{"id":537,"date":"2008-03-23T13:19:02","date_gmt":"2008-03-23T13:19:02","guid":{"rendered":"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/?page_id=537"},"modified":"2019-04-05T21:30:53","modified_gmt":"2019-04-05T21:30:53","slug":"recueils-de-nouvelles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/recueil-fantastique\/recueils-de-nouvelles\/","title":{"rendered":"Autre Versant du Monde, 1996"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 60px\"><a href=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1507\" title=\"8096992-element-rose\" src=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"49\" height=\"65\" srcset=\"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-225x300.jpg 225w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-768x1024.jpg 768w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 49px) 100vw, 49px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Sancho descendit la pente abrupte qui menait au chemin de fer. Les maisons les unes sur les autres recouvraient le flanc de la montagne. Le vent emportait avec lui les cris des enfants, l&rsquo;odeur des \u00e9pices et les larmes des m\u00e8res agenouill\u00e9es au pied de la Santa Maria. L&rsquo;enfant s&rsquo;arr\u00eata un instant et suivit du regard le long vol du rapace au-dessus de la plaine.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Sancho avait \u00e0 peine huit ans. Il \u00e9tait robuste comme un adolescent de quinze. Les travaux des champs l&rsquo;avaient fa\u00e7onn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image de la nature, solide comme ces montagnes. Assis sur le toit du Monde, il \u00e9tait fier. La lumi\u00e8re venait de la cime des arbres, enveloppait les tombes des anc\u00eatres et finissait par mourir sur l&rsquo;eau du fleuve Amazone. La vie et la mort se nourrissaient des l\u00e9gendes.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Sancho avait l&rsquo;habitude de quitter ses amis des ruelles pour go\u00fbter \u00e0 la solitude le long des voies de chemin de fer. Assis pendant des heures pr\u00e8s des rails, il imaginait le roulement de tambour des wagons de la ville. La ville, cette cit\u00e9 fant\u00f4me qu&rsquo;il visitait dans ses r\u00eaves d&rsquo;enfant pauvre. Il y voyait les marchands, les \u00e9talages multicolores aux senteurs nouvelles, les femmes aux robes flamboyantes, les hommes de l&rsquo;autre continent, celui o\u00f9 l&rsquo;on ach\u00e8te les enfants d&rsquo;ici ou d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Il lui arrivait souvent de raconter ses exploits, rattraper un wagon en courant, s&rsquo;y cacher et faire le grand voyage. Les camarades \u00e9bahis \u00e9coutaient ses histoires extraordinaires jusqu&rsquo;\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Sancho connaissait tous les recoins de la ville et ses ruelles myst\u00e9rieuses. Il s&rsquo;inventait des monstres aux allures de conte. La ville interdite, celle o\u00f9 tout devient possible lorsque la faim d\u00e9vore les ventres vides.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Le soleil se couchait derri\u00e8re les monts. Sancho savait qu&rsquo;aucun train ne passerait plus aujourd&rsquo;hui. S&rsquo;\u00e9tait-il seulement aventur\u00e9 jusqu&rsquo;aux limites de l&rsquo;ancien pays\u00a0? Le monde, c&rsquo;\u00e9tait lui. Il faisait dire aux choses ce qu&rsquo;il voulait entendre. Il faisait pleuvoir quand l&rsquo;envie lui prenait de pleurer, et le vent se levait quand le cri arrachait sa poitrine. Un peu sorcier, il gu\u00e9rissait les maladies de l&rsquo;\u00e2me avec des secrets.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Souvent, il ramassait ses r\u00eaves et entamait la longue marche vers le sommet. Les bruits de la nuit animaient son d\u00e9sir de s&rsquo;enfoncer davantage dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Il sentait vivre en lui le souffle frais des montagnes au repos. Son guide, cette voix intime et universelle \u00e0 la fois, \u00e9tait celle d&rsquo;un village n\u00e9 de la cendre du volcan et du regard des idoles.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;text-align: center\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\"><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\"><a href=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1507\" title=\"8096992-element-rose\" src=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"49\" height=\"65\" srcset=\"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-225x300.jpg 225w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose-768x1024.jpg 768w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-content\/uploads\/sites\/36\/2008\/02\/8096992-element-rose.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 49px) 100vw, 49px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Le\u00a0vent n&rsquo;avait aucune limite. Les dunes se laissaient mourir et rena\u00eetre sous le soleil du d\u00e9sert. A quinze ans, Fatima ne connaissait que l&rsquo;immensit\u00e9 de sable. Seule sous l&rsquo;arbre fruitier, elle \u00e9coutait le silence. Le muezzin appelait \u00e0 la pri\u00e8re. Elle dessinait des formes sur le sol et imaginait ses p\u00e8res sur les chemins de l&rsquo;oasis de vie.