{"id":2199,"date":"2020-05-26T11:03:17","date_gmt":"2020-05-26T09:03:17","guid":{"rendered":"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/?p=2199"},"modified":"2024-03-30T12:13:09","modified_gmt":"2024-03-30T11:13:09","slug":"la-conscience-de-soi-et-de-lautre-chez-abdelkebir-khatibi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/blog\/2020\/05\/26\/la-conscience-de-soi-et-de-lautre-chez-abdelkebir-khatibi\/","title":{"rendered":"La conscience de soi et de l\u2019autre chez Abdelk\u00e9bir Khatibi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right\"><strong>Maria Zaki<\/strong><a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p><a href=\"_wp_link_placeholder\" data-wplink-edit=\"true\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"La  FLSH de Rabat le 14.03.19\" src=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2020\/06\/La-FLSH-de-Rabat-le-14.03.19.jpg\" alt=\"La  FLSH de Rabat le 14.03.19\" width=\"528\" height=\"360\" \/><\/a><\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre d\u2019Abdelk\u00e9bir Khatibi \u00e9tant imposante et pluridisciplinaire, cette communication ne repr\u00e9sente qu\u2019une goutte dans un oc\u00e9an. Par ailleurs, il est \u00e9vident que peindre, ou rendre par des mots, le portrait de Khatibi serait une t\u00e2che impossible, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019est fray\u00e9 un chemin o\u00f9 l\u2019initiatique l\u2019emporte sur l\u2019accompli et la qu\u00eate inachev\u00e9e, sur le fini. Ce chemin, qu\u2019il a parcouru en \u00ab\u00a0Etranger professionnel\u00a0\u00bb et balis\u00e9 par \u00ab\u00a0l\u2019Aimance\u00a0\u00bb, nous continuons \u00e0 en d\u00e9couvrir des fragments inconnus ou inexplor\u00e9s, comme des \u00e9tapes ou des voyages dans le monde. Khatibi consid\u00e9rait chacun de ses livres comme un voyage, qui peut \u00eatre un voyage initiatique pour certains lecteurs et relecteurs susceptibles de reprendre son itin\u00e9raire depuis son premier ouvrage. Il pensait que la lecture et la relecture avaient leur place parmi les qu\u00eates initiatiques et que les lecteurs \u00e9taient des personnes voulant enrichir leur vie int\u00e9rieure et acqu\u00e9rir plus de maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sont des th\u00e8mes de qualit\u00e9 \u00e0 dimensions litt\u00e9raire, politique, sociale, interculturelle, mystique\u2026 qu\u2019il a l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 son \u0153uvre comme des pistes \u00e0 explorer au-del\u00e0 du temps. Par ses pens\u00e9es, ses recherches et ses \u00e9crits, il d\u00e9sirait atteindre un art de vivre o\u00f9 le dialogue intelligent et la communication bienveillante lib\u00e9reraient de la contemporan\u00e9it\u00e9. Son \u0153uvre a marqu\u00e9, de mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile, au moins deux g\u00e9n\u00e9rations de jeunes intellectuels maghr\u00e9bins qui lui sont infiniment reconnaissants.<\/p>\n<p>Khatibi naquit \u00e0 El Jadida en 1938, en plein deuxi\u00e8me guerre mondiale et son p\u00e8re, th\u00e9ologien et n\u00e9gociant, mourut juste apr\u00e8s la fin de cette guerre. Orphelin \u00e0 neuf ans, il grandit en plus \u00e0 la fin de la p\u00e9riode de la colonisation du Maroc par la France. Tr\u00e8s t\u00f4t, il comprit ce qu\u2019il lui faudra pour se faire une place dans une soci\u00e9t\u00e9, pour le moins, d\u00e9sorient\u00e9e. Il y parvint, puisqu\u2019il r\u00e9ussit ses \u00e9tudes secondaires au Maroc, alla \u00e9tudier \u00e0 la Sorbonne \u00e0 Paris, puis retourna enseigner \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Mohammed V de Rabat. Mais le plus important, est que la litt\u00e9rature accompagna sa vie de mani\u00e8re continue, depuis l\u2019\u00e2ge de douze ans \u00e0 peu pr\u00e8s, quand il \u00e9tait \u00e9l\u00e8ve en pension \u00e0 Marrakech.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture de Khatibi s\u2019est d\u2019abord construite \u00e0 partir de la r\u00e9flexion sur soi, puis c\u2019est son regard d\u00e9doubl\u00e9 sur les autres qui op\u00e9ra. Dans son premier roman <em>La m\u00e9moire tatou\u00e9e. Autobiographie d\u2019un d\u00e9colonis\u00e9<\/em>, Khatibi (1971, 12) souligne : \u00ab Et je pense bien que ma profession -regard d\u00e9doubl\u00e9 sur les autres- s\u2019enracine \u00e0 tout hasard \u00e0 l\u2019appel de me retrouver, au-del\u00e0 de ces humili\u00e9s qui furent ma premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 \u00bb<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Pour lui, c\u2019est entre deux langues, \u00e0 la faveur d\u2019un regard d\u00e9doubl\u00e9, qu&rsquo;une pens\u00e9e nouvelle \u00e9tait possible. La port\u00e9e strat\u00e9gique d&rsquo;une telle d\u00e9marche lui semblait d\u00e9cisive car susceptible de permettre aux pays domin\u00e9s de mieux comprendre les fondements de cette domination, et de cheminer, au-del\u00e0 de toute th\u00e9ologie d\u2019origine, vers une interrogation in\u00e9dite. Il pensait que l\u2019on devait supporter la v\u00e9rit\u00e9 sur les hommes, leurs impulsions, leur cruaut\u00e9, \u2026, pour arriver \u00e0 mettre en forme le monde au moyen de la litt\u00e9rature.