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Le risque nucléaire ? C’est voulu !

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi avait été conçue pour résister à un raz de marée ne dépassant pas 5 mètres de hauteur. Perdu : il faisait 6 mètres, avec pour résultat qu’il a noyé les systèmes de refroidissement de secours du cœur du réacteur. Les systèmes d’arrêt automatique de la réaction nucléaire en cas de tremblement de terre avaient, eux, bien fonctionné. Le problème, c’est qu’une centrale arrêtée est très chaude, et il faut impérativement continuer à la refroidir.

On peut se demander pourquoi les ingénieurs ayant conçu cette centrale ne l’ont pas protégée d’un raz de marée de plus de 5 mètres. Peut-être croyez-vous qu’ils avaient estimé qu’un tel évènement était impossible ? Encore perdu : en 1896, cette région du Japon a subi un raz de marée de 38 mètres 1. Cela, les ingénieurs ne pouvaient l’ignorer.

Ils ont donc délibérément pris le risque que la centrale ne puisse pas être refroidie, et que son cœur fonde. Le tout est de comprendre pourquoi.

On peut toujours, si on le veut, augmenter la sécurité de toute installation industrielle ou de toute infrastructure, mais cela a un coût. Ainsi, la conception d’une installation résulte toujours d’un compromis entre sa sécurité et son coût. Et s’il est vrai que le risque zéro n’existe pas, on peut toujours s’en rapprocher d’aussi près qu’on veut, moyennant finances et ressources humaines, dont le surcoût augmente d’autant le prix du kilowattheure fourni par la centrale.

Pour autant, faut-il ne pas accepter ce surcoût ? Ceci rejoint directement la question des énergies renouvelables : le prix du kilowattheure photovoltaïque (les cellules solaires) est actuellement 12 fois plus élevé que celui du kilowattheure nucléaire. Le coût de l’éolien terrestre est, lui, 2 fois plus élevé que celui du nucléaire 2. Est-ce une raison pour ne pas développer ces énergies ? Si on estime qu’elles doivent être développées, alors il devient certain qu’on pourrait faire des centrales nucléaires encore plus sûres, tout en maintenant le coût du kilowattheure nucléaire nettement moins cher que l’électricité d’origine éolienne ou photovoltaïque.

Hélas, constatons que le choix du compromis entre le coût et la sécurité des centrales nucléaires est toujours décidé sans demander à la population ce qu’elle en pense. Une vraie approche démocratique n’est donc certainement pas de réclamer un référendum sur la continuation ou non du nucléaire, en espérant des réponses massivement émotionnelles de la part d’électeurs non informés : il faut au contraire les informer des enjeux. 

1 Courrier International n° 1065 du 31 mars au 6 avril 2011, page 38

2 L’Expansion, avril 2011

Grippe porcine et luttes interconfessionnelles

La conclusion est faite : la grippe dite « porcine » a fait moins de victime qu’une grippe saisonnière.

Il était prouvé que cette grippe n’affectait pas le porc, et que le porc était incapable de la transmettre. Pourtant, au début de l’épidémie, les autorités égyptiennes s’étaient empressées d’annoncer qu’elles procéderaient à l’abattage de tout leur cheptel porcin. L’Organisation Mondiale de la Santé avait alors expressément indiqué à l’Egypte qu’une telle opération serait totalement inutile, sanitairement parlant.

En creusant un peu, on découvre que l’élevage des porcs en Egypte est le moyen de survie essentiel d’une minorité religieuse très pauvre : les Coptes, d’origine chrétienne. L’Egypte est en effet très majoritairement musulmane.

S’il est confirmé que l’Egypte a effectivement fait ce qu’elle annonçait, c’est un bel exemple de l’art de porter atteinte à l’ennemi religieux sous couvert de risque sanitaire.

Voile intégral et législation

Le voile intégral, ce n’est pas nouveau. Saviez-vous que la France abrite, depuis des siècles, des ordres religieux féminins dont les membres portent un voile qui leur cache intégralement le visage ? Le maire d’un village rapportait récemment que, quand elles viennent voter, elles soulèvent tout simplement leur voile, de bonne grâce, au moment où elles présentent leur pièce d’identité.

Que je sache, on n’en a pas fait un drame de société. Je peux, en tant qu’individu, être gêné de partager l’espace social avec une personne dont je ne vois pas le visage, mais le législateur avait jusqu’alors estimé que cela ne le concernait que dans les rares cas ou l’identité de la porteuse doit être vérifiée.

J’imagine, d’ailleurs, que si une telle religieuse dévoilait ainsi son visage devant moi, il est probable que je trouverais cela follement érotique… Ne souriez pas : c’est précisément pour des raisons de cet ordre que le radicalisme islamique impose le port du voile.

La loi envisagée (c’est le cas de le dire…) devrait non seulement administrer une amende à la porteuse du voile, mais aussi administrer une peine beaucoup plus lourde à la personne qui l’aurait incitée à le porter. On se demande vraiment comment un juge pourra décider si la femme en question est forcée, ou si c’est son choix : je ne saurais même pas dire, en ce qui me concerne, si les comportements de politesse et de civisme auxquels j’adhère m’ont été imposés par la contrainte éducative (ou religieuse…) ou s’ils relèvent de mon libre-arbitre.

Il reste que cette tentative de loi veut répondre à une question de société qui a son importance : le radicalisme islamique. S’il est dangereux (ce que je crois), ce n’est pas cette loi qui luttera contre, bien au contraire. Cela ressemble furieusement à la réaction basique qui consiste à augmenter les forces de police dans les quartiers de non-droit, en se figurant qu’elles permettront d’y faire revenir le droit.

Le problème, ce n’est pas ce voile. Le problème, pour citer les récents propos de la Présidente du mouvement « Ni putes ni soumises », c’est que je ne veux ni du fascisme vert, ni du fascisme blanc.