Art 19

Un dessin se doit d’être probe

On ne peut pas peindre vrai, on peint vraisemblable

Un modèle se lit comme un livre

L’art est un immense musée d’étrangetés

Les sculptures bougent et ne se mouvent pas

Le peintre est inférieur à la nature pour lui rester parallèle

Le peintre parfois est content de lui-même

Mon problème n’est pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture

La solitude est un problème pour tout le monde

L’artiste est seul

Il y a plusieurs formes d’amour : l’une d’elles, avoir envie qu’on ait envie de vous

Art 18

La peinture s’apprend dans les musées

Je dessine sur le sable à marée descendante

Je recommence et je recommencerai encore

L’artiste avec émotion recrée le mouvement de la vie

L’adversité nous rend les vertus que la prospérité nous enlève

L’art rend visible le visible

L’art nous libère

Il faut savoir finir un tableau

La science rassure, l’art dérange

L’art est toujours l’art

Aucune polémique n’est vraie, reste l’oeuvre

La peinture est facile si vous n’y connaissez rien

L’art, c’est de l’humain ajouté à la nature

Saa 52

Le désir est préférable à l’ennui
Tu es venue si ivre chez moi
L’amie trop rarement vue
Vaut mieux que l’indifférente

Les jeunes gens qui viennent chez toi en bande
Ils sont joyeux et prétentieux
Ils te doivent quelques dommages
Tu n’es ni sage ni mage
Allons tant mieux !

Ils sont tous ennemis ensemble
Avec tes copains déjà tu m’es hostile
Je reconnais être jaloux
Le papillon se brûle et se détruit

Le rosier est mort La dernière rose a été cueillie
L’épine demeure On m’a laissé le serpent
Certains visages sont abhorrés
Parmi tes amis ne garde pas qui te hait

Saa 51

Exposer son coeur aux tourments et aux moqueries
Est plus aisé que détourner les yeux de ta beauté
Je remets ma barbe à des mains étrangères
Il faut supporter les caprices de l’irremplaçable

La gazelle ne court plus à sa guise
J’implore l’indulgence de mon ami
L’ami me demande pardon
Et pourquoi donc ?

Mon coeur s’apprête à la souffrance
Que l’ami m’appelle par bonté
Ou qu’il me chasse
J’endure tout

Lorsque l’amour souverain m’a accablé
Ma volonté d’abstinence a perdu toute force
Je suis dans le bourbier jusqu’au cou
Je suis un malpropre

Saa 50

Mon amie frappe à la porte
Je bondis tel un gerfaut
Je renverse la lampe allumée
L’amie illumine la nuit
Elle est un songe

Elle s’assied à mes côtés :
« Pourquoi as-tu éteint la lumière ? »
« J’ai cru voir le soleil
D’où me vient ce bonheur ? »

Je récite un poème que je cite de façon malheureusement approximative :
« L’importun s’interpose devant la lumière
Lève-toi et tue-le avant quoi que ce soit
Mais s’il te montre un joli sourire et des lèvres de miel
Alors souris toi-même et souffle la bougie…. »

Nous étions pareils à deux amandes jumelles
Enfermées dans la même coque
De retour l’amie : « Tu ne m’as même pas écrit un seul mot »
« Le messager t’aurait vue quand je ne t’apercevais même plus »

O mon ancien ami ne viens pas me blesser
De ta langue fourchue
Je suis jaloux de qui la voit à l’aise
Celui qui la voit toujours la reverra

Saa 49

C’est prodigieux
J’existe tu existes nous existons
Tu es venu me parler
Ma parole me reste encore

L’homme qui ne meurt pas sur le seuil de l’ami
Est un prodige
Il prodigue les trésors de la terre
Comment se maintient-il en vie ?

Mon âme est saine et sauve
Pourtant j’aime de toute mon âme
Mon âme est mâle
L’oeil de l’amour ne voit que des mérites
Sauf s’il bascule du côté de la haine

Aux yeux de l’esprit malveillant
Tes mauvais penchants deviennent des mérites
Aux yeux de l’amour bienveillant
Ton unique mérite supplante tous les autres

Saa 48

Dût mon ennemi me cribler de flèches
Dût-il me tuer de son épée
Je lui rendrais grâce
Ou j’irais expirant sur son seuil

Garde de l’estime pour toi
J’en garde pour moi-même
La passion est malheureuse
Il n’y a pas de conseil en la matière

Celui qui m’a tué
Revient vers moi
Aurait-il pitié
De sa victime ?

Si l’amour s’empare de toi
Tu deviens muet
Tu ne connais plus les lettres de l’alphabet
Pourtant j’existe en même temps que toi

Saa 47

Le mal devient un bien
Par la grâce du prince
Qui encourt la disgrâce
N’est plus servi

Quand ton or ne plait pas
Il devient de la poussière
Un homme avait perdu tout pouvoir sur son coeur
Et même son âme, sa préférence
Allait à un précipice mortel

Je meurs de la main que j’adore
Mon oeil ne cherche que le plaisir de son maître
Tu ne te prévaux pas d’être amant
Chercher signifie mourir

L’âme ardente veut toujours plus
Les médecines les plus douces
Ne perds pas l’estime de toi-même
Dans ce que tu appelles amour

Saa 46

Chez les indigents les griffes sont usées
On ne mange que ce qui est donné
Le lion pour manger sort de sa caverne
Un faucon dans son aire reste seul sans manger

Un jeune archer fut aidé par le vent
Il brûla son arc et ses flèches
Ainsi son exploit reste mémorable
Le vent peut s’opposer même au sage

Les vicissitudes de la fortune ne m’étaient rien
Tant que les astres roulaient au dessus de moi
Pour qui est dépourvu de richesse et de pouvoir
Un navet cuit est volaille rôtie

L’amour ne va pas sans rapports hiérarchiques
Celle qui m’a tué d’amour m’a retrouvé
L’esclave monte de l’eau touche aux briques
Est beau ce qui touche le coeur

Art 17

J’appelle art tout ce qui est réel aux dépens de la réalité

L’art n’est pas soumission à l’élévation de l’âme

Le talent est soumission lente

Les choses se battent entre elles

Un vase donne une forme au vide

La musique donne un sens au silence

Il y a des fleurs partout Il suffit de les voir

L’art véritable est là où on ne l’attend pas

La simplicité est la solution de la complexité

On chemine nourris d’images