Saa 4

Les nuages le vent
La lune le soleil
Se meuvent en harmonie
Avec la terre

La terre de tes champs
Et de tes sillons
Qui à la fin des histoires
Te donne ton pain

On ne mange pas son pain en ingrat
Pour insouciant qu’on soit
On sait pertinemment
Que beaucoup de mouvements sont nécessaires
Pour que le pain soit bien là

N’oublie jamais la munificence de la nature
Fais en sorte que ce soit pour toi
Que le monde est en mouvement
Agis et soumets-toi

Je gratte la pierre qui me sert de coeur
Avec le diamant qui sort de mes larmes
A chaque minute s’envole
L’un de mes derniers souffles de vie

Saa 3

Nous avons une dette
Envers ce qui nous permet d’être
Rendez grâce Combien peu
Sont reconnaissants d’exister simplement

Que la vie nous absolve !
Qu’elle avoue ses fautes
Au pied du grand tunnel terminal
Car elle est souveraine de ses propres fautes !

L’être est généreux
C’est la générosité même
L’être s’offre aux ennemis de l’être
Les portes sont grandes ouvertes

Sur notre terre s’étend un tapis d’émeraude
Qui nourrit les tendres plantes
Nous serons couronnes de fleurs
Nous sommes déjà couronnés par les fleurs

Saa 2

Tout a droit à tout
Tout est un devoir pour tout
Chacun doit s’attacher à soi
Aux moyens de gagner ce qui va de soi

Il est nécessaire d’éviter
Les chemins du malheur
Le malheur n’est jamais destin
Plains-toi plutôt de tes actions réelles

Allons lentement
La paix de mon âme s’en va
Le lecteur un tant soit peu intelligent
S’abstiendra de toute critique malveillante

Ce n’est pas qu’il n’y ait pas à critiquer
L’envers vaut-il l’endroit ?
La bonté nous est nécessaire
Pour être et respirer

Saa 1*

La violence n’est pas loi
Celui qui pratique la violence
Comme un loup sur un troupeau
Creuse son cachot

Homme puissant tu nous tourmentes
Tu voudrais torturer le monde
Jusques à quand restera-t-il prospère ?
Mieux vaut mourir que vivre en bourreau

Garde-toi de la fureur des coeurs blessés
La blessure d’un coeur se ranime sans cesse
N’oppresse ni n’opprime un seul coeur
Un seul coeur renverse le monde

Pendant combien d’années pendant combien de siècles
Des humains marcheront-ils sur nos têtes ?
Les puissants se transmettent leurs pouvoirs
Leur puissance désormais s’éclipse *

* « Saadi », « Gulistan » « Le jardin des roses », Miroir du monde, 1982

IB 107

Le mal dure, pas les fautes
Ce qui est pardonnable
Est pardonné
Mais pas moi pas moi

J’ai vu la vérité un serpent immense
Les ailes et les nageoires battent autour de moi
Je suis blanc dans un lit blanc
Les crapauds soudain m’effraient

Les avortons dans ma bouche
Ne sont pas des mots
A peine des prières
Que s’est-il passé hier ?

Tout doit-il se perdre
Dans la folie ambiante ?
Les mots sont des drogues
Qui enchantent la mer peut-être

IB 106

Je me tais je parle Rien n’a d’importance
Je suis vieux je vous tance
J’ai ma cracheuse au bras
Et toi qu’est-ce que tu as ?

Fais pour moi une oeuvre
Qui soit facile pour toi
Je ne connais pas de monde meilleur
Au nôtre

Personne n’est plus béat
Je ne connais personne
Il n’y a pas de monde meilleur
Nous souffrirons ensemble

Certains rêvent de retour
Ils rêvent des vieux mondes qu’ils enjolivent
Je les courtise tous et n’en conquiers aucun
Dans l’armée des êtres humains

C’est dangereux d’aimer
Peu d’humains sont dignes
Même d’une petite histoire d’amour
Tout court

IB 105

Rien ne vient
Plus rien ne viendra
Il n’y aura plus de printemps
L’été non plus ne viendra plus

Personne ne dit rien
Larmes infamie ténèbres
Certains savent s’accommoder des mots
Les accommoder à la sauce tartare

Devrais-je faire une prisonnière une pensée ?
Laisse nous Laisse les autres
J’ai perdu mes poèmes
Pour toujours

Je ne sais plus inscrire une souffrance
Ni sur le papier ni nulle part
La poésie n’existe plus pour moi
Elle n’existe plus pour personne

IB 104

Pourquoi laisser aller les sentiments ?
Tu étais tout pour moi
Tu émouvais les animaux qui restent
Avec tes mots tu t’aidais toi-même

Tu maintenais dans le tintamarre des mots
Si je crois dans la mer, je crois dans la terre
Jouons ces comédies qui font rire
Jusqu’à l’émotion

Je touche aux frontières d’un mot
La mer ne conteste pas le nomade
Les livres les risques les plats
Aussitôt dit aussitôt fait

Ce n’est pas toi que j’ai perdu
C’est le monde
C’est toi dans le monde
Tu restes seul

IB 103

Les oiseaux sont ivres de sommeil
Les arbres sont transpercés de vent
Tiens ! Un gobelet d’écume de mer
Les promesses d’amour sont des fleurs fraîches

Les voix scandaleuses de la ruine
Frères sans charme joueurs invétérés
Soeurs grises à en pleurer
Poisson rossignol salamandre

Le calme des coraux dans la mer
La rosée sur la cendre
La veine du marbre
La beauté est ancienne

Le mot entraîne le mot
Pas de contradiction
Après la sentence
Au tour des sentiments

IB 102

Tout est tabou
Le théâtre de la mort
Un serpent en boule pend à ton bras
Les gazelles planent dans l’air

Va vite dans la folie claire
Les barrières tombent
La chambre d’amour se situe
Hors de la mort

Tu te dresses à la lisière du ciel
Sous l’orage de roses
La nuit est éclairée d’épines
Le feuillage est sur nos talons

La pluie nous emporte sur le fleuve
Une feuille nous toucha
L’embouchure est proche
Je me sens moche