\u00a0Il a tent\u00e9, dans ce livre, de suivre \u00e0 la trace les signes et les actes qui frappent un homme et le marquent d\u00e9finitivement. Ainsi, Khatibi\u00a0(1971, 16) dit :<\/p>\n<p>L\u2019image choc de mon p\u00e8re est comique\u00a0: marche dans la rue, lui rigide, entre ciel et terre, m\u2019\u00e9crasant de sa taille, et moi trottinant en silence. La seule photographie que j\u2019aie conserv\u00e9e de lui me renvoie un visage de bagnard, la t\u00eate nue, les cheveux coup\u00e9s ras, les oreilles en fl\u00e8che, le regard d\u2019une douceur acide, et en bas de la photographie des empreintes digitales bien fan\u00e9es<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>On remarque en plus l\u2019utilisation fr\u00e9quente des mots \u00ab\u00a0diff\u00e9rence\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb dans cet ouvrage.<\/p>\n<p>Il r\u00e9ussit, par la suite, \u00e0 trouver une issue dans l\u2019universalit\u00e9 du concept de domination pour \u00e9chapper \u00e0 toute forme de haine autodestructrice et remplacer le ressentiment par le discernement sur soi d\u2019abord, puis sur l\u2019autre quel qu\u2019il soit. C\u2019est \u00e0 partir de Nietzsche qu\u2019il parvint \u00e0 mieux articuler la question de la diff\u00e9rence, au-del\u00e0 de la morale et de la m\u00e9taphysique. Ce que lui inspirait la question de l&rsquo;\u00eatre, de l&rsquo;identit\u00e9 et de la diff\u00e9rence \u00e9tait \u00e0 la fois fort et compliqu\u00e9, mais la philosophie lui permit de mieux s\u2019en acquitter, <em>m\u00eame s\u2019il se consid\u00e9rait coup\u00e9 de toute filiation de ce c\u00f4t\u00e9<\/em><em>. <\/em>Dans son essai <em>Jacques Derrida en effet<\/em>, Khatibi (2007, 57) dit : \u00ab\u00a0Rien n\u2019est donc assur\u00e9, donn\u00e9 ou accord\u00e9 par avance, sans le risque d\u2019une division active de soi. On est plut\u00f4t dans l\u2019horizon d\u2019une promesse, une possibilit\u00e9 productrice, un jeu avec le hasard et l\u2019inconnu\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Soit dit en passant, une amiti\u00e9 d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, caract\u00e9ris\u00e9e par un dialogue philosophique permanent, liait Khatibi et Derrida\u00a0qui n\u2019est jamais gu\u00e9ri de sa \u00ab\u00a0nostalg\u00e9rie\u00a0\u00bb selon ses propres termes. Les deux hommes entretenaient une correspondance autour de la probl\u00e9matique de l\u2019identit\u00e9 et la langue maternelle, ou comment dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans une autre langue que la sienne d\u2019origine. Alors que Khatibi revendiquait son bilinguisme, Derrida \u00e9voquait \u00ab\u00a0<em>Le Monolinguisme de l\u2019Autre\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn5\"><em><strong>[5]<\/strong><\/em><\/a>. La relation probl\u00e9matique de Derrida avec la langue fran\u00e7aise l\u2019am\u00e8ne \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9construction\u00a0\u00bb que Khatibi consid\u00e8re comme une \u00ab\u00a0d\u00e9colonisation\u00a0\u00bb, ce qu\u2019il exprime dans <em>Le scribe et son ombre<\/em> (2008, 61) :<\/p>\n<p><em>Depuis les ann\u00e9es soixante-dix, j\u2019avais essay\u00e9 de trouver une relation significative entre la \u00ab\u00a0d\u00e9construction\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0d\u00e9colonisation\u00a0\u00bb, d\u2019autant plus qu\u2019une proximit\u00e9 de situation historique (il est n\u00e9 en Alg\u00e9rie et y a grandi jusqu\u2019\u00e0 dix-huit ans) encourageait un d\u00e9sir de r\u00e9volte, mais une r\u00e9volte pens\u00e9e et argument\u00e9e, contre un pass\u00e9 dont on a souffert. J\u2019appelais ce pass\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat de servitude\u00a0\u00bb. Oui aller vers un monde \u00e0 venir sans se renier<\/em><a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><em>. <\/em><\/p>\n<p>Les deux amis ont travaill\u00e9 ensemble au Maroc, en France et aux USA, et chacun a \u00e9crit sur l\u2019autre.