{"id":213,"date":"2013-09-08T20:02:44","date_gmt":"2013-09-08T20:02:44","guid":{"rendered":"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/?p=213"},"modified":"2013-09-14T15:10:29","modified_gmt":"2013-09-14T15:10:29","slug":"les-blessures-infligees-aux-autres-nous-font-moins-souffrir-que-celles-quils-nous-imposent-bizarre-non","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/blog\/2013\/09\/08\/les-blessures-infligees-aux-autres-nous-font-moins-souffrir-que-celles-quils-nous-imposent-bizarre-non\/","title":{"rendered":"Les blessures inflig\u00e9es aux autres nous font moins souffrir que celles qu&rsquo;ils nous imposent&#8230; Bizarre, non ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN0195-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN0195-3-300x225.jpg\" alt=\"\" title=\"sel et poivre\" width=\"300\" height=\"225\" class=\"alignnone size-medium wp-image-232\" srcset=\"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN0195-3-300x225.jpg 300w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN0195-3.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<ol>\n,H\u00e9l\u00e8ne et Guillaume vivent ensemble depuis 50 ans, mais tout n&rsquo;est pas toujours harmonieux.<\/p>\n<p><strong>Le point de vue d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne<\/strong><\/p>\n<p>Je suis \u00e9croul\u00e9e sur mon fauteuil stressless, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. J&rsquo;\u00e9p\u00e8le pour la troisi\u00e8me fois mon nom \u00e0 une jeune fille but\u00e9e. Cela fait 20 ans que nous sommes locataires dans cet immeuble et une dizaine de fois depuis deux mois que j&rsquo;appelle le syndic pour des d\u00e9g\u00e2ts des eaux, le monceau d&rsquo;ordures jusqu&rsquo;au plafond dans le local poubelles, les enfants des voisins qui font leur jogging \u00e0 n&rsquo;importe quelle heure.<br \/>\nJe tapote  nerveusement le t\u00e9l\u00e9phone et demande \u00e0 la demoiselle avec un ton pinc\u00e9 si elle souhaite savoir \u00e9ventuellement pourquoi moi, H\u00e9l\u00e8ne, une personne importante et press\u00e9e, suis en train de d\u00e9penser mon temps pr\u00e9cieux avec une d\u00e9bile mentale qui n&rsquo;est pas foutue de comprendre une adresse du parc immobilier du syndic pour lequel elle travaille. La petite commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9nerver. Elle d\u00e9clare que personne n&rsquo;a le droit de lui parler sur ce ton, que si Madame est \u00e9nerv\u00e9e, elle devrait se faire soigner et elle raccroche.<br \/>\nLa col\u00e8re s&rsquo;abat sur moi. J&rsquo;aper\u00e7ois dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9 Guillaume mon mari, assis sur sa chaise, regardant fixement l&rsquo;\u00e9cran noir de la t\u00e9l\u00e9vision. Il est p\u00e2le, presque d\u00e9fait. Il \u00e9vite mon regard courrouc\u00e9.<br \/>\nMoi, la timide H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 qui personne ne demande jamais son avis, j&rsquo;ai tout \u00e0 coup l&rsquo;impression de d\u00e9tenir la v\u00e9rit\u00e9. Je me surprends \u00e0 m\u00e9priser tous ces ectoplasmes autour de moi. Guillaume a toujours \u00e9t\u00e9 paresseux et passif. Je m&rsquo;occupe de tout, m\u00eame de la t\u00e9l\u00e9vision que je regarde peu.<br \/>\n Je passe devant Guillaume, le visage ferm\u00e9 en bougonnant. Il ne r\u00e9agit pas. Pendant un instant, j&rsquo;ai peur qu&rsquo;il ait un malaise. Il parait enferm\u00e9 en lui-m\u00eame, au bord d&rsquo;une d\u00e9cision grave.<br \/>\nSouvent lors de ces crises, il y a un moment o\u00f9 je ressens une grande tendresse pour lui et o\u00f9 je trouve le courage de  m&rsquo;excuser de mes impr\u00e9cations tonitruantes. Dans ces cas-l\u00e0, l&rsquo;incident peut prendre fin rapidement.<br \/>\nMais je ne c\u00e8derai pas. J&rsquo;ai raison. Et puis il y a eu ces minutes interminables pass\u00e9es au t\u00e9l\u00e9phone et ce week-end catastrophique avec celle qui \u00e9tait jusque l\u00e0 ma meilleure amie.<br \/>\nJe ne me demande pas si j&rsquo;aime ou si je hais Guillaume. il est l\u00e0, c&rsquo;est tout. Il a le tort d&rsquo;\u00eatre toujours l\u00e0 depuis si longtemps. Je n&rsquo;ai pas peur de lui. Je peux continuer mon soliloque bruyant et revendicatif. Je peux \u00e9ructer contre tous les cons de la terre qui ont emp\u00each\u00e9 les gens comme moi, les id\u00e9alistes pas m\u00e9chants , de faire la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Je passe et repasse devant Guillaume toujours fig\u00e9 dans son silence. Mon ton monte. Je force ma voix qui devient criarde et aigue. Je veux le faire souffrir. Je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et observe un instant l&rsquo;\u00e9cran toujours noir. Je persifle :<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu attends qu&rsquo;il se r\u00e9pare tout seul? \u00a0\u00bb<br \/>\nGuillaume se tait, j&rsquo;en profite pour l&rsquo;enfoncer.