Comment savoir ce qui est possible et souhaitable dans le futur ?

La vie est ailleurs”, “L’économie est blessée, qu’elle crève.”, “Soyez raisonnables, demandez l’impossible.”... hurlions nous en Mai 68. Nous étions plus de vingt ans avant la chute de l’URSS et de la quasi totalité des régimes communistes. Même si nous étions déjà critiques vis à vis de ce communisme, négateur des libertés élémentaires, nous espérions qu’un autre monde était possible.
L’économie pouvait crever, nous avions du boulot et nous vivions bien, même avec de petits salaires.
Qui peut dire aujourd’hui, à part de doux rêveurs (dangereux), ce que l’on peut construire de nouveau, de juste, de souriant à la place de ce capitalisme brutal mondialisé, où la Chine “communiste” joue un rôle primordial ?
La perspective que l’argent des riches ruisselle sur les pauvres, peut-elle provoquer l’enthousiasme ou une forme d’humiliation ?
Que devient la valeur travail, dans cette politique de croissance, qui en plus ne marche pas ?
Peut-on participer politiquement à une société quand on doute et que chacune de nos idées peut-être contredite à juste titre ?
Oui, la vie est ailleurs mais il faut bien manger, avoir un toit, voir d’autres paysages, se faire soigner…
La révolte des gilets jaunes est par bien des aspects indispensable mais elle nous entraîne dans un monde dépourvu de rêves,un petit monde de compromis ennuyeux et dangereux.
A suivre…

A celle qui prétendait m’aimer…

Je faisais partie de sa famille de coeur, sa famille choisie… depuis plus de vingt ans…
Qui ne souhaite pas être aimée ?
Nous avons cahin-caha , de diners en déjeuners, poursuivi cette drôle de relation.
Il y a quelques semaines, dans une grande brasserie parisienne, après l’avoir écouté pendant près de deux heures raconter ses interminables histoires sur l’Université, ses institutions, sa noble contribution à cette entreprise, à la fois constructive et critique… ses actions pour la prise en compte du gender, des LGBTQ…, de la PMA …quelque chose a cédé en moi.
Ce qu’elle me racontait m’ennuyait profondément et j’étais là coincée dans cette brasserie à faire semblant d’écouter pour que cette femme plus jeune que moi de vingt ans continue de m’accorder son amitié!!!

J’en ai connu tant, de ces gens à qui vous servez de faire-valoir, mais pour qui ce que vous pensez, ce que vous êtes, ce que vous aimez et ce que vous haissez, ce que vous avez écrit….n’existent tout simplement pas!
Dans un sursaut de fierté, j’ai décidé que j’en avais assez, qu’il fallait que je m’habitue à la non existence des universitaires retraités pour les “jeunes” louves qui y font carrière, plus généralement à la transparence des vieilles dames, même pour les féministes.
Ouf, cette fausse amitié est finie et je suis heureuse de ne plus avoir à faire semblant.
Je pense maintenant à elle comme à une pierre, de celles que je ramasse depuis des années sur les plages.
Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres” nous dit La Rochefoucauld.
Je crois que je suis arrivée à une étape de ma vieillesse où je refuse d’être dupe quitte à être un peu plus seule.
Mais tout cela n’est pas triste, au contraire : cela veut dire qu’à 78 ans je commence à penser que ce que j’ai à dire peut être intéressant. Youpi

Quelqu’un m’a dit que tu avais 90 ans, c’est vrai ?

C’est sympa non ?
S’agit-il de grossièreté ? de jalousie ? ‘(eh oui, ou va-t-elle se cacher?), d’une forme de racisme ?
En tous les cas, ça fait un choc .
Vive les vieux, mais c’est trop dur de nous voir en vous…restez chez vous
Alors je crois qu’il s’agit d’une bêtise profonde et haineuse.
“Il parait que l’on va tuer les vieux et les charcutiers.
Pourquoi les charcutiers ?”