<\/p>\n<p>On a qualifi\u00e9 Khatibi de sociologue, de chercheur, de professeur, de po\u00e8te, de romancier, d\u2019essayiste, de s\u00e9miologue, de critique d\u2019art, de philosophe, et m\u00eame de politologue. Cette non-identification des r\u00f4les l\u2019accablait, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il d\u00e9cida de la consid\u00e9rer comme une contrainte favorable \u00e0 la conscience de soi et de l\u2019autre, constituant un pas essentiel vers la connaissance de soi et de l\u2019autre. Ainsi des actes tels que la rencontre, le dialogue, les interf\u00e9rences, les conf\u00e9rences, les collaborations ou les controverses\u2026, produisirent chez lui une \u00e9volution du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb r\u00e9el et une m\u00e9tamorphose du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb imaginaire qu\u2019il exprima ainsi dans son ouvrage <em>Le scribe et son ombre <\/em>(2008, 118-119) :<\/p>\n<p>Je ne cessais de cultiver, dans mes propri\u00e9t\u00e9s imaginaires, mon autre abri, espace marginal, r\u00e9serv\u00e9 aux plaisirs de la solitude asc\u00e9tique, qui fut favorable \u00e0 mes premiers \u00e9crits. Avec ce d\u00e9sir continu d\u2019\u00eatre cach\u00e9, comme un animal dans sa retraite. Plus tard, cet animal prit son envol. Il se transforma en cheval solaire, qui parcourait la M\u00e9diterran\u00e9e en changeant de couleur \u00e0 l\u2019aube de chaque pays<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Pratiquement \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, il confia \u00e0 Hassan Wahbi (2010, 28) :<\/p>\n<p>Vous me demandiez, mon ami, comment je pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019on me d\u00e9finisse. Eh bien, je dirai que je suis un r\u00e9sistant pacifique, ou mieux, un horizontain amoureux. Mais cette formule change selon mon \u00e9tat d\u2019esprit. Chacun est libre de me d\u00e9finir comme il l\u2019entend ou le sent. Je ne me porte garant que de mes propres incertitudes<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a><sub>.<\/sub><\/p>\n<p>Khatibi mena un travail de sociologue et de critique litt\u00e9raire de premier ordre, depuis 1968. Tout d\u2019abord, sur la litt\u00e9rature maghr\u00e9bine contemporaine, et sans rentrer dans les d\u00e9tails concernant les multiples approches dont il se servit (analyse du contenu, \u00e9chelles d\u2019attitudes, linguistique structurale, th\u00e9orie des jeux, th\u00e9orie de l\u2019information, cybern\u00e9tique\u2026), relevons simplement un passage dans son essai <em>Le roman maghr\u00e9bin <\/em>qui en dit long (1979, 9) : \u00ab\u00a0Il fallait bien d\u00e9montrer que les soci\u00e9t\u00e9s colonis\u00e9es ne sortaient pas du n\u00e9ant, qu\u2019elles \u00e9taient dot\u00e9es de valeurs authentiques et d\u2019une v\u00e9ritable culture\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Puis ce furent d&rsquo;autres essais tout aussi remarquables, tels que <em>Maghreb pluriel<\/em><a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> (1983) ou <em>Penser le Maghreb<\/em><a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> (1993). Des ouvrages o\u00f9 il mit l\u2019accent sur les recherches entreprises par les \u00e9crivains maghr\u00e9bins et leur volont\u00e9 de d\u00e9passer la soumission. Ecrivains qui ont trait\u00e9 des questions graves, telles que la lutte anticoloniale, le rejet de l\u2019ali\u00e9nation et de la d\u00e9personnalisation,\u2026etc. Mais ces m\u00eames questions, Khatibi ne manqua pas de d\u00e9noncer qu\u2019elles v\u00e9hiculaient une certaine obsession du politique, jusqu\u2019au sein du roman maghr\u00e9bin, affaiblissant son esth\u00e9tique et brouillant sa coh\u00e9rence. Il regrettait \u00e9galement le manque d\u2019infrastructure n\u00e9cessaire \u00e0 la vie d\u2019une litt\u00e9rature nationale.