Archive pour la catégorie ‘Poésie’

TH 8 Les haricots

Pendant ce temps-là
Mes haricots montraient leur impatience d’être sarclés
Car les premiers avaient poussé avant que les derniers ne soient en terre
En quoi consistait ce labeur régulier et respectueux de lui-même
A la fois modeste et herculéen
Je l’ignorais
J’en vins à aimer mes rangs mes haricots
Bien que leur nombre dépassât infiniment mes besoins
Ils me liaient à la terre j’en tirais ma vigueur
Mais pourquoi les faire pousser ? …..
Qu’apprendrai-je des haricots ou les haricots de moi ? *

* Walden, page 161

TH 7

Tandis que nous nous limitons aux livres
Même aux classiques
Dans des langues écrites
Qui ne sont que des dialectes et des patois
Nous risquons d’oublier le seul langage prolixe et universel
Parlé sans métaphore par toutes choses et tous évènements
On ne se souvient pas des rais de lumière
Qui traversent le volet
Aucune discipline ne remplace la nécessité d’être en éveil
Même la plus admirable routine de la vie quotidienne
Toujours regarder ce qui se donne à voir
Voulez-vous être ordinaire ou visionnaire ?
Lisez votre destin voyez ce qui est devant vous
Marchez droit vers l’avenir *

* Walden, op.cit. p119

TH 6

Notre nomenclature est pauvre
De quel droit un fermier imbécile et malpropre
A donné son nom à notre lac
A cette eau du ciel
Lui qui a impitoyablement dévasté ses rives ?
Un grippe-sou qui préférait la surface miroitante d’un sou rutilant
Où il pouvait voir sa propre face d’effronté
Qui considérait comme des intrus jusqu’aux canards sauvages …..
Mieux vaudrait que le lac tire son nom des poissons qui y nagent
Des oiseaux ou des quadrupèdes qui le visitent
Des fleurs sauvages qui poussent sur ses rives
D’un homme des bois ou d’un enfant sauvage
Dont l’histoire s’entremêle à la sienne *

* Walden, p. 200

TH 5

L’un des avantages du plus petit des puits
C’est qu’il suffit de regarder au fond
Pour constater que la Terre n’est pas un continent,
Mais une île …..
Je découvris que ma maison se situait dans une partie de l’univers
Retirée, mais toujours nouvelle et non profanée…..
Que dire de la vie du berger
Dont les troupeaux vagabonderaient
Vers des pâturages plus élevés que ses pensées ?
Chaque matin était une joyeuse invitation
A rendre ma vie tout aussi simple
Et, dirai-je, aussi innocente que la Nature elle-même*

* Walden, op.cit. , pp 95-96

TH 4

J’ai sarclé tôt ou j’ai lu j’ai même écrit
J’avais l’habitude de traverser à la nage
L’une des criques du lac
En guise d’exercice quotidien
Pour laver mon corps de la poussière du labeur
Ou effacer la dernière ride de l’étude
Après quoi j’étais libre comme l’air
Presque tous les après-midi je me rendais à pied au village
Afin d’entendre les histoires qui se colportent en permanence
Passant de bouche en bouche
Absorbées à dose homéopathique
Elles étaient aussi délassantes
Que le bruissement des feuilles
Ou le coassement des grenouilles

TH 3

Flamme vive du foyer Image de la vie
Que ta sympathie ne me soit jamais refusée !
Pourquoi es-tu bannie de nos âtres ?
Es-tu trop fantasque pour notre terne existence ?
Ton éclat si brillant témoigne-t-il d’un commerce mystérieux
D’âme à âme ?
Nous sommes forts nous sommes assis
Près d’un feu dépourvu d’ombre dansante
Sans tristesse sans joie il nous réchauffe
Sans aspirer à rien
Près de cette masse utilitaire et compacte
Notre temps présent peut s’endormir
Sans redouter les fantômes du passé ténébreux
Qui nous parlaient naguère à la lueur inégale
De l’ancien feu de bois *

* Adaptation du poème d’Ellen Hooper, publié par Thoreau à la page 256 de son ouvrage pré-cité

TH 2

Peu de communications importantes
Transitent par le bureau de poste
Je ne reçois plus de lettre
Il faut dire que je ne lis pas de nouvelle mémorable dans le journal
Que m’importe que quelqu’un ait été assassiné ?
Quand on connaît le principe d’une chose
A quoi bon en avoir une myriade d’exemples ?
Pour un vrai philosophe les “nouvelles” relèvent du bavardage
Ceux qui les lisent sont de vieilles femmes sirotant leur thé
Pourtant nombreux sont ceux qui recherchent ces ragots *

* H.D.Thoreau, op.cit. page 102

TH 1 Hommage à Thoreau

Nous pourrions vivre dans une caverne
Nous pourrions nous vêtir de peaux de bêtes
Il est préférable de profiter de l’industrie des hommes
Aussi chèrement payée soit-elle
Il en va ainsi même des pierres plates ou de l’argile
Je suis confronté à ces questions tant de manière théorique que pratique
Un peu d’astuce nous rendrait plus riches que les plus riches
Il suffirait de peu pour faire de notre civilisation une bénédiction
L’homme civilisé est un sauvage plus expérimenté
Revenons maintenant à l’expérience de Henry D. Thoreau *

* Voir H.D.Thoreau, “Walden”, “le mot et le reste” éditeur, 2013, page 49

TWR 189

Aucun empereur ne m’a convoqué à sa cour, j’en conclus qu’il n’y a plus d’empereur
Les haines courtisanes, les haines cléricales, les haines artistiques, etc…
“On ne peut pas réécrire ce qui est parfait”
Je me débrouille avec ou sans Dieu
Toutes les âmes sont bien nées, peu sont bien mortes
A l’instant T tout, à la seconde S rien, que se passe-t-il à la minute M ?
Venise est une ville où les rues sont pleines d’eau
Le Non-Sense reste du bon Sens
“Luis mais ne nuis pas”
Troufiquet a gagné son pari Quel était son pari ?
La vie est un mystère pour ceux qui la vivent

TWR 188

Je me méfie de moi
Rihanna, Shakira, Madonna, …. Tous Gaga !
Le progrès est-il progressif ?
La bestialité n’a rien à voir avec les bêtes et tout avec les humains
Les Grecs hellénisaient, les Romains latinisaient, les Français franchisent-ils ?
Le superflu peut être nécessaire
La grammaire est une bonne grand-mère
Tout à la fois et tous peut-être
Fouir et enfouir, fuir et s’enfuir
L’amour du progrès est une bonne maladie
Le passé est plein, le futur est vide