Lao 52

Qui gouverne sans savoir-faire
Sera un bienfaiteur
Qui observe ces lois
Fournit règle et modèle

La mystérieuse vertu est de les observer toujours
Cette vertu est vaste
Grâce à elle tout chemine
Jusqu’à faire retour
A l’harmonie

Les mers et les fleuves priment
Sur les ruisseaux des montagnes
Parce qu’ils sont plus bas
Voilà comment on prime

Abaisse-toi si tu veux t’élever
Le peuple attend Fais la queue
Le peuple ne ressent pas la main du sage
Au contraire il le pousse en tête
Ne rivalisant pas le sage n’a pas de rival

Lao 51

Le sage a de multiples raisons
Pour désirer le non-désir
Il méprise les choses rares
Il apprend à désapprendre

Il enseigne au peuple
A revenir de ses excès
Il aide les choses à exister selon leur être
il dit peut-être
Se garde de forcer

Les anciens qui possédaient la voie
Ne cherchaient pas à éclairer le peuple
Ils cherchaient à le rendre simple
Tout simplement

Pourquoi un peuple est-il si dur à gouverner ?
Il souffre d’un excès de savoir-faire
D’un gouvernement de malfaiteurs
Il faut abdiquer le savoir-faire

Lao 50

Ce qui est en repos est facile à tenir
Ce qui n’a pas éclos est facile à retenir
Ce qui est fragile est facile à briser
Ce qui n’est pas massif est facile à disperser

Agis sur les choses avant qu’elles ne soient actives
Préviens le désordre par l’ordre
Qui agit détruit
Qui prend perd

L’arbre qui te surplombe
Provient d’un germe infime
Un voyage commence par
Un pas

Le sage n’agissant sur rien
Ne détruit rien
Ne s’emparant de rien
N’a rien à perdre

Le peuple vaquant à ses affaires
Echoue tout près du but
Si tu restes prudent
Tu éviteras l’échec

Lao 49

Agis par le non-agir
Fais par le non-faire
Savoure le sans-saveur
Que certains trouvent fade

Magnifie le minime
Attribue le nombre au peu
Réponds aux torts qu’on t’attribue
Par l’usage de la vertu

Le sage ne tente pas de faire grand
Il est grand
Promettre à la légère ne vaut pas tenir parole
Croire que tout est facile suscite l’obstacle

Le sage trouve tout difficile
Devant lui tout s’aplanit
Il maîtrise le grand
Dans le minime

Lao 48

La voie est une cachette pour toutes choses
Elle est le trésor du juste
Le salut du coupable
Souviens-toi des anciens
Qui chérissaient la voie

Les belles paroles valent du crédit
Les belles actions valent du respect
Des personnes sont coupables
Il est inutile de les bannir

Laisse autrui devenir empereur
Présenter les jades et les quadriges
Toi tu avances sur les genoux
Tu offres la voie

Certains de nos anciens prisaient la voie
Qui la cherche la trouve
Sa vertu rachète tout coupable
La voie est le trésor du monde

Lao 47

Un grand pays est un lieu bas
Où ruissellent les fleuves
On pourrait dire que Yin
C’est le féminin de l’univers

Le féminin conquiert aussi par la passivité
Alors même qu’il déborde d’activité
Un grand pays courtise un petit
Il assure sa tranquillité

Un petit pays se laisse séduire
Mais s’il s’abaisse
Il sera conquis
C’est la paix l’essentiel

Un grand pays accroît ses clients
Un petit pays est un client
Tous les pays ont intérêt à s’entendre
Le grand fait la courbette

Lao 46

Dans la nuit des temps
L’humain s’est égaré
Le sage rassure sans violence
Resplendit sans aveugler

Gouverner un pays entier
Autant frire de petits poissons
Veille sur le monde
Grâce à la voie

Les ombres n’ont plus de pouvoir sur les esprits
Les esprits eux-mêmes ne nuisent plus
Ils peuvent rester nocifs
Mais les sages sont vigilants

Le peuple et le gouvernement
Evitent de se nuire
La vertu afflue
Tout le monde est content

Lao 45

Moi le presque sage je laisse faire
Je n’aime que la quiétude
Je ne fais rien
Je n’ai pas de désir

Le peuple me suit
Sans le savoir
Il prospère
Il revient au simple

A gouvernement muet
Peuple tout simple
Le malheur porte le bonheur
Le bonheur contient le malheur

Il en est qui marchent droit
Il en est d’autres qui dévient
Le normal se fait monstrueux
Le bénéfique maléfique

Eso 69

Devant un loup à l’air menaçant
Un âne fit mine de boiter
Le loup prit un air bienveillant
Pour soigner la patte
Il reçut un coup de sabot

Des pigeons domestiques furent attaché à un filet
Des pigeons sauvages se retrouvèrent pris au piège
Ils se plaignirent : « Pourquoi n’avaient-ils pas été avertis ? »
Les domestiques affirmèrent qu’ils avaient intérêt
A la bonne humeur du maître

Un oiseleur dressait un piège
Une alouette s’inquiéta
« Je bâtis une ville »
Elle tomba dans le piège

Un oiseleur posait des pièges contre les grues
Parmi elles se trouva prise une cigogne
« Mais je suis utile aux humains »
« Pourquoi te confondre avec une grue ? »

Eso 68

Un âne et un chien faisaient route en commun
L’âne ramassa une lettre elle ne parlait que de foin
« Abrège abrège » dit le chien
« Cette lettre est insignifiante »

Un âne se révolta
Et se réfugia au dessus d’un précipice
L’ânier le rattrapa et le tira par la queue
L’âne tira de son côté et tomba

Un âne appréciait le chant des cigales
Elles prétendirent boire de la rosée
L’âne s’y essaya et faillit
Mourir de soif

Un âne vêtu d’une peau de lion
Répandait une saine terreur
Après une tempête il se retrouva nu
Et ne dut son salut qu’à la fuite

Un âne broutait des orties
Son compère le mulet s’étonna :
« Comment peux-tu mâcher des orties
Avec une langue si molle ? »