<\/p>\n<p>Khatibi pensait que le r\u00f4le de l\u2019intellectuel est d\u2019accompagner l\u2019histoire de son \u00e9poque en maintenant son droit de regard sur les \u00e9v\u00e8nements et sur les hommes. Dans son <em>Manifeste sur le m\u00e9tissage culturel<\/em>, on remarque qu\u2019il annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la couleur du champ intellectuel \u00e0 cultiver. Le dixi\u00e8me point de ce Manifeste dit (1990, 150) :<\/p>\n<p>Au m\u00e9tissage culturel, il faudrait des r\u00e8gles du jeu. Lesquelles\u00a0? Je vous invite, je nous invite \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir, chacun selon son droit de regard. Par exemple il faudrait, n\u2019est-ce pas, mieux pr\u00e9ciser les figures de l\u2019\u00e9tranger, les d\u00e9gager de leurs ext\u00e9riorit\u00e9s informes, de leur complaisance ou de leur barbarie. Pens\u00e9e des fronti\u00e8res\u00a0: en \u00e9laborer les lignes directrices, les cadres, les jeux d\u2019ombres et de lumi\u00e8res de couleurs, de limites de r\u00e9sistance et de passage<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces arguments seront d\u00e9cisifs pour lui, il en dira (2008, 118)\u00a0:<\/p>\n<p>Je les ai intellectualis\u00e9s, au fur et \u00e0 mesure, avec quelques motifs que j\u2019ajoutai \u00e0 mon lexique de la qu\u00eate de soi, de l\u2019image de soi dans le regard de l\u2019autre. Je poursuivais ma qu\u00eate, dans des collaborations vari\u00e9es avec d\u2019autres scribes, des artistes, des penseurs. Car je pouvais avancer avec mon esprit et le leur<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Il a, effectivement, produit des ouvrages \u00e0 quatre mains et de nombreux collectifs dont des livres d\u2019art, des \u00e9crits \u00e9pistolaires, des textes de r\u00e9flexion et d\u2019autres formes g\u00e9n\u00e9riques. Il nous faut plusieurs pages pour n\u2019en citer que les titres<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>La tendance multipolaire constitue l\u2019un des fondements de la pens\u00e9e khatibienne. Outre l\u2019ouverture \u00e0 tout dialogue vivifiant et interactif, on distingue ais\u00e9ment un autre\u00a0p\u00f4le d\u2019int\u00e9r\u00eat qui est le voyage. Gr\u00e2ce \u00e0 ses voyages fr\u00e9quents et multiples, il parvint \u00e0 mieux cerner ce qu\u2019il d\u00e9signait par les lieux de passage et de r\u00e9sistance entre les hommes, les communaut\u00e9s et les pays, entre les diff\u00e9rentes cultures, les spiritualit\u00e9s et les religions. Ces voyages \u00e9taient parfois physiques et parfois intellectuels, voire oniriques, mais tous avaient une ligne directrice repr\u00e9sent\u00e9e par la notion de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranger professionnel\u00a0\u00bb. Ce point nous renvoie \u00e0 son essai intitul\u00e9\u00a0: <em>Figures de l&rsquo;\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise <\/em>qui montre l\u2019int\u00e9r\u00eat de Khatibi (1987, 211) pour l\u2019\u00e9criture \u00ab\u00a0en tant qu\u2019exercice d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 cosmopolite, capable de parcourir les diff\u00e9rences\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>. Il (1987, 66) y d\u00e9finit ainsi une fonction de l\u2019\u00e9tranger\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranger est le troisi\u00e8me terme entre moi et moi. Il est un messager, un passeur de d\u00e9sir et de pens\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. Ceci montre que le voyage devient passage, gr\u00e2ce \u00e0 la rencontre avec l\u2019\u00e9tranger. Autrement dit, sans cette rencontre, il n\u2019y a pas de passage possible. Malgr\u00e9 cela, le changement en soi n\u2019op\u00e8re pas toujours. Pour ce faire, il faut des conditions \u00e9thiques. Khatibi (1987, 85) en dit\u00a0dans le m\u00eame essai : \u00ab\u00a0Rencontrer l\u2019\u00e9tranger, le\u00e7on paradoxale\u00a0: rencontrer, ne pas \u00e9valuer ni d\u00e9valuer, ni classer l\u00e0 o\u00f9 il ne s\u2019agit que de diff\u00e9rer (ses croyances, ses habitus, ses passions barbares)\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. Ainsi, en plus de sa mission de passeur, l\u2019\u00e9tranger professionnel poss\u00e8de une \u00e9thique qui, d\u2019une part, va \u00e0 l\u2019encontre de toute forme de racisme ou de rejet, et d\u2019autre part,\u00a0 permet de d\u00e9passer la passion de l\u2019autre, la passion de la rencontre en la transformant en \u00e9coute, en accompagnement comme le disait Khatibi lui-m\u00eame. Pour cela, il nous a laiss\u00e9 des points de rep\u00e8re, comme \u00ab\u00a0l\u2019Inter\u00a0\u00bb dans les relations personnelles ou collectives, culturelles ou religieuses, dont \u00ab\u00a0l\u2019interlangue de l\u2019aimance\u00a0\u00bb fait partie. Ce point sera repris plus loin dans cette communication.