre nos comportements quotidiens et les actions les plus meurtrières.
Je condamne donc je suis” pourrait résumer cette tendance de certains êtres humains (parmi lesquels des intellectuels) à préparer le terrain aux fanatismes les plus stupides.
Ce fil ténu m’obsède depuis que j’ai commencé à écrire . Certain(e)s me l’ont reproché estimant qu’il n’y a aucune commune mesure entre une mauvaise pensée ou une petite mauvaise action et les génocides… C’est vrai et faux.
Pour moi continuer à penser ce fil ténu c’est m’interroger sur ce qui au tréfonds de nous-mêmes, participe du mal que les êtres humains sont capables de faire subir à leurs semblables.

J’ai testé les 80km/h : l’enfer c’est les autres

Chaque année, je prends une petite route de campagne ravissante et tortueuse pour aller de Cabourg à Deauville.
Chaque année, je suis quasiment en apnée sur cette portion de route, tant le trafic y est abondant et le parcours sinueux et dangereux.
Chaque année, je me dis qu’un jour il faudra que je m’arrête pour admirer la campagne normande et cueillir les quelques fleurs sauvages que les tondeuses municipales ont épargnées.
En ce mois de juin 2018, me voici sur cette route décidée à rouler à la vitesse indiquée, c’est à dire 70km/h
Au début, c’est génial. Je respire normalement. Je vois les arbres, les champs…
Puis j’aperçois une voiture derrière moi qui semble bien décidée à me pousser.
Je résiste. Mais ce n’est plus une seule voiture derrière moi, elles sont maintenant trois collées à moi et les unes aux autres.
Notre caravane croise un énorme camion qui semble pressé, mais cette rencontre périlleuse n’a pas découragé mes poursuivants.
Alors que notre caravane s’enrichit de quelques véhicules supplémentaires et que je devine les invectives des conducteurs, je prends une décision :
Je ne peux pas résister seule à la connerie de certains humains.
Je suis de nouveau en apnée à 90km/h..
L’enfer c’est les autres !

Hommes et bêtes


Sur cette photo, il y a deux chats, l’un est noir, l’autre est…européen, l’un a 9 ans, l’autre 15 ans, le noir est l’invité sur le territoire de l’Européen. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’ils s’arrachent les yeux.
Et bien , pas tout à fait : regardez-les : ils se respirent, se touchent . L’invité s’efface pour laisser manger le territorial le premier.
De temps en temps, l’occupant des lieux râle et pousse des cris affreux. Mettez-vous à sa place.
Mais pas d’injures racistes, pas de coups méchants, juste des petits coups de pattes.
Au mieux ils cohabitent. Au pire ils se supportent plus ou moins bien.
Est-ce si difficile à faire pour les êtres humains ?

Les vieux, suite…

Les Vieux, il y en a de toutes sortes. Comme tous les êtres humains.
Il y a les emmerdeurs, qui l’étaient probablement déjà quand ils étaient jeunes, mais qui l’âge venant, ont décidé d’assumer.
Par exemple : je vais au cinéma. j’arrive pendant la présentation des futures sorties de films.
La salle est pleine, sauf au premier rang.
J’aperçois une place libre au milieu d’un rang. Je demande la permission de m’y glisser.
La vieille dame qui a déjà installé sur mon futur fauteuil ses vêtements, ses courses… met du temps à se lever (je compatis…l’arthrose)
Au moment où je m’installe, elle déclare :”La prochaine fois, j’irai au cinéma à 11h. Il n’y a qu’à cette heure que l’on est tranquilles! Je ne supporte pas d’être serrée, d’avoir des voisins immédiats!”
Je prépare un trait d’humour puis j’abandonne. Je sens en elle toute l’amertume de la vieillesse et sa décision forte d’affirmer ses états d’âme même s’ils sont désagréables.
Je passe le reste de la séance à crever de chaleur dans ma doudoune, par peur de la déranger.

