Saa 18

La vie de mon ennemi est terminée
Pourquoi m’en réjouirais-je ?
Ma vie ma petite vie ma pauvre vie
Sera bientôt terminée

Un prince écouta les bonnes nouvelles
« Portez les à mes ennemis
Je veux dire mes successeurs »
Mes projets ont vu le jour

Ma vie m’est chère
Mes projets existent en plein jour
L’attente ne fut pas vaine
Ce qui fut ma vie ne reviendra pas

Le destin a au moins une main
Elle tape sur une cymbale
Dites adieu à votre tête
Les yeux sont de sortie

Saa 17

L’oeil de la chauve-souris
Est aveugle en plein jour
Il ne faut pas imputer cette déficience
Au soleil notre dieu

Il vaut mieux quantité d’yeux aveugles
Qu’un soleil obscur
Une jeune fille avait une peur panique de la mer
Elle se força à nager
Elle se réconcilia avec les flots

Elle ne connaissait pas la noyade
Pas plus que la tranquillité
Dont on jouit sur un bateau
Il faut avoir connu la crainte
Avant de profiter du repos

Ce qui est sans attraits pour toi
Fera mes délices
Pour les damnés
Le purgatoire est un paradis

Je ne dédaigne pas les pains
il y en a plein
Y a-t-il une différence
Entre attendre tristement les deux yeux sur la porte
Ou jouir de cette espérance ?

Art 3

Les apparences ne sont que des apparitions

Les mathématiques obéissent aux fantômes

Enterrons les couleurs

Devant un oeuvre faite ou à faire il faut tomber avant d’établir un champ de gravitation

Equilibre, dynamisme, formes, couleurs, rythme ….

Je n’aime que l’art de masse

Après la peine et la souffrance, rien n’est plus désirable que la vie d’artiste

J’ai horreur des mouches sales Je n’aime que les mouches propres et même très propres

Être un artiste est aussi simple qu’être un animal

Un peintre ne découvre rien dans la nature Il n’y voit rien qu’il ne sache déjà

Art 2

Une peinture suscite un nouveau regard, l’artiste doit le savoir

Celui qui vient me voir me fait plaisir, celui qui ne vient pas s’amuse

L’artiste qu’est l’enfant tient rarement en grandissant

Le fixe est l’incertain le trouble est certitude

Autant que possible chacun doit parler son propre langage

Mon langage est apparemment mon langage

Personne n’exige d’un arbre que ses branches se développent sur le modèle de ses racines

Les branchages d’un arbre s’épanouissent plus ou moins dans toutes les directions

Les progressistes politiques sont réactionnaires en matière d’art

Il ne faut pas parler de formes et encore moins d’objets il n’y a que des surgissements

Saa 16

Il portait au front avec fierté et modestie
L’astre de la grandeur magnanime
Il était grand et bien fait
Il avait du mérite à rester modeste

La véritable richesse consiste dans le mérite
La fortune ne respecte pas l’argent
Seule l’intelligence compte vraiment
L’ami sincère ne craint guère la calomnie

L’envieux n’est satisfait que par la disgrâce d’autrui
Je n’offense personne Je ne nuis à personne
Aucun fait ne tient devant la folie de l’envie
Seule la mort traite son cas

Bien des malheureux
Souhaitent le déclin de tous
Surtout des gens heureux
Ne te plains pas trop, mon pauvre envieux

Saa 15

La terre goinfrée de sel
Ne supporte pas une jacinthe
Il est inutile d’y semer
Ou d’y planter quoi que ce soit

Ne faisons pas de bien
A ceux qui se prennent pour des méchants
Mais il y a pire
Nuire aux bons aux meilleurs

Certes éteindre le feu et laisser la braise
Est irresponsable
Mais de bonnes personnes
Naissent parfois des monstres

Tuer la vipère
Et laisser la vie à ses petits
Personne ne s’abaisse à ça
Il y a toujours des vipères

Saa 14

La force d’un homme
Vient aisément à bout
D’un arbuste nouvellement planté
Pas d’un grand arbre enraciné

La source est nouvelle et fraiche
Tu l’arrêtes avec une pelle
Tu lui interdis ainsi
De devenir un vaste fleuve

Il est vain d’attendre que le soleil
Se confonde avec la mer
C’est à toi de manger le poisson
Sinon le poisson te mangera

Le bien ricoche sur l’humain
Qui préfère le mal
Lui faire confiance
C’est placer une noix sous un dais

Saa 13

Un nain intelligent
Vaut mieux qu’un géant écervelé
Les sages sont souvent efflanqués
Le mince étalon vaut plus que des dizaines d’ânes

Beaucoup d’êtres sont purs
Ils n’en ont aucune idée
Ils vivent simplement
Conformément aux lois de notre mère nature

Tant qu’un humain se tait
Ses vertus et ses tares restent secrètes
Tu crois que le petit bois est vide ?
Il abrite deux paresseux

A une époque éloignée la guerre était bien vue
Un jeune devait se dire :
« Jamais je ne tournerai le dos à l’ennemi
Qui fuit perd l’honneur »

Tu juges que je suis débile
Je le suis certes un peu
Mais dis-toi bien qu’à la course
Un cheval fringant vaut mieux que le boeuf gras

Saa 12

J’ai rêvé d’un homme de bien
Son corps n’était plus que poussière
Seuls ses yeux attentifs
Tournaient encore dans leur orbite

Combien d’humains qui furent célèbres
Gisent tristement ensevelis ?
Ils n’ont pas laissé de traces
Leur vieux cadavre fut dévoré jusqu’aux os

Seuls certains de ceux qui firent le bien
Survivent-ils un peu
Ne prends pas la vie comme une proie
Comme un butin

Celui qui dort
Ne fait de mal à personne
Il est temps
Que meure le méchant

Saa 11

Le poète a écrit maintenant il se repose
Quand vient le temps du désespoir
Il donne à certains la langue longue
Le loup vaincu se jette sur le chien

Un malandrin emprisonné
Hurlait de multiples injures
Un gardien compatissant
Prétendit qu’il s’agissait de compliments

Le prince ne fut pas dupe
Il prétendit préférer un mensonge utile
A une vérité offensante
Troublante à n’en plus finir

Un bon conseiller dit le bien
Un innocent fut condamné
« Mon temps se termine
Le tien débute dans l’ignominie »

La vie s’est enfuie telle le vent du désert
Qu’il soit doux ou funeste
Coltines-toi ton injustice
Son fardeau est impitoyable