Archive pour la catégorie ‘Politique’

Sens de l’humour toujours en vadrouille : Je suis universaliste

Et comme je suis incapable de m’exprimer mieux que Francis Wolff auteur de “Plaidoyer pour l’universel” (Fayard, 2019) je me permets de citer cet extrait publié dans Le Monde du 18 Octobre 2019 : “Un humanisme de l’égalité et de la réciprocité qui transcende les continents, les “races”, les religions, les nations, les Etats, les classes, les sexes est aujourd’hui possible à condition qu’il ne se réduise pas à une individualisation des rapports humains à l’échelle globale(…) Un humanisme effectif donc cosmopolitique est possible à condition qu’il intègre l’idée que les êtres humains se pensent toujours concrètement à partir de leurs différences (…) et qu’ils se définissent de plus en plus, à mesure même de la cosmopolitisation croissante,par des identités multiples et mouvantes. Car le vrai humanisme, celui qui pourrait naître de cette cosmopolitisation, repose à la fois sur une éthique de l’égalité et une politique des différences.”

Merci à l’auteur(e) du dessin piqué sur internet et à Francis Wolff
Avec une pensée pour Rokhaya Diallo et son “féminisme intersectionnel”…….

Une belle exposition Norman Rockwell au mémorial de Caen

Elle s’intitule LES QUATRE LIBERTES et reprend les termes du discours du Président Roosevelt du 6 Janvier 1941 où il lance un appel à rompre l’isolationnisme de son pays en insistant sur la dimension mondiale du conflit mondial en cours. Il termine son discours en énonçant le principe des quatre libertés : la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté d’être protégé.
Rockwell illustre ces quatre libertés. Ses oeuvres seront publiées dans son journal Le Saturday Evening Post début 1943 puis utilisées pour encourager la population à acheter des bons de guerre. Elles deviennent ainsi le symbole des valeurs à défendre, qui seront reprises en d’autres termes dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948.
Les illustrations de Norman Rockwell sont terriblement émouvantes. Il croit profondément à ces valeurs. Il y mélange le privé et le public. Par exemple il illustre la liberté d’être protégé par des parents veillant sur leurs enfants.

J’aurais voulu serrer dans mes bras Norman Rockwell, parce qu’ il croyait véritablement à ces valeurs.
Mais j’aurais voulu aussi trouver une expression à mon désarroi devant une certaine indifférence ou même ironie contemporaines face à ces quatre libertés.

Vous voulez faire de la politique : êtes-vous charismatique ?

Définition du dictionnaire : Charisme : vient du mot grâce. (charisma) Autorité d’un chef, ressentie comme fondée sur certains dons surnaturels, et reposant sur l’éloquence, la mise en scène, la fascination…Grand prestige d’une personnalité exceptionnelle…Ascendant qu’elle exerce sur autrui..

Les définitions évoquent des caractéristiques plutôt positives. Et pourtant qui peut nier le “charisme” de Trump, de Boris Johnson, de Hitler …
personnalités plutôt stupides, cruelles et incompétentes.
Notre Olivier Faure (photo de droite) président du groupe socialiste à l’AN en est parait-il dépourvu . C’est en tout les cas ce que vous disent les gens même “de gauche” en parlant de lui.
Ils ne semblent pas se demander : est-il compétent ? Fait-il des analyses intelligentes ? A-t-il une bonne stratégie ?

Michel Rocard (au fait ce grand homme d’Etat avait-il du charisme ?) disait qu’il était impossible d’exprimer des idées cohérentes dans les médias avec le peu de temps qui vous est imparti. Il faut alors nécessairement avoir la “grâce” même si le contenu de votre discours relève du vide.
Je ne sais pas trop quoi penser sur ce sujet mais il me pose question. Il me semble que les noms des chefs d’Etat dans les pays scandinaves sont peu connus ce qui ne les empêche pas d’être compétents.
Il serait faux de dire que les citoyens que nous sommes sont indifférents au charisme quand ils votent.
Mais si Trump et Hitler (sans aucune idée de comparaison) avaient et ont du Charisme, il convient de nous interroger sur l’importance de cette notion pour nos choix politiques.