De la dangerosité des groupes et de la camaraderie…

J’ai toujours été mal à l’aise dans les groupes, au dessus de trois personnes.
A vingt ans j’avais déclaré :”Le groupe c’est la mort”
Certes, j’ai toujours eu envie d’appartenir à ces bandes que je voyais rire ensemble sur les plages de mon enfance
A force de les envier, en suis-je venue à les condamner ?
Il y a sans doute de cela dans mon refus mais il y a aussi quelques bonnes raisons. Le groupe risque d’annuler la réflexion et la responsabilité individuelles. Il faut faire comme tout le monde, ne pas se singulariser et s’aligner parfois sur le plus violent ou le plus stupide des membres du groupe.
Sebastien Haffner est l’auteur d’un livre admirable , “Histoire d’un Allemand”: Souvenirs (1914-1918)
Il y raconte sa vie de juriste de bonne famille, dans l’Allemagne d’après la grande guerre. On l’y voit s’épanouir dans un pays qui sombre peu à peu dans le fascisme, alors que la majorité de la population reste indifférente au drame qui se prépare. Lui fuira vers l’Angleterre en 1938, où il écrira ce récit qui ne sera redécouvert qu’à la fin du siècle dernier.
Apprenti juge dans les années 30, il est assigné à un camp où il fait du sport, apprend à se battre, se plait dans cette joyeuse camaraderie.
Je cite ici quelques extraits de ce chapitre final sur ce thème :” Pendant la journée, on n’avait jamais le temps de penser, jamais l’occasion d’être un “moi”. Pendant la journée, la camaraderie était un bonheur…..Et c’est précisément ce bonheur, cette camaraderie qui peut devenir l’un des plus terribles instruments de la déshumanisation- et qu’ils le sont devenus entre les mains des nazis…La camaraderie annihile le sentiment de la responsabilité personnelle…Le camarade fait ce que tous font. Il n’a pas le choix, pas le temps de réfléchir…La camaraderie ne souffre pas de discussion: c’est une solution chimique dans laquelle la discussion vire aussitôt à la chicane et au conflit… C’est un terrain fatal à la pensée, favorable aux seuls schémas collectifs de l’espèce la plus triviale et auxquels nul ne peut échapper, car vouloir s’y soustraire reviendrait à se mettre au ban de la camaraderie.”
Penser par soi même n’empêche malheureusement pas d’être raciste, violent, etc. Mais ne pas penser par soi même et se soumettre au groupe peut annoncer de graves manquements à la “civilité”, au sens large du terme.

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J’ai écrit ce petit livre sur mon père
-parce que je voulais laisser une trace de la vie “ordinaire” de David Cohen qui eut 20 ans en 1914 et 45 ans en 1939
- parce qu’il avait laissé des cartes postales de la grande guerre et des lettres des années 40. (Pourquoi l’aurait-il fait s’il ne souhaitait pas transmettre ?)
– parce que je n’ai jamais trouvé le temps ni le moyen de lui dire que je l’aimais, malgrè ses “Allons Bon” et ses accès de mauvaise humeur
– parce que je voulais tenter d’expliquer comment un nom peut modifier le cours d’une vie, dans le mauvais (ou parfois le bon) sens.
Ce fut le cas de mon père, Ce fut en plus petit mon cas et malheureusement c’est encore le cas pour des Lévy, Coulibaly, Belkacem etc…
A partir de la trajectoire de vie de mon père, qui a fini par changer son nom juif en 1958, ( tout en restant croyant) je souhaitais aussi convaincre certaines personnes de tous bords politiques que l’on peut se sentir juif sans être religieux. Les processus d’exclusion, de discrimination séculaire, finissent par forger un autre rapport au monde, une forme de désespoir optimiste (ou le contraire), une colère retenue qui n’ont souvent rien à voir avec la religion ou un quelconque communautarisme.

(Vous pouvez le commander sur : commande@harmattan.fr)

Quand l’absence de Chef(s) fait peur

Je n’aime pas les gens qui veulent être chefs. Ils se reconnaissent très vite : ils parlent beaucoup pour ne rien dire, ils savent, Ils s’introduisent, expliquent que “c’est dans les statuts” et qu’il nous faut être représentés dans le Conseil truc-muche de l’association machin etc …
Et comme un chef n’est rien tout seul, il faut un vice-chef, un sous-chef…etc
En cela, le Mouvement des Gilets jaunes est intéressant. Ils ne s’estiment pas représentables. On prend le tout ou rien.
C’est plutôt sympathique.
Mais c’est là que la “démocrate” que je suis ne peut aller jusqu’au bout de son refus des chefs.
Peut-on imaginer une démocratie sans représentation, fondée sur des référendums d’initiative citoyenne, une absence de leaders et même des positions contradictoires ou changeantes ?
Ce serait l’idéal dans une société formée d’êtres généreux, intelligents, qui auraient conscience de ne pas détenir la vérité…
Ce serait suicidaire de penser qu’une telle société est possible dans un monde injuste, où les plus stupides des citoyens trouveront le moyen de dévoyer le système, de trouver des bouc-émissaires à leurs frustrations (par ailleurs justifiées)… Bref cessons de rêver.
Une telle société est impossible.
Reste le “despotisme représentatif” qui a le mérite d’établir une forme de paix…. jusqu’à la prochaine explosion qui celle-ci aura peut être un Chef auto -désigné peut-être démocrate, peut-être fasciste.

