Saa 26

Si une orange tombe dans la fange
Nettoie-la et goûte-la
Après une bouche impure
Nettoie toujours

Le sage ne méprise pas les grands
Les trônes passent
Les conquêtes ne sont pas grand-chose le plus souvent
N’efface pas le nom des grands qui sont morts

Si tu souhaites de l’aide dans l’adversité
Mérite ces secours au temps de ta félicité
Clémence et générosité sont les clefs
Auxquelles j’ajoute prudence et austérité

Prends bien soin de l’armée
Si elle assure ton pouvoir
Equité et miséricorde en restent
A tout moment les fondements

Saa 25

Autant que tu le peux sois raisonnable
Ne déchire aucun coeur humain ou animal
Notre chemin est rempli d’épines
En aidant tu t’aides toi-même

Lorsqu’un humain indigne est favorisé par la fortune
Choisis la résignation
Quand l’infortune aura dompté le malfaiteur
Tu pourras nous venger

Lorsqu’un humain altéré
Dévoré par la soif
S’approche d’une source Rien ne l’arrête
Même pas une bête féroce
Même pas un éléphant furieux

L’hypocrite affamé
Ne respecte plus l’hypocrisie
L’habitué des mauvais lieux n’est pas fréquentable
Mais il a peut-être du coeur

Art 5

Le peintre éblouit avec une pomme

L’air est impossible à peindre

Je ne peins qu’un contexte

La couleur n’est pas libre comme un crayon

Les yeux de n’importe qui m’intéressent plus qu’une cathédrale

L’art est artificiel au service du naturel

Libre ! Être libre, enfin !

L’art n’est que mensonge pour découvrir la vérité

L’oeuvre d’art arrête le temps

L’humain est un être social qui n’est guère sociable

Je mange la beauté !

La campagne a bien du charme pour qui n’est pas tenu d’y habiter

La couleur et moi ne sommes qu’un. Je suis peintre

On ne peut pas expliquer l’art

Art 4

Il faut éprouver ce qu’on veut exprimer

Il serait bon que toute activité soit élevée au rang d’oeuvre d’art

Seul l’inutile est vraiment indispensable

Je cultivais les fleurs sans penser à les peindre … Je n’ai plus d’autre modèle

Soyez symboliques ! Tout est symbole

Le réalisme de la peinture est symbolique

Je dois aux fleurs d’être peintre

Je pratique l’art, je n’y crois pas vraiment

Je ne crée pas une fleur, je fais un tableau

Le génie est solitaire, il n’est même pas héréditaire

Saa 24

Si tu violais des tombeaux tu verrais
Que les morts se ressemblent fort
Aujourd’hui beaucoup de biens sont dans tes mains
Pense que leur destin est voyageur

Fais le bien envers les tiens
Envers les proches les voisins
Envers même un malveillant
Ferme avec du pain la gueule du molosse

il est fort possible qu’épargner des prisonniers
Soit un gain pour la suite
Qui est mort ne ressuscite pas
Quand la flèche part elle ne revient pas

Souvenir souvenir J’ai aidé l’un
Parce qu’il m’a aidé pendant mon enfance
J’ai laissé l’autre
Parce que je ne pouvais pas faire autrement

Saa 23

De deux choses l’une : ou bien
Il n’y a jamais eu de fidélité véritable
Ou bien personne ne la pratique cet an-ci
Me trompé-je à votre avis ?

Si je transmets ma science du tir à l’arc
Je deviendrai tôt ou tard la cible
Je n’espère pas de bienfaits
Seule la politesse me fait saluer

Les rois distribuent leurs faveurs
Mais avant tout le roi est le gardien du pauvre
Le berger doit vivre pour le troupeau
Et non le troupeau pour le berger

Certains ont le coeur qui s’inquiète
En pure perte Attends
La terre mange Attends !!
Les cervelles extravagantes

Saa 22

Prince, ton altesse, devant qui
Puis-je crier contre toi ?
C’est à toi-même devant toi-même
Que je crie mon désir de justice

Un cornac à l’aise sous son éléphant
Me disait : « Une pensée me taraude
Être une fourmi sous la patte de mon éléphant
Que ferais-je sans lui ?

Un esclave s’était enfui
Certains étaient partisans de l’exécuter
Pour l’exemple
L’esclave dit : « La sentence appartient au maître »

En cherchant querelle à une mauvaise tête
L’ignorant triture sa propre cervelle
Tu peux tirer une flèche contre un ennemi
A condition de ne pas lui servir de cible

Ne donne pas à ton ami
Assez de force pour te faire tort
S’il devient ton ennemi
Le pire des ennemis est un ancien ami

Saa 21

Ne tourmente aucune créature
Tu y perdrais la bonne fortune
Tu connais le sort des vengeurs
Nombreux mais minuscules

Te vois-tu brûler la rue sauvage ?
Elle produit tant de fumée
Soupirs des coeurs que l’on afflige pas
La vie n’est pas une corbeille de pétunias

L’âne fait mine de ne rien comprendre
Chargé de fardeaux il nous est précieux
Le lion est fort
Mais il déchire pour le plaisir

La faveur du prince passe par ses serviteurs
Si tu ne veux pas d »ennuis sois diplomate
On peut faire passer un os par le gosier
Sous le nombril il déchirera le ventre

Saa 20

Reste assis plutôt que d’être un courtisan
Travailler la terre a une grande dignité
Pétrir la pate chaude à la main
Mieux vaut que la garder sur la poitrine
Devant les puissants

Le plateau en bois ne sent rien
Mets le au feu il sentira bon
Sois généreux magnifique si tu peux
Sème le grain tu le verras peut-être croître

Un prince hérita d’un trésor
Il le distribua à son peuple
Il augmenta les impôts
Pour faire face à l’imprévu

Un prince fit chercher un peu de sel qu’il paya
Je donne l’exemple je ne pille pas
Mes esclaves n’arrachent pas les arbres
La vie est dure pour les princes

Saa 19

Mon corps me dit adieu
La mort m’arrive Amis et ennemis passez votre chemin
Mon joli temps s’est écoulé
Sans que j’y prenne garde

L’espoir est vain que ma vie revienne
J’étais un ignorant
Vous qui m’ennuyez
N’oubliez pas de veiller

Un derviche tournait sans respirer
Moi du moins je ne tourmente pas mes sujets
A quoi sert-il de régner
Si c’est pour vivre en bourreau ?

Contredire un prince à l’ancienne
C’était tremper ma main dans mon sang
Nous voyons la nuit en plein jour
La lune remplace le soleil