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu penses que j&rsquo;ai tort de me mettre en col\u00e8re, que \u00e7a ne sert \u00e0 rien, que je suis folle, parano\u00efaque. Mais comment penses tu que cette t\u00e9l\u00e9 va se r\u00e9parer si je ne fais rien, si je ne m&rsquo;\u00e9nerve pas contre l&rsquo;incomp\u00e9tence.?\u00a0\u00bb<br \/>\nA ce moment pr\u00e9cis, j&rsquo;ai la certitude que mon \u00e9norme col\u00e8re est justifi\u00e9e, que je suis la seule \u00e0 d\u00e9tenir les cl\u00e9s d&rsquo;une bonne gouvernance sur les abrutis assist\u00e9s qui sont l\u00e9gion dans ce pays. Mais Guillaume n&rsquo;est pas sensible \u00e0 mes arguments. Je sens qu&rsquo;il me m\u00e9prise, me hait sans doute. Alors, j&rsquo;ai envie de lui faire mal. Je le fusille du regard, plant\u00e9e devant lui.<br \/>\nGuillaume se tourne vers moi. Son regard est glac\u00e9.<br \/>\nJe doute de moi pendant quelques secondes. Et si j&rsquo;\u00e9tais en train de p\u00e9ter les plombs et si ma voix perch\u00e9e \u00e9tait intol\u00e9rable et si mes accusations contre le monde entier et Guillaume \u00e0 propos d&rsquo;une antenne en panne \u00e9taient ridicules, im-pens\u00e9es, inadapt\u00e9es et si j&rsquo;essayais inconsciemment de compenser mon humilit\u00e9 naturelle par une assurance disproportionn\u00e9e vis \u00e0 vis de la seule personne dont je sais qu&rsquo;il ne me veut pas de mal ??<\/p>\n<p>Sous le regard de Guillaume, je per\u00e7ois comme en \u00e9cho le son de mes glapissements. Je pense \u00e0 mon p\u00e8re, \u00e0 ses \u00e9nervements continuels, \u00e0 sa fa\u00e7on unique de transformer les meilleurs moments en drames.<br \/>\nMais aucune rationalit\u00e9 ne peut m&rsquo;\u00e9viter de me sentir confus\u00e9ment victime d&rsquo;une injustice et je reprends :\u00a0\u00bb Et merde, moi aussi, j&rsquo;ai le droit de m&rsquo;exprimer, surtout face \u00e0 un zombie viss\u00e9 sur sa chaise devant une t\u00e9l\u00e9vision morte !\u00a0\u00bb<br \/>\nFurtivement, je pense que j&rsquo;en rajoute, que je pourrais d\u00e9cider d&rsquo;arr\u00eater ce cirque, et m&rsquo;excuser.<br \/>\nGuillaume murmure :\u00a0\u00bbTu pourrais te calmer.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Mais comment pourrais-je me calmer alors que tu es l\u00e0, abruti, devant une t\u00e9l\u00e9 en panne et que, comme d&rsquo;habitude, je suis la seule \u00e0 agir pour que cette foutue merde fonctionne de nouveau puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a que \u00e7a qui semble te rendre la vie supportable.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Mais tu ne fais rien, tu hurles.\u00a0\u00bb<br \/>\nJe reste muette devant tant d&rsquo;injustice. Je me mets \u00e0 bombarder les vilains cochons verts des Angry Birds sur mon IPad<br \/>\nGuillaume se l\u00e8ve difficilement. Il me regarde et ass\u00e8ne:\u00a0\u00bb Il vaudrait mieux que tu fermes ton clapet \u00e0 conneries.\u00a0\u00bb<br \/>\nJe m&rsquo;enferme dans mon bureau, tr\u00e9pigne, tente de pleurer. J&rsquo;attends que Guillaume ouvre la porte, me sourie et que toute cette com\u00e9die s&rsquo;arr\u00eate.<br \/>\nMa col\u00e8re est pass\u00e9e. Je m&rsquo;en suis purg\u00e9e. Je me demande pourquoi Guillaume a r\u00e9agi avec cette brutalit\u00e9.<br \/>\nIl ouvre la porte pour me dire qu&rsquo;il n&rsquo;en peut plus, qu&rsquo;il a m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre tranquille; qu&rsquo;il en a assez de mes \u00e9nervements inutiles, qu&rsquo;il s&rsquo;est trouv\u00e9 sa grotte et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de place dans son refuge pour une harpie vocif\u00e9rante.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu me fais peur quand tu es hyst\u00e9rique. Je ne supporte pas d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 dans une cat\u00e9gorie, celle des passifs, des soi-disant incapables d&rsquo;agir. Quand comprendras tu que nous n&rsquo;avons pas la m\u00eame temporalit\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/>\nIl disparait et j&rsquo;entends la porte de l&rsquo;appartement claquer.<\/p>\n<p>Il me faudra des jours pour comprendre que ma terreur des cat\u00e9gorisations est partag\u00e9e par d&rsquo;autres, que moi aussi je peux faire souffrir avec mes agressivit\u00e9s d&rsquo;ex-timide, mes frustrations de petite bonne femme, ma mani\u00e8re de me venger sur Guillaume des m\u00e9chancet\u00e9s que je subis, mes certitudes que je d\u00e9teste tant chez les autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>,H\u00e9l\u00e8ne et Guillaume vivent ensemble depuis 50 ans, mais tout n&rsquo;est pas toujours harmonieux. Le point de vue d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Je suis \u00e9croul\u00e9e sur mon fauteuil stressless, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. 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