Samuel Bak, le peintre du génocide en Lituanie

Vilnius est une jolie ville, proprette, avec de belles églises un peu kitch, blanches et roses, des restaurants par centaines,des touristes par milliers, des habitants grands et blonds et une absence étonnante de pauvres, de basanés, de SDF dans les rues du centre ville.
Il ne reste quasiment rien des ghettos ou entre 1941 et 1944 près de 90% des juifs furent massacrés par les nazis.
Une seule synagogue subsiste sur les 100 qui existaient. Nous l’avons visité le 5 Aout et c’est en rentrant à Paris que je suis tombée sur une furtive nouvelle : la synagogue avait été fermée entre le 6 et le 8 Aout pour causes de menaces de mort.
Mais ce voyage restera pour moi celui de la découverte d’un peintre, Samuel Bak , né à Vilnius en 1933, peintre dès l’âge de huit ans, rescapé du génocide par miracle et vivant actuellement aux Etats-Unis.
Ses oeuvres magnifiques sont visibles au musée du génocide.
C’est tellement agréable de visiter une jolie ville en touriste insouciant qui ne se préoccupe pas du passé, des monceaux de cadavres ensevelis, de la collaboration des habitants de la ville soucieux d’échapper à la dictature de l’URSS. Mais on ne peut pas se bander les yeux tout le temps.
Comme dans certains des tableaux de Bak, quand le touriste joyeux fait semblant de découvrir des traces de ce centre fondamental de la vie juive religieuse et laique en Europe (c’est là que fut créé le BUND) à la fin du 19° et au début du 20° siècle , c’est comme s’il était aveugle. Le guide lui dit qu’il y a des choses à voir mais il ne voit rien.

C’est toujours dans l’exposition Samuel Bak que le même touriste apprend quelques bribes du présent de ce pays à propos de l’antisémitisme :”L’antisémitisme existe encore en Lituanie. A la vérité, il n’a jamais disparu à un niveau privé : beaucoup de lituaniens et de russes tiennent des propos antisémites dans leurs conversations. On y entend des stéréotypes sur la “mafia juive” qui règne sur le monde et les juifs rusés qui ne travaillent pas mais vivent bien parce que ce sont des escrocs. Parmi les lituaniens les moins éduqués, on raconte que les matzos sont remplis du sang d’enfants chrétiens
Au niveau politique, un parti néo-nazi s’est créé en 1995 qui célèbre chaque année l’anniversaire d’Hitler
Un autre problème a été le processus d’actualisation de l’Holocauste qui est apparu dans les médias en 1995 quand le Président lituanien Algirdas Brazauskas s’est excusé auprès d’Israël pour le génocide. La presse a condamné le Président pour s’être humilié lui même sans nécessité. Dans les années 2000, toute tentative de rappeler à la Lituanie les criminels de guerre qui n’avaient jamais été jugés, s’est accompagnée de vagues de colères médiatiques contre les juifs qui avaient collaboré avec les soviétiques
…”

Le touriste joyeux mais trop curieux rentre chez lui avec une pointe d’amertume mêlée d’une joie profonde d’avoir découvert Samuel Bak !

Le syndicalisme réformiste va-t-il être obligé de se “radicaliser” pour être écouté ?

Depuis quelques années,la CFDT avait enfin réussi à jouer un rôle dans la négociation sociale et était même devenue la première centrale syndicale en termes d’adhérents et de votants.
Depuis l’arrivée de Mr Macron et de ses amis au pouvoir, la négociation semble être en panne.
On a vu le Président dialoguer avec les Gilets jaunes . On le sent réticent vis à vis des syndicats et notamment de la CFDT. Elle ne fait plus peur , alors pourquoi perdre son temps à l’écouter.
Même si les auto-entrepreneurs vrais ou faux sont en augmentation, les salariés en CDD, intérimaires etc…n’ont pas disparu. Leur force de travail continue à alimenter le PIB. Or ils n’ont à ma connaissance que les syndicats pour les défendre.
De manière paradoxale, les révoltes y compris pour l’augmentation des salaires ne s’adressent plus prioritairement aux employeurs mais à l’Etat !
Or celui-ci ne détient que le pouvoir d’augmenter ou non le SMIC . Tout le reste : les conditions de travail ( Il y aurait plus de dix personnes principalement des ouvriers qui meurent chaque semaine d’un accident du travail), les salaires négociés dans les branches, l’assistance en cas de licenciement …etc sont du ressort des syndicats.
Des partis d’opposition en miettes, des syndicats inaudibles et méprisés, les contre pouvoirs indispensables risquent de disparaitre. La faute n’en revient pas seulement à la politique gouvernementale mais aussi à l’absurde multiplication des syndicats et à cette étrange manie des salariés français qui consiste à ne pas y adhérer ( 8 à 9% des salariés sont syndiqués)
S’il faut semer la pagaille dans les rues pour se faire entendre, la CFDT doit-elle abandonner le réformisme qui rime avec social-démocratie , pour se radicaliser contrairement à son ADN ?
On est en pleine contradiction .