Quand deux arrogances se rencontrent… ça pète et ça ne sert qu’aux extrêmes

Inutile de revenir sur l’arrogance de Mr le Président Macron et de ses ministres. Ils semblent parfois vivre dans un autre monde.
En face, il y a des supposés “braves gens” qui galèrent mois après mois pour survivre.
Les salaires trop faibles, les CDD, les interim …ne leur permettent aucun extra.
Cette colère contre des conditions de vie difficiles ne pouvait susciter au début de leur mouvement que de la sympathie
Mais cette sympathie a ses limites : ce n’est pas juste le chaos dans les beaux quartiers de Paris (dont je veux croire qu’il n’est pas de leur fait), qui me fait douter, c’est leur… arrogance quand ils disent : nous manifesterons où nous voulons, nous ne voulons plus de taxes, nous ne voulons pas désigner de représentants, c’est le peuple qui s’exprime, Macron démission etc…
En même temps” ils ont dénoncé des migrants cachés dans un camion citerne, ils sont majoritairement blancs, ils se croient au dessus des lois en refusant un parcours de manifestation qui permette la coexistence avec les parisiens qui ne sont pas d’accord avec eux, avec les touristes qui ne leur ont rien fait, ils refusent de désigner des représentants prêts au dialogue, ils vont tmême semble-t-il jusqu’à menacer ceux qui oseraient dialoguer.
La démocratie est le pire des régimes… à l’exception de tous les autres et en particulier le gouvernement du peuple par le peuple n’a jamais marché. Le peuple est pluriel et le pouvoir forcément obligé de tenir compte des contradictions au sein du peuple.
L’arrogance du pouvoir libéral qui favorise les riches contre l’arrogance de ceux qui se sentent exclus des bienfaits du capitalisme ne peuvent que provoquer des haines, des jalousies, des racismes et des frustrations, et faire le lit du populisme voire du fascisme.
C’est aux arrogants qui ont le pouvoir de faire le pas qui permettra le début d’un dialogue. En sont-ils capables ? Je l’espère
Mais il faut être deux prêts à s’écouter et à savoir qu’ils ont peut-être tort sur tel ou tel point, pour dialoguer.
L’avenir le dira

De la la perfection (Guy Dhoquois)

Guy Dhoquois

Poême de Guy Dhoquois publié sur son blog (auteurs.harmattan.fr/guy-dhoquois) : La perfection

La perfection n’a qu’un défaut la perfection
La perfection n’a qu’un défaut elle même
Seule l’imperfection rend possible le mouvement

J’ai beaucoup de questions et peu de réponses
J’ai donc beaucoup de questions sans réponse
En fait de moins en moins
Je me pose de moins en moins de questions

Le vieillissement invite à la régularité
Et à la modestie
Je tente de nettoyer chez moi
Le bête et le méchant

C’est un peu tard
Je me compare parfois à un poussin poussah
L’oeil entend
Le génie est seul
Même le petit génie

Macron, Kafka et l’autre côté de la rue


Beaucoup se plaignent que les paroles des sages fussent toujours des paraboles dont on ne pouvait se servir dans la vie quotidienne, la seule que nous ayons. Quand le sage dit : “Va de l’autre côté”, il ne veut pas dire qu’il faut traverser la rue pour aller de l’autre côté, ce qu’on pourrait du moins faire si ce qu’on obtenait en faisant le chemin avait quelque valeur. Mais il veut parler de quelque chose de légendaire, quelque chose que nous ne connaissons pas, que le sage lui-même ne peut pas désigner plus précisément et qui donc ne nous aide en rien.” (Parabole de Kafka citée par Nicole Krauss dans son livre Forêt obscure)

Tout à coup, j’avais trois ans : de l’arrogance au quotidien

Il y a l’arrogance du pouvoir, l’arrogance des nantis, l’arrogance des hommes et celle dont je vais parler : l’arrogance des femmes grandes gueules.
Elles sont contentes d’elles, s’affirment avec volubilité et sonorité et risquent de réduire au silence ceux ou celles qui n’ont pas eu la chance d’être une “grande gueule“.
Dans un groupe de femmes de gauche, qui se penchent sur le sort des défavorisés, j’ai été confrontée à plusieurs de ces femmes , celles qui savent se faire entendre, qui ont des voix fortes, et surtout qui ne nagent pas dans les contradictions.
Et tout à coup, à leurs côtés, j’ai eu trois ans…ou 7 ans..
J’ai été enfermée dans ma timidité, dans mon incapacité à dire ce que j’avais à dire. Muette, transpirante, les larmes aux yeux, je rétrécissais jusqu’à ne plus exister.
Hélène Cixous a dit cette phrase admirable dans une interview à un site juif( Akadem) à propos de son enfance à Oran dans les années 40, et du jardin du Cercle militaire où son père lieutenant avait eu le droit d’entrer avant le statut des juifs : ” J’avais beau rentrer, j’étais pas dedans.”
C’est une expérience douloureuse, mais fréquente, pour beaucoup de gens.
Et ce qu’il y a de pire encore, c’est que les “grandes gueules” autour de vous en profitent souvent pour vous rabaisser un peu plus.
Ce petit article un peu narcissique m’a paru important pour parler des gilets jaunes, de leur sentiment d’exclusion sociale, de leur rejet de l’arrogance d’où qu’elle vienne, et elle peut venir de gens qui vous sont proches.
Pour faire la transition, voici une autre phrase méprisante de Gérard Darmanin, dans un entretien avec le JDD du 28 octobre 2018 : “Notre politique va bénéficier à ceux qui travaillent, qui font tourner le pays.”
Comment ne pas être blessé par cette phrase quand on est retraité, chomeur, employé intérimaire etc.
L’arrogance , on la trouve dans les rapports individuels, dans les entreprises,dans les associations, dans la manière d’exercer un pouvoir même minuscule. On ne peut pas l’assimiler à la lutte des classe et au capitalisme. Elle est en embuscade partout y compris chez celle qui écrit ce texte.