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9, arr\u00eatons-nous simplement sur un chapitre\u00a0dans <em>Le scribe et son ombre<\/em> qu\u2019il lui consacra et qu\u2019il nomma de fait <em>Fluidit\u00e9 identitaire <\/em>o\u00f9 il (2008, 120) dit\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 mon humanit\u00e9 ne m\u2019est pas accord\u00e9 par h\u00e9ritage. Plut\u00f4t par d\u00e9sir d\u2019extran\u00e9it\u00e9. Dans le sillage d\u2019une fluidit\u00e9 identitaire, marqu\u00e9e de points mobiles d\u2019adaptation \u00e0 soi et \u00e0 autrui, comme si le scribe que je suis faisait son autoportrait en puisant dans un r\u00e9servoir de pass\u00e9s successifs, sans aucun effort apparent<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces pass\u00e9s successifs correspondent au jeu d\u2019identit\u00e9s successives ou surimpos\u00e9es qu\u2019il dut pratiquer tout au long de sa vie. Un jeu qui exige un esprit d\u2019analyse appropri\u00e9 \u00e0 chaque situation. En d\u2019autres termes, une intelligence circonstancielle. Ceci confirme, si besoin est, que, pour Khatibi, l\u2019identit\u00e9 est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Ainsi, il y eut d\u2019abord le mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0se d\u00e9coloniser\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait jeune et qu\u2019il fit sien, tant que la situation l\u2019exigeait. Ensuite, son mot d\u2019ordre\u00a0propre fut : \u00ab\u00a0Transfigurer l\u2019exp\u00e9rience en \u00e9preuve initiatique\u00a0\u00bb, l\u2019ayant amen\u00e9 \u00e0\u00a0transmuer la violence subie en action positive et productive. Je n\u2019ajouterai, concernant ce point, que les propos de Hassan Wahbi (2009, 13) qui concordent avec ma propre pens\u00e9e : \u00ab\u00a0Pour Khatibi, ni l\u2019histoire ni l\u2019identit\u00e9 ne sont fig\u00e9es dans le temps malgr\u00e9 les passions collectives qui ravivent ce type de figement, soutenues en cela par les id\u00e9ologues culturalistes et solipsistes qui taillent au cordeau \u00bb<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a><sub>.<\/sub><\/p>\n<p>Khatibi avait, par ailleurs, compris que l\u2019on ne pouvait pas isoler l\u2019intellect des diff\u00e9rentes instances du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, aussi bien le conscient que l\u2019inconscient. Il ne pouvait pas faire fi des \u00e9l\u00e9ments psychologiques qui existent dans un \u00eatre \u00e0 son insu. Il eut alors un certain int\u00e9r\u00eat pour la psychanalyse. Le dialogue entre la psychanalyse et la litt\u00e9rature existe depuis l\u2019av\u00e8nement de la psychanalyse et Khatibi y a contribu\u00e9 de mani\u00e8re remarquable, tout d\u2019abord par des conf\u00e9rences et des articles tels que\u00a0: <em>Histoires g\u00e9n\u00e9alogiques du mot divan, Emascul\u00e9e conception <\/em>ou encore<em> Possession d\u2019Iblis,<\/em> respectivement publi\u00e9s dans les revues de psychanalyse\u00a0: <em>Transitions<\/em>, <em>Fleuve, Patio<\/em><a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>, et repris dans son ouvrage <em>Par-dessus l\u2019\u00e9paule<\/em><a href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Ensuite par ses correspondances avec les psychanalystes Jacques Hassoun et Ghita EL Khayat, ayant donn\u00e9 deux ouvrages\u00a0; respectivement\u00a0: <em>Le m\u00eame livre<\/em><a href=\"#_ftn22\">[22]<\/a> et <em>Correspondance ouverte<\/em><a href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>. Et enfin, par la publication de sa propre psychanalyse dans <em>Le Scribe et son ombre<\/em>, chapitre\u00a0<em>Psychanalyse ponctuelle<\/em><a href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>. Par cette d\u00e9marche, il s\u2019aventura en dessous du seuil du conscient pour fouler un chemin encore inexplor\u00e9 et sonder des m\u00e9canismes intra-psychiques plus complexes. Et comme aucun psychanalyste n\u2019a publi\u00e9 son journal, la d\u00e9marche de Khatibi demeure unique.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la po\u00e9sie de Khatibi, c\u2019est celle qui explore aussi bien la beaut\u00e9 que la gravit\u00e9 de la vie, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que la densit\u00e9 des choses. C\u2019est \u00e9galement celle qui d\u00e9sire, qui affirme la vie et la justifie en art et en pens\u00e9e. Et c\u2019est elle qui a introduit Khatibi au monde comme une promesse, une promesse qui se renouvelle, car son premier engouement fut Gibran Khalil Gibran, po\u00e8te bilingue dont la sensibilit\u00e9 le toucha imm\u00e9diatement. A douze ans, il s\u2019essayait \u00e0 des po\u00e8mes qui le pastichaient, des po\u00e8mes en arabe. Puis ce furent les romantiques fran\u00e7ais. A douze-treize ans, il publia un po\u00e8me en fran\u00e7ais dans la page culturelle de Maroc-Presse. Ensuite, ce furent Baudelaire et Rimbaud, puis bien d\u2019autres po\u00e8tes.