Archive pour la catégorie ‘Poésie’

RD 110

Au chant du coq se rassemblent les humains
Au son du gong se dispersent les oiseaux
Les tambours de proue se renvoient l’écho
Où suis-je ? Que fais-je ?

Il y a plein de regards différents
De l’horizon pour les cols
Du ciel pour les cimes
De moi pour toi

Haut et bas proche et lointain
Ne se ressemblent guère
J’ignore le vrai visage de ce mont
Je sais seulement que j’y suis

La neige tombe à l’aveugle
Sur le lac couvert de brumes
Les maisons s’éteignent
Deux se rallument

RD 109

Nul n’ordonne aux lotus de fleurir
Un oreiller d’eau suffit sous les cimes
Les jambes des femmes dessinent
La route du paradis

Une barque de vent fait tanguer la lune
Le murmure du vent traverse joncs et ajoncs
Une pluie de lune inonde le lac
Le rameur et l’oiseau font le même rêve

Les poissons virevoltent
Les renards sont surpris
Au profond de la nuit les êtres s’ignorent
Je suis seul je joue avec mon ombre

Le reflux découvre des îlots
La lune araignée s’accroche aux saules
Le soudain de la vie dure en mélancolie
Les purs instants sont si brefs

RD 108

Mille nuances de vert
De la vallée à la montagne
Des fleurs profondes et légères
S’épanouissent sur quelques arbres

Eperdus de tendresse
Le vent et le soleil effleurent
Les arbustes les légumes
Les muriers les rosiers

Nos poésies sont souvent écrites dans l’ivresse
L’encre noire de quelques nuages
Estompe les cimes
L’ancre de la barque nous immobilise

La pluie ricoche en millions de perles
Le lac se défait sous les rafales de vent
Plus rien pour refléter le ciel
Poissons et tortues sont rendus à la vie

RD 107

Les singes font tomber des fruits
Dont ils n’ont pas besoin
Les biches font craquer les feuilles
Le tigre est rassasié
Il faut bien que tout le monde vive

Le luth apaise notre bruit de pensée
La source sera ma compagne pour la nuit
Elle est pure je suis impur
Je ne veux pas être impoli

L’eau vive déborde
Elle lave les premières marches du perron
Les oiseaux s’appellent pour la fin de leur rêve
Il est midi à la fenêtre

Le printemps soufflait sur l’herbe parfumée
Les chemins dérobés réapparaissaient
Aujourd’hui ils disparaissent sur les versants
Que faire en ces saisons contrastées ?

RD 106

Petit vent fine rosée matin calme
Un homme paisible se lève
Fleurs larmes et rires
A qui appartient le printemps ?

De parfum en parfum l’ivresse me surprend
Endormi sous un arbre au tronc qui penche
Je m’éveille au fond de la nuit
Le soleil et mes amis sont partis

Une bougie rouge allume encore
Le charme des fleurs ultimes
Le matin froid glisse de la montagne
Les vapeurs de givre ornent le refuge

Les mains qui cherchent les lèvres qui se touchent
L’amour a de curieuses manières
Nudité de la forêt Soleil à notre fenêtre
Sur l’étang silence de l’eau

RD 105

Le vrai dragon a mille anneaux
Les vrais bambous sont comme des orgues
Le chant de l’oiseau jaune
Mouille la plus haute fleur

Le printemps est à l’horizon
Comme une journée nouvelle
Le jour dans la journée se courbe
Son chant est une larme

Le couchant absorbe les montagnes
Je rejoins la hutte solitaire
Sous les nuages le chemin va de zig en zag
Où est-il parmi les feuilles tombées oubliées ?

La pierre chantante annonce la nuit
Tu es assise sur le rotin
Particule parmi les particules
Tu oublies la haine au profit de l’amour

RD 104

Le tao ne se définit pas il se pratique
La grue empoigne le vent
Le torrent est frais le soir
L’aigrette endormie rêve du cygne voyageur

Le renard blanc exige de la lune
Le vent des signes
Qui efface les nuages
Jusqu’au bleu du ciel

Le vent des cimes à l’automne froid
Est brume verte moiteur
Blanche argentée
il coule vers l’est

Sur la montagne
Les rides sont silencieuses
Les ruisseaux sont fins avant les torrents
Les bambous amers les abrupts

RD 103

Nous humains simples mortels
Nous possédons une bibliothèque magique
Où des génies et des nains ont logé
Des livres immortels

Le jade et le saphir sont effacés par le givre
Ainsi que la calligraphie sur soie
L’occident profond fait des vagues
Comme une grosse baleine

Le festin est bon au pavillon rouge
La grue empoigne le vent
Elle reste lente sur la mer
Le dragon bleu n’a pas de dos

L’occident est une mère
Fondatrice de notre ère
La beauté à chignon de brouillards
Attend sa réponse

RD 102

L’air sur l’eau est de la gaze
Qui te rend visite ?
On dit que dans la montagne
Quelqu’un est mort pour toi

Le luth est effleuré en haut de l’abrupt
Dans un froissement d’ailes
L’immortel se pare
Des plumes du paon blanc

Il convient de chasser les nuages
Le cerf boit au fond du ravin
Le poisson s’attarde au bords de la mer bleue
Il annonce les pêchers

Les paroles sont claires
Les rires lumineux
Dans l’espace vide
Sus à la vague géante !

RD 101

La jeune fille n’est pas sorcière
Elle a disparu derrière l’écran des nuages
Quant à la brise de printemps
Sous mes yeux elle crève l’écran

La demoiselle rentre seule
Dans son palais de verdure
Le sentier est odorant
Il descend de la montagne

Je fais un rêve un seul
Les chevaux blancs me précèdent
J’étincelle au soleil
Le vent est pur sur le fleuve

Sur ta barque d’orchidées
Tu viens nous dire ta vérité
Le vent se meurt pour toi
Au milieu de toutes tes fleurs