RD 63

Qui balaie les rayons du soleil ?
Je suis porté par un nuage
Dans un poème ancien
Je suis présent au couchant

Porté par un nuage
J’atteins le pôle
Je gèle de mille givres
Je pénètre l’infini tournoyant

Je ne me prosterne pas
Devant le maître des ténèbres
Il n’existe pas
La ténèbre suffit

Je traverse l’ultime blancheur
Je me verse du nectar
D’une goutte surgissent mille nuées
Pourquoi retourner au pays ?

RD 62

Les étoiles pâlissent
Unis dans l’ivresse
Nous savourons l’oubli des principes
Pour en retrouver vite fait

Le fleuve ouvre les portes du ciel
Je me demande: Comment procède-t-il ?
Les parois des deux rives défilent
Mais une voile solitaire sort du soleil

Aux nuées de quitter la ville
Nous regagnons du terrain
Les singes crient on ne sait pourquoi
Notre esquif est à vif

La mer m’enivre
Je porte un manteau de brumes rouges
Le soleil meurtrit les branches
L’amour rend maladroit

RD 61

La main dans la main
Nous parvenons à la maison
Les enfants nous ouvrent le portail
Ils sont joyeux

L’obscur sentier s’enfonce dans le jardin
Des grands bambous verts
Ils sont seuls malheur à eux
Nous arrivons à la maison bleue

Cette maison est au moins une chaumière
Le lierre me caresse
Nous devisons joyeux
Le vin nous arrose à la ronde

Les enfants courent en criant
En secret nous ferons l’amour
Nous imiterons la splendeur sauvage
En profondeur nous sommes sages

RD 60

La nuit tombe sur mon ami le torrent
Je suis à ses côtés je veille
Je ne suis pas bleu
Ni bleu de rage ni bleu comme l’azur

Mon amie vit dans les rochers bleus
Elle est bien la seule
Même les ermites fuient les rochers bleus
Elle, elle n’y voit que du bleu

Les étoiles s’accrochent aux bords du toit
Couché j’entends l’écho du vent l’écho de l’eau
La lune descend en vain sur les singes
Qui bondissent en un cri

Nous sommes suivis par la lune des montagnes
Je me retourne pour contempler le sentier
Essentiel pour la civilisation
L’horizon verdit en bleu !

RD 59

Faire l’amour à une femme
C’est faire ce qu’elle veut
Pourquoi hériter de la montagne ?
L’esprit libre je ris sans répondre

L’eau est silencieuse
Elle est pourtant couverte de fleurs
il y a un monde au-delà du monde
Il n’est pas réservé à quelques-uns

Poser des questions c’est donner la réponse
La femme fait trop rêver
Le rêve n’est pas la réalité
Les fleurs glissent pour ne pas faner

Il faut tenter de vivre
Pourquoi monter plus haut que la montagne ?
Les éléments cachent leur union
Nous sommes le résultat de cette conjugaison

RD 58

J’aime le vieux maître
Qui est plus jeune que moi
L’univers reconnait
Sa noble indépendance d’esprit

A l’âge des joues bien roses
Il lui arrivait de fuir l’école
Pour lire à son aise
A l’âge des tempes grises
Il priait les pins de le bercer

Enivré de lune il s’endort
Eperdu de fleurs il prend congé
Il contemple les sommets
Sa pensée est pure

L’ami aux fleurs de brume
Descend gaiement dans la vallée
L’ombre est bleue
Reste le fleuve à l’infini du ciel

RD 57

L’obsession des jambes
Des seins des fesses
Des femmes est un outrage une impolitesse
Du mécanique plaqué sur le vivant
Et qui pourtant est bien vivant

Cette manie empêche le retour du vital
A petits pas la pluie rejoint le couchant
Le bleu du vide colore la cour
L’esprit n’est pas transparent

Notre barque s’arrête près de l’îlot de brume
Le couchant ravive la mélancolie
Au travers des arbres on devine le ciel
Le fleuve se croit pur

Nous sommes des ermites
Qui montons en courant sur le bleu des montagnes
Jusqu’à ce que les monts et les nues se séparent
Nous restons ermites mouillés de larmes

RD 56

Un sommeil de printemps
N’attend nulle aube
Les oiseaux entourent le dormeur
Combien de pétales emporte-t-il ?

La nuit bruisse le vent
En quel lieu goûtes-tu l’ivresse ?
L’ivresse de l’éveil
La seule qui compte à mes yeux

Il a trouvé refuge auprès d’un bois désert
Oui, certains bois sont déserts
Je n’y connais personne
J’y dors à l’aise

Entre les volets ouverts
Je vois l’unique et pur sommet
Le sconce me sourit
Je me lève mon lit est chiffonné

Les marches du perron
Sont molles sous les pieds nus
La vallée s’étage
En degrés réguliers

If 22

L’aube a les pieds tremblants
Mer et vent se tiennent par la main
Une femme a les seins nocturnes
Elle regarde le fond d’un miroir naïf

J’ai toujours vingt ans
Mais vingt ans formés et informés
Par une longue vie
Mais les belles m’échappent désormais

Une fleur fanée est éclose
Un cercle est un crâne
Tu arraches les troncs d’arbre
Tu ne vis que du nécessaire

C’est l’hiver de l’amour
Le froid a vécu
Les yeux gravés d’un coeur
Retiennent les paysages de mon sommeil

So 16

L’esprit le plus élevé porte en lui de la vulgarité

Certains vivent sans raison de vivre

Si vous voulez que le monde vous obéisse, obéissez au monde

S’abstenir et tenir bon

Lis et cause avec les doctes

La vie est mouvement

L’activité est indispensable au bonheur

Vaincre des obstacles est plénitude de la jouissance humaine

Dans l’inaction le calme est difficile

Le bon sens et non la fantaisie guident nos travaux