Je suis un autre modèle de vieille: celle qui se sent encore un être humain, avec en plus de l’expérience, et qui entend en faire profiter l’humanité!!!
Le bus est bondé. J’ai l’impression , confirmée par le chauffeur, que les gens ne vont pas au fond de l’autobus (air connu)
Alors mon sens des responsabilités s’impose à moi. Je pousse, je bouscule, je rouspète, je vocifère :”Mais Bon Dieu avancez pour permettre aux gens de monter. Il n’y a pas de loup-garou au fond…”
Arrivée vers le fond, un monsieur sans âge me regarde avec un rien de compassion et… me propose sa place.
Je suis morte de honte. Moi qui voulait organiser démocratiquement notre petit voyage, je suis remisée dans la catégorie “vieille folle emmerdante”, qui fait tout cela pour …une place assise
Que faire.? Je me suis assise, sous le regard apitoyé des voyageurs.
On ne peut pas sortir des rôles que la société nous assigne alors peut-être vaut-il mieux rentrer dans le rôle. C’est tellement plus reposant.
(A lire avec un nécessaire recul rigolo)

Meilleurs voeux à tous ceux qui s’ennuient en famille ou avec des “amis” (sic)

Notre impeccable Président nous a souhaité la bonne année, sans oublier tous “les gens qui ne sont pas “en famille”! Ceux qui travaillent, ceux qui sont seuls, malades et qui souffrent…”
Je sais ce qui me déplait chez vous Mr Macron, c’est votre normalité bourgeoise. Pour vous ne pas être en famille relève de la souffrance.
Alors je souhaite une excellente année , à tous les marginaux qui détestent les repas en famille, pour qui être seul(e) n’est pas une maladie mais une liberté, tous ceux qui ont décidé de faire la fête uniquement quand elle n’est pas obligatoire etc..

Réflexion sur l’amitié

Quand et comment décide-t-on que telle ou telle personne est digne de notre amitié ?
Sur cette question le grand écrivain américain Wallace Stegner fait une hypothèse intéressante (“En Lieu Sûr”, Gallmeister,2017) :”Ne répondons-nous qu’aux êtres qui paraissent nous trouver intéressants? …Etais-je à ce point avide de louanges qu’entendre déclarer qu’ils avaient aimé ma nouvelle suffit à me faire éprouver de la sympathie pour eux deux ? Est-ce que nous vrombissons, tintons ou nous illuminons quand, et seulement quand, on appuie sur nos touches de vanité ? Puis-je, dans toute ma vie, trouver quelqu’un que j’ai bien aimé sans qu’il eut montré des signes de m’aimer bien ? “

Les sordides histoires d’héritage témoignent de la médiocrité de la condition humaine

Impossible de raconter les histoires de famille.
Mais j’ai eu envie d’illustrer la petite histoire mesquine que je viens de vivre avec l’une des premières fables de La Fontaine.
La fable peut se conjuguer dans tous les sens : le vieillard peut être le “méchant” etc etc…
Le vieillard et ses enfants
Un vieillard prêt d’aller où la mort l’appelait :
“Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parlait),
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble;
Je vous expliquerai le noeud qui les assemble.”
L’aîné les ayant pris et fait tous ses efforts,
Les rendit en disant: ” Je le donne aux plus forts.”
Un second lui succède et se met en posture,
Mais en vain. un cadet tente aussi l’aventure.
Tous perdirent leur temps; le faisceau résista:
De ces dards joints ensemble un seul ne s’éclata
“Faibles gens ! dit le père, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre.”
On crut qu’il se moquait; on sourit, mais à tort :
Il sépare les dards et les rompt sans effort.
“Vous voyez, reprit-il, l’effet de la concorde :
“Soyez joints mes enfants, que l’amour vous accorde.”
Tant que dura son mal, il n’eut autre discours.
Enfin se sentant prêt de terminer ses jours :
“Mes chers enfants, dit-il, je vais où sont nos pères;
Adieu: promettez-moi de vivre comme frères;
Que j’obtienne de vous cette grâce en mourant.”
Chacun de ses trois fils l’en assure en pleurant.
Il prend à tous les mains; il meurt; et les trois frères
Trouvent un bien fort grand mais fort mêlé d’affaires.
Un créancier saisit, un voisin fait procès:
D’abord notre trio s’en tire avec succès.
Leur amitié fut courte autant qu’elle était rare.
Le sang les avait joints, l’intérêt les sépare:
L’ambition, l’envie, avec les consultants,
Dans la succession entrent en même temps.
On en vient au partage, on conteste, on chicane:
Le juge sur cent points tour à tour les condamne.
Créanciers et voisins reviennent aussitôt,
Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut.
Les frères désunis sont tous d’avis contraire:
L’un veut s’accommoder, l’autre ne veut rien faire.
Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris à part.

