IB 95

Nous sommes entrés
Un à un ou deux par deux
Dans les espaces enchantés
Les critères sont épuisés

Les yeux sont des fenêtres
Il leur faut de la clarté
Dans ta poitrine est un océan
Qui m’attire vers le fond

Ta bouche est un nid duveteux
Je lave l’or de mes larmes
Où sont tes armes ?
Les vaisseaux rentrent au port

Tes pieds ne sont jamais en chemin
Dans mes pays de velours
Tes os sont des flutes claires
Qui charment même la mort

IB 94

Bleu hasard le hasard est bleu
Champs en fuite chants en fumée
Dure loi de l’amour
Double l’amour est double

La neige bande les yeux
Je suis innocent et prisonnier
Des prodiges de la nature
Les éclairs blancs ravagent

Les pins touchent les nuages
Sur la plage hivernale
Les vagues sont encore chaudes
Tu n’es pas une ribaude

Les embruns se raniment
Creusez les meurtrissures
Les laves compromettent les volcans
Les corps sont verrouillés

Eso 84

Une hirondelle perdit ses enfants dans un tribunal
Parce que le greffier enleva son nid
« Quel malheur que ce crime
Dans un lieu voué à la justice ! »

L’hirondelle et la corneille
Discutaient de leur beauté respective
La corneille conclut : « On ne te voit qu’au printemps
Pour peu de temps Moi on me voit ici
Toute l’année longue »

Les humains coupèrent du gui
A la demande des oiseaux
Ils accordèrent leur hospitalité
Aux petites hirondelles

L’hirondelle se vantait
De ceci de cela
Une corneille lui demanda :
« Quand arrêteras-tu tes commérages ? »

Une tortue pria un aigle de lui apprendre à voler
L’aigle la prit dans ses serres
Il monta très haut en l’air
Avant de la lacher

Eso 83

Un chauve portait perruque
Il poussa son cheval
Il y perdit ses faux cheveux
« Ils n’étaient pas à moi »

Plus cher que tout pour un avare
Etait un lingot qu’il avait enterré
Il venait l’adorer chaque matin
Son fils le remplaça par une pierre

Un forgeron travaillait dur
Pendant que son chien dormait
Quand l’homme venait manger
L’animal se mettait à ses côtés

L’hiver reprocha au printemps
De rendre fous les humains
Avec vous ils bougent tout le temps
Avec moi ils se reposent

Eso 82

Un bouc mangeait une vigne
Celle-ci se plaignit :
« Crétin, à la rentrée,
Tu n’auras pas de vin  »

Une hyène mâle s’en prit
A une hyène femelle
Celle-ci le prit à la gorge :
« A qui crois-tu avoir affaire ? »

Une hyène tomba en amour
Avec un renard qui lui demanda :
« Mais dis-moi, belle hyène,
Es-tu mâle ou femelle ? »

Une chienne se vantait de faire rapidement
Beaucoup de chiots
Une truie lui rétorqua qu’elle n’avait fait
Que des aveugles

Eso 81

Une cigale chantait dans les feuilles d’un arbre élevé
Un renard de passage la supplia de descendre
Pour qu’il puisse admirer le porteur d’une si belle voix
Négligemment la cigale fit tomber une feuille
Que le renard déchiqueta

Les fourmis faisaient sécher du grain
La cigale leur en demanda une partie
« Que faisais-tu l’été dernier ? »
« Je chantais, la belle affaire ! »
« Eh bien, danse maintenant  »

Un bon vieux mur prit mal
La percée d’un clou
« Que fais-tu là, imbécile ?! »
« J’ai un marteau derrière ! »

Un archer montait la pente
A la recherche d’un lion
Le lion apparut bien
Mais c’est le renard qui fit tomber l’archer

Eso 80

Des guêpes harcelaient un laboureur
Sans savoir quoi lui demander
« Heureusement j’ai deux boeufs qui marchent
Sans tenir de vous le moindre compte  »

Une guêpe piqua un jour
Un serpent à la tête
Fou de douleur il se noya
La guêpe chercha une autre bête

Un taureau poursuivi par un lion
Se réfugia dans une grotte, antre des chèvres sauvages
Encorné et insulté par elles, il déclara :
« Vous avez de la chance que le lion
Me guette à l’entrée »

Le paon se moquait de la grue :
« Tu es grise Moi je porte l’or et le pourpre  »
« Tu n’as pas tort mais moi
Je m’élève seule jusqu’aux astres »

Les oiseaux pensèrent à attribuer la royauté
Au paon à cause de sa beauté
Un corbeau intervint : « Qui nous protégera
Contre les aigles ? »

Eso 79

Une trompette guerrière fut faite prisonnière
Elle proclama son innocence :
« Je n’ai tué personne Si vous le désirez je jouerai pour vous
Je n’ai pas d’ami parmi vos ennemis  »

Un petit taupin aveugle comme le sont les taupes
Prétendait y voir clair Sa mère lui fit sentir de l’encens
« C’est un caillou » dit l’enfant
« Mon dieu, tu as perdu l’odorat »

Un sanglier aiguisait ses défenses contre un arbre
Le renard lui demanda la raison :
« Nul danger ne te menace »
« Mes armes seront prêtes le cas échéant »

Un sanglier dévastait la pâture d’un cheval
Celui-ci accepta de placer un homme sur son dos
Pour mettre le sanglier hors de combat
Il dut ensuite accepter la servitude

Une truie et une chienne s’agonisaient d’injures
La chienne : « Plein de gens trouvent ta chair impure »
La truie : « Beaucoup la trouvent exquise
Et je ne mords pas comme toi »

Eso 78

Une brebis était tondue avec une grande maladresse
« Qu’est-ce que tu fais là, abruti !
Ou bien tu me tonds
Ou bien tu me tues ! »

Un légende nous narre que les animaux
Êtant plus nombreux que les humains
Certains prirent forme humaine
Mais qui ? Qui est-ce ?

Une amarante admirait une rose
« Tu es très belle et ton parfum est sublime »
« Je te donne raison mais la médaille a son revers
Je vis très peu de temps et je me flétris auparavant »

Le grenadier le pommier et l’olivier
Discutaient avec fièvre de la qualité
De leurs fruits respectifs
La ronce timidement : « N’oubliez pas mes mûres »

Eso 77

Un berger rentrait ses moutons
Un loup s’était caché parmi eux
Heureusement le chien le questionna :
« Tu aimes les loups maintenant ! »

Un jeune berger emmenait au loin ses moutons
Pour plaisanter il cria plusieurs fois « Au loup ! »
Les paysans coururent à son secours
Les loups se montrèrent Il cria en vain

Un guerrier valeureux
Se cherchait une épouse
Il rencontra la violence
Ils ne se quittent plus

Il ne restait plus qu’une peau
Qu dérivait au caprice des flots
Elle se croyait dure
Un crocodile la détrompa