<\/p>\n<p>Ses po\u00e8mes montrent qu\u2019il fait partie des po\u00e8tes les plus inventifs dans la langue fran\u00e7aise. On y rel\u00e8ve particuli\u00e8rement l\u2019identit\u00e9 des contraires, la fragilit\u00e9 des images, la rh\u00e9torique musicale et la rigueur surd\u00e9terminante. Khatibi est un styliste des id\u00e9es et de leur mise en forme. Dire en peu de mots le plus de sens est la r\u00e8gle premi\u00e8re de ce style. Vient ensuite le rythme qui lie les choses \u00e0 la langue qui les exprime, et qui nous fait distinguer le style de Khatibi, le mouvement \u00e9motif de sa pens\u00e9e \u00e0 la fois po\u00e9tique et proche du mythe. Ceci para\u00eet clairement dans son \u0153uvre <em>Le lutteur de classe \u00e0 la mani\u00e8re tao\u00efste<\/em><a href=\"#_ftn25\">[25]<\/a>. Il avait lu le Tao par curiosit\u00e9 et d\u00e9couvert que le tao\u00efsme, pens\u00e9e issue d\u2019une tradition lointaine, \u00e9tait tr\u00e8s int\u00e9ressant. Alors il l&rsquo;a fait intervenir au Maghreb en 1975, non pas par provocation, mais parce qu\u2019il \u00e9tait fascin\u00e9 par cette grande pens\u00e9e du vide.<\/p>\n<p>Et dans son ouvrage <em>Quatuor po\u00e9tique <\/em>ou<em> V\u0153u de silence<\/em> qu\u2019il qualifie de variations sur le silence et la po\u00e9sie se r\u00e9f\u00e9rant particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Rilke, et qu\u2019il d\u00e9die \u00e0 la m\u00e9moire de Jacques Derrida, Khatibi (2006, 10) dit\u00a0:<\/p>\n<p>Le po\u00e8te est seul devant la puissance infinie du silence, garant et ab\u00eeme de son chant\u2026 Le po\u00e8te sent que la langue qu\u2019il parle et qui le parle, lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e, comme si elle allait lui \u00eatre retir\u00e9e, par extorsion ou par la pesanteur du silence qui nourrit, dans les moments de d\u00e9tresse, sa difficult\u00e9 de vivre<a href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie de l\u2019aimance, plus particuli\u00e8rement, a permis \u00e0 Khatibi (2008, 128) de tracer une ligne de d\u00e9marcation et de devenir pour l\u2019amour qui pense. Une esp\u00e8ce de clairi\u00e8re o\u00f9 s\u2019op\u00e8re la d\u00e9couverte de soi et de l\u2019autre :<\/p>\n<p>J\u2019appelle aimance cette autre langue d\u2019amour qui affirme une affinit\u00e9 plus active entre les \u00eatres, qui puisse donner forme \u00e0 leur d\u00e9sir et \u00e0 leur affection mutuelle, en son inach\u00e8vement m\u00eame. Je pense qu\u2019une telle affinit\u00e9 peut lib\u00e9rer entre les aimants un certain espace inhib\u00e9 de leur jouissance. En cela, elle r\u00e9clame le droit \u00e0 l\u2019art et \u00e0 la pens\u00e9e dans l\u2019univers si complexe et si paradoxal des sentiments. C\u2019est donc un art de vie, telle qu\u2019elle est et telle qu\u2019elle advient\u2026\u00a0<a href=\"#_ftn27\">[27]<\/a><sub>.<\/sub><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019accompagner soi et l\u2019autre dans le monde du savoir sensible, au moyen de l\u2019art et de la pens\u00e9e. C\u2019est donc l\u2019un des ponts les plus int\u00e9ressants que Khatibi ait jet\u00e9s entre le monde des signes et les signes du monde. Mais ce concept ne permit pas seulement \u00e0 Khatibi de capter et de mettre en circulation ces signes gr\u00e2ce \u00e0 la vitalit\u00e9 du langage po\u00e9tique, de l\u2019imagination et des jeux d\u2019esprit, comme on pourrait le croire. Il l\u2019a \u00e9galement aid\u00e9 \u00e0 mettre \u00e0 distance la violence de certaines personnes ou situations. Hassan Wahbi (2010, 44) le souligne en \u00e9voquant des propos de Khatibi :<\/p>\n<p>Il m\u2019arrive d\u2019\u00e9crire \u00e0 c\u0153ur ouvert quand je souffre. Relisez En guise de souffrance dans les po\u00e8mes Aimance. C\u2019est le condens\u00e9 de certaines situations de vie assez insupportables, dans mes relations avec d\u2019autres. Mais j\u2019ai tout sublim\u00e9 pour en tirer une le\u00e7on de vie<a href=\"#_ftn28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>Khatibi est toujours parmi nous. Plus que cela, il vit en nous, selon le principe de la sollicitude, et suivant la ligne spirituelle qui traverse quasiment l\u2019ensemble de sa production. Chaque fois qu\u2019on a recours, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre \u00e0 son \u0153uvre, il est pr\u00e9sent. Parce que Khatibi se souciait de nous, de l\u2019Autre. Il \u00e9tait toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qui se passait autour de lui, de mani\u00e8re affirmative ou bien en retrait, mais toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Cet \u00e9lan d\u2019altruisme, de