Que devient l’anticonformisme ?

Je viens d’une autre époque, celle où quand on était jeune et révolté , on était forcément anticonformiste. On refusait de ressembler à la majorité de nos contemporains. Dire NON à tout ce qui nous semblait injuste et conforme aux normes “bourgeoises” était une évidence.
J’ai conscience que s’exprimer ainsi , ça fait “vieille conne”, du genre : c’était mieux avant…
Tant pis, j’assume
Si tout le monde regarde son téléphone, si tout le monde prend des photos dans les expositions empêchant ainsi les autres visiteurs de ne voir autre chose que les téléphones levés, j’ai envie de faire le contraire. Apparemment ces milliers d’yeux braqués sur leurs téléphones empêchent peu de gens…(et surtout pas les jeunes) de faire pareil.
On parle de l’emprise des réseaux sociaux ; Mais qui est responsable de la multiplication des fake news ou des propos sordides sur les réseaux : ceux qui les postent certes mais aussi les millions de suiveurs qui leur donnent ainsi une légitimité. Accuser les puissants n’est utile que si l’on est capable de leur opposer une alternative ou au minimum de dire Non.
Le réseau social est également une énorme machine identitaire du fait de ses utilisateurs aussi : on se choisit comme amis virtuels, ceux qui pensent comme nous, qui nous ressemblent. Comment dans ces conditions développer le sens des contradictions, du dialogue, de la confrontation… ?
Je me souviens de cette pièce montée par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie, “Les naufragés du fol espoir“, tirée du livre de Jules Verne : Les naufragés du jonathan, ,l’histoire d’une utopie qui s’échoue sur la bêtise .
Ce n’était pas mieux avant. L’humanité a fait d’énormes progrès scientifiques et techniques. Mais, nous, nous sommes restés plus ou moins les mêmes, envieux, obsédés par l’argent, la réussite, le sexe, la reconnaissance, notre petit ego.
Le narcissisme vaincra-t-il le progrès humain ? ou le contraire ?

La jeunesse a une porte-parole : Greta Thunberg

C’est le combat prioritaire , celui pour le climat.
La jeune Greta Thunberg l’a compris: cette bataille nous concerne tous mais ce sont les jeunes qui auront à supporter le pire des changements climatiques.
Quel courage et quelle magnifique détermination.
Elle et ses camarades ne doivent jamais oublier cette phrase d’Albert Einstein : “Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire.”

Tous les gilets jaunes ne sont pas antisémites….mais

Il y a beaucoup d’aspects positifs dans l’action des GJ : la manière originale dont ils ont réussi à former un vrai mouvement, leur détermination, la justesse de certaines de leurs revendications notamment sur le pouvoir d’achat ou le fonctionnement des institutions.
On ne peut pas affirmer que les inscriptions antisémites odieuses relevées après leurs manifestations viennent d’eux.
Les GJ n’aiment pas les riches ni les gens qui ont le pouvoir, ni les banquiers, ni les gens qui réussissent …
On a là toutes les caractéristiques d’un certain antisémitisme et en particulier la jalousie, l’envie vis à vis de ce que des antisémites imaginent des juifs.
“Ils ont de l’argent, ils sont solidaires entre eux, ils ont des relations donc ils réussissent”, toutes ces stupidités qui ont conduit entre autres au meurtre épouvantable de Ilan Halimi (dont l’arbre commémoratif a été scié à Sainte Geneviève des bois ces jours derniers)
Leur racisme est bien sûr évident : ils sont uniquement blancs comme si leurs revendications ne concernaient pas des gens d’autres origines. Mais ils n’envient pas ces gens venus d’ailleurs. Ils sont indifférents à leur sort. Eux,les GJ, ils sont chez eux, sur leurs territoires.
L’antisémitisme est dans l’ADN de tous les mouvements populistes et des GJ en particulier. Le président Macron n’est pas juif mais il était banquier chez Rothschild et le voilà embarqué dans le même bateau de haine que Les juifs.
Quel gâchis ! ils ont déclenché un débat qui aurait pu être intéressant. Ils ont mis en relief l’injustice sociale qui est une réalité.
Mais la durée de leurs manifestations trop souvent violentes, leur haine des policiers, leur démagogie, leur absence de raisonnement sur les raisons profondes de l’injustice sociale et donc leur incapacité (qui est également la notre) d’imaginer un autre système social fondé aussi sur la valeur travail (comme le rappelait Laurent Berger sur France 2) pourrit leur mouvement, tout comme le racisme implicite, ou comme l’antisémitisme non condamné.

