{"id":219,"date":"2013-09-10T13:59:37","date_gmt":"2013-09-10T13:59:37","guid":{"rendered":"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/?p=219"},"modified":"2013-09-16T11:58:16","modified_gmt":"2013-09-16T11:58:16","slug":"les-blessures-infligees-aux-autres-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/blog\/2013\/09\/10\/les-blessures-infligees-aux-autres-suite\/","title":{"rendered":"Les blessures inflig\u00e9es aux autres&#8230;Suite"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN00092.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN00092-300x225.jpg\" alt=\"\" title=\"DSCN0009\" width=\"300\" height=\"225\" class=\"alignleft size-medium wp-image-243\" srcset=\"https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN00092-300x225.jpg 300w, https:\/\/auteurs.harmattan.fr\/regine-dhoquois-cohen\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2013\/09\/DSCN00092.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><strong>Le point de vue de Guillaume<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais tranquille devant ma t\u00e9l\u00e9 et tout d&rsquo;un coup, \u00e9cran noir !<br \/>\nJ&rsquo;ai observ\u00e9 cet \u00e9cran en manipulant mes diverses t\u00e9l\u00e9commandes. Et si c&rsquo;\u00e9tait cela la fin, cet \u00e9cran noir qui me d\u00e9fie.<br \/>\nIl faudrait que j&rsquo;agisse avant l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne.<br \/>\nJe me suis trouv\u00e9 assez efficace. j&rsquo;ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 au r\u00e9parateur taciturne qui m&rsquo;a dit qu&rsquo;il allait passer dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Confiant, j&rsquo;ai essay\u00e9 de me servir de l&rsquo;I-PAD que ma fille m&rsquo;a offert pour No\u00eal. Je ne suis arriv\u00e9 \u00e0 rien. Je l&rsquo;ai remis\u00e9 dans un coin.<br \/>\nLe r\u00e9parateur est venu. Il a parl\u00e9 dans sa barbe de l&rsquo;antenne collective et a disparu.<br \/>\nJ&rsquo;ai alors appel\u00e9 le syndic en pensant qu&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne allait \u00eatre contente de moi. Une jeune fille timide m&rsquo;a r\u00e9pondu que le technicien \u00e9tait en RTT. J&rsquo;ai rallum\u00e9 la t\u00e9l\u00e9 et contempl\u00e9 mon \u00e9cran noir.<br \/>\nJ&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 ma femme H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 ses \u00e9nervements soudains. Elle va sans doute s&rsquo;agiter, m&rsquo;engueuler un peu, hurler contre les RTT. Puis, elle va r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Ses col\u00e8res parfois injustes, monstrueuses, inadapt\u00e9es me font peur. Mais je me rassure en pensant qu&rsquo;elle a d\u00fb passer un moment agr\u00e9able avec sa meilleure amie au bord de la mer et qu&rsquo;elle devrait \u00eatre en forme.<br \/>\nJ&rsquo;ai entendu la porte s&rsquo;ouvrir et per\u00e7u une sorte de grognement.<br \/>\n\u00ab\u00a0Bonjour le petit bonhomme, \u00e7a s&rsquo;est bien pass\u00e9 ?\u00a0\u00bb ai-je lanc\u00e9 imm\u00e9diatement.<br \/>\nElle a le teint plomb\u00e9, les traits tir\u00e9s. Elle s&rsquo;est \u00e9croul\u00e9e dans le fauteuil stressless, son grand sac mauve \u00e0 ses pieds. Elle s&rsquo;est mise \u00e0 ma raconter son week-end d&rsquo;\u00e9pouvante en s&rsquo;effor\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;humour. En m\u00eame temps, elle fixait l&rsquo;\u00e9cran noir.<br \/>\n\u00ab\u00a0Je me suis \u00e9vanouie. Cette p\u00e9tasse m&rsquo;a reproch\u00e9 d&rsquo;avoir voulu mourir dans ses bras. Elle m&rsquo;a dit que j&rsquo;\u00e9tais le genre de personne \u00e0 tomber dans les pommes quand un m\u00e9decin comp\u00e9tent comme elle pouvait s&rsquo;occuper de moi ! Elle n&rsquo;a pas cess\u00e9 de m&rsquo;insulter. Elle a dit que sous pr\u00e9texte d&rsquo;humilit\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais juste une non-personne, incapable de faire cuire des p\u00e2tes, ferm\u00e9e \u00e0 tout engagement. puis elle m&rsquo;a plant\u00e9 sur le trottoir en disant qu&rsquo;elle souhaitait ne jamais me revoir ! Merveilleux week-end !\u00a0\u00bb a-t-elle conclu en souriant faiblement.<br \/>\nJe la sens d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9e. Mais heureusement, je ne suis pas la cible cette fois-ci.<br \/>\n\u00ab\u00a0Laisse tomber, cette femme est folle. Quand on compare Besancenot \u00e0 Doriot, on a forc\u00e9ment quelque chose qui ne tourne pas rond. Peut-\u00eatre m&rsquo;\u00e9couteras-tu \u00e0 l&rsquo;avenir quand je te conseillerais de ne pas partir en week-end si tu es mal fichue ? Au fait, la t\u00e9l\u00e9 est en panne. j&rsquo;ai fait tout ce qu&rsquo;il fallait. Rien de tel que des t\u00e2ches pratiques pour oublier la folie humaine !