compr\u00e9hension et de communication avec l\u2019autre explique \u00e9galement les rapports qu\u2019il entretenait avec des grands penseurs tels que Roland Barthes (1979, 667) qui lui a rendu un bel hommage dans un texte intitul\u00e9\u00a0<em>Ce que je dois \u00e0 Khatibi<\/em>, dont voici un extrait qui r\u00e9v\u00e8le beaucoup de choses :<\/p>\n<p>Khatibi et moi, nous nous int\u00e9ressons aux m\u00eames choses : aux images, aux signes, aux traces, aux lettres, aux marques. Et du m\u00eame coup, parce qu&rsquo;il d\u00e9place ces formes, telles que je les vois, parce qu&rsquo;il m&rsquo;entra\u00eene loin de moi, dans son territoire \u00e0 lui, et cependant comme au bout de moi-m\u00eame, Khatibi m&rsquo;enseigne quelque chose de nouveau, \u00e9branle mon savoir&#8230; Car ce qu&rsquo;il propose, paradoxalement, c&rsquo;est de retrouver en m\u00eame temps l&rsquo;identit\u00e9 et la diff\u00e9rence : une identit\u00e9 telle, d&rsquo;un m\u00e9tal si pur, si incandescent qu&rsquo;elle oblige quiconque \u00e0 la lire comme une diff\u00e9rence. C&rsquo;est en cela qu\u2019un Occidental (comme moi) peut apprendre quelque chose de Khatibi<a href=\"#_ftn29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de Khatibi\u00a0se trouve, d\u2019une part, dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u00ab\u00a0pens\u00e9e-autre d\u00e9colonis\u00e9e\u00a0\u00bb, en dehors des st\u00e9r\u00e9otypes concernant l\u2019Occident et l\u2019Orient, et d\u2019autre part, dans le renoncement au savoir-faire impersonnel, dans l\u2019\u00e9cartement de la prose ordinaire au profit de textes exigeants qui d\u00e9jouent les r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9riques. Ce sont les textes eux-m\u00eames qui importaient \u00e0 Khatibi et non les labels. Des textes o\u00f9 op\u00e8re \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9closion du sens\u00a0\u00bb. Le sens qu\u2019il tenta justement de faire \u00e9clore dans des \u00e9crits ouverts \u00e0 l\u2019aventure et \u00e0 la t\u00e2che inconnue. Aussi s\u2019\u00e9tait-il volontairement \u00e9cart\u00e9 des voies \u00ab\u00a0reconnues\u00a0\u00bb qui ne conviennent ni \u00e0 sa vocation litt\u00e9raire, ni \u00e0 sa responsabilit\u00e9 cr\u00e9atrice. Parce que le chemin de Khatibi est r\u00e9gi par la conscience intellectuelle, par le plaisir de la pens\u00e9e en qu\u00eate du sujet litt\u00e9raire et de son individuation, loin de toute ali\u00e9nation au syst\u00e8me de reproduction ou de consommation, loin de toute forme de populisme ou de culturalisme. C\u2019est \u00e9galement un chemin du d\u00e9sir de l\u2019intemporalit\u00e9 et de la trace. Autant de points qui nous permettent d\u2019affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un chemin initiatique qu\u2019il parcourut comme le souligne Hassan Wahbi (2010, 64) \u00ab\u00a0comme un fugitif de la Mort, un rescap\u00e9 d\u2019une apocalypse dont ses textes t\u00e9moignent.\u00a0 Dans le rythme, les tremblements de la syntaxe\u2026\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn30\">[30]<\/a>. Pour toutes ces raison et bien d\u2019autres, qu\u2019il serait impossible d\u2019\u00e9voquer en si peu de pages, la place de Khatibi est unique dans l\u2019histoire culturelle marocaine et son \u0153uvre, l\u00e9gitimement qualifi\u00e9e d\u2019Universelle.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Laboratoire de recherche et de d\u00e9veloppement, Datacell, France.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Abdelk\u00e9bir \u00a0Khatibi (1971). <em>La m\u00e9moire tatou\u00e9e<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, p. 12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (1971). <em>La m\u00e9moire tatou\u00e9e<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, p. 16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2007). <em>Jacques Derrida en effet<\/em>, Al Manar, Paris, p. 57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Jacques Derrida (1996). <em>Le Monolinguisme de l\u2019Autre<\/em>, Paris, Galil\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2008). <em>Le scribe et son ombre<\/em>, La Diff\u00e9rence, Paris, p. 61.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2008). <em>Le scribe et son ombre<\/em>, La Diff\u00e9rence, Paris, pp. 118-119.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Hassan Wahbi (2010). <em>La beaut\u00e9 de l\u2019absent. Entretiens avec Abdelk\u00e9bir Khatibi<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, p. 28.