Eso 45

Un chien vola un coeur de mouton dans une boucherie
Et prit la fuite Le jeune boucher s’enflamma :
« Oh toi cabot du diable tu as cru me faire mal
Mais maintenant j’ai du coeur à en revendre »

Un chien maigrelet fut assailli par un jeune loup
« Halte là malandrin ! dans six mois je serai gras
Retrouvons-nous à ce moment là »
Le loup le crut et s’en alla
Six mois plus tard le chien l’attaqua

Un chien nageait portant sa proie un lièvre mort
Dans l’eau ll crut voir son double avec un lièvre
Il se précipita lâchant sa proie Résultat :
Il n’eut ni le vrai ni le faux lièvre

Un chien un peu méchant paradait sur la place publique
Avec une sonnette au cou
Une vieille dame lui dit : « Pauvre idiot
Tu ne vois pas que c’est ta méchanceté que tu désignes »

Lao 24

Chemine avec la vertu immuable
Retourne à l’absence de limites
En connaissant la gloire
Adhère à la disgrâce

Vallée du monde
Tu avales la vertu
Tu retournes au simple
Qui se détaille en ustensiles

Le sage c’est d’abord et ensuite
Un bloc vierge
Qu’il n’a garde de tailler
Retournons au simple

Le monde est un vase sacré
Personne ne peut s’en emparer
Personne ne peut y boire
Sinon c’est la mort imbécile

Lao 23

Le sage fait du bien
Sans exception
Il suit la lumière
Commune au bien et au mal

L’humain maléfique
Est le matériau de l’humain de bien
Message essentiel :
Le plus malin se fourvoie

Connais en toi le féminin
Connais en toi le masculin
Fais corps avec la vertu
Du yin et du yang

Vallée du monde mont du monde
Retourne à la petite enfance
Maître du noir et du blanc
Fais-toi norme du monde

Lao 22

L’humain suit les voies de la terre
La terre suit les voies du ciel
Le ciel suit la voie
La voie suit la voie

L’humain est grand parmi les grands
Le sage est léger
Il n’est pas inquiet
A chaque jour son excursion

Malgré ses échappées superbes
Il reste en paix dans son intimité
Le léger perdra bientôt racine
Et l’inquiétante seigneurie de soi

Qui sait marcher ne laisse pas de traces
A qui sait parler son discours est sans faille
Qui sait fermer laisse ouvert
Le sage fait le bien

Lao 21

Quelque chose était indéfini
Mais semblait accompli
Né avant tout le reste
Inaltérable

Infatigable
On pourrait l’appeler mère du monde
Quant à nous nous la dénommons
Voie

La grandeur signifie étendue
Qu’on parcourt de loin
Atteindre les lointains
Signifie s’en retourner

La voie est grande
Le ciel est grand
La terre est grande
L’humain est grand

Eso 44

Dans une époque très ancienne
Pour ne pas dire révolue
Des chiens étaient dressés à combattre
Les lions et les ours
Un beau jour ils s’enfuirent tous

Un chien et un coq suivaient le même chemin
La nuit venue le coq se réfugia sur une branche
Le chien dans un creux de l’arbre Un renard
Sur les conseils du coq visita le chien
Devenu portier dans son creux d’arbre

Un brave chien un peu ignare
Prenait tous les objets ronds pour un oeuf
Dont il était avide
C’est ainsi qu’il avala un coquillage suspect

Un chien de compagnie
Tantôt léchait tantôt mordait
Il cessa bientôt
D’être de bonne compagnie

Eso 43

Un maître savait que le cygne
Ne chantait qu’au moment de mourir
Aussi quand son cygne chanta
Il s’empressa de le manger
Comme une oie

Un chien de garde était nourri
A l’égal d’un chien de chasse
« Grâce à moi notre maître commun
Vous loge et vous soigne »

Quelques chiens affamés
Se disputaient de vieilles peaux
Ils attrapèrent tellement soif
Que certains moururent
D’avoir trop bu

Un homme mordu par un chien
Courait comme un dératé
Tous les chiens de la ville
Le pourchassèrent

Un homme de peu fut invité chez un richard
Il vint avec son chien
Celui-ci se précipita dans la cuisine
Le cuisinier le jeta par la fenêtre

Eso 42

Dans sa forteresse de solitude
La corneille s’énervait des succès du corbeau
Elle poussa de hauts cris
Les voyageurs la tuèrent

Une corneille s’enhardit à inviter
Son voisin le chien à diner
« Tu sais bien que je ne t’aime pas »
« Tu m’aimeras peut-être un peu »

Un petit garnement
Grillait des escargots
il les apostropha : « Misérables petites bêtes
Je vous préfère cuites que crues »

Dans une nuit épaisse
Le cygne fut par mégarde conduit à la mort
A la place d’une oie
Il chanta et fut épargné de justesse

Eso 41

Un corbeau pris au piège
Fut libéré par un jeune maître
Il s’enfuit sans demander son reste
Et ne revit personne du coin

Un corbeau avait tellement faim
Qu’il s’empara d’un serpent qui le mordit
Sur le point de mourir il déclara :
« J’ai eu trop faim dans ma petite vie »

Un corbeau malade demanda pardon
A tous ceux à qui il avait dérobé quelque chose
« Ils sont trop nombreux repose-toi plutôt »
Murmura une corneille amie

Une alouette mangeait du blé
Le piège se déclencha
« Je n’ai rien fait de mal
Et voilà que je meurs »

Eso 40

Dans le désordre ambiant il était question
Que les oiseaux aient un roi élu par eux
Tous se présentèrent
Tous furent roi

Le geai emprunta une plume à bien des oiseaux
Pour être élu le plus beau
Il se présenta fut applaudi
Mais chaque oiseau reprit la plume qui lui appartenait

Une corneille se blanchit pour être admise au repas des pigeons
Elle fut bien acceptée mais ne put s’empêcher de parler
Les pigeons révoltés la chassèrent ignominieusement
Elle vola près des corneilles qui la rejetèrent instantanément
A cause de sa couleur blanche

Un corbeau prisonnier fut donné à un enfant
Il s’évada mais le fil qu’il avait à la patte
L’emprisonna de plus belle
« Je meurs impuissant »

Un corbeau goûtait un bon morceau de viande
Un renard survint qui lui fit grand compliment de son apparence
« Il ne vous manque que la voix » l
Le corbeau pour chanter lâcha sa proie