\u00a0\u00bb<br \/>\nLe regard fixe d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne passe de l&rsquo;\u00e9cran noir \u00e0 moi avec un \u00e9clair de m\u00e9pris.<br \/>\n\u00ab\u00a0Vous \u00eates tous m\u00e9chants\u00a0\u00bb dit-elle<br \/>\n\u00ab\u00a0Oh, oh, ta copine l&rsquo;est. Pas d&rsquo;amalgame s&rsquo;il te plait. C&rsquo;est bizarre, regarde, quand j&rsquo;appuie sur ce bouton de la deuxi\u00e8me t\u00e9l\u00e9commande, on dirait que \u00e7a va marcher&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nH\u00e9l\u00e8ne se l\u00e8ve, saisit un gros livre et menace de me l&rsquo;envoyer dans la figure.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tu ne vas pas faire une crise d&rsquo;hyst\u00e9rie \u00e0 cause de cette dingue. Allez, ce n&rsquo;est pas grave.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0J&rsquo;avais juste besoin d&rsquo;un peu de tendresse. je n&rsquo;en peux plus. Mais qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai fait pour susciter la haine ? Depuis que je suis n\u00e9e, des gens d\u00e9cident de m&rsquo;exclure pour des raisons que je ne comprends pas. Je n&rsquo;en peux plus. Je pr\u00e9f\u00e8re en finir. Et toi, l&rsquo;homme qui est cens\u00e9 m&rsquo;aimer et me soutenir dans les moments difficiles, tu me parles de ta sacro-sainte t\u00e9l\u00e9 !\u00a0\u00bb<br \/>\nSa voix d&rsquo;habitude presque inaudible est mont\u00e9e dans les aigus. Elle semble enferm\u00e9e dans un profond d\u00e9sespoir. Elle reprend : \u00a0\u00bb Bon Dieu, mais ce monde est dingue. Qu&rsquo;est ce que je vous ai fait \u00e0 tous ! Cette bonne femme me reproche mon incomp\u00e9tence, me traite d&rsquo;\u00e9go\u00efste, de manipulatrice alors que je croyais que c&rsquo;\u00e9tait mon amie. Et toi, tu es l\u00e0 \u00e9croul\u00e9 sur ton fauteuil, incapable du moindre geste de tendresse, incapable de me foutre la paix avec ta t\u00e9l\u00e9. Vous \u00eates tous des monstres. Je n&rsquo;en peux plus d&rsquo;affronter des fous ou des idiots inutiles !\u00a0\u00bb<br \/>\nElle pousse un long cri et se met \u00e0 parcourir l&rsquo;appartement fr\u00e9n\u00e9tiquement. Elle dit qu&rsquo;elle va partir, que nous n&rsquo;avons plus rien \u00e0 nous dire, qu&rsquo;elle ne comprend plus rien \u00e0 rien. Elle passe et repasse devant moi en essayant de pleurer. Elle remplit son sac de m\u00e9dicaments.<br \/>\nA ce moment pr\u00e9cis, je me mets \u00e0 la ha\u00efr.<br \/>\nJ&rsquo;\u00e9tais tranquille dans ma grotte, enfin aussi tranquille qu&rsquo;on peut l&rsquo;\u00eatre quand on a 75 ans, mal partout et l&rsquo;interdiction \u00e0 vie de boire le moindre petit verre d&rsquo;alcool.<br \/>\nJe ne reconnais plus mon petit copain rigolo dans cette harpie pleurnicharde, vocif\u00e9rante, frapp\u00e9e brutalement par une sorte de syndrome de Tourette qui consiste \u00e0 aligner des gros mots et \u00e0 affirmer que le monde entier lui en veut.<br \/>\nApr\u00e8s 50 ans de vie commune, tout se passe comme si elle n&rsquo;avait jamais compris mon besoin de calme, de distance pour lutter contre mes d\u00e9mons. Elle connait les mots qui me font souffrir, ces mots qui cat\u00e9gorisent, qui transforment mon univers p\u00e9tri de contradictions en manich\u00e9isme simplet.<br \/>\nJe sais que je devrais me taire et  attendre que la crise passe. Elle est malheureuse. Je comprends qu&rsquo;il y a parfois de quoi d\u00e9sesp\u00e9rer des \u00eatres humains.Mais, je sens ma violence remonter peu \u00e0 peu \u00e0 la surface. Je lui crie qu&rsquo;elle est folle, hyst\u00e9rique, d\u00e9testable, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas la seule \u00e0 souffrir, que si chaque fois que quelqu&rsquo;un lui fait mal, elle se venge sur moi, alors je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre seul, car les \u00eatres humains sont souvent cruels et ce genre d&rsquo;incidents se reproduira in\u00e9vitablement.<\/p>\n<p>Nous braillons sans discontinuer. Je lui lance un grand verre d&rsquo;eau \u00e0 la figure.<\/p>\n<p>Tout peut s&rsquo;arr\u00eater.<br \/>\nRien ne peut s&rsquo;arr\u00eater. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le point de vue de Guillaume J&rsquo;\u00e9tais tranquille devant ma t\u00e9l\u00e9 et tout d&rsquo;un coup, \u00e9cran noir ! J&rsquo;ai observ\u00e9 cet \u00e9cran en manipulant mes diverses t\u00e9l\u00e9commandes. Et si c&rsquo;\u00e9tait cela la fin, cet \u00e9cran noir qui me d\u00e9fie. Il faudrait que j&rsquo;agisse avant l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne. 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