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (1979). <em>Le roman maghr\u00e9bin<\/em>, Essai, SMER (Soci\u00e9t\u00e9 marocaine des \u00e9diteurs r\u00e9unis), Rabat, p. 9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (1983) <em>Maghreb pluriel, <\/em>Essai, Deno\u00ebl, Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (1979). <em>Penser le Maghreb, <\/em>Essai, SMER, Rabat.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (1990). <em>Le m\u00e9tissage culturel. Manifeste<\/em>, Okad, Rabat, p. 150.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2008). <em>Le scribe et son ombre<\/em>, La Diff\u00e9rence, Paris, p. 118.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Sa\u00efd Nejjar (2001). <em>Bibliographie de l\u2019\u0153uvre de Abdelk\u00e9bir Khatibi<\/em>, Okad, Rabat, pp. 23-54.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (1987). <em>Figures de l&rsquo;\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, p. 211.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (1987). <em>Figures de l&rsquo;\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, p. 66.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (1987). <em>Figures de l&rsquo;\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, p. 85.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2008). <em>Le scribe et son ombre<\/em>, La Diff\u00e9rence, Paris, p. 120.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Hassan Wahbi (2009). <em>Abdelk\u00e9bir Khatibi. La fable de l\u2019aimance<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Sa\u00efd Nejjar (2001). <em>Bibliographie de l\u2019\u0153uvre de Abdelk\u00e9bir Khatibi<\/em>, Okad, Rabat, p. 35.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (1988). <em>Par-dessus l\u2019\u00e9paule<\/em>, Aubier, Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi et Jacques Hassoun (1985).<em> Le M\u00eame Livre, <\/em>L\u2019\u00c9clat, Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi et Ghita EL Khayat (2004).<em> Correspondance ouverte<\/em>, Marsam, Rabat.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> Abdelk\u00e9bir\u00a0 Khatibi (2008). <em>Le scribe et son ombre<\/em>, La Diff\u00e9rence, Paris, pp. 71-89.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (1976).<em> Le lutteur de classe \u00e0 la mani\u00e8re tao\u00efste, <\/em>Sindbad, Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (2006). Quatuor po\u00e9tique. Rilke, Goethe, Ekelof, Lundkvist, Al Manar, Paris, p. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a> Abdelk\u00e9bir Khatibi (2008). <em>Aimance<\/em>, Al Manar, 2004. <em>Po\u00e9sie de l\u2019aimance<\/em>, \u0152uvres II, La Diff\u00e9rence, Paris, p. 128.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a> Hassan Wahbi (2010). <em>La beaut\u00e9 de l\u2019absent. Entretiens avec Abdelk\u00e9bir Khatibi<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, p. 44.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a> Roland Barthes (1979). <em>Khatibi La M\u00e9moire tatou\u00e9e<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, Vol. V, UGE, Paris, p. 667<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a> Hassan Wahbi (2010). <em>La beaut\u00e9 de l\u2019absent. Entretiens avec Abdelk\u00e9bir Khatibi<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, p. 64.<\/p>\n<p><strong>Communication de Maria Zaki, le 14.03.2019 \u00e0 14H 30 \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines\u00a0 de Rabat (Maroc), Colloque International en hommage \u00e0 Abdelk\u00e9bir Khatibi (12-15 Mars 2019).<br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maria Zaki[1] L\u2019\u0153uvre d\u2019Abdelk\u00e9bir Khatibi \u00e9tant imposante et pluridisciplinaire, cette communication ne repr\u00e9sente qu\u2019une goutte dans un oc\u00e9an. Par ailleurs, il est \u00e9vident que peindre, ou rendre par des mots, le portrait de Khatibi serait une t\u00e2che impossible, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019est fray\u00e9 un chemin o\u00f9 l\u2019initiatique l\u2019emporte sur l\u2019accompli et la qu\u00eate inachev\u00e9e, sur&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2199"}],"collection":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2199"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2199\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2489,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2199\/revisions\/2489"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2199"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/maria-zaki\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}