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Fatima attendait la nuit. Les dromadaires se reposaient, les hommes de la caravane discutaient autour des feux de camp. \u00c0 l\u2019abri des regards indiscrets, elle admirait le parterre de sable et les lanternes \u00e0 l&rsquo;horizon. Les \u00e9toiles guidaient son peuple depuis la nuit des temps. Les anciens transmettaient le message des dieux. Le destin lui parlait.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">A quelques kilom\u00e8tres du campement on devinait des habitations. Fatima se souvenait qu&rsquo;enfant elle passait des heures dans les sanctuaires \u00e0 tourner les pages des livres anciens. Son grand-p\u00e8re l&rsquo;avait conduite \u00e0 la chambre sacr\u00e9e, celle des proph\u00e8tes. Aucun lieu n&rsquo;\u00e9tait plus propice \u00e0 ces ouvrages que cet horizon sans rep\u00e8re. \u00c0 l\u2019abri des conqu\u00eates et de l&rsquo;oubli, la pierre conservait le parfum des \u00e9crits.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Elle avait encore cette impression \u00e9trange des ann\u00e9es sans retour et des r\u00eaveries d&rsquo;enfant qui jalousent le secret des grands. Ce soir, Fatima respirait de grandes bouff\u00e9es d&rsquo;air chaud. Elle s&rsquo;enivrait de l&rsquo;orient. Elle murmurait les chants de ces femmes gardiennes des traditions des hommes.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Une \u00e9toile filante traversa le ciel pour mourir sur l&rsquo;oasis. Le pr\u00e9sage d&rsquo;un enfant. Elle caressa de sa main son ventre rond. Tout n&rsquo;\u00e9tait que rondeur autour d&rsquo;elle, les fruits de son pays, la lune rousse, le turban qui \u00e9pousait sa t\u00eate. Sereine, elle se trouvait belle et sentait la vie bouger en elle. Il lui semblait conna\u00eetre cet enfant depuis toujours. Elle se rappelait le ventre qui l&rsquo;avait aussi envelopp\u00e9 un jour.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Il n&rsquo;y a pas si longtemps, elle jouait encore avec les filles de son \u00e2ge. Mais le r\u00eave se dissipe dans la brume du d\u00e9sert. La nuit de noces fait de l&rsquo;enfant une femme qui s&rsquo;\u00e9veille aux douleurs de l&rsquo;enfantement. Elle avait ignor\u00e9 le visage de son \u00e9poux jusqu&rsquo;\u00e0 la couche nuptiale. Elle\u00a0 apprit de ses m\u00e8res que le sable est l\u00e9ger comme le vent qui voyage et dur comme les galets que les vagues font rouler. Les dunes recouvraient ses secrets. Les dieux veillaient d\u00e9j\u00e0 sur l&rsquo;enfant femme.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">La fra\u00eecheur de la nuit l&rsquo;envahit peu \u00e0 peu. Elle\u00a0 voulait cet enfant \u00e0 l&rsquo;image du paysage, libre, parcourant les silences de d\u00e9serts en d\u00e9serts, franchissant les mers pour d\u00e9couvrir les peuples d&rsquo;ailleurs. Elle le d\u00e9sirait impatient de revenir dans le sein des dunes \u00e0 guetter l&rsquo;\u00e9ternelle pr\u00e9sence des feux de camp.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Fatima se savait l&rsquo;\u00e9gale du d\u00e9sert. Elle donnait la vie et veillait au repos des anciens. Silencieuse et recueillie comme la terre, elle sentait la force des pyramides de sable. Confierait-elle un jour son secret au sirocco\u00a0? Arriverait-elle \u00e0 faire du destin des hommes une continuit\u00e9 dans la complicit\u00e9 des landes hostiles\u00a0?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px\">Elle s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 regagner la tente et fit serment d&rsquo;avouer l&rsquo;innocence de son amour, une derni\u00e8re fois, aux dunes \u00e9toil\u00e9es. Un jour, elle crierait. D&rsquo;un cri d&rsquo;enfant jaillira la femme, celle que la nature r\u00e9concilie d\u2019avec son peuple. Le sable continuera sa course jusqu\u2019au village conqu\u00e9rir le c\u0153ur des hommes du d\u00e9sert. Elle le savait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Sancho descendit la pente abrupte qui menait au chemin de fer. Les maisons les unes sur les autres recouvraient le flanc de la montagne. Le vent emportait avec lui les cris des enfants, l&rsquo;odeur des \u00e9pices et les larmes des m\u00e8res agenouill\u00e9es au pied de la Santa Maria. L&rsquo;enfant s&rsquo;arr\u00eata un instant et suivit&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"parent":804,"menu_order":21,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"wps_subtitle":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/537"}],"collection":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=537"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/537\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":962,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/537\/revisions\/962"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/804"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/patricia-bruneaux\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}