Lao 42

Tu connais l’humain d’après toi-même
Les choses si possible d’après elles- mêmes
Tu connais le monde d’après le monde
Tout au moins tu l’espères

Comment savoir ce qu’est le monde ?
Celui qui anime la vertu et que la vertu anime
Est un enfant nouveau né
Qui rit et qui pleure

Les guêpes les scorpions les serpents
Respectent l’ordre de la nature
Ils la font leur
Sans exception aucune

Les oiseaux de proie enlèvent
Ce qui leur revient de droit
Un vrai bébé ordinaire
Poigne ce qui l’attaque

Lao 41

Les palais officiels sont bien nets
Les champs sont pleins d’ivraie
Les greniers sont vides
La voie du brigandage n’est pas la voie

Les officiels portent de beaux habits
De longues épées tranchantes
Ils boivent ils mangent outre leurs besoins
Le brigandage n’est pas la voie

Ce qui est bien planté ne peut être déraciné
Ce qui est bien étreint ne peut te caresser
Grâce à la vertu les enfants
Respectent leurs ancêtres

La vertu de la voie devient vertu sincère
Abondante persévérante florissante
Culture d’une famille d’une province de l’Etat
Culture-monde du monde

Lao 40

Saisis l’infirme à temps
Use de ta vue intérieure
Qui apprend à céder
Est maître de la force

Forte est la lumière
N’oublie pas la vue des aveugles
Saisis l’infime
Cultive la constance

Le malheur ne plane pas sur ta tête
Si j’avais un grain de sagesse
Je marcherais dans la grande voie
Avec une seule crainte, en dévier

La grande voie est unie et droite
Mais la foule aime les détours
Qu’elle appelle droiture et rectitude
Le malheur t’appartient

Lao 39

La voie donne vie
La vertu élève jusqu’à l’âge adulte
Les milieux façonnent
Puis achèvent

Toutes choses en ce monde
Qui est bas et qui est haut
Adorent la voie et vénèrent la vertu
C’est la pente naturelle

Le monde sous le ciel a une source
Que j’appelle moi passionné des origines
La mère et ses enfants
Aimer la mère ôte des périls

Il en est qui ne courent aucun danger
Ils bloquent le passage ils ferment les portes
Ils besognent péniblement
Les voici sans secours au terme de leur vie

Lao 38

Le buffle ne sait pas comment encorner
Le tigre ne sait pas comment griffer
Nous vivons dans un monde d’incapables
La mort est nombreuse

Où est le point mortel de chaque bête ?
Chaque animal a sa façon de mourir
La voie donne la vie
Parfois la vertu les élève jusqu’à elle

La vertu nourrit et fait croître
Elle abrite et réconforte
Elle donne la vie sans rien demander
Vénérons la vertu

Elle accomplit sa besogne
Sans s’en vanter
Elle guide sans opprimer
Qu’est-ce d’autre que la mystérieuse vertu ?

Lao 37

Pudique et effacé
Le sage est simple
Sous le ciel
Indistinctement

Le vulgaire écarquille les yeux
Pour ne rien voir
Tout en regardant
Avec un sourire d’enfant

Quand on sort de la vie
On entre dans la mort
Quand on sort de la mort
C’est pour une autre mort

Ne nous surmenons pas
Ménageons notre vie
En voyage nous ne craindrons pas les tigres
Nous ne redouterons aucun ennemi

Lao 36

Tout abdiquer c’est recevoir l’univers
Viser une fin une ambition
C’est être impropre à tout
Et à gagner l’univers

Un sage n’a pas l’esprit fixe
Il pense âme des nations
Son esprit est multiple
Depuis des lustres

Le sage est bon avec les bons
Il est bon avec ceux qui ne le sont pas
Il est bon parce que la vertu
Est bonne quand c’est la sienne

La vertu est fidèle
Pour les âmes fidèles
Elle est aussi infidèle
Pour les âmes infidèles
C’est ainsi qu’elle est fidèle

Eso 60

Seule de son espèce une grenouille était rusée
Elle attacha à la sienne la patte d’un bon gros rat
Elle l’entraina dans l’eau limpide d’une rivière
Le rat lui donna sur la tête

La mer se plaignait amèrement
Elle si vaste et si paisible était rendue sauvage
Par un terrible vent Mais le pire était possible
Un tremblement de terre devenu un tremblement de mer

Deux jeunes garçons volaient de temps à autre un boucher
Celui-ci le savait et s’en amusait
Il aimait bien leurs mamans respectives
Ce n’était pas le cas du poissonnier

Un homme petit vola un lingot
Qu’il remit à un bon copain
Il jura ne pas avoir d’or chez lui
Son ami de ne pas avoir volé

Eso 59

Par un été de canicule une fourmi récoltait
Un escarbot se moqua d’elle
L’hiver il lui demanda quelque subsistance
La fourmi se moqua

Une fourmi tourmentée par la soif
Tomba dans une rivière
Une colombe lui jeta une brindille
« Hélas je suis trop petite
Pour te rendre la pareille »

Un rat des champs invita le rat des villes
A grignoter de l’orge et du blé
Le rat des villes fut fort satisfait
Même si le festin lui parut frugal

Le rat des champs fut invité en ville
Pour grignoter les restes d’un festin humain
Etourdi il se laissa piéger par une ratière
« Que fais-je là ? Où est ma campagne ? »

Eso 58

Une mouche gourmande comme le sont les mouches
Tomba dans un marmite où bouillonnait un boeuf bourguignon
D’abord ravie elle se rendit compte soudain
Qu’elle était en train de se noyer
Elle mourut contente

Une fourmi fut punie
Pour avoir dérobé le bien d’autrui
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Elle se retrouva bousier

Les mouches sont des scélérates
Toujours prêtes à mal faire
Elles dérobèrent du miel
Leurs pattes s’y engluèrent

Un paysan envieux volait ses voisins
Transformé en fourmi
Il continua à voler
Car tel était son caractère