Comment savoir ce qui est possible et souhaitable dans le futur ?

La vie est ailleurs”, “L’économie est blessée, qu’elle crève.”, “Soyez raisonnables, demandez l’impossible.”... hurlions nous en Mai 68. Nous étions plus de vingt ans avant la chute de l’URSS et de la quasi totalité des régimes communistes. Même si nous étions déjà critiques vis à vis de ce communisme, négateur des libertés élémentaires, nous espérions qu’un autre monde était possible.
L’économie pouvait crever, nous avions du boulot et nous vivions bien, même avec de petits salaires.
Qui peut dire aujourd’hui, à part de doux rêveurs (dangereux), ce que l’on peut construire de nouveau, de juste, de souriant à la place de ce capitalisme brutal mondialisé, où la Chine “communiste” joue un rôle primordial ?
La perspective que l’argent des riches ruisselle sur les pauvres, peut-elle provoquer l’enthousiasme ou une forme d’humiliation ?
Que devient la valeur travail, dans cette politique de croissance, qui en plus ne marche pas ?
Peut-on participer politiquement à une société quand on doute et que chacune de nos idées peut-être contredite à juste titre ?
Oui, la vie est ailleurs mais il faut bien manger, avoir un toit, voir d’autres paysages, se faire soigner…
La révolte des gilets jaunes est par bien des aspects indispensable mais elle nous entraîne dans un monde dépourvu de rêves,un petit monde de compromis ennuyeux et dangereux.
A suivre…

De la dangerosité des groupes et de la camaraderie…

J’ai toujours été mal à l’aise dans les groupes, au dessus de trois personnes.
A vingt ans j’avais déclaré :”Le groupe c’est la mort”
Certes, j’ai toujours eu envie d’appartenir à ces bandes que je voyais rire ensemble sur les plages de mon enfance
A force de les envier, en suis-je venue à les condamner ?
Il y a sans doute de cela dans mon refus mais il y a aussi quelques bonnes raisons. Le groupe risque d’annuler la réflexion et la responsabilité individuelles. Il faut faire comme tout le monde, ne pas se singulariser et s’aligner parfois sur le plus violent ou le plus stupide des membres du groupe.
Sebastien Haffner est l’auteur d’un livre admirable , “Histoire d’un Allemand”: Souvenirs (1914-1918)
Il y raconte sa vie de juriste de bonne famille, dans l’Allemagne d’après la grande guerre. On l’y voit s’épanouir dans un pays qui sombre peu à peu dans le fascisme, alors que la majorité de la population reste indifférente au drame qui se prépare. Lui fuira vers l’Angleterre en 1938, où il écrira ce récit qui ne sera redécouvert qu’à la fin du siècle dernier.
Apprenti juge dans les années 30, il est assigné à un camp où il fait du sport, apprend à se battre, se plait dans cette joyeuse camaraderie.
Je cite ici quelques extraits de ce chapitre final sur ce thème :” Pendant la journée, on n’avait jamais le temps de penser, jamais l’occasion d’être un “moi”. Pendant la journée, la camaraderie était un bonheur…..Et c’est précisément ce bonheur, cette camaraderie qui peut devenir l’un des plus terribles instruments de la déshumanisation- et qu’ils le sont devenus entre les mains des nazis…La camaraderie annihile le sentiment de la responsabilité personnelle…Le camarade fait ce que tous font. Il n’a pas le choix, pas le temps de réfléchir…La camaraderie ne souffre pas de discussion: c’est une solution chimique dans laquelle la discussion vire aussitôt à la chicane et au conflit… C’est un terrain fatal à la pensée, favorable aux seuls schémas collectifs de l’espèce la plus triviale et auxquels nul ne peut échapper, car vouloir s’y soustraire reviendrait à se mettre au ban de la camaraderie.”
Penser par soi même n’empêche malheureusement pas d’être raciste, violent, etc. Mais ne pas penser par soi même et se soumettre au groupe peut annoncer de graves manquements à la “civilité”, au sens large du terme.