Fin d’été : conversations de plage entre femmes

Mon mari vient d’avoir 50 ans et il est déprimé. Il se trouve vieux. Il ne veut plus sortir. Moi, je m’en fous je suis venue seule ici avec mon fils et je suis ravie;”
“Mais vous êtes jeunes… qu’est ce que je devrais dire moi qui vient d’avoir 70 ans.”
” Quand ma mère a eu 70 ans, je l’ai mal vécu. Je me suis sentie vieille et je ne la regardais plus comme avant. Tout d’un coup, elle avait franchi un cap.”
Je viens d’avoir 78 ans (regards un peu condescendants sur elle) et parfois je me dis que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. Plus d’obligation de séduire, la possibilité d’être soi-même…Bien sûr, il faudrait s’arrêter là !”
“Vous ne trouvez pas bizarre que nous soyons entre femmes. Où sont nos hommes ? Le mien il est sur son canapé devant la télé.”
“Le mien il est devant son ordinateur et pour qu’il sorte, il faut vraiment le forcer !”
” De toutes manières, mon mari ne prête guère attention à moi depuis de nombreuses années (rires). Mais bon, c’est ce que je dis à mes enfants, dans un couple, il faut faire des concessions, non ?” Divorcer pour un oui, pour un non, est ce que c’est mieux ?”
” La dame là bas, elle a gardé ses cheveux blancs; çà, je ne peux pas. C’est montrer son âge. D’ailleurs mes petits-enfants me l’ont interdit.”
” Bon, mesdames, je vous laisse, je vais rejoindre Monsieur devant la télé, enfin quand j’aurai fini la lessive.”

On se définit par ceux que l’on exclue : une réflexion intéressante de Virginie Despentes (Vernon Subutex 3)

Sur le fond, tout le monde est d’accord : exclure les impurs, les impropres, les empêcher de s’exprimer. créer une catégorie de massacrables. les frontières varient, mais le jeu des gardes-douanes reste le même. C’est :toi, dehors. Je ne veux pas de çà chez moi. Le seul critère véritable, c’est qui on met dans les camps. Qui est torturable, charnièrable. Qui mérite d’être exclu. Il y en a qui ne veulent pas vivre avec les patrons, et d’autres c’est les Camerounais. il y en a qui ne veulent plus supporter les machos, et d’autres c’est les Gitans….On est tous du côté du pur. la seule chose qui nous intéresse c’est de légitimer la violence. Il faut que ce soit pour la bonne cause. parce qu’on veut bien avoir du sang sur les mains, mais en gardant bonne conscience. C’est la seule différence entre le sociopathe et le militant politique- le sociopathe se contrefout d’être dans le camp des justes. il tue sans préliminaires, c’est à dire sans perdre de temps à construire sa victime comme un monstre. Les Militants, eux font ça correctement : d’abord la propagande, et ensuite seulement le massacre.” (page 139 dans la bouche de Xavier, scénariste sans succès, aime les chiens)

C’est excessif mais ça donne à réfléchir sur ce thème qui m’est cher : l’exclusion