Eso 52

Un lion mal élevé
Perçut une souris
Il en eut peur
« J’ai été surpris »

Un brigand fut pendu à un murier
L’arbre lui dit : « Je n’aime pas ta compagnie
Mais ainsi je rends service
Plusieurs fois »

Les chiens voulaient déclarer la guerre aux loups
Ils se réunirent pour un grand concert
Ensuite ils se regardèrent, de toutes les tailles
De toutes les couleurs Ils se dispersèrent

Les loups demandèrent l’aide des chiens
Pour s’emparer des moutons dans une étable
Les chiens s’exécutèrent bien volontiers
Les loups les égorgèrent pour commencer

Eso 51

L’âne découvrit le premier un butin qui attira aussi
Un lion et un renard L’âne partagea tout en trois
Et demanda au lion de choisir En réponse le lion le tua
Puis questionna le renard : « Je n’ai besoin de rien
Et de plus j’ai l’exemple de l’âne »

Un lion se savait très fort Dans le même temps
Il avait peur du coq Il rencontra une éléphante
Et lui confia son malheur « A chacun sa peine
Moi j’ai bien peur des moustiques »

Le lion avait peur d’un taureau qu’il jugeait
Plus fort que lui Il l’invita pourtant à diner
Le taureau s’enfuit Pourquoi ?
« J’ai appris à me méfier des lions »

Un lion attrapa la rage
Plus que d’habitude il terrifia les animaux
Un cerf se plaignit :
« Comme si il n’était pas assez insupportable ! »

Eso 50

Un loup se pensait fort avisé Il conseilla au lion malade
De punir le renard qui ne lui rendait plus visite
Averti le renard dit au roi : « J’ai pour sa majesté
Un médicament miracle Il suffit d’écorcher un loup
Et de se revêtir de sa peau toute chaude »

Un rat se promenait sur un lion endormi
Réveillé le lion attrapa le rat et le laissa courir
Quelque temps plus tard le lion lui-même fut pris dans un filet
Le rat en rongea les mailles

Le lion était plus fort le guépard plus rapide
Ils chassèrent ensemble le lion décida du partage
« Une part pour moi le roi une deuxième pour moi l’associé
Une troisième pour moi si tu ne disparais pas »

Un âne prétendait aider le lion qui dit : « Pourquoi pas ! »
L’âne pénétra le premier dans une grotte qui abritait des chèvres
Son braiement ses ruades les firent fuir le lion les guettait
L’âne : « N’ai-je pas bien fait ? » Le lion : « Tu m’aurais fait peur à moi-même ! »

Eso 49

Un lionceau était curieux de tout loin d’être sot
Il entendit un bruit épouvantable Avec courage
Il se précipita il aperçut une grenouille
« C’est donc là le monstre qui pousse de tels cris »

Un lion était fier et heureux
Il eut peur d’un taureau
Son ami le dauphin lui proposa :
« Maintenant marche sur l’eau »

Un jeune lion et un grand sanglier se battirent à mort
Pour l’accès à une source pure
Un instant ils se retournèrent
Les vautours étaient déjà une douzaine

Un lion un peu vieux s’apprêtait à dévorer un lièvre
Quand il aperçut un cerf qu’il poursuivit
Bredouille il revint le lièvre s’était enfui
« Quel idiot je fais en dépit de mon âge »

IB 86

Il est des pays qui sont nés sérieux
Pauvres nus s’il le faut
L’effroi bondit dans la lumière
On rebondit s’il le faut

Les supplices ont lieu ailleurs
Il y a toujours des bateaux sur la mer
Il faut bien qu’un jour vienne la fête
Nos chats sont bien nourris

Le miel et les noix ne sont pas que pour les enfants
Les étincelles franchissent les frontières
Un monde primitif fait face aux sauriens
François ne souffre plus

Le feu sous la terre est volcanique
Ses pierres sont liquides
Cet océan souterrain est calme
Sinon ce serait la fin de notre monde

IB 85

Penses-tu que la taupe dorme trop longtemps ?
La vérité ne jette pas de poudre aux yeux
La vérité n’est pas le vrai
C’est la loi du plus fort

Le vrai déplace les tombes
Le vrai compense le temps
Tu es la proie de la vérité
Quand elle ouvre les plaies

N’attends pas les prédateurs
La buse t’apporte une cruche de fiel
Tu es prisonnier du monde des chaînes
Pour être libre libère le monde

Il est des pays aînés il est des pays cadets
Je suis cadet dans un pays aîné
Je gis dans la lumière
Je n’ai pas de statue

IB 84

Le port est mort
Il n’y a plus de navire
Rien ne peut être pire
Tous les chemins sont recouverts par les vagues

Tu sais qu’il y a des bras d’eau morte ?
Dire signifie médire
Pourquoi me présentes-tu des dragons ?
Le scorpion s’approche en dansant

La rumeur d’une faute
Devient une mare
Sois avec les mots
D’une tendre patience

Viens à bout de la bête
Qui imite ton cri
Mot sois comme nous
Clair et tolérant

IB 83

Mon miroir est de glace
On l’appelle une glace
Mon nom est innocence
J’aime jusqu’à l’inconscience

Qui m’a congédié en habits de linceul ?
J’entends de loin son chant du cygne
La ville roule des yeux blancs
Qui est saturé de musique ?

Souci sans souci
Sois sans souci
Ne rêve pas
Le souci lève les sourcils

Le silence remplace la musique
Aux mats pendent les pavillons mouillés
La lune est verte elle est endormie
Les mondes ne sont pas mondiaux

IB 82

Tous les poings sont carrés
Les jours pour leur mariage
Avec les journées difficiles
Sont en blanc

J’ai emprunté les ailes d’un oiseau
Mais je suis trop gros
J’ai appris l’anglais en volant
C’est dire qu’il est défectueux

Les pays sont vierges pour moi
J’ai les doigts enfantins
Le sourire diabolique
J’aime l’eau de la fontaine fraîche

Je souffre
Je souffre de ne pouvoir oublier
Je souffre de devoir me souvenir
je souffre partout et toujours

IB 81

L’amour s’explique
Le chapeau se soulève seul
Aveuglée par les flocons car il neige
Elle séduit les nuages

Le poisson rougit
Sur son lit de corail
Le sable argenté
Danse comme le scorpion

L’eau est douée de parole
La vague prend la vague par la main
Une pierre sait attendrir une autre pierre
Tu ne connais pas l’amour et ne le donne pas

Rien ne persécute la salamandre
Les cruches volent en éclats
Les mots sont accablés de larmes
Préserve ta camelote